De la lecture de Lydie Salvayre comme thérapie contre l’Alzheimer spirituel. Et qu’il ne faut pas prendre les petites filles pour des enfants de chœur.

Comme beaucoup, je me suis réjoui des récents propos du pape François, qu’un éditorial du Monde (du 28/29/12) a qualifié de « pape putschiste » après sa « charge dévastatrice » contre la curie romaine.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/12/22/alzheimer-spirituel-narcissisme-le-severe-proces-du-pape-fait-a-la-curie_4545034_3214.html

Belle manifestation de courage et de lucidité en effet, et que l’on souhaite durable, même si l’on peut craindre que la curie en question ait plus d’un tour dans son sac.

Mais je voudrais revenir un peu sur la question de l’Alzheimer, dont l’un des signes, nous dit Wikipédia, « est la perte de mémoire, qui se manifeste par des difficultés à se souvenir des faits récemment appris ».

Il n’est certes pas de mon propos de nier que le christianisme est, aujourd’hui, le courant de pensée le plus persécuté au monde.

(cf. sur ce point l’ouvrage essentiel, sous la direction de J.-M. di Falco, T. Radcliffe et A. Riccardi , Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde, XO éditions, 2014).

Ni de me joindre au concert de ceux qui font de l’antichristianisme sommaire un fond de commerce dont la rentabilité ne semble pas se démentir.

Mais il est tout de même difficile de ne pas se rappeler que, pendant des décennies, l’invocation par les communistes de leur appartenance au « parti des fusillés » faisait figure d’argument définitif qui était censé réduire au silence les critiques sacrilèges émettant quelques réserves quant aux épurations staliniennes, au Goulag ou autres détails de l’Histoire.

On ne voit donc pas pourquoi le fait d’être, ou d’avoir été, incontestablement dans le camp des victimes, devrait faire oublier qu’on a soi-même été, incontestablement, du côté des bourreaux.

J’étais déjà intervenu, il y a quelques mois, pour évoquer l’étonnante amnésie qui avait frappé le pape François lors de l’un de ses premiers actes officiels d’importance, la béatification massive, le 13 octobre 2013, des dénommés « martyrs de la guerre civile espagnole ».

Voir :

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2013/11/22/inquisition-croisades-et-bisounourseries-pontificales/

Car si, selon la Conférence épiscopale espagnole, 6 832 catholiques ont effectivement été tués au cours de la guerre civile, les victimes de la Croisade franquiste, copieusement bénie à tous les niveaux de la hiérarchie catholique, à commencer par les papes, se chiffrent, elles, par dizaines, voire centaines de milliers (selon Antony Beevor, historien reconnu du franquisme, le bilan de la répression nationaliste atteindrait les 200 000 victimes : La Guerre d’Espagne, Calmann-Lévy, 2006, pp. 180-181. D’autres historiens, Michael Richard, Gabriel Jackson, etc. parlent de 400 000).

Certes, les débats de chiffres apparaissent indécents devant de telles horreurs.

Mais pourquoi donc, de la part de la hiérarchie catholique, organiser de façon délibérée et rémanente le silence sur ces exécutions ?

Au milieu des actions de grâce à la gloire de la sainteté des « martyrs », le calvaire de ces malheureux innombrables ne méritait-il pas d’être au moins mentionné ?

Ne parle-t-on pas de « charité chrétienne » ?

Notre bon pape François serait-il donc lui aussi atteint de quelque symptôme « d’Alzheimer spirituel », et sur un sujet tout de même autrement important que les gargouillis, certes insupportables mais plutôt véniels, du marécage curial ?

Dans le post cité plus haut, j’avais dit que « l’oubli, l’omission, comme la justification des crimes du passé – et du présent – a toujours été, on le sait, un laissez-passer pour les crimes à venir ».

Et j’ai été heureux de trouver cette opinion confortée par la lecture du beau prix Goncourt de Lydie Salvayre quand elle évoque les propos du Bernanos des Grands cimetières sous la lune :

« Et tant pis si ses paroles manquent de mesure.

Et tant pis si elles sont imprudentes.

Elles le seront toujours moins que le déni (on sait d’expérience qu’un mal dénié réapparaît plus violemment). Elles le seront toujours moins que l’indifférence polie qui endort le cœur et engourdit la langue. Et elles le seront toujours moins que le silence (…). Aux yeux de Bernanos, l’Église espagnole, en se faisant la sous-traitante de la Terreur des nationaux, a perdu définitivement son honneur » (Pas pleurer, Seuil, 2014, p. 94).

Pour ma part, je n’aurais peut-être pas été aussi loin ; j’aurais peut-être accordé un sursis, quoique sans trop d’illusion, avant le « définitivement ». Mais il est vrai que le fait de voir l’actuelle Église d’Espagne entraîner dans la complicité le pape François, jusqu’à lui faire entériner par son silence les appels à la Croisade de la hiérarchie et le mutisme, voire la bénédiction de ses prédécesseurs Pie XI et Pie XII ne laisse pas de poser question…

Faut-il donc rappeler au Saint Père que Lydie Salvayre est psychiatre (ça ne s’invente pas !), et qu’à ce titre, elle est particulièrement qualifiée pour ce qui est du traitement de l’Alzheimer ?

