Portugal et Catalogne. Versatilité de l’Histoire et permanence de la stupidité.

Fort heureusement, personne ne met en doute le fait que la langue portugaise soit bien autre chose qu’un patois, une grande langue de culture et les portugais un grand peuple qui ont fait du Portugal une grande Nation.

Tout cela nous semble aller de soi et relever de la plus stricte légitimité.

Mais on a tendance à oublier que, jusqu’à 1640, le statut de la langue portugaise en tant que langue nationale, pas plus que celui du Portugal en tant qu’entité nationale propre n’étaient aucunement assurés.

Depuis 1580, Espagne et Portugal sont en effet en régime d’union dynastique. Philippe II d’Espagne est devenu à cette date, au terme d’une crise de succession, Roi du Portugal, dont le gouvernement est confié à un vice-roi.

En dépit des avantages en particulier militaires offerts au Portugal par une telle union, celle-ci menace directement l’originalité politique et culturelle du peuple portugais.

« L’union ibérique n’avait fait qu’accentuer la castillanisation culturelle déjà sensible au XVIème siècle. La cour, après son transfert à Madrid, ne joua plus son rôle de mécénat et de phare artistique : quelle que fût sa splendeur, la petite cour des ducs de Bragance, à Vila Viçosa, ne pouvait être comparée à celles de D. Manuel ou de de D. João III. Artistes et écrivains portugais, qui s’exprimaient de plus en plus en castillan aux dépends de la langue nationale, la suivirent en Espagne, où ils contribuèrent à la magnificence du siècle d’or espagnol. Pour l’élite cultivée des deux pays, le portugais n’était plus qu’une langue grossière bonne pour le peuple ».

(J.F. Labourdette, Histoire du Portugal, Fayard, Paris 2000, p. 313).

On comprend dès lors que l’intérêt de l’Espagne, en plus de phagocyter la spécificité culturelle portugaise, ait été de réduire son existence politique.

C’est ce dont témoigne sans équivoque l’un des artisans les plus convaincus de l’unité espagnole, le valido (favori) du roi Philippe IV, le comte-duc d’Olivares dans une lettre à son souverain :

« Que votre majesté veuille bien considérer comme l’affaire la plus importante de votre monarchie celle de vous faire roi d’Espagne ; je veux dire, Sire, que votre majesté ne se contente pas d’être roi du Portugal, d’Aragon, de Valence, Comte de Barcelone, mais qu’elle travaille et pense (…) à réduire ces royaumes dont se compose l’Espagne à la manière et aux lois de Castille, sans aucune différence ».

(F. Soldevila et F. Valls i Taberner, Història de Catalunya, Editorial Selecta, Barcelone 1982, p. 401).

Cette idée de centralisation des comtés et royaumes de la péninsule sous la gouverne du roi d’Espagne est à l’origine de ce qu’on a nommé le « programme d’union d’Olivares ». Celui-ci passait entre autres choses par l’élaboration d’une défense commune à laquelle devaient contribuer les diverses entités de la péninsule. Or, comme le remarque encore J.F. Labourdette, « l’union des armes ne pourrait réussir que si elle s’accompagnait d’une union politique. Cette dernière imposait des limites au particularisme et un durcissement de la centralisation » (id. ibid. p. 306).

Or, un tel durcissement de la centralisation fut le point de départ d’une série de révoltes :

« Déjà sensibles avec l’apparition du sébastianisme et les événements d’Evora en 1637, les craquements de l’union dynastique s’aggravèrent brusquement avec la crise que traversa la monarchie espagnole en 1640. Un groupe de nobles [portugais] mena à bien un coup de force le 2 décembre et plaça sur le trône le duc de Bragance, représentant de la légitimité, sous le nom de Jean IV. Si apparemment la déchéance de Philippe IV et l’indépendance du Portugal furent réalisées avec une facilité aussi déconcertante que cela avait été le cas de l’avènement de Philippe II, les Portugais n’en durent pas moins mener une longue guerre d’indépendance aussi bien dans la péninsule ibérique que dans les domaines d’outre-mer. Elle ne prit vraiment fin qu’avec la paix avec l’Espagne en 1668 ».

(J.F. Labourdette, op. cit. p. 313-314).

