Encore sur le droit de veto. Et de quelques précisions sur la notion d’autodétermination.

Enfin une parole claire sur un sujet évoqué dans mes posts précédents : Volodymyr Zelensky s’exprime à l’Assemblée générale de l’ONU et appelle l’organisation à priver la Russie de son droit de veto.

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/09/22/assemblee-generale-de-l-onu-zelensky-demande-un-juste-chatiment-contre-la-russie_6142643_3210.html

La présidence tournante du Conseil de Sécurité de l’ONU est assurée ce mois de septembre par la France.

Alors même que notre Nation affirme soutenir la réforme des Nations unies engagée par son Secrétaire général, António Guterres, et qu’en son temps Laurent Fabius avait proposé un strict encadrement du recours au droit de veto en cas de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre de masse – qui relèvent désormais d’une incontestable évidence dans le cas de l’agression scélérate contre l’Ukraine – , l’occasion ne se présenterait-elle pas de passer des pieuses déclarations aux actes, en incluant une telle réforme dans le nouveau train de sanctions annoncé en réponse aux agissements inqualifiables de Vladimir Poutine ?

La demande expresse en est formulée par le président ukrainien, l’opinion publique mondiale y serait sans doute favorable, ainsi que la majorité des  États membres.

Rarement l’alignement des planètes s’est montré aussi favorable.

Faudra-t-il une fois de plus laisser passer une telle opportunité et laisser l’ONU confirmer son discrédit de façon irrémédiable en s’enferrant dans une impuissance coupable, alors qu’une telle institution aurait pu être porteuse de tant d’espoir pour l’humanité ?

Mais l’agression russe et les « referendums » fantoches qu’elle suscite en ce moment me semble soulever une autre question qui demande à être précisée, sous peine de donner lieu à de graves équivoques qui ne manqueraient pas d’être exploitées de façon malveillante.

Il s’agit de la question du droit à l’autodétermination des peuples.

Je n’ai jamais caché mon engagement en faveur de ce droit démocratique à l’occasion de posts concernant aussi bien le Tibet que la Catalogne, l’Écosse que la Kanaky (voir Étiquette « Peuples minorisés »).

Cela devrait-il donc m’inciter à considérer comme légitime le processus initié sous l’instigation de Poutine dans les régions du Donbass ?

Il n’est pourtant que trop clair que nous nous trouvons dans ce cas face à une procédure « d’autodétermination » radicalement dévoyée.

Le grec αὐτός, autós – « même » au sens de moi-même, lui ou elle-même, etc. – se réfère à une autonomie dans une décision, une détermination qui vient de « soi-même ».

Or peut-on voir une quelconque « autonomie » dans une décision prescrite de façon « hétéronome » [en grec se rapportant à la loi –νόμος- nomos- qui vient d’un autre – ἑτέρως – heteros] avec « l’assistance » des armes de quelque « grand frère » « autre » qui ne rêve que d’annexion impérialiste?

Sans doute y a-t-il eu carence de la part des gouvernements de Kiev dans le fait de ne pas accorder plus d’autonomie, et pourquoi pas la perspective d’une éventuelle future autodétermination démocratique, aux minorités russophones sur le territoire ukrainien.

Mais cela ne justifie en rien la colonisation autoritaire de ces régions.

Il relève du Droit des peuples que le Tibet accède un jour à son indépendance. Mais celle-ci ne lui sera pas imposée, en pure contradiction dans les termes, à la faveur de quelque invasion du « grand frère » Indien.

Les écossais ne seront pas non plus libérés de l’emprise anglaise par l’armée irlandaise, sous prétexte que celle-ci serait l’émanation du « grand frère » gaélique.

Etc. etc.

L’émancipation patriotique de peuples minorisés par les nationalistes qui les ont asservis ne peut se faire que de l’intérieur, par un processus démocratique qui se fonde sur la prise de conscience d’un peuple se reconnaissant et s’affirmant dans la constitution d’une communauté.

La pseudo-« autodétermination » poutinienne du Donbass et des provinces de l’est de l’Ukraine ne sera jamais que l’exportation violente de ce nationalisme délétère qui, dans son délire de domination, anéantit tragiquement la richesse du peuple russe que nous aimons.

Celui qui, nous l’espérons, commence à relever la tête.

https://www.lemonde.fr/international/video/2022/09/22/des-russes-manifestent-ou-fuient-apres-l-annonce-de-la-mobilisation-partielle_6142780_3210.html

De nouveau quelques suggestions en vue d’une non-prolifération de la honte et du mépris du Droit.

La moindre expérience de l’enseignement démontre que lorsqu’un élève décide de ne pas respecter le règlement intérieur dont il a connaissance, qu’il agresse violemment ses camarades sans tenir compte des avertissements et des tentatives de conciliation, la solution doit être son exclusion, temporaire ou définitive en fonction de la gravité des faits.

Cela constitue la seule façon de garantir les bonnes conditions de l’enseignement.

Dès lors, comment accepter que ces règles de bon sens qui régissent l’éducation puissent ne pas s’appliquer à la Communauté des Nations ?

Comme je l’avais expliqué dans mon post précédent, le maintien de la Russie au Conseil de Sécurité des Nations Unies constitue dans les conditions actuelles une scandaleuse incohérence, puisque la fonction de celui-ci est expressément, comme l’affirme la Charte, d’assumer « la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationale ».

Comment donc concevoir que le mauvais élève de la classe, en l’occurrence un État-voyou violant sciemment et de façon répétée le Droit International, puisse faire la loi dans une Institution alors qu’il devrait en être de toute évidence et de toute urgence exclu ?

Le maintien de tels élèves dans la classe constitue une démission et un grave camouflet qui grève profondément la crédibilité (si tant est qu’elle en ait encore…) de l’Institution tout entière.

Et que dire de l’exemple donné et de la contagion assurée, puisque le mépris du règlement ne fait l’objet d’aucune sanction de la part des autorités compétentes. « Surtout pas de vagues », entend-on hélas à l’envi comme on le sait dans les milieux de l’Éducation Nationale.

Le précédent de l’élève Russie, ne manquera pas ainsi de faire le profit de l’élève Chine, puis de l’élève Corée du Nord, en attendant la suite.

Surtout si les lâchetés et démissions se répètent avec une fréquence impressionnante.

Car six mois après le début d’une guerre scélérate qui a donc manifesté l’impuissance du Conseil de Sécurité, voilà que la Russie remet le couvert en s’opposant à l’adoption du texte sur la non-prolifération nucléaire.

Sans qu’ait été proférée, une fois de plus, la moindre menace d’exclusion ou d’invalidation de son avis en raison de son casier judiciaire plus que chargé qui devrait amplement justifier l’impossibilité de participation à un quelconque jury.

On pourra certes dénoncer avec raison dans ce genre de textes les pures déclarations d’intention, mais l’impact symbolique est néanmoins significatif : « Vous êtes peut-être 190 à être d’accord, mais n’oubliez pas que c’est moi, et moi seul, qui fait la Loi. Vous, vous n’avez qu’à la fermer » rappelle à ses camarades qui effectivement la ferment le gros bras de la classe.

Effrayante faillite, présente et à venir, de tout effort géostratégique préoccupé du maintien de la paix dans le monde…

Dans ces conditions, comment ne pas penser que le pire est encore à venir ?

Sa Majesté le Gros Bras aurait été dérangée, dit-il elle, par « certains paragraphes qui sont éhontément politiques » dans la déclaration finale, en l’occurrence ceux concernant la centrale de Zaporijia.

Car sans doute une guerre d’agression ne relève-t-elle en rien, elle, du politique…

J’avais dans un post précédent proposé une extension de la dissuasion nucléaire aux attaques concernant le nucléaire civil :

N’est-il donc pas grand temps d’inclure les attaques, conventionnelles ou nucléaires, ayant pour but la destruction d’installations nucléaires civiles dans les agressions entraînant d’office une riposte de la même intensité que celle prévue dans le cas d’attaques nucléaires, du fait des dégâts considérables et durables que de telles destructions provoqueraient autant pour les populations proches, pour l’humanité entière que pour l’environnement ?

Le droit de la guerre doit statuer sur ce risque.

Provoquer, quelle que soit la façon, l’explosion d’une centrale nucléaire civile [ajout: ou la dissémination de produits radioactifs pouvant avoir des conséquences tragiques au-delà même des frontières des pays en guerre et interdisant d’accès durant des décennies des territoires entiers] lors d’un conflit n’est-il pas équivalent à l’utilisation d’une bombe atomique ?

Si une théorie de la dissuasion nucléaire a un sens – et jusqu’à ce jour, elle a tout de même évité une guerre atomique, même si son efficacité est bien loin d’être garantie dans la durée […] alors elle doit être étendue à tous les éléments susceptibles de jouer un rôle dans un conflit nucléaire.

Les conditions nouvelles des guerres nouvelles, comme nous le montre ce désastreux conflit en cours, exigent désormais d’inclure d’urgence de nouveaux éléments dans une stratégie de dissuasion et dans le droit de la guerre.

Je ne vois pas de raison de modifier cette approche.

Et, outre la fixation de zones de sécurité inaliénables autour des centrales, sans doute serait-il pertinent et désormais indispensable de la part de l’ONU d’instituer et de mettre sur pied une force internationale d’intervention rapide dans le cas où l’une de ces zones de sécurité se verrait violée, quelle que soit la manière, par un agresseur, quel qu’il soit.

Force d’intervention qui se caractériserait bien sûr, dans sa définition même, par une totale indépendance envers quelque « veto » que ce soit.

Afin que soient enfin respectés la Loi et l’Ordre, et que soit mis un terme aux inadmissibles diktats des pires élèves de la classe.