Peut-être préconiserait-elle dans ce but quelques exercices de mémoire, qui utiliseraient toujours les écrits de Bernanos, par exemple :

« Que les rouges d’Espagne aient massacré des prêtres, ce n’était qu’une raison de plus, dit Bernanos, une raison déterminante pour prendre ouvertement la défense de leurs femmes et de leurs enfants innocents. À ses yeux de chrétien porté par l’esprit de l’Évangile et le cœur de Jésus, s’il est un abri sur terre, un lieu de miséricorde et d’amour, c’est au sein de l’Église qu’il se trouve » (id. ibid. p. 93).

Ou encore :

« L’épuration entreprise par les nationaux avec la bénédiction immonde du clergé est aveugle, systématique, et relève de la Terreur. Il hésite encore à le dire. Il hésite encore à franchir le pas. Il sait que celui-ci franchi, il devra aller jusqu’au bout, vaille que vaille. Et ce projet lui harasse l’âme. Mais les faits sont là : on ne comptait pas cinq cents phalangistes à Palma [de Majorque. C’est là que réside Bernanos durant la guerre civile] avant le pronunciamento, ils sont à présent « quinze mille grâce au recrutement éhonté organisé par les militaires » sous la direction d’un aventurier italien du nom de Rossi, lequel a fait de la Phalange « la police auxiliaire de l’armée chargée des basses besognes ». Et cette nouvelle Phalange de 36 terrorise le peuple palmesan. Exemple. Quelques jours après le coup d’État, deux cents habitants de la petite ville de Manacor sont jugés suspects, « tirés de leur lit en pleine nuit, conduits par fournées au cimetière, abattus d’une balle dans la tête, et brûlés en tas un peu plus loin ». L’évêque-archevêque de Palma a délégué là-bas l’un de ses prêtres en jupons qui, ses gros souliers pataugeant dans le sang, distribue les absolutions entre deux décharges, puis trace sur le front des morts à l’huile consacrée la croix qui leur ouvrira les portes du Ciel. Et Bernanos de noter : « J’observe simplement que ce massacre de misérables sans défense ne tira pas un mot de blâme, ni même la plus inoffensive réserve des autorités ecclésiastiques qui se contentèrent d’orga­niser des processions d’actions de grâce. » (id. ibid. p. 50-51).

« Pendant des mois, écrit Bernanos, « des équipes de tueurs, transportées de village en village par des camions réquisitionnés à cet effet, abattent froidement des milliers d’individus jugés suspects ». Et le très enfoiré archevêque de Palma, qui en est informé comme tout le monde, ne s’en montre pas moins, chaque fois qu’il le peut, et comme si de rien n’était, « aux côtés de ces exécuteurs dont quelques-uns ont notoirement sur les mains la brève agonie d’une centaine d’hommes ». Comme si de rien n’était, des prêtres distribuent à leurs ouailles des images de la sainte Croix entourée de canons (ma mère en conserve une dans sa malle à photos).

Comme si de rien n’était, des recrues carlistes portant le Sacré-Cœur de Jésus cousu sur leur chemise abattent au nom du Christ Roi des hommes qu’un simple mot a déclarés suspects. Comme si de rien n’était, l’épiscopat espagnol, vendu aux meurtriers, bénit la terreur que ces derniers instaurent in nomine Domini.

Et comme si de rien n’était, toute l’Europe catholique ferme sa gueule. » (id. ibid. p. 70-71).

Quel contraste entre le triomphalisme du pape lors de la « victoire » des nationalistes :

« Le 24 avril 1939, l’Éminentissime pape Pie XII, à peine élu, déclara : C’EST AVEC UNE JOIE IMMENSE QUE NOUS NOUS TOURNONS VERS VOUS, TRÈS CHERS FILS DE LA TRÈS CATHOLIQUE ESPAGNE, POUR VOUS EXPRIMER NOS FÉLICITATIONS PERSONNELLES EN RAISON DU DON DE LA PAIX ET DE LA VICTOIRE DONT DIEU A COURONNÉ L’HÉROÏSME DE VOTRE FOI ET DE VOTRE CHARITÉ. » (id. ibid. p. 278)

Et le Christ de Bernanos, dont Lydie Salvayre nous dresse une image éblouissante :

