« Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ». À propos d’un avertissement urgent de B. Brecht. Et sur James Baldwin, les populismes et la nécessité de revivifier la démocratie. Quelques variations sur des thèmes de Jacques Rancière, Pierre Rosanvallon, Yves Sintomer, et quelques autres.

Un « Hors-Série » fort intéressant de « L’Obs » me donne l’occasion de préciser un peu quelques idées concernant les actuels enjeux électoraux.

Il s’intitule « Démocratie et Populisme » et contient nombre d’articles importants que je me permettrai d’utiliser de façon bien sûr non exhaustive. Je signale en particulier le « point de vue » de Jacques Rancière : « Chaque élection reproduit un théâtre »,  et « La société civile à l’attaque« , d’Yves Sintomer, sur lesquels je reviendrai plus longuement, mais il faudrait encore mentionner Marcel Gauchet, Pierre Rosanvallon, une excellente présentation de Tocqueville par Philippe Raynaud, etc. parmi bien d’autres contributions de valeur dont je ne peux donner la liste complète.

Commençons par une remarque de P. Rosanvallon (« Vers une démocratie post-électorale », propos recueillis par François Armanet, p.90), qui nous place d’emblée dans la situation que nous avons une fois de plus, à l’évidence, à affronter :

F. Armanet : Dans votre livre, Le Bon Gouvernement, vous exposez justement un paradoxe : « Nos régimes peuvent être dits démocratiques, mais nous ne sommes pas gouvernés démocratiquement » Ce «grand hiatus » est-il la source de tous nos maux ?

P. Rosanvallon : De tous, peut-être pas. Mais il pèse lourd. Au moment du vote, les citoyens électeurs ont en effet le sentiment d’être les maîtres du jeu. Ils élèvent ou ils abaissent à leur gré les hommes et les femmes politiques. Mais ils ne sont que les souverains d’un jour. Sitôt le vote passé, avec les flatteries et les promesses qui l’accompagnent, ils constatent en effet que les pouvoirs prennent le large et que l’intérêt général est ensuite ballotté au gré des protestations corporatistes de toute nature. Ce divorce dramatique entre le « moment électoral » et le « moment gouvernemental » n’a cessé de s’accentuer. Il procède d’abord d’un écart que l’on pourrait dire structurel. Le langage des campagnes électorales est fondé sur l’idée d’une inversion de l’ordre des choses, sur l’exaltation des promesses, tandis que le langage gouvernemental est celui du retour à la réalité, du rappel des contraintes. Cet écart produit des effets dévastateurs, il dévalorise la politique et encourage l’abstention. Le problème est qu’il tient à la nature même de la compétition électorale.

Paysage que nous reconnaissons bien sûr (cf. « Moi Président », « Moi Président », et bien d’autres), et dont il relève de l’euphémisme de dire qu’il constitue un encouragement à l’abstention.

Et complétons par une remarque pertinente d’Yves Sintomer (« La société civile à l’attaque », propos recueillis par Pascal Riché), qui renforce encore l’impression d’ « épuisement » de nos pratiques démocratiques, dont le constat donne sans conteste bien du grain à moudre au « populisme » :

P.Riché : La démocratie représentative doit-elle disparaître ou simplement être complétée ?

Y. Sintomer : Nos systèmes sont épuisés : il faut les renouveler par des innovations aussi importantes que le furent le suffrage universel, les partis politiques de masse, ou les États-providence. Il ne s’agit pas de supprimer les élections ou les partis politiques, mais d’ouvrir parallèlement d’autres canaux de délibération et de prise de décision. Faute de quoi, on connaîtrait des convulsions comparables à ce qu’on a connu pendant la première moitié du XXe siècle.

Est-il exagéré de dire que ces « convulsions » ainsi que la défiance envers la « démocratie représentative », constituent actuellement notre quotidien ?

Avant de développer et d’aller plus loin, qu’il me soit permis de dire que si je partage entièrement les analyses de ces deux auteurs, je ne me range absolument pas dans la tentation d’abstention liée au constat « d’épuisement » de la démocratie représentative qu’elles décrivent.

D’abord parce que je garde l’espoir qu’il est possible de réagir, et nombre de contributions de la revue citée nous fournissent des pistes qui pourraient conduire vers une revivification de la démocratie et de l’engagement pour la chose publique et pour le bien commun.

J’y reviendrai donc.

Ensuite, d’une façon qui concerne plus précisément les enjeux actuels, parce que je suis absolument opposé à l’abstention pour ce qui est du vote du 7 mai prochain.

J’ai plusieurs fois rappelé, dans des posts récents

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2017/03/20/a-propos-dune-enieme-confirmation-de-lideologie-du-front-national-et-sur-la-question-beaucoup-plus-grave-quelle-pose-et-sur-quelques-difficultes-recurrentes-quepr/

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2015/12/09/a-propos-de-resultats-electoraux-petit-exercice-dapplication-de-quelques-reflexions-du-post-precedent/

etc.

combien l’idéologie du Front National constitue un grave danger qu’il convient de ne pas sous-estimer.

La récente affaire Jalkh démontre une énième fois de plus, combien le négationnisme, le néo-nazisme, l’antisémitisme et autres xénophobie et islamophobie bien connues sont inscrits dans les gènes du parti, en dépit d’une soi-disant « dédiabolisation » de pure vitrine.

Aymeric Chauprade (cf. émission d’Élise Lucet citée dans le premier lien ci-dessus) en tant qu’ex haut responsable du FN est particulièrement crédible lorsqu’il nous nous dit que ces tendances ne manqueraient pas de s’affirmer au cas où le parti accèderait au pouvoir.

Je suis pour ma part partisan de la reconnaissance du vote blanc. S’il était en effet pris en compte, un pourcentage majoritaire de bulletins blancs pourrait renvoyer dans leurs pénates les deux candidats du second tour, et exiger qu’on passe à autre chose de plus mobilisateur.

Mais une telle reconnaissance n’a actuellement pas cours.

Dans ces conditions, le fait de s’abstenir, ou de voter blanc ou nul constitue donc un danger considérable de voir accéder au pouvoir un parti gangréné par le fascisme et le néo-nazisme. Cela est arrivé autrefois et même si les conditions ne sont pas les mêmes, le jugement de l’Histoire attribue à juste titre le qualificatif de « complicité » à ceux qui ont choisi de laisser faire.

Et, de grâce, qu’on n’ait pas l’indécence d’avancer l’argument du « ni-ni ».

Je ne suis pas particulièrement macronien, et je me pose certes beaucoup de questions au sujet du candidat et de son programme.

Mais considérer le projet du leader d’ « En Marche ! » comme étant d’une nocivité équivalente à celui du FN est une triste – et grave –supercherie idéologique, ou une naïveté qu’il convient d’interroger d’urgence.

