D’une étrange désinhibition du nationalisme. Et de ses conséquences pour l’avenir de l’Europe et du monde.

Les mouvements patriotes basques et catalans sont loin d’être une nouveauté.

En cela, la tension prévisible – et pourtant tellement sous-estimée – qui s’est manifestée en Catalogne n’a pas grand-chose de surprenant pour qui s’intéresse tant soit peu à l’histoire des Espagnes.

Mais j’avoue avoir été étonné – quoiqu’encore une fois peu surpris – par autre chose : en l’occurrence la démesure et l’indécence de très nombreuses réactions face à des mouvements qui n’ont de cesse de se réclamer de la non-violence et de la démocratie.

Tout comme on s’est aperçu lors de la dernière campagne présidentielle qu’il ne fallait pas gratter beaucoup pour réveiller chez nombre de français les tendances xénophobes, islamophobes, voire antisémites etc. qui sommeillent à peine, on se rend compte qu’il existe – outre, bien sûr, des nostalgies franquistes en Espagne qui n’hésitent pas à entonner « la Cara al Sol », cela n’a rien d’un scoop –

http://abonnes.lemonde.fr/europe/article/2017/10/04/les-menaces-de-secession-ravivent-le-nationalisme-espagnol_5195914_3214.html

un nationalisme à fleur de peau sur le territoire français, dont la violence des réactions devrait constituer à juste titre un sujet d’étonnement et de préoccupation (cf. le post précédent pour ce qui est de la signification du terme nationalisme et de sa distinction d’avec le patriotisme).

Car « l’affaire catalane » (qui est avant tout, une fois de plus, une affaire castillane) semble avoir déclenché, si ce n’est chez l’ensemble des français, du moins dans l’échantillon représentatif qui se manifeste à travers les « commentaires » aux articles de journaux, un véritable psychodrame d’une ampleur que je n’aurais pas soupçonnée.

Le psychodrame d’une désinhibition délirante d’un nationalisme décomplexé.

Car comment qualifier ce qui bien souvent se présente comme un déchaînement haineux contre les « indépendantistes » catalans « incapables de prendre en compte les opinions qui divergent des leurs » (sic), aptes à « diviser pour régner sur des petits vieux qui comptent leurs sous » (sic), « aux portes de la xénophobie » (sic), « nationalistes étroits et égoïstes … méprisants, xénophobes » (sic), « sentiment de très forte supériorité, égoïsme effréné » (sic), « néo-nazis » (sic), pour ne dresser qu’un rapide florilège rassemblé en quelques minutes à la lecture de moins d’une vingtaine de commentaires.

Je laisse imaginer la liste qu’on pourrait établir en reprenant les milliers de commentaires suscités par des dizaines d’articles…. Cela justifierait une instructive approche sociologique.

Un tel déchaînement irrationnel donne le vertige : on s’attend presque à rencontrer le catalan aux doigts crochus (riche égoïste, voire banquier, bien sûr…), prêt à s’emparer sans scrupules des biens du petit peuple, et dont le portrait fleurissait jadis sur certaines affiches.

Pire même, puisque le terme de « nazi » est utilisé à de nombreuses reprises pour le désigner.

L’ensemble se révèle donc pour le moins inquiétant, d’où ma remarque suite à un article :

À lire bien des « commentaires » historiquement et juridiquement faibles, on est porté à croire que la « crise catalane », qui est surtout le problème d’une certaine Espagne, sert d’exutoire pour désinhiber un jacobinisme outrancier, voire des relents nationalistes français ou castillans à la tonalité bien ambigüe, si ce n’est raciste. Il y a pourtant mieux à faire pour la paix, l’honneur de l’Espagne, de l’Europe, mais aussi de la France et des français.

Aussitôt taxée bien sûr « d’incongruité » par un défenseur acharné de l’indissolubilité de l’État espagnol, de l’égoïsme quasi-génétique du peuple catalan et autres  billevesées.

[à propos de cet argument récurrent de « l’égoïsme », je me permets de reproduire mon « commentaire » à un autre article :

L’argument de « l’égoïsme catalan », insultant, est ridicule : les catalans ne sont ni plus ni moins égoïstes que tout autre peuple. Le problème est avant tout politique: pas plus que la France n’accepterait que ses impôts soient gérés par Berlin, la Catalogne n’accepte qu’ils soient gérés par Madrid. Si, comme aux États-Unis (70% de l’impôt redistribué au niveau fédéral en priorité aux États les plus pauvres) l’UE se dotait d’un budget solidaire, la Catalogne y participerait comme les autres.]