« Bernanos, de son côté, n’en finissait pas de méditer sur les événements d’Espagne, qui resteraient présents à son esprit jusqu’à la fin de ses jours et marqueraient à tout jamais sa pensée et sa foi. Les infamies de l’Église qui l’avaient glacé d’horreur, son cynisme, ses froides spéculations, sa prudence sénile l’amenaient paradoxalement à affirmer son amour du Christ avec une passion redoublée. Mais son Christ à lui n’était pas celui, magique, de la mère de Montse [Montse est la mère de Lydie Salvayre, qui entrecroise le récit de sa vie avec les textes de Bernanos], ni celui vindicatif et porté à voir le mal partout de dona Pura [qui fait partie de la belle famille de Montse], encore moins celui, potentesque, de l’évêque-archevêque de Palma. Son Christ à lui était simplement celui des Évangiles, celui qui secourait les mendiants, pardonnait aux larrons, bénissait les prostituées et tous les humbles et tous les déclassés et tous les va-nu-pieds chers à son cœur. Il était celui qui disait au jeune homme riche : Va, vends tes biens et donne-les aux pauvres. Il suffisait, bon sang, de lire les Évangiles ! Celui qui vomissait ceux-là qui parlent et ne font pas, ceux-là qui mettent de lourds fardeaux sur les épaules des autres alors qu’eux-mêmes se prélassent. Il suffisait d’ouvrir les Évangiles à n’importe quelle page ! Celui qui méprisait les vaines grandeurs et réservait ses foudres aux personnages en vue qui allaient bâfrer chez les puissants et fondaient de plaisir en s’entendant appeler maîtres.

Le Christ de Bernanos était assez proche, étonnam­ment, du Christ fraternel de Pier Paolo Pasolini, lequel voyait en la figure de Jésus et en ceux qui l’escortaient, sans foyers ni tombeaux, les pauvres réfugiés des drames d’aujourd’hui. Il était celui qui n’avait pas été mis en croix par les communistes ni par les sacrilèges, soulignait Bernanos avec sa mordante ironie, « mais par des prêtres opulents approuvés sans réserve par la grande bourgeoisie et les intellectuels de l’époque qu’on appelait des scribes ».

Fallait-il donc redire ces vérités premières aux prélats espagnols et à leurs dévots ?

Et que faisaient ces dévots de la grâce de Dieu qui ouvrait à deux battants les portes de l’amour? Ne devait-elle pas rayonner d’eux comme d’une ampoule électrique ? Où diable ces dissimulés cachaient-ils donc leur joie d’aimer les misérables ? Fallait-il leur répéter, en leur sonnant les cloches, que le Christ avait été un pauvre parmi les pauvres, comme plus tard le Poverello, qui annonça, sur les routes de l’Ombrie, le règne de la pauvreté. Mais « les dévots sont gens malins. Aussi longtemps que le Saint s’est promené à travers le monde aux côtés de la Sainte Pauvreté qu’il appelait sa dame, ils n’osaient encore trop rien en dire. Mais le Saint une fois mort, que voulez-vous ? ils se sont trouvés tellement occupés à l’honorer que la Pauvreté s’est perdue dans la foule en fête… La canaille dorée ou pourprée avait eu chaud. Ouf ! »

Aucune imposture aux yeux de Bernanos n’égalait celle-ci.

Il serait accusé, pour l’avoir écrit, de faire le jeu des communistes contre les nationaux que ses anciens amis soutenaient. » (id. ibid. p. 156-158).

Cet appel au Poverello d’Assise ne devrait-il pas ranimer la mémoire du pape François, qui l’a choisi pour modèle ?

Et l’encourager, au-delà de ses habituelles performances de communicant, à poser des actes enfin crédibles en faveur de tous ces « déclassés » et « va nu pieds » chers au cœur du Christ, ou du moins ceux que la « canaille dorée et pourprée » a décidé de désigner comme tels (homosexuels, divorcés ou autres abominables concubinaires) à défaut de remettre en question sa complicité avec les sanguinaires fauteurs de Croisade.

Une toute petite mention des quelques centaines de milliers de « misérables » mécréants froidement assassinés lors de la dernière – et si proche – grande Croisade catholique aurait donc été aussi un pas essentiel dans ce sens.

Une belle occasion manquée, hélas bien révélatrice de la permanence d’un état d’esprit…

Je ne cherche aucunement à « retourner le fer dans la plaie », car j’éprouve une sincère sympathie pour les efforts du pape François.

Je me demande simplement si l’ampleur du travail à accomplir ne dépasse pas, encore plus que ses forces, l’horizon de ce qu’il est capable de concevoir, peut-être même de ce qu’il accepte de concevoir…

« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré » disait, paraît-il, Einstein.

Cf. :

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/01/31/des-papes-de-la-pedophilie-de-lordination-des-femmes-et-de-quelques-autres-rudiments-de-theologie-sommaire/

Cela demande bien des renoncements, qui seuls sans doute pourraient venir à bout de « l’Alzheimer spirituel ». Or, qui peut se flatter de ne pas être quelque part « le jeune homme riche » ?

« Mais, affligé de cette parole, il s’en alla tout triste ; car il avait de grands biens » (Évangile de Marc, X,22).

Et quels « biens » sont plus pernicieux que ceux entassés par des siècles d’habitus ecclésiastiques ?

 

Mais, pour terminer sur une note plus plaisante, Stultitia, dont on connaît la piété, m’a raconté sa veillée de Noël dans une grande paroisse, pas spécialement intégriste, d’une grande ville du grand Sud-Ouest.

Quel ne fut pas son étonnement de constater que les « servants d’autel » (autrement dit « enfants de chœur ») y étaient tous de sexe masculin !