Le très beau film de Raoul Peck, « Je ne suis pas votre nègre », récemment diffusé sur Arte

http://www.arte.tv/fr/videos/051638-000-A/je-ne-suis-pas-votre-negre

ajout:

http://abonnes.lemonde.fr/m-actu/article/2017/04/30/dans-les-pas-de-james-baldwin_5120244_4497186.html

rapporte une remarque particulièrement profonde de l’immense écrivain James Baldwin. Je l’évoque de mémoire : il disait que les américains noirs connaissaient bien mieux les américains blancs que ceux-ci ne se connaissent eux-mêmes.

La remarque est reproduite aussi dans l’entretien, lui aussi remarquable, avec Raoul Peck :

http://www.arte.tv/fr/videos/074633-001-A/entretien-avec-raoul-peck

Et ceci parce que les américains blancs vivent en permanence dans le mythe du « positif » de leur communauté : « rêve américain », réussite, christianisme rayonnant, WASP, etc. entretenu par une bonne partie de leur littérature, de leur cinéma, etc. Le « négatif » étant, lui, tout bonnement occulté, refoulé.

Or, les américains noirs, tout comme les Indiens, les Vietnamiens et autres encore, savent pertinemment dans leur chair et de par leur expérience quotidienne que les blancs ont été et demeurent capables de pendaisons, de lynchages, de Ku-Klux-Klan, de meurtres arbitraires par la police, etc. et de bien d’autres choses dont l’ombre maléfique ne cesse de planer, et ne demande qu’à se revivifier, comme le démontre à l’envi l’élection de Donald Trump et ses thèmes de campagne caractéristiques.

« Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde », disait Bertolt Brecht.

Et nous assistons en ce moment à de bien inquiétantes manifestations de cette fécondité.

Alors, de grâce, ne nous payons pas de mots !

Haïm Korsia, Grand Rabbin de France, a expressément appelé à voter Macron il y a quelque jours.

Tout comme l’américain noir James Baldwin, il a lui aussi payé pour savoir de quoi sont capables les français, en l’occurrence les Laval, les Pétain, ceux de la Milice et les foules de la Collaboration, active ou tacite. À ce titre, lui aussi connaît mieux les français que beaucoup de français ne se connaissent eux-mêmes. Ceux en particulier qui pensent que tout cela n’était qu’un « détail de l’histoire », que l’utilisation du Zyklon B relèverait de la supercherie, ou que la France n’est « pas responsable de la rafle du Vél’ d’Hiv », etc.

Pensez-vous donc ! Comment pourrait-on croire des peuples civilisés capables de cela ! Les Français ou les Allemands ne sont pas des barbares, tout de même…

Ce n’est pas non plus un hasard si la Grande Mosquée de Paris, tout comme le CFCM (Conseil français du culte musulman) appelle elle aussi expressément à voter Macron.

http://www.huffpostmaghreb.com/2017/04/24/election-macron-mosquee-paris_n_16206462.html

https://oumma.com/cfcm-appelle-a-voter-implicitement-macron/

Car peut-être certains français musulmans aussi connaissent-ils mieux les autres français que ces derniers n’acceptent de se connaître eux-mêmes.

Par exemple du fait du souvenir vivant ou transmis de quelques ratonnades, de « corvées de bois », de tortures et autres réussites de la guerre d’Algérie, ou de quelque projet autoritaire de dévoilement de la femme musulmane (pour son plus grand bien, cela va sans dire…), qui anime encore les nostalgiques de l’Algérie Française, nombreux dans un certain parti…

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Sur cette connaissance de l’homme, qu’il soit américain, français, allemand, ou autre encore, rendons raison au grand James Baldwin : il en parle en toute connaissance de cause.

Mais une autre naïveté étonnante court aussi les rues et les médias en ce moment :

Une vulgate marxiste encore mal digérée, et que certains continuent à propager « en oubliant le nom de l’auteur », comme dit la chanson, par pure mécanique de rabâchage idéologique non critique, nous assène quelques syllogismes imparables autant que sommaires :

Prémisse majeure :        Tout mal ne peut venir que du capitalisme néo-libéral.

Prémisse mineure :        Le populisme (y compris dans ses formes fascistes et néo-nazies) étant, en tant que mal, un produit dérivé nécessaire du capitalisme néo-libéral, …

Conclusion :      …  la victoire contre le populisme ne peut passer que par la destruction du capitalisme néo-libéral. CQFD.

Et voilà pourquoi, Madame, voter Macron est une stupidité : étant un suppôt bien connu du capitalisme néo libéral, un gouvernement Macron ne pourra que renforcer le populisme fasciste.

Si on veut vraiment vaincre le fascisme, il convient donc de s’abstenir. Voire de voter le Pen (j’ai entendu cela, et même quand on ne l’entend pas il y en a pas mal qui le pensent…) pour aviver les tensions et préparer ainsi l’avènement du  Grand Soir. CQFD (bis).

Mais, comme le savait très bien Aristote, la conclusion d’un syllogisme ne peut être valide que si les prémisses sont justes.

Sur ce point, je me limiterai à deux remarques :

1) Même si je respecte et partage certaines approches de Marx, ce genre de spéculation s’avère totalement erroné. Il est faux de dire que le fascisme se limite à être un produit dérivé du capitalisme. L’affirmer revient à abonder dans le déni de l’essence réelle du fascisme, déni qui peut avoir des conséquences tragiques. L’Histoire démontre en effet que là où le capitalisme a été aboli, d’autres formes de fascisme d’État se sont développées, et se sont manifestées sous la forme de Goulags, S21 et autres joyeusetés désormais bien connues. Nul besoin d’évoquer Lefort ou Castoriadis pour le savoir.

Qu’on le veuille ou non, ce genre de constat de fait donne raison à Freud contre Marx.

« Les communistes croient avoir trouvé la voie pour délivrer du mal. L’homme est bon hors de toute équivoque, bien intentionné envers son prochain, mais l’institution de la propriété privée a corrompu sa nature. La possession de biens privés donne à un seul la puissance et par là la tentation de maltraiter le prochain; celui qui est exclu de la possession ne peut, dans son hostilité, que se révolter contre l’oppresseur. Si l’on supprime la propriété privée, si l’on met en commun tous les biens et si l’on fait participer tous les hommes à leur jouissance, la malveillance et l’hostilité disparaîtront d’entre les hommes. Étant donné que tous les besoins sont satisfaits, nul ne sera fondé à voir dans l’autre son ennemi; tous se soumettront avec empressement au travail nécessaire. La critique économique du système communiste n’est nullement mon affaire, je ne puis examiner si l’abolition de la propriété privée est opportune et avantageuse. Mais je suis en mesure de reconnaître en son présupposé psychologique une illusion sans consistance. En supprimant la propriété, on soustrait au plaisir-désir d’agression humain l’un de ses outils, assurément un outil solide, mais assurément pas le plus solide » (Malaise dans la civilisation).

Et le bisounoursisme standard qu’on rencontre encore trop souvent chez quelques émules directs ou indirects du marxisme, en se trompant gravement sur l’essence de l’humain, pose un diagnostic erroné qui peut avoir des conséquences tragiques.