C’est donc cette « longue guerre d’indépendance » qui permit au Portugal de ne pas rester, et devenir de plus en plus, une simple province de l’Espagne, et à sa langue de ne pas être considérée comme un « patois », comme le sont encore pour beaucoup de nationalistes espagnols et français la langue galega (dialecte portugais parlé en Espagne), le catalan, le corse, etc.

On le sait, même si on a du mal à l’admettre, l’histoire de la Catalogne et de sa langue fut, à cette époque, étroitement parallèle : la même révolte eut lieu contre les exigences centralisatrices d’Olivares. En 1640, les autorités catalanes exigent le départ des troupes espagnoles qui stationnent depuis des années en Catalogne, pesant lourdement sur le pays. Le refus d’Olivarès et l’emprisonnement des chefs du gouvernement catalan (la Generalitat) déclenchent partout des émeutes populaires. À Barcelone, le vice-roi, représentant du pouvoir espagnol, est tué. C’est le début de la « guerre des moissonneurs » (guerra dels segadors), dont les catalans tirent leur hymne national.

Elle durera dix ans, et verra la proclamation éphémère de la première République Catalane par Pau Claris.

Hélas, une suite d’alliances malheureuses fit qu’elle ne put avoir l’issue favorable qui vit le rétablissement de la nation portugaise. Les rivalités entre maison d’Autriche et Bourbons se soldèrent par la victoire de ces derniers, et le 11 septembre 1714, la chute de Barcelone après treize mois d’un siège féroce signa la fin (ou du moins le report) des velléités d’autonomie de la Catalogne et son assujettissement au pouvoir de Philippe V Bourbon, petit-fils de Louis XIV.

Depuis, quels que soient les gouvernements, de droite, du centre ou de gauche, ils paraissent s’évertuer à donner raison à Manuel Azaña, président de la République Espagnole : en 1937, il résumait ainsi dans ses Memorias politicas y de Guerra (ed. critique Barcelone 1978, II p. 184) le rapport du gouvernement central avec la Catalogne: « La nécessité de bombarder Barcelone tous les 50 ans est une loi de l’Histoire espagnole. Le système de Philippe V était injuste et dur, mais solide et confortable. Il a tenu deux siècles« .

Que le bombardement soit militaire, culturel ou juridique comme on le voit aujourd’hui ne change rien à l’affaire : le nationalisme castillan n’est pas prêt à lâcher le morceau.

Mais la lecture de tant et tant de commentaires nationalistes castillans et français à chaque nouvel épisode de la soi-disant « question catalane » (qui est essentiellement, encore une fois, avant tout une question castillano-castillane…) commentaires à propos desquels j’étais déjà intervenu

https://stultitiaelaus.com/2018/02/01/dune-mutation-frequente-qui-transforme-en-droit-la-raison-du-plus-fort-ainsi-que-dun-gene-de-limbecilite-qui-affecte-le-corse-le-catalan-et-autres-basques-ou-bretons-et-d/

https://stultitiaelaus.com/2017/10/06/dune-etrange-desinhibition-du-nationalisme-et-de-ses-consequences-pour-lavenir-de-leurope-et-du-monde/

me suggère ce petit exercice d’Histoire-fiction.

Imaginons – tant l’Histoire est versatile…- que le contraire se soit passé.

Que le Portugal ne soit pas parvenu à son émancipation, alors que la Catalogne ait pu, elle, y accéder.

Après tout, dans ce XVIIème siècle plein d’incertitudes, il s’en est fallu de peu. Et l’indépendance de la Catalogne n’était pas moins légitime que celle du Portugal.

Le déplacement des poncifs habituels des Pères La Vertu du nationalisme castillan et français – ceux-là même qui abreuvent les commentaires des journaux à la moindre occasion – serait remarquable :

Car l’existence de l’État-Nation catalan irait alors de soi, tout comme va actuellement de soi celle de l’État-Nation portugais. Il en irait de même de la dignité évidemment reconnue de la langue nationale catalane.

Et celui qui serait qualifié de rétrograde, de passéiste, d’égoïste, de briseur de la sacro-sainte Unité Nationale et de destructeur de l’Europe, ce serait cet infâme petit portugais, incompréhensiblement attaché à des traditions grossières et primitives qui ne devraient plus avoir cours dans notre monde moderne ; ce plouc déphasé cramponné à son patois lusophone dont quelques fossiles arriérés (un certain Fernando Pessoa, un certain Antonio Lobo Antunes, vous connaissez ?) essaient de façon grotesque de faire croire qu’il s’agit d’une langue.