Comment ? Ne se gargarise-t-on pas, dans les milieux autorisés, de grands discours sur la « promotion des femmes dans l’Église » et autres ronflantes déclarations ?

Ne pourrait-on alors entreprendre de donner aux filles les mêmes responsabilités qu’aux garçons, en commençant à un si humble niveau ?

Pour ma part, depuis belle lurette, j’ai pris l’habitude d’estimer l’état d’avancement et de légitimité d’une institution ou d’un type de gouvernement par la place qu’ils confèrent aux femmes. C’est en général un signe qui ne trompe pas.

Mais Pouce ! Diront de doctes théologiens : « il est bien entendu que le service de l’autel n’est pas interdit aux femmes. Mais comme ce service a souvent constitué un premier pas vers la vocation dite ‘’sacerdotale’’, et que seuls les hommes peuvent accéder à une telle vocation, il convient donc de faire en sorte de privilégier le recrutement des garçons pour le service d’autel ».

Par exemple :

« Pour bien saisir la pensée de l’Église au sujet de la liturgie, il convient de lire les instructions dans leur totalité. Or dans le cas des servants d’autel, nous voyons qu’il est clairement dit, au n°47des nouvelles normes liturgiques de 2004, que les filles ou les femmes peuvent être admises à ce service de l’autel au jugement de l’évêque diocésain ; dans ce cas il faut suivre les normes établies à ce sujet (note 122). Que disent ces normes que l’on prend généralement soin d’omettre ? Elles donnent des instructions pratiques en six points (cf. Lettre de la Congrégation pour le culte divin aux présidents des conférences épiscopales, 15 mars 1994). Le cinquième point dit clairement ceci :Tout en respectant la décision que, pour des raisons déterminées selon les conditions locales, certains Évêques ont adoptée, le Saint-Siège rappelle qu’il sera toujours très opportun de suivre la noble tradition du service de l’autel confié à de jeunes garçons qui a eu pour effet depuis un temps immémorial le développement des futures vocations sacerdotales. Ainsi, l’autorisation de l’Évêque ne peut, en aucun cas, exclure du service de l’autel les hommes en particulier les jeunes garçons. L’obligation de continuer à favoriser l’existence de ces groupes d’enfants de chœur demeurera donc toujours. »

http://paroissesvexinouest.pagesperso-orange.fr/pdf/edvservantes201307.pdf

et bien d’autres démonstrations similaires.

Essayons donc de décortiquer sans céder à l’hilarité (« Hilarité ? Pourquoi ?», demande Stultitia avec son air le plus sérieux…) ces puissants sophismes qui ont fait couler bien de l’encre dans les Landerneau ecclésiastiques :

1)      Filles et garçons sont bien entendu égaux devant le service de l’autel.

2)      Mais, comme le disait Orwell dans « La ferme des animaux », « certains sont plus égaux que d’autres ».

3)      La raison de ce « surcroît d’égalité » de certains est que le service dévolu aux femmes dans l’Église (sauf rares exceptions celui de balayer les locaux, de préparer les bouquets, de faire quelques lectures et autres tâches valorisantes) ne peut en aucun cas être comparé au « service » réservé aux hommes, qui étant seuls dignes de bénéficier de la sacra potestas

(sur tout cela cf. :

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/01/31/des-papes-de-la-pedophilie-de-lordination-des-femmes-et-de-quelques-autres-rudiments-de-theologie-sommaire/

et tout particulièrement l’extraordinaire développement théologique de Fernand Raynaud)

et donc d’être, dans le « sacerdoce », « les associés de la très sainte Trinité; (…) les coopérateurs du Tout-Puissant en ses plus grandes œuvres.» (Jean Eudes, Le Prêtre, associé de la Trinité, Mémorial de la vie ecclésiastique, 1re p; Œuvres complètes 3, 14-16), ont seuls le droit de parler d’autorité pendant que les autres se taisent, de confisquer à leur profit le titre de « célébrant » de la liturgie, etc.

4)      La discrimination entre les sexes dans les services d’Église est donc fondée sur l’être même des personnes. Elle est donc ontologique, je dirais même plus « ontothéologique ». Raison pour laquelle, en définitive, les petites filles ne sont pas franchement les bienvenues comme « servantes d’autel ». CQFD.

(Rappelons en passant qu’une telle argumentation surréaliste serait impossible dans le judaïsme, le christianisme, ou encore l’islam, pour lesquels la notion de Sacra Potestas est un blasphème, puisque la seule « efficacité » d’une célébration liturgique est due à la promesse de Dieu actualisée dans le mémorial, et non à une quelconque « puissance » ou un quelconque « pouvoir » des hommes. Sur tout cela, cf. encore les « rudiments de théologie sommaire » exposés par Desideriusminimus dans le post cité plus haut).

 

« Mais sans doute Rome, dont François est l’évêque, fait-elle exception, en réconciliant l’Église avec des pratiques plus chrétiennes. Et il est probable qu’on y voit partout des petites filles ‘’servantes d’autel’’, qui préparent, par la base, cette grande promotion des femmes dans l’Église », me dit Stultitia, rêveuse.