2) Je l’ai dit, je ne suis pas particulièrement macronien. Et, pas plus que pour un autre, je ne vois pas pourquoi le fait de voter pour lui signifierait pour moi donner un chèque en blanc de façon inconditionnelle. Je l’ai souvent exposé,

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2016/01/07/apprendre-le-chemin-de-lenfer-pour-leviter-ou-revenir-enfin-au-politique-reflexion-sur-leffondrement-avec-philippe-bihouix-pablo-servigne-et-raphael-stevens/

etc.

mon approche du politique (qui en passant m’empêche de trouver des candidats adéquats sur le marché tel qu’il se présente) m’interdit d’autant plus de donner un blanc-seing à quelque candidat que ce soit pour lequel je voterais au nom du principe du moindre mal.

Mais il est méthodologiquement inacceptable de considérer a priori M. Macron, au su du peu que nous pouvons connaître de lui, comme un valet pur et simple du capitalisme néo-libéral, selon la phraséologie d’usage. Il y a là une caricature et un procès d’intention trop peu attesté dans les faits.

Et un tel procès d’intention inapproprié ne peut en aucun cas justifier de faire courir le risque de favoriser l’établissement d’un régime fasciste à tonalité néo-nazie qui est lui sérieusement attesté dans les textes, les faits et les personnes.

Cf. encore :

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2017/03/20/a-propos-dune-enieme-confirmation-de-lideologie-du-front-national-et-sur-la-question-beaucoup-plus-grave-quelle-pose-et-sur-quelques-difficultes-recurrentes-quepr/

D’après ce qu’on peut raisonnablement en connaître, on peut légitiment penser que M. Macron Président serait, plutôt que le Grand Satan du Capital qui affole certains, le représentant somme toute assez banal d’une social-démocratie de tonalité plutôt centriste, certes peu originale, et d’inspiration peut-être quelque peu scandinave (« flexisécurité », retraite à points, etc.)..

Faut-il cependant rappeler [précision: contre une dogmatique marxiste qui assimile purement et simplement ultralibéralisme et social démocratie] que ce type de social-démocratie, en dépit de ses limites que j’évoquerai plus bas, occupe depuis des décennies, selon des analyses largement multi-critères, les premières places au palmarès des nations les plus démocratiques du monde, de celles où la justice sociale se voit le mieux respectée grâce à une redistribution sans équivalent, et où la qualité de vie se révèle la meilleure ?

https://fr.actualitix.com/pays/wld/indice-democratique.php

Là encore, un procès d’intention peu fondé paraît bien irresponsable lorsqu’il fait courir des risques non négligeables de promouvoir en lieu et place de régimes de ce type un système clairement fasciste, dont l’Histoire prouve encore qu’il est bien plus facile de se doter que de se défaire.

Tout en sachant bien sûr, contrairement à ce qu’affirment d’autres vulgates puériles, que ce ne seront pas non plus la justice sociale, la démocratie ou la qualité de vie qui suffiront à constituer un rempart suffisant contre la tentation fasciste.

Car on le sait, celle-ci se manifeste actuellement aussi dans nombre de nations (Pays Bas, Danemark, Autriche, etc.) qui figurent parmi les plus privilégiées du monde.

Contrairement au simplisme des thèses marxistes évoquées, la tentation fasciste semble loin de se réduire aux seuls déterminismes économiques. La racine en est autrement complexe et profonde.

La colère des exploités et des humiliés a, et a toujours eu, bien des façons de s’exprimer, à travers diverses formes d’action, y compris révolutionnaires.

Mais le fait de l’investir au profit de tendances racistes, antisémites, islamophobes, xénophobes, homophobes, révèle tout autre chose et relève d’un mécanisme particulier dont il conviendrait de prendre enfin au sérieux la spécificité au lieu de la dissoudre dans des approches qui, parce qu’elles se méprennent sur le diagnostic, ne pourront jamais fournir de remèdes appropriés.

Si donc je crois avoir de sérieuses raisons de penser que, dans la situation qui est la nôtre, l’abstention, le « ni-ni », etc. relèvent d’une irresponsabilité qui peut hélas devenir complicité, je ne suis pas pour autant « macronien », je l’ai dit, dans la mesure où je pense (hormis mon désaccord essentiel concernant la mythologie de la croissance, cf. lien ci-dessus « apprendre le chemin de l’enfer »…), avec nombre des contributeurs du hors-série de « l’Obs », que ce qu’on connaît du programme de M. Macron ne va que très insuffisamment dans le sens d’une indispensable et urgente re-fondation de la démocratie.

Justice sociale, renouveau de la démocratie, ce ne sont donc pas les combats à mener qui manqueront, y compris sous une présidence Macron !

Mais au moins ce type de présidence les permettra-t-elle, ce qui risque fort de ne pas être le cas d’une autre !

Ces combats, l’entretien avec J. Rancière mentionné plus haut (« Chaque élection reproduit un théâtre » op. cit. p. 80ss) me semble les analyser de façon pertinente.

Tout d’abord en brisant ce qui est trop souvent perçu comme une évidente homogénéité entre élection, représentation et démocratie.

Or une telle homogénéité ne va aucunement de soi :

Eric Aeschimann : L’élection présidentielle est généralement présentée comme le point culminant de la vie démocratique. Ce n’est pas votre avis. Pourquoi ?

Jacques Rancière : Dans son principe, comme dans son origine historique, la représentation est le contraire de la démocratie. La démocratie est fondée sur l’idée d’une compétence égale de tous. Et son mode normal de désignation est le tirage au sort, tel qu’il se pratiquait à Athènes, afin d’em­pêcher l’accaparement du pouvoir par ceux qui le désirent [cf aussi sur ce sujet l’article érudit de Florent Guénard : « Périclès jugerait nos institutions aristocratiques », p. 42-45]. La représentation, elle, est un principe oligarchique [rappelons que l’oligarchie «(du grec ancien ὀλιγαρχία / oligarkhía, dérivé de ὀλίγος / olígos [« petit », « peu nombreux »], et ἄρχω / árkhô [« commander »]) est une forme de gouvernement où le pouvoir est réservé à un petit groupe de personnes qui forment une classe dominante » (Wikipédia)]  : ceux qui sont ainsi associés au pouvoir représentent non pas une population mais le statut ou la compétence qui fondent leur autorité sur cette population : la naissance, la richesse, le savoir ou autres. Notre système électoral est un compromis historique entre pouvoir oligarchique et pouvoir de tous (…).

L’élection d’un président comme incarnation directe du peuple a été inventée par les monarchistes en 1848 contre le peuple des barricades et des clubs populaires et réinventée par De Gaulle pour donner un « guide » à un peuple trop turbulent. Loin d’être le couronnement de la vie démocratique, elle est le point extrême de la dépossession électorale du pouvoir populaire au profit des représentants d’une classe de politiciens dont les fractions opposées partagent tour à tour le pouvoir des « compétents » (…).

Le suffrage universel et son installation dans la durée ont modifié les choses de deux façons. D’un côté ils ont accrédité l’idée selon laquelle la représentation est un reflet de la popula­tion globale. De l’autre ils ont transformé la classe des représentants en une classe de professionnels de la politique qui s’auto-reproduisent. Le système représentatif a ainsi fait émerger son propre envers, la notion mythique d’un peuple qui n’est pas représenté par ces professionnels et aspirerait à se donner des représentants l’incarnant vraiment. C’est ce théâtre que chaque élection reproduit désormais, avec une qualité toujours en baisse.