*

Ajout du 01/09 :

Sur ce personnage essentiel que fut Gorbatchev, je m’étais permis quelques remarques à l’occasion d’un petit commentaire d’un ouvrage de Simon Leys.

Les liens donnés dans ce post sont aussi à consulter.

Ainsi, à la faveur des événements récents, l’antithèse avec Poutine atteint-elle un sommet : alors que Gorbatchev avait pris l’initiative des discussions avec les États Unis sur le désarmement nucléaire, les hommes de main du triste Vladimir refusent de signer l’accord sur la non-prolifération…

Et l’absence de Poutine aux obsèques confirme cette antinomie.

Mais sans doute est-il préférable que la présence du pitoyable despote ne vienne pas salir la mémoire du Grand Homme.

La possession de l’arme nucléaire suffit-elle à enterrer le droit international ?

Je suis étonné que cette guerre qui se prolonge en Ukraine ne suscite aucune comparaison avec une autre guerre d’agression.

À la différence de celle-ci, la première guerre du Koweït a provoqué, elle, en effet, des réactions internationales qui ne se sont pas limitées à des sanctions économiques contre l’agresseur ou à des aides militaires en soutien à l’agressé.

En effet, dès le 2 août 1990, date de l’agression du Koweït par Saddam Hussein, le Conseil de Sécurité des Nations Unies vote la résolution 660 constatant le fait d’invasion entraînant un risque pour la paix et la sécurité internationales. L’attaque est condamnée, et le retrait des troupes irakiennes exigé.

Devant le refus d’obtempérer, est votée le 29 novembre 1990 par le Conseil de Sécurité des Nations Unies la résolution 678 qui légitime le recours à la force, en cas de non évacuation du Koweït à la date du 15 janvier 1991.

Cette résolution ayant été la première depuis la guerre de Corée de 1950 à autoriser un tel recours à la force.

Suite à cette dernière décision, on sait que l’agresseur irakien fut ramené à la raison par une coalition militaire forte de 35 États, dont la France, coalition qui, bien que dirigée par les États Unis, était indépendante de l’OTAN.

Après une importante intervention aérienne et navale, on se souvient que la campagne terrestre fut rapidement stoppée, l’armée irakienne ayant été repoussée hors du Koweït et l’objectif affirmé de la coalition n’étant pas d’envahir l’Irak ni de s’attaquer à sa souveraineté.

Dès lors, on se demande pourquoi une telle stratégie conventionnelle qui s’est révélée victorieuse ne pourrait pas faire tout d’abord l’objet d’une menace, puis être éventuellement mise en œuvre dans le cas de l’invasion russe perpétrée contre l’Ukraine.

Car en dépit du courage de ses citoyens, il paraît difficile que cette dernière puisse gagner la guerre que la Russie lui a imposée sans un engagement plus effectif des pays qui la soutiennent.

Et si tant est qu’on reconnaît le droit d’ingérence, ce qui est tacitement le cas puisque de nombreux États participent au soutien militaire de l’Ukraine, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout dans la volonté de faire respecter le droit international, comme ce fut le cas pour la guerre du Koweït, sans même faire intervenir les forces de l’OTAN ?

Dans un cas comme dans l’autre, il y a effectivement agression, invasion, et grave risque pour la paix et la sécurité internationales.

On dira bien sûr que les circonstances sont différentes, et que si l’URSS finissante n’a pas opposé son veto au Conseil de Sécurité de l’ONU en 1990, la Russie de Poutine, sans doute appuyée par la Chine de Xi Jinping ne manquerait pas de le faire en 2022, paralysant toute possibilité d’intervention. [ajout du 05/07 : En dépit de la déclaration du président Zelensky affirmant que « Le droit de veto russe est un droit de tuer », l’Assemblée Générale de l’ONU confrontée au veto de la Russie à une résolution exigeant le retrait de ses forces militaires, s’est contentée le 7 avril de la suspendre du Conseil des Droits de l’Homme].

Mais si le Conseil de Sécurité se définit, selon la Charte des Nations Unies par « la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationale », et s’il est compétent « pour constater l’existence d’une menace contre la paix ou d’un acte d’agression », il serait grand temps de faire cesser l’hypocrisie de cette situation ubuesque autant que déshonorante pour une institution internationale, qui voit un État délibérément agresseur et fauteur de guerre revendiquer le droit de veto contre une condamnation de l’agression dont il est lui-même l’auteur.

Les événements actuels pourraient justement être l’occasion d’un positionnement enfin clair privant temporairement de droit de veto tout initiateur d’une guerre d’agression, permettant ainsi de corriger une incohérence aberrante, qui risque de devenir insoutenable étant donnée l’évolution de la situation géopolitique. La Russie et la Chine, ou d’autres éventuellement – nul n’est maître de l’Histoire … – pourront-ils indéfiniment échapper aux ripostes, du fait de leur statut de membres permanents du Conseil de Sécurité ?

Sur cette question-là aussi se joue l’avenir d’un équilibre géopolitique viable à long terme.

À ce sujet, saluons l’initiative du G8, qui a joué un rôle de précurseur et donné l’exemple en devenant G7 par l’éviction justifiée de la Russie en 2014 suite à l’annexion de la Crimée.

Bien sûr, les objectifs d’une intervention devraient être strictement déterminés et officiellement arrêtés, comme ce fut le cas pour la guerre de 1990, afin de ne pas menacer directement l’intégrité de l’État russe.

Mais outre l’incohérence évoquée liée au fonctionnement actuel du droit de veto, somme toute aisément surmontable par un légitime coup de force administratif, qu’est-ce donc qui semble devoir interdire une résolution de ce type, dont on peut présumer qu’à la différence de la désastreuse deuxième guerre d’Irak, elle eut des répercussions positives sur l’équilibre d’ensemble du Moyen Orient ?

Est-ce la possession de l’arme atomique et la menace de son utilisation qui suffiraient à enterrer le droit international ?

Ce serait là une défaite inqualifiable.

Certes, la question est pour le moins délicate.

Mais le danger que fait peser une telle démission devant la puissance nucléaire dessine d’ores et déjà la configuration stratégique qui pourrait être celle de notre monde à venir : d’un côté un monde d’ambitions et d’agressions illimitées, au mépris de tout droit ; de l’autre un monde où la seule réponse serait une succession de capitulations munichiennes face à l’épouvantail nucléaire.

Un tel danger n’est-il pas suffisamment grave pour faire l’objet d’une réflexion et d’une réponse plus appropriée ?

Comme cela aurait pu être le cas s’il n’y avait eu les reculades successives que l’on sait concernant les « lignes rouges » lors de la guerre de Syrie, une détermination plus affirmée de la part de ceux qui défendent le Droit ne pourrait-elle refroidir les rodomontades de ceux qui se croient désormais tout permis du fait de la quasi-certitude des démissions de la part du monde démocratique qu’entraînent des actions brutales menées dans le mépris du droit international ?

Déjà les lignes rouges des crimes de guerre et crimes contre l’humanité sont allègrement franchies en Ukraine, et l’utilisation des bombes thermobariques, bombes au phosphore et autres bombes incendiaires est à l’extrême limite du droit de guerre.

Arguant de son épouvantail nucléaire, la Russie devient désormais coutumière du fait, en attendant la Chine et autres Corée du Nord ou Pakistan.

Les atermoiements du monde Occidental face aux provocations réitérées de l’ogre russe constituent sans aucun doute des précédents observés avec attention par des Chinois qui lorgnent avec convoitise vers Taïwan et d’autres îles du Pacifique.

Certes, les risques de guerres nucléaires sont désormais loin d’être négligeables. Il faut en convenir.

Mais on ne peut exclure que des États et régimes qui manifestent à la face du monde leur mépris du droit international et du droit des peuples soient encore sensibles, au-delà du spectre d’une guerre atomique dont ils seraient aussi victimes s’ils passaient du bluff à la réalité, à la menace d’une guerre conventionnelle, si celle-ci est affirmée sans faiblesse ; que l’usage de la force suscite tout de même en eux quelque capacité de réflexion qui les amène à renoncer à leurs projets avant de déclencher la catastrophe.

La tâche est difficile, mais elle est au cœur d’un enjeu dont il serait dangereux de sous-estimer l’importance.

Comme le suggère Sylvie Kauffmann, un « point de non-retour » est désormais atteint.

L’agression russe de l’Ukraine suppose effectivement un radical « changement de paradigme ».

Pour Mario Draghi, « si l’Ukraine perd, il sera plus difficile de maintenir que la démocratie est un modèle de gouvernement efficace ». Cette remarque du premier ministre italien au G7 résume parfaitement le défi posé par la guerre de Poutine : laisser gagner la Russie, régime dictatorial auteur de l’agression, serait le plus terrible des renoncements pour les démocraties européennes, au moment où le « soft power » occidental pâlit dans le reste du monde.

Soit donc nous laissons faire, reculant pour mieux ne pas sauter, et nous préparant à une nouvelle succession de démissions.

Vainement. Car devant notre impuissance, la prochaine étape pourrait être l’agression cette fois d’un pays de l’Otan, auquel cas la même question se représentera avec plus d’acuité :

« Fait-on la guerre, ou ne la fait-on pas ? »

La réponse risquant fort d’être la même.

Soit nous décidons de faire face.

Car si nous nous en tenons à la crainte de l’épouvantail nucléaire, on ne voit pas pourquoi on devrait faire l’économie d’un Munich supplémentaire qui ne fera qu’en cacher un autre et un autre encore : Estonie, Lettonie, en attendant Taïwan ou quelques îles Kouriles.

Façon bien illusoire d’éviter la guerre, que de donner un blanc-seing à ceux qui la fomentent !

La balle est donc dans le camp de l’Occident : moyennant quelques légers aménagements administratifs des règles de l’Onu, il nous est encore possible de taper du poing sur la table et de signifier qu’en dépit de toutes ses imperfections, un monde tout de même démocratique est encore en mesure de défendre son modèle et son Droit, y compris au risque de la guerre nucléaire.