Il suffit en effet de jeter un œil sur les retransmissions de cérémonies.

« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré » disait, paraît-il, Einstein….

 

Et meilleurs vœux à toutes et à tous !

Inquisition, croisades et bisounourseries pontificales

Oui, je sais, je ne colle pas particulièrement à l’actualité ! Sans doute parce que mon amour invétéré des courses en montagne m’empêche de garder les yeux rivés sur les écrans..
Mais Stultitia, ma fidèle compagne, qui pallie à certaines de mes carences, m’a récemment signalé ce blog, datant déjà de l’an dernier, et qui m’a laissé bien émerveillé.

Il s’agit de: http://www.linquisitionpourlesnuls.com

Comme je fais partie du « cœur de cible » auquel se réfère le titre, me voilà derechef tout émoustillé. D’autant plus que le but avoué – et louable – du site est de rétablir la « vérité historique » malmenée par la série « Inquisitio », diffusée sur France2 à l’été 2012. Série à laquelle, à ma grande honte, j’ai totalement échappé, du fait de mon incurable tropisme montagnard…
Mais rétablir la vérité historique, cela ne se refuse pas !

J’ai donc abordé avec sympathie ce blog, et sincèrement applaudi à la réhabilitation de Catherine de Sienne, vilipendée par de grotesques accusations.
Mais voilà que bientôt, des doutes ont assailli mon esprit : aux contre-vérités grossières et démagogiques de la série, ne chercherait-on pas, une fois encore, à opposer des « vérités », qui, tout en évitant habilement bassesses et autres vulgarités, ne véhiculeraient pas moins des affirmations bien problématiques ?

Passons sur quelques bévues un peu trop flagrantes pour être vraiment délibérées : celle par exemple qui fait du « mouvement vaudois » un « avatar » des « hérésies » bogomiles et cathares (voir la rubrique « Qu’est-ce que le catharisme »). Stultitia, qui fut une intime de Pierre Valdo, qui connaissait bien ses profonds désaccords avec les cathares, et qui a par ailleurs de nombreux amis vaudois, a failli s’étrangler de surprise en pensant qu’on pouvait encore, au XXIème siècle, assimiler les « pauvres de Lyon » à des mouvements de pensée issus du dualisme. N’existe-t-il donc pas un mouvement appelé « œcuménique », et les Vaudois n’appartiennent-ils pas désormais à l’Alliance Réformée Mondiale comme à la Conférence des Églises protestantes ? Ou bien ces organismes seraient-ils eux-mêmes de pitoyables « avatars d’hérétiques » ? Je n’ose concevoir que les auteurs du site aient voulu propager de telles incongruités…

Ou encore (rubrique « Hérésies cathares : polémiques et petites phrases ») : « Les cathares ne sont pas de doux innocents qui se sont laissé massacrer sans rien dire. Le Comte de Toulouse massacre les habitants de Pujols en 1213 ». Tudieu ! Il était donc cathare, et qui plus est Bonhomme, sans doute ! Et il a fallu attendre « l’Inquisition pour les nuls » pour en être assuré. Oh le scoop !

Car il s’agit bien de « rétablir la vérité historique », n’est-ce pas ?

Mais venons-en à du plus subtil (rubrique « Église et Catharisme ») :

« Pour éviter les jugements expéditifs, voire les lynchages populaires, une juridiction spéciale, l’Inquisition, est mise en place. Elle est confiée aux frères prêcheurs, dominicains et franciscains.
Il faut se remettre dans le contexte du 12ème siècle, et dans le contexte médiéval de manière plus générale, pour appréhender la gravité que représente une hérésie pour la société ».

On continue d’ailleurs en précisant les arguments juridiques (rubrique : « les juges français sont les héritiers de l’Inquisition ») :

« L’Inquisition n’a pas complètement disparu du système juridique français. En effet, le système français est dit inquisitorial [sic], il est l’héritier de l’Inquisition et de la révolution juridique que celle-ci a apportée. Dans ce système l’accusé est présumé innocent, c’est à l’accusation d’apporter les preuves de sa culpabilité (…). Le fondement de ce système c’est l’enquête (« inquisitio » en latin), qui doit conduire à démontrer la culpabilité de l’accusé pour que celui-ci puisse être condamné».

Et voilà ! L’Inquisition s’inscrit non seulement dans le « contexte médiéval » (la fameuse « mentalité de l’époque »), mais, de plus, elle représente même une avancée, une véritable « révolution juridique » qui permet d’éviter « les jugements expéditifs, voire les lynchages populaires ».