Il se trouve que je suis depuis bien longtemps sensibilisé à la problématique des peuples minorisés, et qu’à ce titre, j’ai rencontré et je rencontre encore nombre de militants catalanistes, occitanistes, abertzale (patriotes basques), etc.

Et n’en déplaise aux nationalistes français et castillans, ce n’est pas chez eux que je rencontre les étonnantes réactions évoquées ci-dessus.

Il y a certes eu, dans l’Histoire des mouvements patriotes basques, catalans, etc. des tendances se réclamant du « nationalisme » (le terme figure encore par exemple dans la dénomination du PNV – Parti Nationaliste Basque), cela parce que la classique conception des États-Nations telle qu’elle caractérisait l’Europe du XIXème siècle constituait une référence obligée pour qui entendait promouvoir les droits d’un peuple. N’oublions pas que le PNV fut fondé en 1895 par Sabino Arana Goiri, et que l’approche « nationaliste » au sens classique y est effectivement présente.

Lorsque Sabino Arana Goiri, fondateur du nationalisme basque dessine l’ikurriña (le drapeau basque), il justifie la croix de Saint André verte par une mythique autant qu’obscure bataille d’Arrigorriaga durant le haut Moyen Âge. Partout en Europe à la même époque, l’histoire devient un roman au service d’un projet politique (Peio Etcheverry, Peio Etcheverry-Ainchart, Pourquoi nous sommes Abertzale, 55 clés pour comprendre le mouvement basque, Arteaz, 2017, p. 14.

Quoi d’étonnant à ce que cette approche nationaliste soit alors présente dans les mouvements basques et catalans, tout comme elle l’est à la même époque en Allemagne, en Italie, ou dans la France de « nos ancêtres  les gaulois » qui suscite encore, on le sait, bien des nostalgies ?

Mais poursuivons notre lecture de l’ouvrage cité :

Les abertzale que nous sommes assumons – et voyons même comme une richesse – la diversité qui depuis des siècles caractérise les cultures et les peuples présents au Pays Basque.

Aujourd’hui, 53% des habitants du Pays Basque Nord y sont nés, et un tiers environ sont immigrés (ces statistiques sont respective­ment de 85% et 11% pour la France). Ces chiffres éclairent la réalité de ce territoire et de cette nation, et vont à l’opposé d’un Pays Basque fermé que certains se plaisent à évoquer. Malgré parfois des réticences ou des agacements – l’arrivée de dizaines de milliers de personnes supplémentaires au Pays Basque nord dans les prochaines décennies est parfois perçue avec inquiétude, pour la survie de la langue en particulier -, il est évident que l’immigration est un atout pour le Pays Basque, qui est l’un des territoires européens où le vieillissement de la population est le plus marqué. En outre, ce n’est pas à l’une des diasporas les plus actives de la planète – les personnes originaires du Pays Basque seraient près de 5 millions sur la planète – à choisir la fermeture des frontières ou une vision nombriliste de la nation.

Le Pays Basque est aujourd’hui un territoire multinational et les enquêtes régulières faites sur le sentiment d’appartenance de ses habitants le prouvent.

De ce fait, la conception française d’un État-nation univoque est rejetée, car elle ne correspond pas à la réalité de ce pays et porte en elle les germes de la non-reconnaissance des droits politiques d’une partie de la population. Nous souhaitons un statut politique qui conférerait une citoyenneté basque aux habitants qui le désirent. Quelle plus belle utopie qu’un immeuble bayonnais dans lequel un résidant choisirait une nationalité et son voisin de palier une autre, dans le respect mutuel et une parfaite égalité de droits ?

Dans ce domaine également, le Pays Basque pourrait être un laboratoire pour d’autres territoires de la planète (id. ibid. p.22).

À commencer par l’Europe, bien sûr…

Pour finir, il est assez étonnant de constater que les revendications ou les propositions développées par les abertzale depuis des décennies sont aujourd’hui plus que jamais en phase avec les défis qui se posent au Pays Basque, mais aussi à tous les habitants de la planète.