On pense bien sûr à la phrase attribuée à Churchill : « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre ».

Mais, soyons en conscients, l’honneur qu’une défaite de l’Ukraine nous ferait perdre, ce serait avant tout celui de notre Liberté.

*

Ajout du 06/07:

À propos de l’indispensable et urgente réforme du droit de veto au Conseil de Sécurité des Nations Unies, quelques articles déjà cités dans un post précédent :

https://www.liberation.fr/debats/2016/12/19/pour-la-suppression-du-droit-de-veto-au-conseil-de-securite-des-nations-unies_1536292

https://onu.delegfrance.org/La-reforme-de-l-ONU

https://mx.ambafrance.org/Encadrement-du-droit-de-veto
etc.

*

Un article dont le titre suffisamment explicite devrait entraîner les conclusions qui s’imposent pour ce qui concerne le statut de la Russie comme membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU :

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/07/06/la-russie-a-cesse-d-etre-un-pays-que-l-on-peut-traiter-normalement_6133586_3210.html

*

Ajout du 10/07 :

Un événement qui souligne l’urgence de ce « coup de force » bien anodin et simple à mettre en œuvre, qui permettrait pourtant au Conseil de Sécurité de mériter son nom et de sauver son honneur en sortant de sa paralysie et de son impuissance coupable :

https://www.la-croix.com/Monde/Veto-Russie-lONU-extension-autorisation-aide-transfrontaliere-Syrie-2022-07-08-1201224165

Une fois de plus, le scandale de l’imposition du droit de veto par un « État-voyou » et l’indigne fatalisme d’une ONU incapable de réformer ses propres incohérences fait peser de graves menaces sur la situation humanitaire de millions de personnes, les réfugiés d’Idleb en l’occurrence.

Jusques à quand le monde démocratique devra-t-il tolérer, en se privant lui-même des moyens de réagir, les diktats de tyrans ayant déjà largement donné la preuve de leur barbarie ?

*

Et des observations pleines de discernement dans cet article :

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/07/10/guerre-en-ukraine-etre-realiste-c-est-croire-au-rapport-de-force-et-a-la-dissuasion_6134169_3232.html

Sur la conduite de la guerre, le vrai réaliste comprendrait que réduire le soutien aux forces ukrainiennes prétendument pour les pousser à accepter un cessez-le-feu et donc arrêter la guerre (une intention louable) aurait l’effet exactement inverse. Si Poutine gagne – ou a le sentiment de gagner, car la victoire est affaire de perception –, il ne s’arrêtera pas là. Il utilisera les négociations pour gagner du temps, regrouper ses forces et accomplir ce qui reste son objectif : faire tomber le président Zelensky et prendre le contrôle de la totalité du pays. S’il est en confiance, il pourrait même aller au-delà des frontières ukrainiennes.

(…)

Être réaliste, c’est croire au rapport de force et à la dissuasion. C’est aussi ne pas commettre la même erreur deux fois : les faux réalistes devraient se souvenir que, jusqu’au 24 février dernier, ils juraient leurs grands dieux que jamais Poutine n’envahirait l’Ukraine – ou plutôt ne lancerait d’offensive majeure, puisque le fait est qu’il l’avait déjà envahie depuis 2014. Les mêmes promettent aujourd’hui que jamais il n’ira plus loin…

*

Ajout du 11/07 :

Concernant le droit de la guerre, ce bel article de Laurence Devillairs :

https://www.la-croix.com/Debats/Guerre-Ukraine-paix-sachete-pas-nimporte-quel-prix-2022-07-10-1201224310

et cette citation de Pascal :

c’est « aller contre la fin de la paix que de laisser entrer les étrangers dans un État pour le piller, sans s’y opposer » (Pensées, fragment 771).

И орудья замолкли, не целят те боле в борта . « Ils tournèrent leurs carabines ». De Kiev à Odessa, dans l’espoir d’un nouveau Potemkine.

Un massacre de plus dans cette guerre abjecte.

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/06/28/guerre-en-ukraine-a-krementchouk-une-scene-de-crime-geante-apres-la-frappe-russe-qui-a-detruit-un-centre-commercial_6132310_3210.html

*

Et voilà que « Ma mémoire chante en sourdine ».

Память безмолвно мне шепчет

« M’en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde

Qui chante au fond de moi au bruit de l’océan

M’en voudrez-vous beaucoup si la révolte gronde

Dans ce nom que je dis au vent des quatre vents »

Возразите ли мне, коли мир вам открою,

Что поёт в моём сердце при шуме прибоя?

Возразите ли мне, если рокот восстанья узнаю

В имени том, что наперекор всем ветрам я бросаю?

*

C’est mon frère qu’on assassine

Это братьев моих убивают

*

Mon frère, mon ami, mon fils, mon camarade

Tu ne tireras pas sur qui souffre et se plaint

Брат мой, сын мой, товарищ — мы же с вами друзья!

Обратишь ли оружье против тех, кто страдает, кто молит тебя?

*

M’en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde

Où l’on n’est pas toujours du côté du plus fort

Станете ль мне возражать, коли мир покажу я,

Где всесильный над слабым не вовек торжествует?

*

Ils tournèrent leurs carabines

Potemkine

И орудья замолкли, не целят те боле в борта

«Потёмкина»…

(Traduction de Polina Tigerchen

https://lyricstranslate.com/fr/potemkine-%D0%BF%D0%BE%D1%82%D1%91%D0%BC%D0%BA%D0%B8%D0%BD.html-0  )

Fort heureusement l’Histoire est riche de ces moments où les armées retournèrent leurs carabines contre des autorités infâmes qui leur ordonnaient de tirer contre leurs frères, leurs amis, leurs fils, leurs camarades.

Et même si les circonstances peuvent changer, cette force de la révolte contre l’avilissement et l’indignité est encore prête à éclairer le cœur d’êtres humains.

Alors qu’attendez-vous, vous les centaines de milliers de jeunes hommes qui constituent l’armée de ce grand peuple russe, vous les millions de citoyens de ce même peuple, pour vous révolter contre la dictature de bourreaux qui font de vous des criminels de guerre, vous décérèbrent, vous abêtissent et vous aliènent ?

Qu’attendez-vous pour ne plus être du côté des plus forts ?

Les mutins du Potemkine et les révoltés d’Odessa font partie de votre Histoire, et même si bien des répressions ont pu suivre, si bien des Kronstadt ont pu être réprimés dans le sang, ces moments demeurent à jamais comme les titres de gloire d’un grand peuple.

Et si les lecteurs de ce modeste blog sont peu nombreux en Russie, il y en a quelques-uns tout de même.

Alors, je vous en conjure, rappelez autour de vous ces exemples magnifiques.

Ensemble, ne laissons pas triompher cette iniquité qui nous déshonore.

И орудья замолкли, не целят те боле в борта

Quand les muguets sont fanés. Ou de l’anachronisme en politique.

« Réélection de Macron. Et sa première mesure est de mettre le 1er et le 8 mai un dimanche ! » peste Stultitia furieuse.

Cela me rappelle un commentaire récent lu à la suite de je ne sais quel article : « Cinq ans de Macron. Et vous avez vu le prix de l’essence ? ».

Gags ? Pas tant que cela, hélas.

Car quel qu’ait été l’ (heureux ?) élu, il fallait s’attendre à ce que ce premier mai soit marqué par les revendications rituelles : défense du pouvoir d’achat, hausse de salaires, baisse de l’âge de la retraite, etc.

Revendications sans doute légitimes, mais qui, par les temps qui courent, prennent un air encore plus irréaliste que le classique « demain on rase gratis ».

Les signes ne s’accumulent-ils donc pas, qui montrent que nous sommes en train de changer d’ère encore plus rapidement que ne l’avaient pensé les plus pessimistes ?

Et que l’augmentation continue du niveau de vie, de la croissance économique, qui ont caractérisé le XIXème siècle et les trois premiers quarts du XXème ne peuvent relever que d’une époque désormais définitivement révolue, en dépit de ce que veulent imperturbablement nous faire croire des slogans de campagnes électorales déphasés d’un bon demi-siècle ?

Certes, l’exigence de justice sociale doit rester à la première place des revendications. Les superbénéfices opérés ces dernières années en profitant de la pandémie, les salaires de plus en plus indécents des grands patrons et les rétributions injustifiées des actionnaires sont une honte inqualifiable que ne devrait tolérer aucun gouvernement digne de ce nom.

Mais les temps ont changé : cette exigence ô combien légitime doit désormais s’inscrire dans une perspective qui n’est plus, qui ne sera sans doute jamais plus, celle d’une croissance, mais celle d’une répartition équitable des efforts soutenus vers la décroissance et la sobriété.

La simple justice veut que les plus privilégiés soient les premiers à se serrer la ceinture en proportion de leur richesse, pour ce qui est du niveau interne aux nations où perdurent des disparités inacceptables, mais aussi de l’équilibre entre les nations, si tant est que, pour ne prendre que l’exemple français, 97% de notre population appartiennent aux 30% les plus riches du monde.

Mais nous n’avons plus le temps de nous illusionner : c’en est fini de la politique de grand papa et de ses promesses à tout va.

Sauf anachronisme fatal, la tâche du politique n’est plus de gérer une « Révolution Industrielle » ou quelques « 30 Glorieuses », mais d’assurer du mieux possible aux populations une survie décente dans un monde confronté à une « économie de guerre », à des crises sans précédents, énergétique, climatique, démographique, environnementale.