« Vous vous rendez-compte, mon cher ! Quoi de commun avec l’ancienneté et le prestige de nos belles et grandes langues d’Europe comme le castillan avec son Cervantès ou son Lorca, le français avec son Rabelais ou son Molière, le catalan avec son Ramon Llull, son Verdaguer ou son Josep Pla ? Quelle prétention ridicule ! »

Comme quoi, si l’un des grands mystères de l’existence est bien celui de la versatilité de l’Histoire, un autre est incontestablement celui de la permanence de la stupidité, de l’éternelle bêtise au front de taureau.

Ajout 28/10:

Un commentaire suite à un article du Monde:

https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/10/28/l-economie-cible-des-independantistes-radicaux-en-catalogne_6017132_3234.html

« Que de bavardages stériles, de perte de temps et d’énergie, alors que la solution passe à l’évidence par la convocation d’un référendum pacifique et démocratique, dont l’idée est majoritaire en Catalogne. Tout comme celle de la réunification par référendum, autorisée par les accords du Vendredi Saint, devient majoritaire en Irlande du Nord, en attendant un référendum en Écosse concernant l’appartenance à l’Europe. Même la France, pourtant pétrie de jacobinisme, s’est résolue à cette solution pour ce qui est de la Kanaky. Combien de dégâts seront-ils encore imputables à un nationalisme castillan fossilisé avant que soit envisagée cette solution de sagesse et de modernité ?« 

À propos de l’affaire Lula. Et encore de l’actualité des troubadours.

J’ai déjà cité ce poème de Pèire Cardenal (1180-1278 ?), d’une actualité hélas permanente :

S’us paubres homs a emblat un lensol,
Laire es clamatz ez anara cap cli,
E s’us ricx homs a emblat mercuirol,
Ira cap dreg en la cort Costanti
E si-l paubres a emblat una veta,
Pendra lo tals q’a emblat un ronci.
Aquest dretz es plus dretz c’una sageta
Que-l [ricx] laire penda-l lairo mesqui.

Si un pauvre homme a dérobé un drap,
il sera appelé voleur et ira tête basse,
et si un homme riche a volé un trésor,
il ira tête droite en pleine cour de Constantin;
et si le pauvre a volé une bride,
tel le pendra qui a volé un cheval.
Ce droit est, dirait-on, plus droit qu’une flèche
qui veut que le riche larron pende le larron misérable !

(Las amairitz, qui encolpar las vòl,

http://www.cardenal.org/T56.htm    )

 

Il me vient une nouvelle fois en mémoire à propos d’un message reçu d’amis franco-brésiliens, concernant l’incarcération au Brésil de l’ex président Lula :

« Il y a la grève des cheminots, l’attentat à la voiture-bélier en Allemagne, la victoire de la France en Coupe Davis, etc. Bref, notre presse n’a guère accordé d’importance à ce qui s’est passé cette nuit à Sao Paulo, que j’ai suivi à la télévision les larmes aux yeux – larmes de rage et d’impuissance devant cette « justice » qui est une manifestation chimiquement pure de la haine de classe.

Il n’y a guère de chance qu’un organe de presse français (elle est libre, notre presse, n’est-ce pas ?) vous fasse connaître ce discours de Lula, que j’ai traduit en français (je ne garantis certes pas la perfection de cette traduction, mais je ne pense pas trahir les propos de ce « corrompu ») ».

 

Voici donc cette traduction partielle (le discours du 07/04 à São Bernardo do Campo, magnifique, mériterait d’être traduit en entier. Stultitia s’y attèlera peut-être si elle a le temps…).

https://www.brasildefato.com.br/2018/04/07/leia-a-integra-do-discurso-historico-de-lula-em-sao-bernardo/

 

Du discours de Lula avant de se rendre à la police :

J’ai rêvé qu’il était possible de gouverner en intégrant dans la nation des millions de pauvres, qu’un simple métallo sans diplôme pouvait faire accéder les Noirs à l’université. J’ai commis un crime : faire entrer les pauvres à l’université – ces pauvres qui mangeraient de la viande et qui pourraient prendre l’avion. C’est de ce crime que je suis accusé. J’ai rêvé, puisque tel est mon crime, de pouvoir poursuivre ma carrière de criminel. Je vais donc me présenter au commissariat la tête haute et l’Histoire démontrera que les véritables criminels, ce sont mes accusateurs. Je ne leur pardonne pas d’avoir diffusé dans la société et dans le monde l’idée que je suis un voleur. Je ne suis pas au-dessus des lois, car si je pensais l’être, je n’aurais pas créé un parti politique pour aller aux urnes, j’aurais préconisé la révolution.