Il est habituel de dire qu’Euskal Herria est un pays singulier, nous autres abertzale avons à cœur de le conjuguer au pluriel. Face à un monde qui s’interroge sur l’identité, les frontières, le modèle socio-économique et l’avenir même de la planète, nous ne proposons pas des solutions toutes faites, mais plutôt des repères et des pistes pour relever ces défis.

Les préhistoriens sont nombreux à confirmer que le processus d’humanisation de la planète s’est fait par la diversification.

Devant les menaces d’uniformisation qui pèsent sur l’humanité dans tous les domaines, nous réaffirmons qu’être abertzale est la meilleure façon de construire l’universel (id. ibid. p. 96).

 

De telles affirmations, qu’on pourrait bien sûr trouver aussi sous la plume de la plupart des patriotes catalans, sont aux antipodes d’une compréhension archaïque des États-Nations tels qu’on les a connus fauteurs des guerres du XIXème et du XXème siècle, et tels qu’ils paraissent donc encore de nos jours attiser des antagonismes qui n’existent que parce les conditions en ont été créées par eux-mêmes, et susciter les bouffées délirantes de nationalistes arc-boutés sur la défense de modèles qu’on peut légitimement estimer dépassés.

Le patriotisme catalan, comme basque, etc. s’inscrit désormais dans son immense majorité dans ce type d’approche. Qu’elle prenne au niveau européen la forme d’une fédération, d’une confédération, ou une autre encore à inventer, la question est ouverte et féconde et mérite largement d’être discutée.

Qu’on qualifie « d’utopie » ce nouveau questionnement, soit.

Il n’empêche que, pour ma part, malgré les indéniables difficultés qu’elle soulève, je préfère partager une utopie de ce genre plutôt que des dystopies nationalistes capables de susciter les insultes ignorantes et nauséabondes mentionnées ci-dessus, ou celles qui estiment justifié qu’un État réponde par la force militaire aveugle aux revendications légitimes de millions de personnes.

L’avenir dira bien sûr si ce sera l’utopie ou la dystopie qui caractérisera l’Europe du futur. Je pense pour ma part que la deuxième ne pourrait se maintenir que de façon sans cesse plus violente et illégitime.

Qui peut penser en effet que le vouloir d’un Roi, et la complicité d’instances européennes qui – une fois de plus – ne se caractérisent ni par le courage ni par la clairvoyance, transformeront en « espagnols » des catalans qui, depuis des siècles, refusent la domination de Madrid ?

Il serait grand temps de sortir du déni et d’accepter les évidences…

Hélas, l’incroyable et honteux déchaînement verbal auquel donne lieu la simple évocation d’une question qui devrait alimenter une réflexion approfondie et argumentée laisse présager que le virus malfaisant du nationalisme fauteur de violences et de guerres est encore solidement installé dans bien des esprits.

 

PS :

Je suis en outre surpris que des productions sérieuses, qui me semblent indispensables bien que sujettes à légitimes discussions, telles que celles que j’ai mentionnées dans mon post précédent

https://www.unige.ch/gsi/files/9315/0461/7440/CATALONIAS_LEGITIMATE_RIGHT_DECIDE.pdf

http://www.diplocat.cat/fr/index.php?option=com_content&view=article&id=139&catid=104&lang=fr&Itemid=242

[ajout du 05/11: à ce jour, ces vidéos, qui contenaient diverses conférences relatives à la légitimité de l’indépendance de la Catalogne au regard du droit international, dont une journée d’étude organisée à l’IEP de Paris, ne sont plus disponibles.

C’est en fait l’ensemble du site diplocat.cat, site diplomatique de la Généralité de Catalogne, qui est désormais inaccessible sur le Web. Pour quelles raisons ? Censure de la part du gouvernement de Madrid ?]

ou encore :

https://ccec.revues.org/6230

n’aient reçu aucun écho dans les médias français ou castillans qui leur préfèrent trop souvent les jugements à l’emporte-pièce.

Harmoniser les différents niveaux du droit (national, européen, international) afin d’éviter le plus possible les tensions, dues à leurs conflits, que nous observons en ce moment, devrait être considéré comme une tâche urgente. Le psittacisme stérile de bien des réactions politiques, articles et commentaires montre hélas que le conformisme paresseux a de beaux jours devant lui, quitte à engendrer lui-même une violence contre laquelle il se glorifie de lutter.