Car alors même qu’elle était prévue depuis bien longtemps et annoncée à celles et ceux qui voulaient bien l’entendre, voici que la crise énergétique due à la diminution inéluctable des ressources fossiles frappe à notre porte, à l’occasion d’une guerre, elle aussi prévisible, qui n’est jamais que le prélude à d’autres, tout aussi prévisibles qu’entraîneront les pénuries alimentaires dont nous avons un avant-goût, la dégradation des terres arables et l’épuisement des sols, la crise de l’eau, l’effondrement de la biodiversité sur terre et dans les océans du fait de la surexploitation, de la surpopulation, du réchauffement climatique, etc.

Sur tous ces défis, les politiques ont gravement failli. Empêtrés par démagogie dans les modèles du passé focalisés sur le pouvoir d’achat, les retraites et autres fruits d’une croissance devenue chimérique, ils n’ont pas su ni voulu envisager le changement de paradigme désormais indispensable.

Et ils n’en continuent pas moins d’entretenir l’illusion, dans la surenchère électoraliste et les annonces impossibles à assumer à long terme.

Or les muguets sont fanés.

Je me souviens des premiers mai de ma jeunesse étudiante, où j’allais vendre ces jolies clochettes au bénéfice de quelque parti qui promettait les lendemains qui chantent d’un progrès perpétuel.

Mais les lendemains ne chantent plus. Et si promettre pour tous plus de justice et une meilleure répartition des biens encore disponibles doit demeurer à tout prix un engagement qui mobilise, il est désormais indispensable d’adapter notre discours à la configuration d’un monde où une telle justice doit être radicalement désolidarisée des promesses fallacieuses d’un accroissement matériel ininterrompu.

Nous le savons, et tout nous porte à le constater aujourd’hui, notre avenir sera plus modeste, plus sobre, ou ne sera pas.

C’est la seule condition qui pourrait permettre de voir refleurir, si nous nous y employons, la fragile espérance des muguets.

Macron Le Pen : l’arrogance et le néant ?

Même si je partage en bonne partie le contenu des articles que Médiapart a rassemblé sous ce titre après le débat d’entre les deux tours, je trouve la formulation particulièrement maladroite, voire trompeuse.

Passe pour « l’arrogance », même si d’autres prétendants ont su démontrer que celle-ci était loin d’être la prérogative du seul Macron. N’a-t-on pas entendu un candidat battu revendiquer haut et fort le poste de premier ministre ?

Mais ce qui fait nettement plus problème est bien le terme de « néant ».

Car le néant, c’est le « rien ».

Or, désolé, Médiapart, Mme Le Pen, ce n’est pas « rien ».

Faire sortir la France de l’Union européenne en promouvant des réformes constitutionnelles incompatibles avec le projet européen, ce n’est pas rien.

Introduire des lois contraires aux lois laïques de 1905, et qui impliqueraient une discrimination religieuse inédite en France depuis des siècles, ce n’est pas rien.

Proposer une politique migratoire agressive aux relents ouvertement racistes et xénophobes, ce n’est pas rien.

Remplacer le droit du sol par le droit du sang, ce n’est pas rien.

Prôner depuis des années une politique étrangère qui courtise sans complexe les pires bourreaux de ce siècle, ce n’est pas rien.

Etc. etc. etc.

Non, tout cela n’est pas un néant. Il y a derrière toutes ces propositions un projet rationnel de destruction délibérée des valeurs de liberté, de fraternité, de respect d’autrui, des éléments fondateurs de la démocratie.

Je renvoie simplement aux excellents articles documentés parus ça et là qui mettent en garde contre les dérives parfaitement prévisibles auxquelles conduirait une élection de Mme Le Pen.

Pour ma part, je me borne à rappeler ci-dessous quelques-unes des opinions déjà exprimées sur ce blog à ce sujet.

Comme les lecteurs le savent, étant essentiellement décroissant, écologiste sans être pour autant antinucléaire, partisan d’une politique sociale et d’une redistribution plus radicales, d’une fiscalité beaucoup plus importante sur les hauts revenus et sur le capital ainsi que d’un impôt extraordinaire sur les superbénéfices opérés lors de la période du covid, de la nationalisation des secteurs médicaux et pharmaceutiques, d’une forte réduction des inégalités au niveau national comme international, etc. je n’ai certes pas la prétention d’être macronien !

Et sans doute quelques remarques des posts ci-dessous publiés avant l’élection de 2017 demanderaient-elles à être nuancées et actualisées.

Mais l’essentiel demeure d’actualité :

On ne peut mettre sur le même plan les conséquences de la politique de M. Macron et les menaces dramatiques que feraient peser une élection de Mme Le Pen.

Dans le système actuel de décompte, ni les bulletins blancs, ni l’abstention ne sont pertinents.

Ce serait jouer avec un feu qui, une fois allumé, aurait bien du mal à s’éteindre.

Le danger des régimes illibéraux, voire fascistes, est bien réel en Europe et dans le monde. L’exemple donné par M. Poutine, qui fut l’un des modèles revendiqués de Mme Le Pen est là pour nous le montrer.

« Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ».

etc.

Et ajoutons même un peu d’humour, qui reste de mise lorsque triomphe le n’importe quoi :

Bon deuxième tour !

*

Ajout du 23/04:

Parmi bien d’autres qui mériteraient d’être mentionnés, cet article tout en finesse et lucidité de Jean Birnbaum:

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/04/22/presidentielle-2022-les-dangers-de-la-comedie-de-l-indifference_6123286_3232.html

et cet important entretien avec Pierre Rosanvallon:

https://www.la-croix.com/JournalV2/Pierre-Rosanvallon-Lepoque-nous-appelle-vigilance-lucidite-2022-04-23-1101211669

De la fascination du suicide, de la pulsion de mort et des limites de la non-violence. À propos de l’Ukraine, de la guerre nucléaire et de quelques discours au pacifisme bien ambigu.

J’aime écouter le journaliste Ziad Limam, rédacteur en chef d’Afrique Magazine, dont j’apprécie habituellement le discernement face aux événements de ce monde.

Il m’a pourtant surpris il y a quelques jours par une certaine naïveté qui ne lui est pas coutumière.

Car à propos de l’emploi possible de l’arme nucléaire par l’armée russe dans le contexte de la guerre en Ukraine, il ne craint pas d’évoquer, pour écarter semble-t-il cette éventualité, un « jeu à somme nulle perdante. Le premier qui tire a perdu », du fait de l’immédiateté de la riposte. (environ 30mn40 dans l’émission citée en lien).

Mais le fait de courir inévitablement au suicide en « tirant le premier » constitue-t-il un argument pertinent pour éviter le risque de guerre nucléaire, ou bien est-ce simplement prendre nos désirs pour des réalités ?

On est en droit de se le demander.

Car outre les avertissements autrement réalistes de Robert Mac Namara déjà évoqués dans des posts précédents, affirmant que « La combinaison de la nature faillible de l’être humain et des armes atomiques conduira à leur emploi », on ne voit pas en vertu de quel optimisme anthropologique gravement déconnecté de la réalité humaine on devrait écarter l’hypothèse du suicide délibéré du « premier qui tire » de l’horizon des possibles en ce qui concerne la conduite des affaires de ce monde.

Optimisme anthropologique qui, nous l’avons vu, relève peut-être comme le disait Hobbes à propos de quelques bisounours de son temps – et du nôtre -, « d’une trop légère contemplation de la nature humaine » (Le Citoyen, GF Flammarion, Paris 1982 I,2, p. 90 ).

Et sans doute faudrait-il convoquer encore ici la notion freudienne de « pulsion de mort ».

Car il fait partie indéniablement des caractéristiques étonnantes de l’espèce humaine non seulement de pouvoir se suicider, de façon individuelle ou collective comme le montrent entre autres les exemples du Temple du Peuple ou du Temple Solaire, mais encore d’utiliser le suicide comme arme de destruction massive, comme le montrent, me rappelait l’ami Claude, les exemples des kamikazes ou des actuels djihadistes.

Dans tous ces cas, le suicide accomplit une fonction sacrée, il revêt un caractère mystique, il est le couronnement d’une vocation enthousiasmante qui élève le candidat au-dessus du commun des mortels.

Quoi de plus exaltant qu’un tel pouvoir démiurgique ?

Le génie de Kubrick en a sans doute bien saisi la dimension prométhéenne lorsqu’il exprime le caractère jubilatoire de l’homme que le destin honore de la mission divine de réaliser l’anéantissement de son propre monde.

Anéantissement dont l’esthétique grandiose ne peut que susciter la fascination.

Pour ma part, une « contemplation » tant soit peu adéquate de la nature humaine me semble donc loin d’évacuer une telle hypothèse.

*

D’où la question lancinante des réponses possibles à une telle menace.

Devant de tels risques, la guerre est elle encore justifiée, et justifiable ?

J’ai été longtemps – et je reste – non violent.

Car je demeure persuadé que la force des peuples est trop souvent sous-estimée, et que celle-ci peut se manifester de façon éclatante lors d’événements comme la révolution de Maïdan et autres « Révolutions de Velours », la lutte de Nelson Mandela ou de Martin Luther King, et bien sûr, celle de Gandhi.

Luttes qui relèvent de ce qu’on nomme « non-violence active », non-violence de combat à l’opposé de toute forme de résignation et de lâcheté.

Mais c’est justement Gandhi lui-même qui souligne dans un texte célèbre à la fois la grandeur et les limites de cette non-violence, qui ne peut être la solution à tous les conflits.

Je n’hésite pas à dire que là où le choix existe seulement entre la lâcheté et la violence, il faut se décider pour la solution violente. Ainsi, mon fils aîné m’a demandé ce qu’il aurait dû faire s’il avait été témoin de l’attentat qu’il faillit me coûter la vie en 1908 : fallait-il s’enfuir et me laisser assassiner ou recourir à la force physique pour me venir en aide. Je luis répondis qu’il eut été de son devoir de me défendre, au besoin pas la violence. Cette explication n’est pas sans rapport avec ma participation à la Guerre des Boers puis à ce qu’on a appelé la révolte des Zoulous et enfin à la première guerre mondiale. C’est pour la même raison que je recommande l’entraînement militaire à ceux qui ne croient qu’à la violence. J’aimerais mieux que l’Inde défendit son honneur pas la force des armes plutôt que de la voir assister lâchement et sans se défendre à sa propre défaite.