Le juge a reconnu qu’il n’a aucune preuve, mais qu’il a des convictions. Qu’il garde donc ses convictions pour ses complices. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que plus ils m’attaquent, plus se renforce ma relation avec le peuple brésilien.

Ce putsch n’a pas pris fin avec la destitution de Dilma Roussef. Il ne sera achevé que lorsque ses promoteurs seront parvenus à interdire ma candidature. Leur rêve, c’est de voir Lula en prison. Ma photo comme prisonnier leur provoquera un orgasme à répétition. Vous allez tous voir Lula se diriger vers la prison. C’est n’est pas un être humain qui fait ce chemin vers la prison, mais une idée. Vous tous, vous vous appelez désormais Lula. Ils me suggèrent d’aller à l’ambassade de Bolivie ou d’Uruguay, mais cela n’est plus de mon âge. Je vais les affronter les yeux dans les yeux.  De cette épreuve, je sortirai plus fort, meilleur, plus authentique. Je ne saurai jamais comment vous rendre l’affection et le respect que vous me manifestez tous.

Les puissants peuvent toujours couper une, dix, cent roses, mais ils ne pourront jamais empêcher l’arrivée du printemps. Ils ne pourront pas dire que je suis caché, ou en fuite. Ils ne me font pas peur. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent. Je prouverai mon innocence.

 

Je me permets d’ajouter ce commentaire, qui me semble bien poser les enjeux (assez proches d’ailleurs de ceux évoqués à propos de certaines arrestations récentes en Espagne ou Allemagne…).

https://diem25.org/lemprisonnement-de-lula-ce-qui-est-en-jeu-cest-la-legitimite-et-la-stabilite-dune-region/

 

… Et de convoquer une fois encore mes chers troubadours, plus contemporains que jamais :

Del tot vey remaner valor,
Qu’om no-s n’entremet sai ni lai,
Ni non penson de nulh ben sai,
Ni an lur cor mas en laor.

http://www.trobar.org/troubadours/guilhem_de_montanhagol/poem1.php

En tout, Valeur est en détresse
Nul ici-bas ne s’en soucie
Le cœur ne bat qu’à la richesse
La vraie bonté n’est plus d’ici

(Guilhem de Montanhagol (1200 ?-1260 ?), Contre les dominicains Inquisiteurs, La traduction est celle d’Henri Gougaud, Poèmes politiques des Troubadours, Bélibaste, Paris 1969, modifiée d’après la version chantée du disque « Henri Gougaud chante les troubadours » – épuisé -*).

 

« À propos », me susurre Stultitia, « on attend toujours les suites du procès Inaki Urdangarin. Peut-être sera-t-il condamné à 30 ans de prison, ainsi que la princesse Cristina, malgré les attentions de belle-maman et beau-papa ? Mais il est vrai que ce genre de peine qui épargne les corrompus notoires est plutôt réservé en Espagne aux militants politiques non-violents…».

http://www.parismatch.com/Royal-Blog/famille-royale-espagnole/Affaire-Noos-le-beau-frere-du-roi-Felipe-VI-demande-la-relaxe-en-appel-1483892

http://www.noblesseetroyautes.com/juan-carlos-sophie-despagne-aux-50-ans-dinaki-urdangarin/

* ajout du 24/04:

Je m’aperçois que ce très beau disque, « Henri Gougaud chante les troubadours » – même s’il s’agit hélas de traductions en français – est disponible sur You Tube:

À écouter sans modération…

 

 

« Ainsi le loup qui veut apprendre à lire »: De la nécessité d’un dépaysement judiciaire quand il s’agit du droit des peuples minorisés.

Ainsi le loup qui veut apprendre à lire.

Jamais aucun ne put lui faire dire

Ni A, ni B, ni D, ni O,

Mais seulement agneau, agneau, agneau…

(Peire Vidal, Troubadour occitan, vers 1180. Traduction H. Gougaud).