E. A. :Votre vision est très noire. Le système est-il intrinsèquement biaisé ?

J.R. : Il est oligarchique en son principe et non démocratique. Et cette oligarchie a perdu sa légitimité chez nous quand il est apparu que les propriétaires éclairés ne représen­taient que les intérêts de la propriété. C’est ce qui a éclaté au grand jour avec les assemblées «républicaines» de 1849 et de 1871, massivement composées de royalistes déchaînés contre les ouvriers et les révolutionnaires. L’oligarchie est peu à peu devenue cette classe de politiciens qui ne représente que le système lui-même. Le régime majoritaire et présidentiel de la Ve République a accéléré ce processus : on a désormais deux partis dont chacun gouverne en alternance en détenant tous les pouvoirs, ce qui renforce la professionnalisation et facilite aussi toutes les formes de corruption active et passive; et, parallèlement, la figure présidentielle est supposée incarner le peuple que cette professionnalisation trahit.

Tout y est : passage d’une démocratie originaire à la pratique de la représentation, qui en est tout simplement le contraire, confiscation de cette représentation au profit de petits groupes oligarchiques constituant une classe dominante, dépossession du pouvoir populaire par une classe de politiciens professionnalisés qui se reproduit périodiquement sur un « théâtre » électoral qui ne sait plus rien faire d’autre que consacrer un système perdant de plus en plus, et pour cause, sa légitimité…

On est bien là à l’origine, avec cette perte de légitimité, de « l’épuisement de nos systèmes », que dénonçait plus haut Y. Sintomer, ainsi que du développement de l’abstention que ne pouvait que constater P. Rosanvallon.

Que proposent alors nos auteurs pour essayer de sortir de ce désenchantement du politique et des formes de populisme qu’il entraîne, dont certaines, nous l’avons vu, s’entendent à récupérer et à détourner habilement les colères légitimes pour les investir dans le sens d’une désinhibition des pulsions les plus basses qui constituent, pour Freud en particulier, l’un des moteurs les plus puissants de l’être humain dans sa recherche de jouissance ?

Reprenons les suggestions déjà évoquées de Y. Sintomer :

Il faut (…) renouveler [nos systèmes] par des innovations aussi importantes que le furent le suffrage universel, les partis politiques de masse, ou les États-providence. Il ne s’agit pas de supprimer les élections ou les partis politiques, mais d’ouvrir parallèlement d’autres canaux de délibération et de prise de décision. Faute de quoi, on connaîtrait des convulsions comparables à ce qu’on a connu pendant la première moitié du XXe siècle.

Ces « autres canaux de délibération » existent déjà en quantité : on peut penser en particulier au monde associatif et à ses multiples expertises qu’il conviendrait d’intégrer de façon plus effective dans les structures de délibération et de décision. ATD Quart Monde, la Cimade, Amnesty International, la Fondation de France, Oxfam et tant d’autres associations nationales ou locales ne constitueraient-elles pas des instances de réflexion qui pourraient influer de façon déterminante sur les prises de décision, en promouvoir la réception du fait de leur fonctionnement et de leur caractère démocratique au-delà de la confiscation oligarchique par quelques quarterons de fonctionnaires et de politiciens « professionnels » à la compétence et à la crédibilité bien émoussées ?

Cela répond à l’un des « défis » que mentionne encore Y. Sintomer : « comment concilier une vraie capacité d’expertise – car on a vraiment besoin d’experts – avec un accroissement de la participation des peuples aux décisions » (op. cit. p. 66).

Beaucoup de familiers de la vie associative ayant entendu un jour, par exemple, peu avant la crise de 2008, un Président de la République affirmer qu’il fallait développer en France le crédit à la consommation (celui-là même qui allait provoquer quelques semaines plus tard la crise des subprimes) ont légitimement pu penser que leur expertise propre et leur compétence valait bien celle du dit président ; il en va de même de bien d’autres sujets : gaz de schiste, etc. pour ne mentionner que le même président et quelques membres de l’oligarchie qui l’entourait.

Cela nous amène à l’une des propositions défendues par plusieurs de nos auteurs.

Celle d’un renouveau de la pratique du tirage au sort dans la vie démocratique.

Il est bien sûr hors de question de nier l’importance reconnue par tous de l’expertise. Mais déjà, dans la pratique politique actuelle, celle-ci émane avant tout de la société civile, de commissions formées de conseillers qui, la plupart du temps, ne font pas partie de la classe politique « professionnelle » en tant que telle.

Et c’est bien normal. Ce n’est pas parce que je suis sorti de l’ENA il y a 40 ou 50 ans et que je me suis depuis lors encroûté en passant de sièges de député à sièges de ministre et inversement que je suis automatiquement habilité à parler ou à décider de tous les sujets concernant les nouvelles technologies de l’information, la santé, l’agriculture ou la bioéthique. Sous tous les régimes politiques, les spécialistes et experts de la vie civile doivent être sollicités en permanence.

Le fonctionnement des comités d’éthique pourrait en fournir un exemple pertinent.

Dès lors, en quoi l’oligarchie issue des procédures électorales conventionnelles serait-elle plus habilitée que la femme et l’homme du commun, désignés par tirage au sort, formés et informés dans la perspective de l’accomplissement d’un mandat provisoire ?

[sur la critique de l’oligarchie ou de « l’aristocratie élective », voir aussi les extraits de l’ouvrage de B. Manin, Principes du gouvernement représentatif, op. cit. p. 47].

Il est tout de même légitime de se demander si l’homme de la rue ou la ménagère de 40 ans ne pourraient pas, sur le sujet du réchauffement climatique, du droit des homosexuels, de la contraception, de l’immigration ou d’autres encore, se montrer au moins aussi sensés qu’un certain président Trump, par exemple.

Pas besoin pour autant de rejeter entièrement les processus classiques :

Y. Sintomer : (…) il faut créer de nouveaux dispositifs de démocratie qui ne reposent pas sur l’élection. Qui viennent s’ajouter aux mécanismes électoraux et les corriger. Le détour par l’histoire est intéressant. Pendant des siècles, au Moyen Âge et à la Renaissance, on pensait que la compétition électorale et la lutte des factions pour le pouvoir menaçaient les républiques. Et qu’elles risquaient de faire passer l’intérêt particulier de ces factions devant l’intérêt commun. Du coup, on couplait élection et tirage au sort. Ou bien on imaginait d’autres méca­nismes, comme ce système où ceux qui élisent les représen­tants dans un quartier ne sont pas les citoyens de ce quartier mais des autres quartiers. Aujourd’hui, on a besoin de mécanismes de ce type : des chambres citoyennes tirées au sort, par exemple. L’Irlande, en 2015 a adopté le mariage pour tous par référendum : le texte avait été proposé par une assemblée majoritairement tirée au sort, avec l’idée que cela permettrait aux débats d’aller au-delà des querelles de partis, sur un thème qui, dans ce pays catholique était fort sensible. L’Irlande répète actuellement le processus avec le droit à l’avortement. Ces systèmes permettent de redonner du pouvoir aux citoyens et de limiter la concurrence stérile entre des partis qui ont cessé d’être des canaux de transmission efficace entre citoyens et élites.