(…)

[L’absence de violence] se trouve au contraire dénuée de toute signification dès lors qu’on n’a aucun moyen pour riposter. L’idée ne nous viendrait pas que la souris est clémente parce qu’elle se laisse dévorer par le chat (Tous les hommes sont frères, Gallimard, Paris 1969 p. 182-183).

En dépit de la supériorité, affirmée par Gandhi, des solutions non-violentes, il y a des guerres justes, il y a des résistances armées légitimes.

La résistance ukrainienne en fait incontestablement partie.

J’ai été surpris ces derniers temps par d’étonnantes rencontres de personnalités prêchant le désarmement.

Ainsi, après avoir soutenu comme on le sait le caractère pacifique du bienveillant M. Poutine, et s’être rattrapé de justesse – stratégie électorale oblige – en dénonçant l’agression russe, M. Mélenchon ne récuse pas moins, avec d’autres candidats tout aussi contorsionnistes et démagogues, la livraison d’armes à l’Ukraine.

Lors d’un débat consacré à la guerre en Ukraine organisé ce mardi à l’Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon a pris la parole pour La France insoumise et regretté la livraison d’armes à l’Ukraine par l’Union européenne. « Les moyens que nous employons ne doivent jamais pouvoir se retourner contre nous. Pourtant, je regrette que l’Union européenne ait décidé de, je cite, ‘fournir des armements nécessaires à une guerre’, selon les termes du commissaire Josep Borrell », en référence au chef de la diplomatie européenne.

Magnifique déclaration non-violente : contre l’agression russe, il est préférable de se défendre sans armes !

Quelle coïncidence ! C’est bien exactement ce que déclare M. Roudskoï, adjoint au chef de l’état-major russe :

En outre, M. Roudskoï a qualifié de « grosse erreur » la livraison d’armes à Kiev par les pays occidentaux. « Cela prolonge le conflit, augmente le nombre de victimes et n’aura aucune influence sur l’issue de l’opération » a-t-il déclaré.

Admirable rencontre au sommet, qui montre que malgré un retournement de veste pour la galerie et l’électeur, il est bien difficile pour certain.e.s de tenir un autre discours que celui du grand frère russe.

Mais c’est bien sûr loin d’être la première fois que des violents manipulent le pacifisme ou le désarmement à leur profit !

Et pour compléter de tels assauts de non-violence bien opportuniste, il ne manque plus que le pape !

« J’ai eu honte quand j’ai lu que, je ne sais pas, un groupe d’États s’est engagé à dépenser deux pour cent, je crois, ou deux mille pour cent de leur PIB en achats d’armes, en réponse à ce qui se passe actuellement. »

(…)

« La vraie réponse, ce n’est pas plus d’armes, plus de sanctions, plus d’alliances politico-militaires, mais une approche différente », a-t-il plaidé. Pour « gouverner le monde désormais globalisé », il ne faut pas « montrer les dents » mais adopter le « modèle du soin ».

Pour ma part, j’avoue avoir du mal à préciser de quel « soin » il s’agit, car, à part un internement urgent de M. Poutine, on ne voit pas, outre une résistance armée, quelle thérapie serait susceptible de le guérir ainsi que ses sbires d’un délire nationaliste déjà largement diagnostiqué.

Pourtant, en dépit de discours non-violents certes légitimes et argumentés mais tragiquement hors-sol dans le cas de l’Ukraine, des catholiques eux-mêmes n’hésitent pas à ranimer courageusement la théorie traditionnelle classique de la « guerre juste ».

Le pape François a condamné fermement le concept de « guerre juste » dans Fratelli Tutti. Doit-on pour autant ne pas soutenir l’Ukraine agressée face à la Russie agressive ? Ce serait alors ne pas offrir son assistance à un peuple en danger… La paix est un combat qui a parfois besoin des armes.

(…)

Lorsqu’il a publié son encyclique Fratelli tutti, le pape François a voulu condamner définitivement l’expression de « guerre juste », qui permettait à l’Église de légitimer un certain nombre d’engagements armés depuis… saint Thomas d’Aquin, le grand théologien qui a réfléchi à ce concept.

(…)

Pour autant, n’existe-t-il pas des situations où le recours aux armes est justifié ? Peut-on simplement renvoyer la « guerre juste » aux oubliettes de l’histoire ? N’est-ce pas faire preuve de naïveté ? La tradition éthique a élaboré au fil des siècles toute une série de critères permettant de justifier une action militaire. « Il est très difficile aujourd’hui de défendre les critères rationnels, mûris en d’autres temps, pour parler d’une possible guerre juste », écrit pourtant le pape dans l’encyclique. Difficile, oui. Mais pas impossible… Notamment dans un monde où la violence, elle, n’a pas disparu.

(…)

Face à Poutine, il serait absurde d’expliquer aux Ukrainiens qu’ils ne doivent pas se défendre militairement. Il est des cas où la « légitime défense », notion importante de droit international, s’impose. Certes, dans un conflit, il n’est pas toujours évident de savoir qui a pris l’initiative de la guerre. Pour autant, dans le cas de l’Ukraine, c’est assez évident. L’agresseur est la Russie de Poutine, et il ne faut pas se laisser berner par un discours paranoïaque qui voudrait faire croire le contraire.

(…)

Désarmer l’agresseur est une exigence éthique.

Nier que cela n’exige pas aussi parfois des moyens militaires serait faire preuve d’une grande naïveté. Et aussi d’un manque de charité. Car si l’impératif de la non-violence court dans tout l’Évangile, l’obligation de la charité reste bien ce qui prime. La non-assistance à une personne en danger, agressée, menacée dans sa vie, doit aussi entrer en ligne de compte. Concrètement, on ne peut « absolutiser », dans certaines situations, le recours à la non-violence. Tant que le mal existera, il y aura toujours des cas où la résistance militaire est nécessaire. La paix est un combat qui a parfois besoin des armes (I. de Gaulmyn. Article cité en lien ci-dessus).

Certes, de beaux livres, tel que celui, récent, de Jacques Sémelin, nous montrent comment une résistance non violente peut être efficace, y compris dans le cas de la deuxième Guerre Mondiale, mais il serait bien naïf de penser qu’elle aurait pu suffire s’il n’y avait eu Stalingrad, la Résistance armée et les débarquements alliés…

Incontestablement, « la paix est un combat qui a parfois besoin des armes ».

De naïvetés, de mauvaise foi et d’évidences. Ainsi que de pétrole, de gaz et de nucléaire civil et militaire. Quelques propos de guerre en solidarité avec l’Ukraine.

En tant que lecteur de Jean Pierre Dupuy (voir post précédent et aussi le début de celui du 06/01/2020), je ne crois pas avoir sous-estimé les risques de guerres allant jusqu’aux probabilités de futures guerres nucléaires.

Je ne crois pas non plus avoir été dupe des dangereux courtisans de ces armes de destructions massives que sont Vladimir Poutine et Bachar al Assad et leur mépris du droit international sans équivalent depuis la fin de la deuxième Guerre Mondiale.

Courtisans parmi lesquels il faut bien sûr compter les tragiques pantins capables de parier avec morgue que « la Russie n’envahira pas l’Ukraine », de poser avec complaisance avec le maître du Kremlin ou de soutenir que « la menace n’existe pas ».

Flagorneries diverses qui relèvent indéniablement de ce qu’on ne peut nommer autrement que tromperies qui hélas risquent de ne même pas discréditer leurs auteurs autant qu’ils devraient l’être.

Tromperies

En France, par ignorance ou par connivence, il s’est trouvé des esprits – commentateurs badins, valets du totalitarisme russe – pour reprendre mot pour mot la propagande du Kremlin : il faut « comprendre » Poutine, la Russie a été trop longtemps humiliée, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) la menace à ses frontières, il est légitime qu’elle garantisse sa sécurité, les Etats-Unis sont les vrais responsables, etc.

Est-ce vraiment utile de réfuter ces tromperies ? Humiliée, ignorée, la Russie ? C’est oublier que l’Union soviétique vermoulue s’est effondrée d’elle-même. Que ses anciennes républiques se sont alors précipitées pour proclamer leur indépendance. Que les trois pays baltes, ainsi que les anciens membres du pacte de Varsovie, ont réclamé la protection de l’OTAN par crainte du « grand frère ».

Menaçante, l’OTAN ? A maintes reprises, l’Union soviétique puis la Russie ont été associées à l’élaboration d’une architecture de sécurité en Europe : Charte de Paris, Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Conseil OTAN-Russie (COR), traité de dénucléarisation de l’Ukraine… En signant le traité d’amitié entre l’Ukraine et la Russie en 1997, cette dernière s’était engagée à respecter les frontières et la souveraineté de son voisin. Et, en 2021, les pays de l’OTAN étaient encore ouverts à une renégociation des traités sur le contrôle des armes nucléaires et conventionnelles.

Non, personne ne menaçait la Russie. Ni l’OTAN, dont les systèmes de missiles en Roumanie et en Pologne sont défensifs. Ni l’Ukraine, dont l’entrée dans l’OTAN, imprudemment évoquée, était devenue illusoire. En quelques années, la Russie, en revanche, a asservi la Tchétchénie et la Biélorussie, grignoté la Géorgie et le Donbass, conquis la Crimée, soutenu la Syrie de Bachar Al-Assad, contrôlé un morceau d’Afrique avec ses mercenaires du Groupe Wagner.