Alors même qu’il en est le premier responsable…

 

Ajout du 09/10:

Une « réaction » postée ce matin suite à un article:

Quel que soit le nombre des manifestants [du 08/10], les opposants à l’indépendance auraient tort de se laisser griser par les chiffres. La solution ne passe pas par la rue et l’escalade des mobilisations. Les indépendantistes ont montré (cf. Diada de 2015) qu’ils sont capables de rassembler largement plus d’un million de personnes. En cas d’obstination, des manifestations coordonnées entre catalans, basques et galiciens auraient raison de l’État espagnol… L’urgence est celle d’un référendum légal.

Ajout du 20/10:

Est-ce que je me trompe, ou bien très peu de journaux nationaux ont relayé ces informations, que j’ai dû aller chercher du côté de la Belgique:

https://www.rtbf.be/info/societe/detail_amnesty-international-exige-la-liberation-immediate-des-deux-leaders-separatistes-catalans?id=9740348

https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2017/10/spain-excessive-use-of-force-by-national-police-and-civil-guard-in-catalonia/

Mais il est vrai que cette organisation n’offre pas des garanties de fiabilité suffisantes, comme le dit en particulier M. Poutine.

On comprend donc bien que des médias plutôt portés à refléter les opinions autrement crédibles des nationalistes français et castillans soient plutôt réticents à lui faire confiance.

9 commentaires sur “D’une étrange désinhibition du nationalisme. Et de ses conséquences pour l’avenir de l’Europe et du monde.

  1. Je vous avais répondu sur Le Monde; l’Allemagne et la France sont des états, pas la Catalogne. Vous avancez une légitimité qui n’existe pas pour la Catalogne.
    Cette lettre d’un lecteur espagnol répond très bien à vos arguments qui font passer les nationalistes catalans et leurs revendications pour de pauvres victimes et l’état espagnol un horrible oppresseur.
    http://mediateur.blog.lemonde.fr/2017/10/05/espagne-historiquement-parlant-la-region-de-catalogne-na-jamais-existe-en-forme-dentite-independante-ni-souveraine/#comment-4219

  2. Bonjour, et merci pour votre réaction.
    Je me souviens en effet parfaitement de votre réponse, ainsi que de celle que je lui avais donnée. Celle-ci ira dans le même sens.

    En effet, la France et l’Allemagne sont actuellement des États, et non la Catalogne. Le problème étant que vous confondez le fait historique et la légitimité démocratique. Il n’y a pas si longtemps, la France allait de Dunkerque à Tamanrasset, et l’Empire allemand comprenait une grande partie de la Pologne. Fallait-il dire pour autant que la question de la légitimité d’un État algérien ou d’un État polonais ne se posait pas ? On sait que la réponse donnée par les États-nations français et allemands à une telle question a été le déni et la guerre. Il aurait pu en être autrement.

    Pour ce qui est de la Catalogne, votre « lecteur espagnol » a, comme beaucoup d’espagnols (et de français qui pensaient que l’Algérie était un département de la France…) une vision historique déformée: il n’est objectivement pas vrai que la Catalogne n’ait jamais existé sous forme d’entité indépendante. Comme je le rappelle dans mon « post » précédent, sans même parler de la riche histoire du Comté de Barcelone fondé lors du démembrement de l’Empire Carolingien, une République Catalane a été proclamée dès 1641, et après certes bien des péripéties, une nouvelle République Catalane est proclamée en 1931, qui sera abolie dans le sang par la dictature franquiste et ses alliés nazis.

    Mais là n’est pas l’essentiel.

    Encore une fois, ce n’est pas le fait historique ou territorial qui constitue la conscience d’une nation. Cette conscience est plus forte et plus profonde, et repose en particulier sur une communauté de langue et de culture.
    Pour reprendre une citation judicieuse du petit livre que j’ai cité ci-dessus « Le passé n’apporte aucune justification sur le présent, et conquête ou pas conquête, les droits nationaux du peuple basque [pour nous ici catalan] se fondent à nos yeux sur ce que veulent les gens d’aujourd’hui et non sur ce qu’étaient les gens d’hier. La solution à la question basque [ou catalane] contemporaine appartient aux générations actuelles et futures, si tant est qu’elles puissent jouir des conditions démocratiques pour y accéder. Se pose alors la question de l’autodétermination, ainsi que celle du cadre d’un éventuel référendum » (op. cit. p.15).