P.Riché : Est-on certain que les citoyens se sentiront mieux représentés par des gens tirés au sort ?

Je pense que c’est la conjonction entre des élections d’un côté et d’autres systèmes qui leur donneront ce sentiment d’être mieux représentés. Il y a aussi les conférences de type Grenelle de l’environnement. Ce dernier, au début du quin­quennat de Nicolas Sarkozy, avait permis aux différents acteurs de réfléchir à l’avenir. Les résultats avaient été impressionnants, par rapport au travail législatif habituel. Mais la volonté politique a manqué ensuite pour traduire les ambitions en actes. (op. cit. p. 68).

Comme le reconnaît Y. Sintomer lui-même (id. ibid. p. 69), un tel changement nécessite une véritable révolution : « (…) Même s’il ne faut pas imaginer la prise de la Bastille. Nous avons besoin d’un changement aussi important que le passage du système censitaire au suffrage universel ». [rappel :  « Le suffrage censitaire est le mode de suffrage dans lequel seuls les citoyens dont le total des impôts directs dépasse un seuil, appelé cens, sont électeurs » (Wikipédia)].

Révolution qui ne peut s’accomplir que dans le cadre d’une aspiration collective et d’un « large mouvement populaire ».

Le tirage au sort était le mode démocratique normal de désignation des délégués fondé sur le principe de l’égale capacité de tous. J’ai proposé de lui redonner place pour inverser les dérives de la professionnalisation. Mais ce n’est pas une simple recette, pas plus que ne le serait le mandat non renouvelable. Ces outils n’ont d’intérêt que s’ils sont portés par un vaste mouvement populaire. La démocratie n’existe pas sans ces poussées surgies hors sys­tème qui viennent bousculer les institutions étatiques -comme l’a fait récemment le mouvement des places. Elle suppose que des institutions autonomes par rapport aux structures et agendas étatiques inscrivent dans la durée ces moments égalitaires.(J. Rancière, op. cit. p. 82).

Mais il est fort probable désormais qu’une telle « révolution » soit la condition nécessaire à la survie de nos démocraties.

Souhaitons donc à notre prochain président de le comprendre.

Mais surtout à nous, citoyens, de dépasser les impasses « populistes » pour avoir l’audace de nous constituer en peuple, capable d’une véritable démocratie.

Et de le faire savoir à « ceux qui nous gouvernent ».

PS : S’il veut contribuer à cette nécessaire « révolution », peut-être serait-il bienvenu, pour notre futur Président, puisqu’il paraît privilégier une approche « centriste » et qu’il se devra de donner une consistance politique à l’union nationale qui l’a porté au pouvoir, de s’inspirer aussi de quelques suggestions pertinentes d’Hubert Védrine, lorsque ce dernier envisage « la possibilité d’une coalition momentanée droite-gauche pour la réalisation de quelques réformes clés ».

http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/03/21/hubert-vedrine-une-coalition-entre-gauche-et-droite-s-impose_5098157_3232.html?xtmc=vedrine&xtcr=3

Les Français (…) sont inquiets de voir notre modèle républicain et social au bord de la rupture, ils craignent que des réformes mal conçues par des élites en qui ils ont perdu toute confiance ne finissent par l’achever plutôt que de le sauver.

(…)

Une fois la première réforme importante engagée, une pédagogie plus ambitieuse pourra être déployée pour enclencher un cercle vertueux qui pourrait dénouer le nœud de défiance, de manque de confiance en eux des Français des dernières décennies, et libérer ainsi le formidable potentiel créateur et le dynamisme de notre pays.

Mais « dénouer le nœud de défiance » peut-il se faire indépendamment d’une réforme en profondeur de nos pratiques démocratiques ?

************************************

Ajout:

Au moment d’achever ma relecture, je découvre cet éditorial.

Encore un élément à ajouter au dossier…

http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2017/04/28/les-liaisons-dangereuses-de-marine-le-pen_5119270_3232.html

Et celui là encore, tant qu’on y est…

http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/28/steeve-briois-et-david-rachline-vises-par-une-enquete-pour-des-messages-haineux_5119684_4854003.html

Ajout du 30/04:

Un ami me dit que le terme de « fascisme » se révèle inadéquat pour qualifier l’idéologie du Front National.

Je le sais, et je le concède en partie. Mais si j’emploie pourtant ce terme, c’est de façon délibérée.

L’excellent article de Jean-Yves Camus

http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/30/le-programme-de-marine-le-pen-va-vers-la-democratie-illiberale-que-developpe-viktor-orban-en-hongrie_5120204_4854003.html

résume les différences avec le « fascisme historique »:

F. Joignot: Ce nationalisme exacerbé, cette volonté d’en finir avec la Ve République, de se replier sur l’Hexagone doivent-ils faire craindre le retour d’une forme de fascisme à la française ?

J.Y. Camus: Non, ce n’est pas le fascisme au sens historique du terme. Le FN n’est pas un parti-milice, il n’est pas corporatiste, il ne veut pas éliminer physiquement la population juive. Et il ne veut pas créer un « homme nouveau ».

[j’en profite pour signaler un autre excellent article du même J.Y. Camus dans le hors-série de l’Obs mentionné ci-dessus: « Les rêves institutionnels du Front National« , p. 19ss].

Si en effet ces composantes ne se retrouvent pas expressément dans la configuration du FN tel qu’il se présente, on sait (cf. Aymeric Chauprade mentionné plus haut et bien d’autres) que certaines d’entre elles demeurent actives dans le FN tel qu’il est:

Permanence du négationnisme au plus haut niveau (qui est une allégeance au fascisme « historique » sous sa forme nazie), présence – au plus haut niveau encore, cf. Aymeric Chauprade – de références et de symboles nazis, nationalisme, racisme, xénophobie affirmée, etc.

Cette permanence me semble justifier l’emploi du terme « fascisme » pour désigner le FN. Non pas dans l’intégrité de son sens « historique », en effet, mais dans une partie déterminante de son inspiration, de son esprit.

Et si je me permets donc de ne pas utiliser la terminologie, certes pertinente, de M. J.Y. Camus, c’est parce que les expressions « démocratie illibérale« , pas plus que « démocrature » par exemple, ne permettent de rendre compte de cet enracinement, lui aussi profondément « historique ». Or, il serait grave d’occulter, par un vocabulaire ne faisant pas état de cette référence, un aspect essentiel, constitutif, de ce à quoi nous avons affaire avec le FN.

J’en profite pour préciser un autre point: pourquoi ne pas avoir mentionné le référendum comme « outil » possible de la « rénovation démocratique » ?