(…)

Malgré ces évidences, nos cyniques continuent à chanter leur antienne : la France doit se tenir à « équidistance » entre Etats-Unis et Russie (Marine Le Pen), se montrer « non alignée » (Jean-Luc Mélenchon), n’être « l’obligée » de personne (Eric Zemmour). Comme si une démocratie, même très imparfaite, parfois détestable, était équivalente à une dictature agressive, criminelle et corrompue. Comme si l’on avait le choix de… ne pas choisir entre les deux. En réalité, ce discours-là n’est que la manifestation de l’antiaméricanisme irrationnel toujours vivace dans notre pays ( Nicole Bacharan et Dominique Simonnet, article mentionné en lien ci-dessus).

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N’oublions pas non plus que jusqu’en avril 2014 et l’invasion de la Crimée, en dépit de ses frasques déjà manifestes, la Fédération de Russie était membre associé de l’Otan, etc.

Et pourtant, en dépit de bien des réflexions et des lectures, j’avoue que, comme la plupart des gens à l’exception bien sûr des Ukrainiens, j’ai été surpris et atterré par l’ampleur de l’agression.

« Nous tenons la catastrophe pour impossible dans le même temps où les données dont nous disposons nous la font tenir pour vraisemblable et même certaine ou quasi certaine (…). Ce n’est pas l’incertitude (…) qui est l’obstacle, c’est l’impossibilité de croire que le pire va arriver ». (J.P. Dupuy, cf. post précédent).

Et je dois bien convenir que, malgré ma fréquentation assidue de J.P. Dupuy, je me suis fait avoir moi aussi comme un bleu.

Un autre point sur lequel je reconnais avoir été trop léger est celui qui concerne la question de l’énergie nucléaire en situation de conflits.

J’avais pourtant essayé d’aborder le sujet il y a quelques années, mais j’avais essentiellement évoqué la question des attentats, et non celle d’une guerre de grande ampleur entre des nations possédant des armes et/ou des centrales nucléaires.

Certes, autant qu’en ce qui concerne le réchauffement climatique, la responsabilité de notre addiction aux énergies fossiles est essentielle dans cette guerre ainsi que dans celles qui peuvent nous menacer, comme le montre bien Stéphane Foucart :

On le sait, le charbon, le pétrole et le gaz sont les principaux fauteurs de réchauffement, mais ils sont aussi les principales sources de financement de la Russie de Vladimir Poutine. Depuis le début des hostilités, ce paradoxe a été maintes fois souligné : notre addiction aux énergies fossiles a armé le maître du Kremlin et permis à son régime de prospérer depuis près d’un quart de siècle.

Ironie du calendrier

Le journal en ligne Politico a fait ce cruel calcul : avec 2020 pour année de référence, les dépenses militaires russes (56 milliards d’euros) correspondent peu ou prou à la valeur des exportations de combustibles fossiles de la Russie vers l’Europe (59 milliards d’euros). En particulier, la dépendance de l’Union européenne – Allemagne et Italie en tête – au gaz russe est majeure. Au total, 40 % de la consommation de gaz des pays de l’Union proviennent de Russie. L’incapacité à se défaire de notre addiction aux fossiles ne nourrit pas seulement le réchauffement, elle finance la guerre qui nous menace désormais.

Comment ne pas noter une forme d’ironie du calendrier ? Le 2 février, la Commission européenne inscrivait, sous pression allemande, le gaz naturel dans sa désormais fameuse taxonomie des activités « vertes », permettant de bénéficier de financements destinés à la transition écologique. Trois semaines plus tard, la guerre en Ukraine mettait crûment en évidence le caractère géopolitiquement non durable de la dépendance européenne au gaz russe. Et dans le même temps, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) confirmait que les fuites de méthane issues du complexe pétro-gazier sont sans doute environ deux fois plus importantes que les chiffres officiels colligés dans les inventaires nationaux d’émission.

Ce constat est, du point de vue climatique, d’une importance majeure : le méthane n’est pas seulement un combustible, mais aussi un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le dioxyde de carbone. L’ampleur des fuites structurelles liées à son exploitation est telle qu’elle est susceptible de remettre profondément en cause le bilan carbone flatteur du gaz naturel par rapport au pétrole et même au charbon.

Mais le début d’incendie ainsi que la prise de la centrale de Zaporijjia nous font toucher du doigt combien le nucléaire civil constitue désormais un facteur déterminant dans les guerres.

Sans doute faut-il prendre en compte dans une opération de ce type des intérêts qui peuvent être plus économiques que militaires :

Le gaz joue un rôle central dans le conflit et il suffit pour s’en convaincre de voir comment Vladimir Poutine agite chez ses adversaires-clients la peur d’une source concurrente d’énergie. Derrière l’attaque de la centrale de Tchernobyl par les troupes russes aux premiers jours de la guerre, et les frappes, le 4 mars, contre la grande centrale nucléaire de Zaporijia, se cachent des mouvements autant tactiques que stratégiques. En jouant ainsi avec les nerfs des populations européennes, le maître du Kremlin semble nous susurrer : « Voyez comme ces centrales nucléaires vous rendent vulnérables au moindre de mes caprices. Ne préférez-vous pas rester au gaz ? » (S. Foucart art.cité).

Il ne convient donc pas de céder, du fait de ses dangers avérés, à un discrédit, voire un abandon pur et simple du nucléaire civil. Comme le montre de façon difficilement contestable Jean Marc Jancovici dans nombre de ses analyses que j’ai souvent évoquées et que je continue à partager, le nucléaire civil demeure pour la transition énergétique un « parachute ventral » indispensable pour pallier les insuffisances liées à l’intermittence des énergies renouvelables. Insuffisances hélas largement attestées en ce moment par l’évidente dépendance des économies européennes, en particulier allemande et italienne, au gaz russe.

Mais le danger lié à l’énergie nucléaire demeure, incontestablement, considérable.

Comment donc appréhender ce dilemme ?

Il me semble que le droit de la guerre doit désormais d’urgence en prendre la mesure.

« La dissuasion nucléaire se fonde sur la peur, dans les deux camps, du recours par l’autre à l’arme nucléaire. La dissuasion consiste à prévenir un acte en persuadant l’acteur concerné que les coûts d’une telle action excèdent ses bénéfices » (Wikipédia).

On le sait, cette peur réciproque repose sur le fait qu’une attaque nucléaire, par missiles ou autres, déclencherait instantanément, de la part de la nation attaquée, une réponse entraînant pour l’attaquant des dégâts gigantesques, irréversibles, présumés « dissuasifs ».

N’est-il donc pas grand temps d’inclure les attaques, conventionnelles ou nucléaires, ayant pour but la destruction d’installations nucléaires civiles dans les agressions entraînant d’office une riposte de la même intensité que celle prévue dans le cas d’attaques nucléaires, du fait des dégâts considérables et durables que de telles destructions provoqueraient autant pour les populations proches, pour l’humanité entière que pour l’environnement ?

Le droit de la guerre doit statuer sur ce risque.

Provoquer, quelle que soit la façon, l’explosion d’une centrale nucléaire civile lors d’un conflit n’est-il pas équivalent à l’utilisation d’une bombe atomique ?

Si une théorie de la dissuasion nucléaire a un sens – et jusqu’à ce jour, elle a tout de même évité une guerre atomique, même si son efficacité est bien loin d’être garantie dans la durée  – cf. plus haut Robert Mc Namara : « La combinaison de la nature faillible de l’être humain et des armes atomiques conduira à leur emploi. », cité par J.P. Dupuy, Hiroshima dessine notre futur atomique, propos recueillis par Aline Richard, La Recherche, 389, sept 2005alors elle doit être étendue à tous les éléments susceptibles de jouer un rôle dans un conflit nucléaire.

Les conditions nouvelles des guerres nouvelles, comme nous le montre ce désastreux conflit en cours, exigent désormais d’inclure d’urgence de nouveaux éléments dans une stratégie de dissuasion et dans le droit de la guerre.

Même si, nucléaire civil ou pas, l’avenir de l’humanité demeure à la merci d’un toujours probable Docteur Folamour, dont un certain Vladimir Poutine pourrait être l’odieux présage, si ce n’est l’artisan.

Mais, comme le disait encore Gramsci, en dépit des probabilités, « le pessimisme de l’intelligence » ne doit pas éteindre « l’optimisme de la volonté ».

C’est bien la leçon que nous donne la résistance ukrainienne. En espérant que le peuple russe marche sur ses traces.

Et que nous sachions nous aussi nous engager à sa suite.

De toute façon, nous n’avons désormais plus le choix d’avoir le choix.

***

Ajout du 07/03:

Cet excellent article de Jean Pierre Filiu :

Ainsi que celui-ci d’Olivier Mongin:

https://www.la-croix.com/Culture/Guerre-Ukraine-Vladimir-Poutine-nest-pas-tyran-reveille-2022-03-07-1201203597

Croissance et démographie. Où l’on apprend comment les fausses promesses de la COP dissimulent de nouvelles « 30 Glorieuses » qui, cette fois, nous seront fatales.