    Si donc « ce que veulent des gens d’aujourd’hui« , en Catalogne comme en Euskadi ou en Écosse, c’est une forme d’indépendance, qui sommes-nous, qui êtes-vous donc pour décider à leur place, comme le firent légitimement les « français » d’Haïti ou ceux d’Algérie ou d’ailleurs ?

    La tenue d’un référendum démocratique, que le droit international n’interdit nullement (cf. les articles mentionnés ci-dessus concernant le « droit de décider ») est donc parfaitement légitime.
    Et son autorisation (qui aurait d’ailleurs peut-être abouti à un refus de l’indépendance par le peuple catalan, refus qui aurait été accepté comme en 2014 par les partis indépendantistes*, tout comme il a été accepté en Écosse) aurait évité à l’Espagne et à ses politiques de sombrer dans la honte et dans ce psychodrame ridicule, qui ne fait sans doute que retarder les échéances en plus de renforcer les tensions.

    Cordialement

    [*correctif: Expression trop rapide et imprécise de ma part. Je m’en excuse. On sait que lors du référendum de 2014, le « oui » à l’indépendance a été majoritaire à 80,76 %. On peut toutefois s’interroger sur la légitimité d’un tel résultat alors que le vote n’a mobilisé qu’environ 40% de la population. La même remarque peut être faite quant à la représentativité du référendum du 1er octobre. D’où l’urgence d’un véritable référendum – demandé par une forte majorité de catalans (70 à 80 %) – qui présente toutes les garanties de la légalité et de la démocratie].

  3. Bonjour,

    j’apprécie beaucoup votre article. Il me semble aussi que la plupart des commentateurs français de la situation en Catalogne réagissent du point de vue jacobin (inculqué en France dès l’école), qui leur fait détester l’idée des minorités -ou identités – régionales, aussi bien en France qu’à l’étranger. Il ne faudrait pas les pousser beaucoup pour dire que même l’autonomie est une erreur et doit être supprimée.

    Ils sont incapables de réaliser que leurs réactions sont aussi nationalistes que le nationalisme qu’ils reprochent aux catalans, à la seule différence qu’il s’agit du nationalisme majoritaire et non d’un nationalisme minoritaire.

    De même, leur reproche du « bourrage de crâne » infligé par l’enseignement catalan est amusant dans un pays où le culte de la république une et indivisible et le refus des langues régionales a longtemps été un dogme, imposé notamment dans l’enseignement, et où on n’a commencé à enseigner (à dose homéopathique) lesdites langues que quand elles étaient quasi mortes et inoffensives (c’est toujours trop pour les plus jacobins).

    L’argument ressassé des Jacobins, sous leur nouveau déguisement d’apôtres du « vivre-ensemble » (l’égoïsme des Catalans qui ne veulent pas payer pour les autres) fait l’impasse sur la durée dans le temps du nationalisme catalan: est-ce qu’à l’époque de Macia et Companys (pour ne pas remonter plus loin) la Catalogne était particulièrement riche ? je ne crois pas (ce qui est certain c’est qu’elle était industrialisée et « ouvrière », d’où l’importance des mouvements d’extrême-gauche, d’ailleurs peu catalanistes, durant la guerre civile).

    j’ai essayé (modestement) de reconstituer, de façon très grand public, la marche du nationalisme catalan dans deux messages consacrés à la période de la guerre civile et ensuite, en ayant comme fil conducteur la présence de George Orwell n Catalogne : « Orwell et la Catalogne »

    si cela vous intéresse voici le lien :
    http://comtelanza.canalblog.com/archives/2013/11/23/28497463.html

    A propos le 22 octobre doit se tenir deux referendum (autorisés ) en Lombardie et Vénétie sur l’autonomie, après que la cour constitutionnelle italienne ait refusé un referendum sur l’indépendance de la Vénétie, qui avait été demandé par la majorité du conseil régional de Vénétie…

    Nos Jacobins s’étrangleront encore d’autant que le président du conseil régional du Veneto, un des organisateurs du referendum, est membre de la Ligue du nord (comme probablement son homologue de Lombardie) ce qui permettra de le discréditer avec les habituels reproches d’idées « nauséabondes »etc , mais comme en Catalogne, le soutien à l’autonomisme-indépendantisme intègre tous les courants , de l’extrême-gauche à la droite populiste en passant par le centre.

    bien cordialement
    G PAGANELLI

  4. Bonsoir,

    Un grand merci pour votre commentaire, avec lequel je suis bien évidemment d’accord pour l’essentiel.
    Grand lecteur et admirateur d’Orwell, je vais lire le texte de votre lien à tête reposée.
    Et toutes mes excuses pour le retard mis à publier votre commentaire, dû à une maintenance technique des blogs du Monde.
    Cordialement à vous.