Essentiellement, et c’est bien pour cela que Mme Le Pen compte l’utiliser, parce qu’il est là encore historiquement bien attesté qu’un tel outil fait partie de la panoplie classique de la démagogie et du populisme, et que, sous des formes diverses (« plébiscite » en particulier), il a servi a justifier des régimes autoritaires habiles à manipuler et exploiter l’affectif et l’émotionnel (« cf. « Césarisme », « Bonapartisme » – voir là dessus encore, toujours dans la même revue, l’article de Charles Giol, « Le spectre du césarisme », p. 52-54. On sait par exemple qu’un « référendum » proposé après quelque infanticide atroce aurait toutes les chances d’aboutir à la restauration de la peine de mort).

La constitution, sur la base du tirage au sort, d’assemblées populaires conviées à un exercice d’expertise et de délibération formé et informé   a toutes les chances de se montrer beaucoup plus fiable que l’instrument ambigu du référendum (dont l’emploi peut être cependant conservé moyennant des protocoles précis et rigoureux).

Ajout:

Un bel article

http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2017/04/30/l-espagne-ce-pays-ou-l-extreme-droite-n-existe-pas_5120285_3232.html

qui démontre, comme je le disais plus haut, qu’établir une relation nécessaire entre la « colère » et la montée d’une extrême droite fascisante et xénophobe constitue une erreur d’analyse.

Pour exprimer leur ras-le-bol au sujet de la crise, les Espagnols ne se sont pas tournés vers les partis d’extrême droite : ils ont préféré porter les deux nouveaux venus de la scène politique, la formation anti-austérité Podemos et, dans une moindre mesure, les centristes de Ciudadanos. « Comme partout en Europe, la crise économique a eu des conséquences sur le système politique, mais, en Espagne, la colère ne s’est pas exprimée de la même manière qu’ailleurs, explique Jorge Galindo. Pablo Iglesias, le leader de ­Podemos, a souvent dit qu’il avait évité la montée de l’extrême droite. C’est vrai dans la mesure où il a su répondre au mécontentement et à l’envie de changer le système. »

L’Espagne serait-elle vaccinée à vie contre le populisme et la xénophobie ? Carmen Gonzalez Enriquez est assez optimiste. « Il est toujours risqué de faire des pronostics, mais, à l’horizon de dix ou quinze ans, je ne crois pas que l’on puisse craindre une montée de l’extrême droite. »

Par les temps qui courent, la « colère » est partout.

Mais le fait de flatter la pulsion raciste, xénophobe, l’exclusion de l’autre etc. relève de tout autre chose: d’une stratégie délibérée pour laquelle la situation économique n’est qu’un prétexte parmi d’autres, tout comme peuvent l’être, à tout moment, la différence religieuse, ethnique, la différence des pratiques sexuelles ou même la différence entre deux équipes au stade du Heysel.

Ouvrir la boîte de Pandore de la désinhibition de la pulsion constitue une stratégie à part entière, délibérée, dont on sait qu’elle peut profiter de n’importe quel prétexte.

Ne nous laissons pas tromper par le discours du FN. C’est Mme Le Pen et non l’injustice économique et sociale qui fait le lit des extrémismes fascisants. Prenons exemple sur les espagnols, et ne laissons pas défigurer et avilir la légitimité de nos colères!

13 commentaires sur “« Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ». À propos d’un avertissement urgent de B. Brecht. Et sur James Baldwin, les populismes et la nécessité de revivifier la démocratie. Quelques variations sur des thèmes de Jacques Rancière, Pierre Rosanvallon, Yves Sintomer, et quelques autres.

  1. Bonsoir Désidérius,

    Je n’ai pas grand-chose à ajouter à ton argumentation que je partage et qui fait bien avancer ma réflexion.
    Un petit clin d’oeil peut-être…

    Bonne soirée,
    Thierry

  2. Bonsoir Thierry,
    Content de te retrouver. Merci pour ton commentaire et pour la référence judicieuse aux inénarrables Monty Python. Ils illustrent parfaitement en effet un certain « nonsense » qui peut aussi avoir cours en politique…
    [ajout: je me suis permis de mentionner cette superbe référence – en précisant qu’elle venait « d’un ami » qu’on peut retrouver sur mon blog – dans un « commentaire » à un éditorial du Monde:
    http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2017/04/29/le-perilleux-ni-ni-de-m-melenchon_5119941_3232.html ]

  3. Merci pour ce remarquable travail de documentation, de réflexion, d’analyse et de synthèse.

    Je m’empresse de transférer le lien vers cette page de votre blog à certaines de mes connaissances, encore engluées dans le doute ou le ni-ni, afin que vous puissiez, je l’espère, les aider à ne pas laisser leur engagement citoyen au niveau du vote de certains « insoumis » : nul.

  4. Merci à vous, Claustaire.
    Cela fait plaisir de voir revenir les sympathiques « anciens »!
    Et tant mieux si ma modeste production peut contribuer à faire évoluer quelques opinions…

  5. Bonsoir Désidérius,
    « Ni-ni » : quelques remarques.
    Arguments entendus en faveur du « ni-ni » et mes remarques :
    « MLP ne sera pas élue, donc je m’abstiendrai/voterai blanc »
    Heureuses personnes qui connaissaient d’avance le résultat d’une élection… Vous avez oublié le Brexit ? Trump ?
    De plus, c’est un peu facile. Je reste « pur » car les autres se seront compromis…
    Ou alors c’est du calcul. Faire en sorte que EMacron soit mal élu… Cette nouvelle façon de faire de la politique ressemble assez à l’ancienne… En plus d’être totalement aléatoire, ou non rationnelle – « Miroir, miroir, dis moi qui sera élu ? » –

    « EMacron en 2017, c’est MLP en 2022, parce que c’est la politique de Macron qui amènera MLP en 2022. »
    – Encore une fois, pure spéculation. Qui peut sérieusement prétendre connaître l’état d’esprit de nos concitoyens en 2022 ?

    – Alors, il vaut mieux avoir MLP en 2017 qu’en 2022 ?

    – Avec ce raisonnement, en 2012, après 5 ans de d’une présidence Sarkozy, qui ne se caractérisait pas vraiment par de la justice sociale, on aurait du avoir au minimum, le FN au second tour des présidentielles…

    – Cela signifie t-il qu’en 5 ans de présidence Macron, vous vous sentez incapable de proposer une alternative au FN à nos concitoyens ?

    Camarades – j’ose ce mot- « ni-ni » de « gauche », parlons responsabilités. Si, il y avait eu une candidature unique à gauche, une candidature issue d’une primaire concernant toutes les forces politiques de gauche, l’hypothèse d’un candidat « label gauche garantie » , présent au second tour de cette élection, aurait été probable…

    Je trouve également que ce « ni-ni » peut avoir, un effet pervers redoutable. En mettant dans le même sac MLP et Emacron, ne risque-t-on pas de « normaliser » encore plus le FN ?

    Ce « ni-ni » m’interpelle. D’ou vient-il ? Qu’est ce qui l’alimente ? Je trouve qu’il est un signe supplémentaire de la déliquescence de notre pensée.
    Et ce n’est pas cet article http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/05/02/chez-certains-intellectuels-le-vote-pour-bloquer-le-fn-ne-va-plus-de-soi_5120896_4854003.html qui me rassure.