En 2050, 151 des 195 pays du globe seront en situation de décroissance démographique. Le vieillissement des populations déjà notable en Asie et en Occident entraine pénurie de main-d’œuvre et ralentissement économique. (…)

Décideurs politiques et scientifiques ouvrent les yeux sur une réalité nouvelle : le monde est au bord du déclin, voire de l’extinction. (…)

L’Asie orientale est l’une des régions les plus touchées par l’effondrement du nombre de naissances – notamment la Corée du Sud (dont l’indice synthétique de fécondité – ISF – s’établit à 1,11), Taïwan (1,15) et le Japon (1,37) sur la période 2015-2020, selon le rapport “World Population Prospects 2019” [“Projections démographiques mondiales”] publié par les Nations unies. La population d’un pays commence à décliner lorsque la fécondité tombe en dessous du taux de remplacement de 2,1, avec, à la clé, des pénuries de main-d’œuvre, une crise des fonds de pension et la péremption des vieux modèles économiques. (…)

Christopher Murray prévoit que les taux de fécondité convergeront autour de 1,5, voire en deçà dans certains pays.  Et il ajoute:

Ce qui veut dire que l’humanité finirait par disparaître d’ici quelques siècles”

Cette donne inédite va engendrer une nouvelle dynamique – déjà visible ici ou là – dans des domaines allant de la politique monétaire aux régimes de retraite, en passant par les prix de l’immobilier et la structure du capitalisme dans son ensemble. À l’heure où la population mondiale approche de son pic, beaucoup de gouvernements se voient en effet contraints de revoir leurs orientations politiques, qui reposaient jusque-là essentiellement sur l’essor démographique pour leur croissance économique et leur poids géopolitique.

Les pénuries de main-d’œuvre viendront gripper les modèles de croissance du passé. La protection sociale, dont les retraites et l’assurance-maladie, présuppose par ailleurs une population croissante, et elle sera dès lors mise à mal. (…)

Même les pays développés qui sont devenus riches avant de subir les effets du vieillissement ne sont pas à l’abri de telles difficultés. Les systèmes de sécurité sociale du Japon, du Canada et des pays européens reposent sur le principe du soutien intergénérationnel, en vertu duquel la population active subvient aux besoins des retraités. Avec la chute du taux de natalité, la seule manière de pérenniser le système de retraite sans alourdir le fardeau pour la population est d’améliorer les retours sur investissement. Or la baisse de la population entame également les réserves de croissance de l’économie, créant un cercle vicieux qui est à l’origine de chutes historiques des taux d’intérêt.

Kazuo YansaeYohei MatsuoEugene Lang et Eri Sugiura, Nikkei Asia, Tokyo, Courrier international n°1628 du 13 au 19 janvier 2022.

https://www.courrierinternational.com/article/demographie-vers-un-monde-depeuple

« Voilà un dossier qui va conforter les arguments de tes adversaires préférés, papes et autres jésuites comme natalistes de tous poils » me dit Stultitia, tout émoustillée.

« Que nenni ! » est-t-il impératif de lui répondre.

Car de telles observations, par ailleurs connues depuis longtemps, constituent simplement le pendant démographique de l’incantation à la croissance économique tellement dénoncée, sur ce blog en particulier.

D’autres passages de ce dossier ne le cachent d’ailleurs pas :

La solution serait de soutenir la croissance économique en augmentant la productivité du travail (art. cit).

Rien de nouveau sous le soleil, donc.

La révolution industrielle fut effectivement, comme le reconnaît l’article, une « période au cours de laquelle la croissance économique était soutenue par la croissance démographique et inversement ».

On le sait, un tel cercle a été rendu possible par la surexploitation des ressources naturelles, en particulier fossiles, cause de la crise écologique actuelle désormais quasi-universellement dénoncée, du moins en paroles.

Depuis deux cents ans, une croissance démographique soutenue consume les ressources naturelles, dévaste l’environnement, engendre des guerres (art. cit).

 sont bien obligés de reconnaître les auteurs.

Mais voilà : au lieu de prendre acte de l’urgente nécessité de passer du déni lénifiant à l’indispensable mobilisation et à l’exhortation au seul programme responsable, celui qui supposerait inévitablement « du sang et des larmes », c’est-à-dire une double réduction – celle de la croissance matérielle avec l’inéluctable réduction de la consommation, du pouvoir d’achat, des retraites, et celle de la démographie -, voilà qu’on nous propose une fois de plus l’incantation magique qui accompagne la fuite en avant : « Croissons ! Augmentons la productivité du travail », indissociable du traditionnel « Croissez et multipliez ! Faites des enfants pour sauver la protection sociale et les retraites ! ».

Car on le sait, même les papes nous le serinent à l’envi, un enfant est avant tout une variable économique ayant pour but la sauvegarde de la croissance et du confort des personnes âgées.

L’exemple de la Chine, terrorisée par les effets de la baisse prochaine de sa population sur sa puissance économique, son poids géopolitique et son système de protection sociale, est des plus significatifs :

Directeur de recherche à l’université de Wisconsin-Madison, Yi Fuxian estime que les contraintes démographiques à l’œuvre en Chine malmèneront son économie.

En Chine, le PIB actuel par habitant ne représente que 16 % de celui des États-Unis. Ce qui attend la Chine, c’est une récession induite par son vieillissement. Sans relance de la natalité, le taux de croissance économique ne repartira pas et le pays ne dépassera jamais les États-Unis en termes de PIB” (art. cité).

Quelle effroyable nouvelle, en effet ! On comprend que l’ouvrage de Yi Fuxian, « Un grand pays dans un nid vide » ait été interdit en Chine : il ne faut pas désespérer le Billancourt chinois dans ses rêves exhibitionnistes d’arborer à la face du monde le plus gros fantasme infantile de toute puissance.

Trop nombreux sont encore les obsédés du déni et les partisans effrénés d’une « croissance verte » bien problématique, soutenue par de très improbables progrès techniques dont les effets sur la résolution des problèmes énergétiques et environnementaux sont selon toute vraisemblance de l’ordre du vœu pieux.

On se rassure comme on peut…

Mais les penseurs sérieux, ceux qui prennent réellement la mesure du problème, sont conscients des difficultés considérables que suppose la réduction obligatoire de la croissance économique, dont la régulation démographique constitue nécessairement une composante essentielle.

Difficultés considérables que nous ne pouvons pourtant pas manquer d’affronter si nous voulons simplement survivre.

« Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste »

 disait l’économiste Kenneth Boulding, cité par notre article.

Et j’ai moi-même plusieurs fois rappelé l’alternative évoquée par Herman Daly en 2005 dans la revue Scientific American :

Le basculement vers l’économie durable « impliquerait un énorme changement d’état d’esprit, sur le plan intellectuel comme sur le plan affectif, de la part des économistes, des décideurs politiques et des électeurs. On pourrait même être tenté d’affirmer qu’un tel projet est irréalisable. Mais l’alternative à l’économie durable –l’économie indéfiniment croissante – est une impossibilité biophysique. Si je devais choisir entre m’attaquer à une impossibilité politique et m’attaquer à une impossibilité biophysique, je jugerais la seconde comme la plus impossible des deux et tenterais ma chance avec la première ».

Pourtant, on le sait, les atermoiements, faux-semblants et pures proclamations d’intentions qui accompagnent les diverses COP s’accommodent fort bien d’un retour espéré, mieux, programmé, de « 30 Glorieuses » new style.

Car si cette période de croissance qui a vu en Occident l’explosion du consumérisme et de la démographie, entraînant le quasi-épuisement de nos ressources naturelles et la dévastation de notre environnement n’est plus concevable dans les pays de l’Ancien Monde, elle est d’ores et déjà en cours dans les pays dits « en développement » et amplement promue et bénie par ceux qui prévoient d’en tirer profit.

L’Afrique, en particulier, qui compte 1,3 milliards d’habitants et possède le taux de fertilité le plus élevé du monde avec une moyenne de 4,4 enfants par femme,

 a entamé son baby-boom : 41% de a population africaine a moins de 15 ans. D’ici à 2050, la population africaine devrait augmenter de 91% passant de 1,3 milliards en 2020 à 2,6 milliards, ce qui représentera près de 60% de la croissance démographique mondiale prévue (…). [D’après une étude] publiée en 2020 dans le journal scientifique The Lancet, l’Afrique subsaharienne devrait voir sa population tripler d’ici à 2100, passant de 1 à 3 milliards d’habitants (art. cité).

Comment dès lors s’étonner que toutes les nations industrialisées du monde rivalisent en déclarations d’amour exaltées aux pieds de cette belle capable d’assurer de nouvelles « 30 Glorieuses » qui mèneront le monde cette fois droit dans le mur ?

Mais qu’importe ? Les producteurs chinois, américains, européens, russes, turcs et autres encore disposeront là du Sacro-Saint Marché qui leur permettra de maintenir sous perfusion la Divine Croissance avant l’agonie définitive.

Routes de la soie, investissements tous azimuts en Afrique, devant de telles réalités déjà bien tangibles, à quels naïfs peut-on donc encore faire croire aux bonnes intentions vertueusement énoncées lors des COP ?

Certes, on le sait, le poids environnemental d’un africain moyen en hectares globaux (hag) est, pour le moment, de beaucoup inférieur à celui d’un américain moyen, d’un européen ou même d’un chinois.

(Rappel : si le mode de vie américain était généralisé à l’ensemble de la population mondiale, nous aurions besoin de 5 planètes pour subvenir à nos besoins, 2,5 si c’était le mode de vie français. Alors que le mode de vie – actuel – d’un indien ou d’un habitant du Burundi se contente largement de cette seule planète dont nous disposons).

Cela veut dire à l’évidence que les américains, européens, chinois, etc. ont à réduire drastiquement de façon urgente leur mode de consommation ainsi qu’à réguler leur natalité afin de ne pas peser de manière scandaleuse sur l’équilibre écologique de notre pauvre Terre.

Mais cela signifie aussi qu’il serait fatal pour les africains et autres peuples en développement de revendiquer au nom de la justice un type de croissance, économique comme démographique, conçu selon le modèle du « rattrapage », qui ne pourrait être que suicidaire à moyen terme pour eux comme pour l’ensemble de l’humanité.

Ceci en dépit de nombre de discours soi-disant bien intentionnés entendus ici et là qui estiment, au nom d’une déculpabilisation à courte vue, que la justice serait de promouvoir pour les peuples qui n’en ont pas « bénéficié » le genre de développement matériel qu’a connu l’Occident.