C’est aller bien vite en besogne ! Sans nier l’intérêt de l’apparition de la procédure inquisitoire dans l’histoire du droit (« inquisitoire », et non « inquisitoriale », tout de même… !) on est en droit de penser que si « révolution » il y eut avec l’apparition de l’Inquisition, c’est avant tout parce qu’elle a constitué l’une des premières traces d’institutionnalisation du délit d’opinion. « Avancée » dont la postérité, comme on le sait, a été immense…
Sur ce point, les « lynchages populaires » étaient certes préférables, car ils avaient au moins le tact de ne pas associer de manière monstrueuse l’autorité institutionnelle (religieuse qui plus est !) à la condamnation et à la sanction. Que quelques individus excités malmènent les Pussy Riots – autres grandes amies de Stultitia -, c’est certes grave parce que cela montre que l’imbécillité n’a pas de frontière. Que ce soit une institution gouvernementale ou religieuse qui les condamne, et se produit alors un saut qualitatif de l’individuel à l’institutionnel dont il est bien difficile de nier le caractère effrayant et profondément pernicieux. On passe du lynchage privé, de la faute privée, au lynchage institutionnel, à la faute instituée en système de gouvernement, en crime d’État, ou d’Église, ce qui est encore bien pire.

« Révolution » tellement pernicieuse qu’elle ne semble même pas être perçue comme telle par les auteurs du site ! Serait-ce parce que « l’habitus » en demeurerait finalement bien inscrit dans une certaine mentalité « catholique », ce qui soulèverait des soupçons légitimes quant à l’éthique qui la sous-tend ?

Car il n’en a pas toujours été ainsi. Le grand Saint Martin de Tours était, lui, bien conscient des enjeux éthiques d’une telle perversion des valeurs et des esprits. Dans l’affaire du jugement de « l’hérétique » Priscillien d’Avila, le chroniqueur Sulpice Sévère nous rapporte sa lutte acharnée contre ses frères évêques et l’empereur, parce que ceux-ci voulaient appliquer la peine de mort à Priscillien et ses disciples. Nous sommes alors au IVème siècle.

« Martin se trouvant alors à Trêves ne cessait de presser [l’évêque] Ithace pour qu’il abandonnât l’accusation; il suppliait aussi [l’empereur] Maxime de ne pas répandre le sang de ces malheureux: une sentence épiscopale, expulsant les hérétiques des églises, suffirait, et au-delà; ce serait une infraction cruelle à la loi divine, une nouveauté inouïe, monstrueuse, que de constituer le pouvoir séculier juge dans une cause ecclésiastique ». (Chronique de Sulpice Sévère, traduction et commentaire, par André Lavertujon, Paris, Hachette 1899, Livre II, XLIX-LI. Disponible sur Internet. Traduction revue par Stultitia pour cause de coquilles).

Le texte ajoute que Martin alla jusqu’à refuser la communion avec ses frères évêques qui prônaient la peine de mort contre les hérétiques. Priscillien et ses disciples furent pourtant exécutés, à la grande désolation de Martin. La justesse de l’attitude du saint fut pourtant reconnue ultérieurement par le pape Sirice, qui désavoua le parti des évêques responsables de l’exécution de Priscillien.

Quel contraste donc avec l’acharnement d’un Innocent III, l’un des instigateurs de l’Inquisition et artisan de la croisade contre les Albigeois, lorsqu’il déclare :

« Nous ordonnons aux princes , aux comtes, à tous les barons et grands des provinces , et nous leur enjoignons pour la rémission de leurs péchés, de traiter favorablement nos envoyés , et de les assister de toute leur autorité contre les hérétiques , de proscrire ceux qu’ils excommunieront, de confisquer leurs biens , et d’user, envers eux, d’une plus grande rigueur, s’ils persistent à vouloir demeurer dans le pays, après leur excommunication.
Nous avons donné à nos envoyés, plein pouvoir de contraindre les seigneurs à agir de la sorte, soit par l’excommunication, soit en jetant l’interdit sur leurs terres.
Nous enjoignons aussi à tous les peuples de s’armer contre les hérétiques, lorsque nos légats jugeront à propos de l’ordonner, et nous accordons, à ceux qui prendront part à cette expédition pour la conservation de la foi, la même indulgence que gagnent ceux qui visitent l’église de Saint-Pierre de Rome, ou celle de Saint-Jacques.
Enfin, nous avons chargé nos légats d’excommunier solennellement tous ceux qui favoriseront les hérétiques dénoncés , qui leur procureront le moindre secours; ou qui habiteront avec eux ».
(Innocent III, lettre XCIV de 1198, Patrologie Latine 214 col.81-83 ; traduction de Dom Devic et Dom Vaissette dans L’Histoire Générale du Languedoc, Paris 1737, III, p.130).

Ce texte s’inscrit dans une opposition frappante, terme à terme, avec ce qui nous est dit de Martin : là où ce dernier prône la bienveillance pour les hérétiques et excommunie de son propre chef ses frères évêques qui prêchent la peine de mort, Innocent, lui, excommunie les hérétiques et leurs partisans, et c’est pour ceux qui les tuent ou les dépossèdent qu’il proclame l’indulgence !