  5. Bonjour Désidérius,
    Suite à la lecture de tes posts et de l’actualité catalane, je me suis – entre autres – posé la question suivante :
    – En quoi suis-je concerné ? Est-ce une question uniquement hispano-catalane ?
    Je me sens concerné à un double niveau :
    – en tant que « démocrate » et en tant qu’ « européen ».
    Il y a bien, sur cette question un déni de démocratie de l’Espagne. Les réactions aux résultats du référendum du 1er octobre en sont une nouvelle preuve. Lorsque plus de 40 % d’une population, exprime un souhait, refuser de négocier est un déni de démocratie qui s’ajoute aux précédents.
    A ce déni de démocratie de la part de l’Espagne, s’ajoute la réaction de l’Europe concernant une question posée par des européens.
    Il est regrettable que cette réaction appuie – cf propose de M. Moscovici indiquant qu’une indépendance catalane signifierait la sortie de l’Europe pour la catalogne – le déni de démocratie espagnol.
    Je ne suis ni pro, ni anti indépendantiste catalan. Sur la réponse à donner à cette question, en tant que non-catalan, je ne me sens pas autorisé à m’exprimer.
    Par contre, je demande au gouvernement français et à l’Europe, de faire respecter la démocratie, en appuyant la demande d’une réelle, sereine et constructive discussion entre les deux parties .
    Il en va, c’est vrai, de l’honneur de l’Espagne, de l’Europe mais aussi – et peut-être surtout – du respect de la démocratie et de la construction d’une Europe de tous les peuples.
    Amicalement,
    Thierry

  6. Bonsoir Thierry,
    Tout à fait d’accord avec tes remarques, bien sûr.
    Et je partage le même constat: il est inquiétant que les instances européennes, ainsi que, semble-t-il, une bonne partie de l’opinion, partagent voire promeuvent ce qui est incontestablement un déni de démocratie. Et que ce soit les catalanistes, en dépit des multiples demandes de médiations, qui soient présentés comme les « intransigeants » dans une affaire où le gouvernement central espagnol n’a pas fait depuis 10 ans le moindre effort de conciliation.
    Amicalement,
    Desiderius

  7. @Paganell
    Bonjour,
    Idée intéressante que d’aborder la question du catalanisme à travers les écrits d’Orwell, ainsi qu’à travers l’utilisation des drapeaux durant la Guerre Civile.
    L’approche montre, semble-t-il, que la catalanisme était, à l’époque, largement transpartisan – ce qu’il reste d’ailleurs.

    Merci pour l’évocation des « symboles » que sont les belles figures de Macià et Companys, systématiquement ignorées par les nationalistes castillans comme français.

    Un riche et fécond exposé aussi, dans vos « archives » sur la notion « d’identité nationale« .
    Je me permets d’en conseiller fortement la lecture, qui suscite la réflexion :
    http://comtelanza.canalblog.com/archives/2013/09/28/28107614.html

    Cordialement.

  8. Bonjour,

    je vous remercie pour vos aimables remarques.

    Je vous signale aussi un très intéressant message sur le traitement de la question catalane par les médias français, sur le blog d’un enseignant spécialiste et locuteur de l’occitan (mais non nationaliste occitan) Mescladis et cops de gula (mélanges et coups de gueules)

    http://taban.canalblog.com/archives/2017/10/12/35761625.html

    qui interprète les réactions négatives de la plupart des commentateurs français comme un réflexe nationaliste français (  » la simple mention d’une légitimité démocratique de l’autodétermination catalane est déjà une forme de trahison par procuration de l’unité nationale française ») et par contraste signale les réactions plus nuancées de la presse dans d’autres pays.

    Bien cordialement

  9. Merci pour le lien vers le site du comte lanza et ses réflexions sur nationalisme, patriotisme, patrie, etc. C’est en effet une lecture précieuse et très instructive.

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