    Bon courage,
    Thierry
    PS: je trouve que la photo que tu as publié est très forte. Et très utile.

  6. Merci Thierry pour ces remarques pertinentes que je partage entièrement, une fois de plus.
    Concernant l’article auquel tu fais référence, j’avais envoyé un petit « commentaire » qui n’est pas passé, je ne sais pourquoi. J’y attirais l’attention sur la « clairvoyance » d’Emmanuel Todd en citant une de ses interview parue dans « Le Parisien », le 13/09/2006, avant l’élection de N. Sarkozy:
    « Je ne crois pas que Nicolas Sarkozy puisse séduire l’électorat français. Je crois même qu’il n’a aucune chance et qu’il perdra au second tour contre n’importe quel candidat de gauche« .
    Bel exemple de discernement d’un grand « intellectuel » français, qui vient maintenant prôner ouvertement le « ni-ni ».
    Quant à M. Onfray, ayant longuement disserté à son propos sur ce blog, je n’attendais pas grand chose d’autre d’une telle « sommité intellectuelle »…
    Par exemple:
    http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2015/10/16/cosmos-ou-cosmetique-petite-participation-au-degonflage-de-quelques-baudruches-de-m-onfray3-le-best-of/
    etc.
    Mais visiblement, il est encore tombé plus bas !

    À bientôt, et bon courage à toi aussi.
    Désidérius

    PS: pour ce qui est de quelques raisons possibles du succès du « ni-ni » du côté d’une certaine « gauche », l’article de Jean Birnbaum me paraît pertinent:
    http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/05/02/le-4-aout-de-melenchon-ou-l-antifascisme-trahi_5120680_4854003.html
    La citation de Ernst Thälmann est, en particulier, d’une troublante actualité.

  7. Bonsoir…
    car déjà est passée cette journée passée à lire, relire, archiver une foultitude d’articles récents ou anciens, entre le Monde, The Conversation (site que vous connaissez, je suppose) et certaines de votre blog.

    De fil en fil, de lien en lien, réfléchissant à ces notions de démocratie (représentative, participative, délibérative, aléatoire, directe, etc. sur lesquelles une brûlante actualité remet le débat) me voici revenu sur cette page de votre blog (dont j’avais oublié que je l’avais déjà commentée pour l’apprécier) qui me semble toujours aussi juste que féconde.

    J’ai notamment découvert les travaux et réflexions d’un Sintomer, à qui je n’avais pas suffisamment fait attention. J’ai trouvé pas mal de liens vers certains de ses articles et publications.

    De votre côté, en auriez-vous d’autres, sur diverses réponses démocratiques qui pourraient être (ou avoir été) proposées autour de la nécessaire revitalisation de notre démocratie représentative (et des nouveaux outils ou procédures dont elle pourrait être dotée) ?

    A titre de curiosité vous pourrez juger de la naïve bonne volonté avec laquelle je mets, avec prudence, deux doigts de pied dans l’eau du maelstrom politico-social dans lequel nous sommes pris :

    http://claustaire.blog.lemonde.fr/2018/12/12/democratie-representative-participative-directe-revee-cauchemardee/

    Cordialement.
    Et à de prochains échanges, je l’espère.
    C.S.

  8. Bonjour Claustaire,

    Je n’ai pas trop de temps pour vous répondre en ce moment, mais je reviendrai dès que possible sur les réflexions de votre blog, qui méritent d’être étudiées avec attention.
    Pour ce qui est des références sur la nouvelle donne en ce qui concerne la démocratie, je vous renverrais surtout à des « classiques » tels que ceux que j’ai cités dans le post, en particulier Jacques Rancière et sa « Haine de la démocratie » (2005), les nombreuses publications de Sintomer, Rosanvallon, Florent Guénard et sa « Démocratie universelle« , etc. Tous ces auteurs étaient cités dans le Hors Série de l’Obs que je mentionne. À la mode en ce moment Yascha Mounk (l’un des inspirateurs de Raphaël Glucksmann et de « Place publique »), dont je n’ai pas encore lu « Le peuple contre la démocratie« . Mais différents articles, recensions, entretiens etc. sont disponibles par ci par là sur internet.
    Il doit bien sûr y avoir bien d’autres pistes…
    Je serais moi aussi heureux de connaître vos suggestions sur le sujet.
    Cordialement et à bientôt.

  9. Bonjour cher Claustaire,
    (Je vous réponds sur mon blog pour les raisons de commodité que vous connaissez. Vous pouvez bien sûr reproduire ces réponses sur le vôtre).

    Je reviens sur quelques aspects de votre post publié sur votre blog le 12 décembre, dont vous donnez la référence ci-dessus.

    Sur le 1) : Tout comme vous, je suis partisan de la plus grande prudence en ce qui concerne l’usage des « votations » afin d’éviter de les transformer à la moindre occasion en douteux plébiscites « dégagistes », « avec l’instabilité gouvernementale sinon démocratique qui s’en suivrait… ».
    Je ne pense pas pourtant qu’« au cas où une loi mise en projet par le gouvernement ou validée par l’A.N. suscitait une vive émotion populaire, protestations et mobilisations citoyennes significatives, on devrait pouvoir concevoir qu’elle soit alors (re)mise en débat public durant un certain temps puis soumise à consultation populaire » impliquerait nécessairement « qu’un gouvernement ayant proposé une loi qui aurait été dénoncée par une telle consultation doive ensuite démissionner ».

    À condition d’en préciser les contours, on pourrait concevoir que des référendums bien préparés – cf. la nécessité d’en confier la rédaction à des « commissions » tirées au sort (afin d’éviter le noyautage et la confiscation par tel ou tel groupe militant) et longuement formées et informées – pourraient au contraire renforcer la légitimité législative d’un gouvernement qui accepte le défi d’accroître la séparation des pouvoirs en instaurant une sorte de troisième chambre non permanente au sein du parlement.

    Après tout, dans notre système actuel, des lois peuvent être refusées ou retoquées par le Sénat sans pour autant mettre en danger un gouvernement.
    Une troisième instance « critique » ne changerait pas fondamentalement la donne.

    2) : Même prudence sur la question de la proportionnelle intégrale du fait en particulier des « pervers marchandages ou débauchages (comme l’illustre l’histoire de notre IVe république) » que vous signalez avec pertinence. (cf. aussi les critiques de « Pierre »).

    Pour ces raisons, je serais pour ma part plutôt partisan d’un type de « panachage » dont il faudrait bien sûr préciser les modalités.

    Je ne partage pas votre critique du tirage au sort comme « hasard (où l’on voyait au moins naguère l’intelligente main d’un Dieu ou d’une Providence) ».
    Je pense que lui laisser une place comme complément (peut-être surtout occasionnel), nécessairement à côté d’assemblées plus « classiques », pourrait assurer un gain en représentativité et légitimité, justement du fait qu’il permettrait de lutter contre la confiscation de la représentation par des « professionnels » partisans ou des technocrates forcément coupés de la diversité des citoyens.