De quoi nous faire réfléchir à la pertinence de l’éternel poncif invoquant le « contexte » ou la « mentalité de l’époque ».
Que ce soit au IVème, au XIIIème ou au XXIème siècle, une enquête historique sérieuse et documentée découvrira toujours plusieurs « mentalités de l’époque », dont certaines sont en conflit :
celle d’Ithace et celle de Martin ;
celle d’Innocent ou de Grégoire IX, son successeur en Inquisition, et celle des populations de Toulouse, Albi et de tant d’autres lieux qui, au dire par exemple du dominicain Guillaume Pelhisson, dans sa Chronique (éditée par J. Duvernoy, Ousset, Toulouse 1958) s’unirent dans leur réprobation des Inquisiteurs :

« En ce temps-là [1235] les corps de ceux qui étaient morts hérétiques furent traînés par la ville et brûlés (…). Toute la ville [de Toulouse] s’en émut et fit des troubles contre les Frères [il s’agit des dominicains] à cause de l’Inquisition » (op. cit. p. 31).

Alors certes, il convient de « se remettre dans le contexte », des XIIème et XIIIème siècles. Mais encore faut-il faire l’effort d’en percevoir la complexité.
Si ce contexte-là est bien en effet celui de papes qui n’ont de cesse d’en appeler au glaive des « champions de la milice chrétienne » contre les délits de croyance, c’est aussi celui de Guilhem Figueira qui, devant les excès de l’Inquisition, s’emporte contre Rome :

« Vous jetez par folie des chrétiens au martyre. En quel livre est-il dit que vous devez occire, Rome, les bons chrétiens ? » (trad. H. Gougaud, Poèmes politiques des troubadours, Paris, Bélibaste 1969, p. 137) ;

celui de Guilhem Montanhagol qui dénonce des

« Inquisiteurs [qui] jugent selon leur caprice. J’accorde qu’on fasse police, qu’on pourchasse même l’erreur, et par bonté en discours sans horreur, que les errants dedans la foi reviennent. Le repenti, qu’on l’accueille sans haine » (id. ibid. p. 125).

Si ce contexte-là est certes celui de la piété guerrière d’un Simon de Montfort, c’est aussi celui de l’Anonyme de la Chanson de la Croisade, dont on connaît l’épitaphe qu’il lui fit :

« Tout droit à Carcassonne ils le portent pour l’ensevelir, pour célébrer le service au moutier Saint-Nazaire. Et on lit sur l’épitaphe, celui qui sait lire : qu’il est saint, qu’il est martyr, qu’il doit ressusciter, avoir part à l’héritage céleste et fleurir dans la félicité merveilleuse, porter la couronne et siéger dans le royaume de Dieu. Et moi j’ai ouï dire qu’il en doit être ainsi : si, pour tuer des hommes et répandre le sang, pour perdre des âmes, pour consentir à des meurtres, pour croire des conseils pervers, pour allumer des incendies, pour détruire des barons, pour honnir Parage, pour prendre des terres par violence, pour faire triompher orgueil, pour attiser le mal et éteindre le bien, pour tuer des femmes, égorger des enfants, on peut en ce monde conquérir Jésus-Christ, il doit porter couronne et resplendir dans le ciel ! » (Traduction P. Meyer, reprise dans : R. Nelli et R. Lavaud, Les Troubadours, Paris DDB 2000, II p. 589).

Et que dire des « spirituels franciscains », dont plusieurs, à la suite de Bernard Délicieux, moururent en prison ou sur le bûcher pour expier leur principal péché, celui de s’opposer à l’Inquisition comme à l’hypertrophie exorbitante du pouvoir pontifical ?

On peut certes invoquer l’autorité de Régine Pernoud (Rubrique : « Pourquoi une vision si négative du Moyen-Âge ? »), qui inspire nombre d’arguments développés sur le site. Mais on ne voit pas pourquoi les grands érudits et autres chartistes devraient être a priori exonérés d’un possible soupçon de parti pris parfois bien idéologique. « Il est si facile en effet de manipuler l’Histoire, consciemment ou inconsciemment, à l’usage d’un public qui ne la connaît pas » (R. Pernoud, Pour en finir avec le Moyen-Âge, 1977, réed. Points Histoire, p. 123). Sans doute la série « Inquisitio » l’a-t-elle fait de façon grossière. Mais que dire de ceux qui avancent que « sous bien des rapports, l’Inquisition fut la réaction de défense d’une société pour laquelle, à tort ou à raison, la préservation de la foi paraissait aussi importante que de nos jours celle de la santé physique » (R. Pernoud, op. cit. p. 103), en omettant simplement de signaler que la dite « société » était extraordinairement diverse, et qu’elle portait en son sein des foyers de résistance tellement forts à cette « pensée unique » qu’il a justement fallu des siècles d’Inquisition pour essayer de les réduire ? Que dirait-on d’une histoire de l’Union Soviétique qui ferait du consensus communiste la caractéristique de la « mentalité de l’époque » en oubliant de mentionner Pasternak, Soljenitsyne et d’autres acteurs de la dissidence ?

Et que penser, une fois encore, en voyant que de telles omissions, qu’une approche aussi délibérément partielle continuent de nous être proposées sans remise en question apparente ?
L’apologétique historique de l’Église catholique est pleine de lectures qui font de l’Inquisition une « nécessité sociale », un « progrès pour l’époque », etc. Comment peut-on continuer à véhiculer au XXIème siècle de telles visions, sans percevoir combien elles peuvent constituer un contre témoignage par rapport aux valeurs qu’elles prétendent servir ?
Ou bien serait-ce le signe que les « valeurs » en question demeurent, dans le fond, plus proches de celles d’Innocent que de celles de Martin ?