 

La décision sensée du tribunal régional supérieur du Schleswig-Holstein

http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/04/05/la-justice-allemande-remet-puigdemont-en-liberte-sous-controle-judiciaire_5281270_3214.html

montre une fois de plus, à l’évidence, que lorsqu’il est question de droit des peuples minorisés, il n’y a pas grand-chose à attendre d’une juridiction, madrilène en l’occurrence, qui est à la fois juge et partie.

Comment concevoir en effet que la question tibétaine puisse être résolue par une Cour chinoise, ou la question kurde par un Tribunal turc ?

Ainsi, aucune chance que la question catalane soit résolue par une juridiction madrilène :

Le légalisme constitutionnaliste castillan a montré jusqu’au ridicule combien le juridisme « terrible, horriblemente cuerdo » (terriblement, horriblement raisonnable – au sens ici de conventionnel et sans imagination, cf. poème de León Felipe, post précédent) est incapable de sortir de la défense de l’intérêt à court terme et de l’habitus nationaliste.

Il faudrait qu’il y ait en Espagne quelque « loco », quelque « fou » capable de s’extraire des ornières du « Wiederholungzwang », de la pulsion morbide de répétition.

Mais selon toute apparence, le constat de Felipe reste valable:

“ya no hay locos, en España ya no hay locos”.

Depuis la disparition du « Manchego » magnifique (Don Quichotte), de tels fous, en Espagne, il n’y en a plus…

Aussi assiste-t-on aux conséquences de cette disparition :

« ahora (…) la justicia vale menos que el orín de los perros” (aujourd’hui, la justice n’a pas plus de valeur que la pisse des chiens).

Et il est quelque peu désespérant de constater que Felipe, disparu depuis cinquante ans, continue d’être d’actualité, tout comme Peire Vidal qui, lui, nous parle depuis le XIIème siècle :

Car jamais aucun ne put faire dire à un juge madrilène autre chose qu’union, union, union…

Le fait qu’il faille aller en Allemagne pour obtenir un jugement un peu plus équitable dans de telles affaires montre qu’il serait urgent, dans des cas de cet ordre, de recourir à un « dépaysement »,

https://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=B810235C3B2E54B5A7961CB0839B4A04.tpdjo12v_1?idSectionTA=LEGISCTA000006138108&cidTexte=LEGITEXT000006071154&dateTexte=20080505

procédure qui a cours lorsque les conditions d’objectivité et d’impartialité ne sont pas garanties, du fait des risques que l’une des parties confonde ses intérêts (ou son habitus, donc) avec le droit.

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2018/02/01/dune-mutation-frequente-qui-transforme-en-droit-la-raison-du-plus-fort-ainsi-que-dun-gene-de-limbecilite-qui-affecte-le-corse-le-catalan-et-autres-basques-ou-bretons-et-d/

Il serait bien difficile de prétendre que ce n’est pas le cas dans l’affaire qui nous occupe !

Or, s’il existe bien un « Tribunal permanent des peuples », il faut bien reconnaître que celui-ci souffre d’une confidentialité qui handicape les services que pourrait rendre un tel organisme.

Il serait donc souhaitable – et urgent – qu’une instance juridique internationale de ce genre, où pourraient être considérés et respectés sans discrimination les arguments des différentes parties et leur légitimé démocratique puisse se renforcer et voir affermie son autorité auprès de l’ONU.

Utopie ?

Sans doute.

Car il y a fort à parier que la Chine, la Turquie, pas plus que la France ou l’Espagne ne s’empresseront d’adhérer à un tel organisme.

Et l’Europe elle-même, terrifiée par le moindre risque inhérent à toute revendication de justice capable de bousculer son petit confort sagement conservateur, a toutes les chances de se montrer « terrible, horriblemente cuerda ».

Mais il s’agit pourtant là d’une des voies indispensables à la résolution non violente des conflits, que l’Europe s’honorerait de promouvoir.

La fonction de l’utopie étant de nous faire concevoir d’autres espaces possibles, même quand la « Realpolitik » a toutes les chances de l’emporter.

« Ne sois pas si pessimiste. On peut toujours espérer », me dit Stultitia,« c’est le printemps ! Souviens-toi du vers de Peire Vidal :

Mos cors s’alegr e s’esjau

Per lo gentil temps suau »

(Mon cœur sonne clair et beau:

Le temps est au renouveau).

(Traduction H. Gougaud, Poèmes politiques des Troubadours, Bélibaste, Paris 1969, p. 36-37).

