Un humble hommage à un maître, un ami, un frère.
Henri Gougaud s’en est allé parcourir depuis le ciel les chemins de ces Corbières qu’il aimait tant.
Nous reste sa voix, ses combats simples mais essentiels, tels ceux qu’il a menés pour garder vivante la mémoire des Cathares persécutés et des Troubadours.
Certes les siècles viennent à bout de toutes les colères et de toutes les plaies, mais les méfaits demeurent. Si les temps avaient effectivement changé, on n’en parlerait plus, on les abandonnerait avec soulagement à leurs ténèbres. Mais le combat, le même combat continue, séculaire. À qui brandit ses polices et ses bombes, nous devons encore opposer le front dérisoire de l’Esprit, sans espoir de victoire, simplement parce que tel est notre destin, ou notre rôle en ce théâtre.
Poèmes politiques des troubadours, Bélibaste, Toulouse 1969, p. 7.
En effet, les temps ne changent pas. Et comme il y a quatre-vingts ans, deux cents ou huit cents ans, notre combat demeure bien aujourd’hui celui, dérisoire, de l’Esprit. Simplement parce qu’il n’y en a pas d’autre et que tel est notre destin.
Sept cent ans ont passé, mais je voudrais pouvoir revendiquer le nom de Troubadour, si cela avait un sens pour mes contemporains. Avec eux m’importe encore la liberté d’être heureux, vivant et éveillé. Et que la nuit se referme enfin sur le vieux monde sans sagesse.
Id. Ibid. p. 13.
Le vrai monde, celui du Troubadour que vous êtes est en effet ailleurs. Et avec lui la vie.
« Je n’écris que pour emmener mon lecteur dans la vie. Pas dans le contemporain : ça pollue ! »
Del tot vey remaner valor,
Qu’om no-s n’entrement sai ni lai,
Ni an lur cor mas en laor,
Ni non penson de nulh ben sai.
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En tout valeur est en détresse
Nul ici-bas ne s’en soucie.
Le cœur ne bat qu’à la richesse,
La vraie bonté n’est plus d’ici.
(Guilhem Montanhagol, Contre les dominicains inquisiteurs. Traduction Henri Gougaud, op. cit. p. 124-125. J’ai gardé l’ordre des vers de la version donnée dans le magnifique disque « Henri Gougaud chante les troubadours »).
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Ainsi des hommes traversent les jours et les nuits du monde, cherchent et parfois trouvent pour quelle œuvre ils sont un instant venus.
Bélibaste, Seuil Paris 1982, p. 288.
Comme Bélibaste, Guilhem Montanhagol, Peire Cardenal et tant d’autres, vous avez trouvé cette œuvre.
Non cre qu’a la mort
Negus plus en port
Aver ni arnei
Mas los faitz que fei.
Je crois que dans la mort
nul n’emporte
richesses ni parure,
mais seulement ses actions.
(Peire Cardenal)
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Granmercé, Henri !
Notre reconnaissance vous accompagne au paradis des Troubadours.