L’Histoire, on le sait, est le plus souvent écrite par les vainqueurs. Y compris l’Histoire des Églises. Fort heureusement, les traces de l’Esprit ne s’effacent pas si facilement. Il reste toujours possible d’en reconstruire le cheminement à partir de « l’envers de l’Histoire », selon le mot du théologien G. Gutierrez (par ex. La force historique des pauvres, Le Cerf, Paris 1999, p. 163).
Cette face de l’Histoire patiemment occultée par les Puissants dans leur effort acharné pour instituer certains modèles de pouvoir, et dans laquelle on retrouve les Martin, Sirice, et leurs héritiers Bernard Délicieux, Guilhem Montanhagol, et bien d’autres.
Fort heureusement, des historiens s’attachent de plus en plus à leur faire justice (je pense en particulier au livre de M. Aurell, Des chrétiens contre les croisades, XIIème XIIIème siècle, Fayard 2013, dans lequel j’ai eu la joie de trouver mention de Peire Cardenal et Guilhem Figueira).

Cela n’a pas manqué de réjouir Stultitia, qui aime à penser que l’un des plus grands pèlerinages de la Chrétienté, celui de St. Jacques de Compostelle, s’est peut-être établi sur le lieu de sépulture de Priscillien et de ses disciples, qui ont été les premiers « hérétiques » à être mis à mort sur l’instigation d’autorités ecclésiastiques. Ces mécréants dont Martin avait pris la défense au point de rompre la communion avec ses frères « orthodoxes », mais néanmoins meurtriers (voir à ce sujet J. Chocheyras, Saint Jacques à Compostelle, Ouest France 1997).

Belle marque d’un humour divin, que devraient méditer ceux qui s’attachent à perpétuer des argumentations bien contestables et bien dépassées.

Car s’ils prétendent défendre les valeurs du christianisme, les promoteurs de « l’Inquisition pour les nuls » seraient peut-être bien inspirés de se réclamer de Martin et de ses disciples plutôt que d’essayer, une fois de plus, de justifier ce qui est bien difficilement justifiable. Il en va de la crédibilité de leur intention, et de l’éthique, tout simplement.

Et puisque notre périple historique nous ramène dans les Espagnes, peut-être faut-il rappeler une actualité qui aurait bien besoin de la fibre des Martin et des Délicieux, s’il en existe encore.

Je n’ai rien contre les papes gentils et sympathiques, même si ce qui a pu être dit récemment (sur les homosexuels, les divorcés, etc.) témoigne d’un charisme de prophétie plutôt discret. « Ce qu’a exprimé le pape, communiquant hors pair, n’importe quel citoyen de bonne foi et de bon sens en est convaincu en cet an de grâce 2013 » (J. Bérard, dans un Courriel du Monde des 29-30/09/2013).

Je trouve fort étrange cependant qu’une telle gentillesse quelque peu pateline cautionne sans même en interroger l’ambiguïté la béatification massive de certains « martyrs de persécutions religieuses ».

L’Espagne des années 30 a certes été marquée par la persécution et la mort de bien des ecclésiastiques et de bien des chrétiens. Il ne faut pas oublier cependant que la bénédiction en 1936 du coup d’État militaire franquiste et des « croisés du Christ et de l’Espagne » par la quasi totalité du corps épiscopal, ainsi que l’engagement de la grande majorité de la hiérarchie catholique dans cette « croisade chrétienne » (cf. l’action du cardinal Isidro Gomá, et la Carta colectiva de los obispos españoles, 1er juillet 1937) qui a causé des centaines de milliers de morts, a pu susciter, de la part de chrétiens revendiqués, une indignation qui n’a rien à envier à celle de Peire Cardenal devant la Croisade des Albigeois.

Sans contester la légitimité de commémorer les victimes proches du camp nationaliste, on aurait aimé qu’il soit au moins fait mention de ces quelques centaines de milliers de morts des « grands cimetières sous la lune », de ces centaines de milliers d’emprisonnés ou d’exilés qui n’avaient pas la grâce d’être « du bon côté ». Le christianisme y aurait gagné. Et aussi, tout simplement, l’humanité.

Et Martin de Tours, Bernard Délicieux, Peire Cardenal s’en seraient réjouis, autant que Mauriac ou Bernanos.

N’oublions pas que la loi de 2007 de réhabilitation des victimes du franquisme a été jusqu’au bout violemment combattue par la majeure partie de l’épiscopat espagnol…

Je m’arrête là, car Stultitia m’invite à revoir l’extraordinaire « Viva la muerte », d’Arrabal. Et nous prolongerons peut-être, comme à notre habitude, par « l’Ange exterminateur » ou « La voie lactée » de Buñuel. Après tout, cela vaut bien des bisounourseries pontificales…