C’est vrai que le XIIème siècle peut parfois être si proche…

Appeler un chat un chat. À propos de décisions de la Cour Européenne des Droits de l’Homme et d’Amnesty International concernant la violation de la liberté d’expression en Espagne et quelques carences de la justice de ce pays.

Et qui donc nous offre des traductions inédites d’informations en espagnol non reprises par les journaux français (on se demande bien pourquoi…) ?

C’est notre chère Stultitia !

Au vu de de ces informations qui manifestent incontestablement un certain retour à de bonnes vieilles pratiques que des organismes internationaux sont fort heureusement encore capables de dénoncer comme elles le méritent, nous attendons la suite du feuilleton juridico-ubuesque que le gouvernement de sa Majesté estime nécessaire d’infliger aux spectateurs de l’Europe et du monde.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/03/26/catalogne-l-ex-president-carles-puigdemont-arrete-en-allemagne-manifestation-a-barcelone_5276308_3214.html

 

Amnesty international a publié ce mardi (13 mars) à Madrid une dépêche par laquelle elle attaque une loi antiterroriste espagnole qui, faite pour punir le délit d’apologie du terrorisme, se voit utilisée pour « réprimer des expressions de caractère politique » sur les réseaux sociaux.

Ces derniers mois, on a assisté à une série de condamnations contre des musiciens ou des utilisateurs de Twitter pour des messages considérés comme apologie du terrorisme.

Le rappeur Pablo Hasel fait partie des victimes : il a été condamné le 2 mars à deux ans de prison pour divers tweets et une chanson (…).

Amnesty considère dans sa dépêche « Twitte … si tu l’oses » que l’article 578 du code pénal espagnol qui punit le délit d’apologie du terrorisme et les actes qui « incitent au discrédit, au mépris ou à l’humiliation des victimes » est actuellement utilisé en vue de « la répression d’expressions de caractère politique, surtout sur les réseaux sociaux ».

Esteban Beltran, président d’Amnesty International en Espagne, a souligné qu’en 2011, année où ETA a renoncé à la lutte armée, il y eut une seule condamnation pour apologie du terrorisme. Il y en a eu en revanche 31 en 2017.

« Ces personnes sont détenues seulement pour avoir publié des opinions gênantes, critiques, parfois insultantes, parfois agressives. Mais aucune d’entre elle n’est coupable d’incitation directe à quelque type d’action terroriste que ce soit » a déclaré devant la presse le président, qui a demandé l’abrogation de cet article.

(France 24 édition espagnole, 13 mars 2018)

http://www.france24.com/es/20180313-ai-arremete-contra-la-ley-antiterrorista-espanola-por-reprimir-la-libertad-de-expresion

 

Et, sous le titre :

Des organismes internationaux alertent au sujet de menaces contre la liberté d’expression en Espagne.

 

La Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) estime de son côté que brûler des photos du roi relève de la liberté d’expression.

La Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a condamné ce mois l’Espagne pour avoir infligé une peine de prison contre deux manifestants qui ont brûlé en 2007 des photos du roi Juan Carlos et de son épouse. La Cour considère qu’il s’agit d’une atteinte à la liberté d’expression.

Le tribunal dont le siège se trouve à Strasbourg estime que l’acte en question s’inscrit dans le contexte de la « critique politique, et non de l’attaque contre les personnes, critique de l’institution monarchique en général, et en particulier dans le cadre de la nation espagnole ».

Il estime de plus « qu’il s’agit d’une mise en scène provocatrice, du genre de celles qui se développent en vue d’attirer l’attention des médias et qu’elle ne dépasse pas l’emploi d’une certaine dose de provocation autorisée dans le but de faire passer un message critique du point de vue de la liberté d’expression ».

La justice espagnole avait condamné en 2007 Jaume Roura et Enric Stern, deux jeunes indépendantistes catalans à 15 mois de prison pour injure à la Couronne. La peine fut remplacée par une amende de 2700 euros à chacun.

Les deux accusés avaient brûlé des photos de Juan Carlos d’Espagne et de son épouse, la reine Sofia, pour protester contre leur visite à Gérone (Catalogne du nord-est) le 22 septembre 2007.

Les deux catalans, après avoir payé l’amende, présentèrent un recours devant la CEDH en octobre 2015. Les requérants estimaient que leur condamnation « constituait une violation injustifiée de leur droit à la liberté d’expression ».