    Bien entendu, comme dit plus haut, de telles commissions tirées au sort et collaborant (en permanence ou de façon occasionnelle) avec les assemblées classiques devraient être formées et régulièrement renouvelées pour éviter la professionnalisation et apporter aux autres assemblées le complément de représentativité qui leur fait obligatoirement défaut du fait de leurs caractéristiques propres (et tout aussi nécessaires : élection sur des programmes précis ; permanence dans la durée, etc.).

    3) Quant à la « démocratie numérique », j’avoue que je suis très réservé.

    Tout en reconnaissant avec vous que « cette voie vers plus de démocratie directe ou participative mériterait sans doute d’être ouverte, déblayée, déminée, voire déniaisée », j’ai bien peur que, tout comme le plébiscite, elle coure le risque d’être récupérable et manipulable à merci.

    Si une commission tirée au sort peut-être informée et formée sur des questions précises, comme c’était le cas de la démocratie directe dans la petite Athènes, qu’en serait-il de 40 millions d’électeurs soumis au bombardement permanent des réseaux sociaux, etc. ?

    J’ai bien peur que la récente « élection Whatsapp » de Bolsonaro représente le danger irréductible de ce type de « démocratie directe ». On peut dire qu’en fait, elle a déjà fonctionné, avec les résultats que l’on sait… !

    Enfin, tout à fait d’accord avec les termes de votre « réponse à Pierre ». Je me sens proche de vous dans cette démarche.

    Cordialement à vous, et à bientôt pour la nouvelle année !

  10. Bien reçu, merci pour les enrichissements proposés.

    Entre temps, de mon côté, j’ai aussi vu évoluer ma propre réflexion. Nous en reparlerons.

    A une (proche) prochaine, j’espère. Cordialement.
    Et puisse Janus vous sourire !

  11. Bonsoir,
    je me rends compte que j’avais depuis un moment, de mon côté, noté plusieurs points de votre réponse que je souhaitais approuver et les ai égarés dans mon ordi (où ne cessent de s’accumuler notes, fiches, contre-fiches et articles sur l’événement hystéro-historique que nous sommes en train de vivre).

    1 Il serait en effet normal qu’en démocratie un gouvernement disposant de sa « légitimité élective » accepte que soit, à l’occasion, vérifiée sa « légitimité d’exercice » ou la conformité de ses projets législatifs avec le programme sur lequel il aura été élu ou sur ce qu’une situation nouvelle et imprévue pourrait exiger.

    2 Ai-je bien compris que ce n’est pas tant un RIC (à l’initiative de citoyens) que vous proposeriez dans ce cas pour organiser de telles validations ou compléments législatifs mais la constitution d’une commission ad hoc, tirée au sort, espèce de 3ème chambre non permanente ? Et ce n’est donc pas une initiative citoyenne qui rédigerait la question à poser à la nation, mais cette commission ?

    3 Une A.N. constituée à la fois de députés élus au scrutin majoritaire uninominal à un ou deux tours et d’élus à la proportionnelle sur listes d’apparatchiks (selon la « dose » de proportionnelle qu’on aurait instillée) risquerait d’être le lieu de conflits entre élus qui s’estimeraient les uns plus légitimes, les autres plus représentatifs.

    Deux assemblées, l’une élue au scrutin uninominal, l’autre à la proportionnelle (voire pour moitié par tirage au sort parmi des élus locaux, maires ou conseillers municipaux, par exemple) pourraient être plus facilement complémentaires, et un désaccord grave entre ces deux assemblées pourrait justement imposer alors une consultation référendaire dont la question serait rédigée par la 3ème instance tirée au sort à cette occasion.

    4 Je reste pour ma part fort intéressé par la possibilité que la nation puisse obtenir le droit de se prononcer elle-même par référendum sur certaines lois favorables à des libertés ou droits fondamentaux (comme celle autorisant l’assistance médicale au suicide en fin de vie ou de maladie dégénérative incurable).

    Voici donc, pour ce soir, les divers petits cailloux semés sur le chemin d’une démocratie que je ne voudrais pas voir se perdre…
    Cordialement.

  12. Bonsoir Claustaire.

    Toujours content de retrouver vos remarques stimulantes !

    Entièrement d’accord avec votre
    1): « Il serait en effet normal qu’en démocratie un gouvernement disposant de sa « légitimité élective » accepte que soit, à l’occasion, vérifiée sa « légitimité d’exercice ».

    Sur le
    2), je suis assez d’accord avec ce que Y. Sintomer nomme un RIC « couplé avec l’autre grande revendication institutionnelle des « gilets jaunes » – l’assemblée citoyenne tirée au sort« .
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/18/gilets-jaunes-fonder-une-republique-a-la-hauteur-des-defis-du-xxie-siecle_5399064_3232.html

    Il mentionne la procédure utilisée en Orégon: « avant la votation, le texte de l’initiative est soumis à un jury citoyen tiré au sort, qui discute dans des conditions presque idéales, entendant le pour et le contre sur la base d’un matériel informatif soigneusement équilibré. Les conclusions du jury sont ensuite envoyées aux citoyens, en même temps que les argumentaires des auteurs de l’initiative et des autorités en place. Un moment délibératif fort est ainsi introduit dans une dynamique de démocratie directe« .
    Il y aurait donc trois moments:
    – 1) un projet d’initiative citoyenne, porté par une pétition d’au moins 800 000 ou un million de signataires.
    – 2) le travail d’un jury citoyen tiré au sort sur ce projet, « sur la base d’un matériel informatif soigneusement équilibré« , en vue en particulier de préciser le questionnement.
    – 3) Le référendum proprement dit, informé par les conclusion du jury citoyen ainsi que par « les argumentaires des auteurs de l’initiative et des autorités en place« .

    Il me semble qu’une procédure de ce genre pourrait être démocratique sans pour autant courir le risque de la démagogie ou de la confiscation par des groupes de pression.

    Pour ce qui est du
    3), j’avoue que j’ai du mal à trancher: le modèle à 2 assemblées + 1 ( une « uninominale », l’autre « proportionnelle », et l’assemblée tirée au sort en vue de la résolution des éventuels conflits entre les deux premières), me paraît pertinent, mais peut-être lourd. D’autant plus si on y ajoute le Sénat… On pourrait peut-être penser à le supprimer, dans un tel modèle, car le mode de représentation serait suffisamment équilibré et la complémentarité mieux assurée. À voir, mais l’a priori est favorable…

    4) Pour ce qui est de la possibilité de référendums sur certains sujets fondamentaux, dont je reconnais moi aussi la nécessité, je crois qu’un système mixte, tel que celui de l’Orégon proposé par Y. Sintomer serait susceptible d’éviter le risque important de dévoiement du référendum en plébiscite populiste.

    Voilà pour ce soir mes quelques petits cailloux supplémentaires. Puissent-ils ne pas trop faire trébucher une démocratie soumise en ce moment à l’épreuve – féconde – de sa fragilité !

    Cordialement à vous.

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