« En vertu de quoi les occidentaux devraient-ils conseiller aux africains et pakistanais de réguler leurs naissances et leur contester le droit de rouler en SUV ? Qui sommes nous pour prétendre leur donner des leçons ? ».

C’est bien pour cela que même si le taux de fertilité des habitants des nations industrialisées effectivement en décroissance et souvent inférieur au taux de renouvellement entraînera prochainement des problèmes pour maintenir le pouvoir d’achat et équilibrer les systèmes de retraites et de protection sociale, laisser croire que la solution passerait par une politique nataliste constitue une dangereuse supercherie.

Il est de la responsabilité de l’Occident, en tant que plus gros consommateur, pollueur et gaspilleur mondial par têtes, de mettre en œuvre une rigoureuse réduction, et même inversion, de sa croissance matérielle tout en maintenant un faible taux de natalité.

Donner l’exemple est la seule façon d’être crédibles si l’on veut inciter les pays en développement à ne pas suivre la voie fatale que nous avons suivie en entrant dans le cercle infernal qui lie croissance économique et croissance démographique.

Supposons […] -de façon purement théorique -que le monde entier adopte demain une politique de l’enfant unique. À la fin de ce siècle, nous serions de nouveau 1,6 milliard d’habitants. Le chiffre de 1900. [contre 9,7 milliards en 2064 selon la dernière étude de l’Université de Washington, citée dans l’article. Il faudrait cependant tenir compte de l’effet catastrophique des changements environnementaux sur la population mondiale]

Nous dit Alan Weisman.

Un tel chiffre étant considéré comme le plus conforme aux ressources dont nous disposons, le plus respectueux pour notre environnement et donc le plus approprié au maintien durable de l’espèce humaine sur notre Terre.

À partir de ce moment, bien sûr, la politique de l’enfant unique pourrait être abandonnée et la régulation démographique pourrait se baser sur le taux de remplacement, d’environ 2,05 enfants par femme.

(Rappelons qu’une telle politique a été suivie par l’Iran, de façon incitative et non coercitive à la différence de la Chine ou de l’Inde, avec des résultats remarquables, avant que M. Ahmadinejad y mette fin de façon catastrophique pour l’avenir de ce pays, d’ores et déjà en stress hydrique du fait de sa surpopulation).

Cette politique, qui ferait certes le bonheur de notre climat et de notre biodiversité, a bien évidemment toutes les chances de ne pas être du goût des capitalistes qui gouvernent notre monde et de leur recherche d’un profit optimal grâce à un nombre maximal de consommateurs.

Il y a donc hélas peu de chances de la voir mise en œuvre…

Pourtant, l’urgence est donc, bien loin des politiques natalistes qui font hélas leur retour dans des programmes électoraux, de conjuguer une indispensable décroissance économique des plus riches, sélective en fonction de la pression environnementale exercée, avec une croissance maîtrisée des plus pauvres, elle aussi sélective en fonction des retards de développement et d’équipements essentiels qui s’observent dans certaines nations.

Mais dans tous les cas, la persistance ou le développement de la régulation démographique doit demeurer, elle, un objectif partagé.

Cela passerait, bien évidemment, par des mesures aptes à réduire le scandale de la répartition inégalitaire des richesses et des ressources, au niveau des nations comme au niveau international.

Ainsi que par la mise en place de politiques migratoires rationnelles, enfin débarrassées des dangereuses stupidités démagogiques en vogue, et capables d’opérer les rééquilibrages démographiques qui s’imposent au niveau international.

Notre étude le reconnaît :

La réponse, dans bien des cas, a été de recourir à l’immigration, qui a contribué à la croissance des pays développés après le ralentissement de la croissance démographique (…).

Nécessité du recours à l’immigration

Sans l’immigration, bon nombre d’économies développées ne sont déjà plus en mesure de satisfaire leurs besoins en main-d’œuvre. Dans le Royaume-Uni post-Brexit, la combinaison des barrières à l’immigration et des restrictions sanitaires a entraîné une grave pénurie de travailleurs. Avant la pandémie, seuls 12 % des chauffeurs routiers étaient originaires de l’Union européenne. Or, en vertu des nouveaux règlements britanniques, il est désormais interdit d’embaucher des chauffeurs à l’étranger (…)

Concurrence pour séduire les travailleurs étrangers

Certains pays se mettent désormais en quête de main-d’œuvre. L’Allemagne accepte davantage de travailleurs non européens depuis 2020. En 2019, l’Australie a allongé la durée maximale des visas vacances-travail de deux à trois ans, à la condition que les personnes concernées travaillent pendant un temps donné dans des secteurs victimes de pénuries de main-d’œuvre, comme l’agriculture. Le Japon fait également entrer plus de travailleurs étrangers au titre de son programme Specified Skilled Worker [ouvert aux travailleurs qualifiés dans certains secteurs spécifiques].

Les forces économiques à l’œuvre pourraient bien faire naître une concurrence nouvelle entre les pays pour séduire les travailleurs étrangers. L’objectif est de devenir un pays de prédilection. Keizo Yamawaki, spécialiste des politiques migratoires à l’université Meiji de Tokyo ajoute:

Si l’on veut attirer les travailleurs étrangers, il faut leur donner la possibilité de s’installer à demeure dans le pays.” (art. cité).

Politique indispensable, certes, mais dont l’évocation ne semble pas prête à figurer dans les programmes électoraux aussi étriqués qu’irréalistes que nous subissons.

Terminons par un peu d’humour, en évoquant l’un des arguments les plus burlesques des natalistes :

Dans une étude de 2020, l’économiste Charles I Jones, de l’université de Stanford, explique « qu’à long terme, tout effet économique positif découlant d’une diminution de la population pourrait être annulé par la réduction de la capacité créative de l’humanité ». Les idées étant le moteur de la croissance, « une baisse du nombre absolu de cerveaux pourrait freiner sérieusement l’innovation, et donc les perspectives de croissance » (art.cit).

Ce monsieur ignorerait-il donc qu’Einstein, Platon et autres Jean Sébastien Bach ou Descartes, sans parler des inventeurs du feu, de l’agriculture, ou des peintres de Chauvet et de Lascaux, ont vu le jour dans un monde qui comptait six ou sept milliards d’habitants de moins que le nôtre ?

Et que l’augmentation « du nombre absolu de cerveaux » qu’il appelle de ses vœux risque hélas de faire, en raison des crises probables et des guerres dues à la pression démographique insupportable et à la raréfaction des ressources, que le nombre absolu des cerveaux de djihadistes, terroristes et autres dictateurs dépasse amplement le nombre de cerveaux d’Einstein ?

*

Ajout du 10/02 :

Ce lien à l’article fort instructif de Sylvestre Huet, qui montre de façon chiffrée à quel point nous ne sommes pas égaux en ce qui concerne la pollution et la production de gaz à effet de serre.

Au niveau national comme international (cf. ci dessus la comparaison des poids environnementaux en hectares globaux (hag) ) les riches sont beaucoup plus nocifs que les moins riches et bien sûr que les pauvres.

Pour être crédible et donc efficace, l’indispensable politique de sobriété écologique doit avant tout s’attacher à la réduction des inégalité sociales.

Une politique climatique efficace suppose donc la réduction drastique des écarts d’émissions entre groupes sociaux classés par revenus et patrimoines. Or, le seul moyen efficace d’y parvenir est de s’attaquer à la cause de cet écart… qui est justement l’inégalité de revenus et de patrimoine.

Donc, la France a besoin d’un Président qui ne souhaite pas que « plus de jeunes rêvent de devenir milliardaires« , mais d’un Président qui se fixe l’objectif de réduire drastiquement cet écart en confisquant les plus gros revenus et patrimoines au bénéfice de programmes d’action climatique collectifs. Après, il lui sera possible de s’adresser au reste de la population, notamment aux classes moyennes, pour lui demander la sobriété.

Qu’on se le dise !

À propos de Miles Davis, Desmond Tutu, Jean-Marie, et de bien d’autres, pour une bonne fin d’année.

Une Pensée de Pascal m’a opportunément fourni matière à réflexion pour cette fin d’année :

« Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. » (Éditions de Port-Royal : Chap. XVIII).

Sans doute l’intention de Pascal est-elle essentiellement religieuse et veut-t-il laisser entendre que celui qui désire voir Dieu et son œuvre dispose de suffisamment de signes pour en déceler la trace dans l’indéniable noirceur de notre monde.

Mais il me semble qu’on peut aussi faire de ce magnifique petit texte une lecture plus « laïque ».

Oui, ce monde rempli d’obscurité est terrible, révoltant. C’est un fait.

Le constat quotidien de son insupportable cruauté ne semble laisser place qu’au découragement, au désespoir.

Et pourtant, « pour ceux qui ne désirent que de voir », il existe des porteuses et des porteurs de Lumière qui montrent qu’au cœur même de cette obscurité, autre chose est à l’œuvre, quelque chose que l’apparente victoire des ténèbres ne peut arrêter.

Ainsi en est-il, parmi tant d’autres, du témoignage de Desmond Tutu, infatigable défenseur de la Lumière et de la Justice, dont, mieux que les mots, la musique traduit l’éblouissant rayonnement.

Ainsi en est-il aussi des militants de Memorial qui maintiennent vive l’exigence de la Liberté dans un univers gangréné par la lâcheté et la corruption.

Ainsi en est-il de tant d’anonymes, ferments de Lumière à Hong-Kong, en Birmanie ou ailleurs.

Une petite pensée encore pour un artisan de Justice et de Paix, récemment disparu dans la discrétion, et dont la persévérance a permis de changer quelque peu le visage de notre monde.

À ces moments lumineux de nos rencontres passées !

Effectivement, grâce à vous, « il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir ».

Merci.

Et bonne fin d’année à toutes et à tous !