Par sa décision, le Cour a reconnu « de façon unanime qu’il y a eu violation de l’article 10 de la Convention européenne des droits humains » concernant la liberté d’expression.

La CEDH a donc condamné l’Espagne à « payer à chacun des requérants 2700 euros pour préjudice matériel et 9000 euros au titre des frais ».

(La Nacion, 13 mars 2018).

http://lanacion.cl/2018/03/13/organismos-internacionales-alertan-sobre-ataques-a-la-libertad-de-expresion-en-espana/

Et à titre de commentaire, ce poème de León Felipe, chanté par Paco Ibañez :

Ajout du 02/04:

En retard, pour cause de déconnexion passagère, cette Tribune avec laquelle je suis bien entendu d’accord:

http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2018/03/28/nous-citoyens-d-europe-demandons-la-liberte-immediate-des-citoyens-catalans-incarceres-pour-leurs-convictions-politiques_5277419_3232.html

 

De la résurrection de M. Valls en ambassadeur du nationalisme français et castillan en Kanaky, Catalogne et Corse ; et de quelques fantasmes transhumanistes dont la disparition paraît plus justifiée que celle des oiseaux. Quelques brèves.

 

Cette info:

http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/03/23/cinq-independantistes-catalans-places-en-detention-provisoire_5275703_3214.html

qui ne fait hélas que confirmer la mainmise sur le droit de la raison du plus fort.

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2018/02/01/dune-mutation-frequente-qui-transforme-en-droit-la-raison-du-plus-fort-ainsi-que-dun-gene-de-limbecilite-qui-affecte-le-corse-le-catalan-et-autres-basques-ou-bretons-et-d/

et l’imbécillité désormais dangereuse de la stratégie madrilène vis-à-vis de la Catalogne.

[Ajout du 25/03: pour ce qui est d’une aberrante et dangereuse contagion de cette imbécillité, cette info de ce jour:

http://abonnes.lemonde.fr/europe/article/2018/03/25/l-ex-president-catalan-carles-puigdemont-arrete-en-allemagne_5276114_3214.html

ainsi que ma « réaction »: « Où donc s’arrêtera le ridicule? Souhaitons que ce nouvel épisode de la farce initiée par Madrid suscite enfin en Europe une indignation salutaire ». ]

J’ai déjà longuement parlé des risques d’une telle escalade politique, et de la façon dont elle entache l’honneur du gouvernement qui la commet ainsi que celui de l’Europe qui la tolère.

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2017/09/21/catalogne-sauver-lhonneur-de-lespagne-et-de-leurope/

Mais je n’avais pas encore évoqué les agissements du VRP Valls, qui court le monde en vue de vendre la marque « nationalisme », estampillé « made in France » aux unionistes espagnols en Catalogne,

https://www.lci.fr/international/a-deux-jours-des-elections-en-catalogne-manuel-valls-reaffirme-que-l-independance-de-la-region-n-est-pas-possible-2073845.html

http://www.leparisien.fr/politique/la-campagne-catalane-de-manuel-valls-en-espagne-12-12-2017-7448013.php

aux citoyens de Kanaky, histoire de les chauffer un peu avant un vote crucial,

https://la1ere.francetvinfo.fr/nouvelle-caledonie-independantistes-colere-apres-prises-position-mission-valls-562097.html

ainsi qu’aux citoyens corses, qui à la différence des Kanaks, colonisés mais qui se doivent toutefois de « rester avec la France », n’ont pas été colonisés, eux, mais se doivent d’autant plus de rester avec la France (Vous n’y comprenez pas grand-chose ? Ce n’est pas grave, moi non plus. Il suffit seulement de retenir que, quel que soit le cas, colonisation ou pas, il faut « rester avec la France »).

« La Corse n’est pas un territoire ultramarin, ni colonisé. La Corse n’est pas la Nouvelle-Calédonie ! La Corse est une île méditerranéenne profondément française, qui doit être fière de son drapeau tricolore. »

https://www.lopinion.fr/edition/politique/manuel-valls-en-corse-il-faut-savoir-dire-non-sinon-cela-ne-s-arretera-142806

J’avais déjà signalé quelques carences dans la culture théologique de M. Valls lorsqu’il se mêlait, à la façon des ecclésiastiques et des ayatollahs évoqués plus haut, de régenter la façon qu’ont les femmes de se vêtir (car il s’agissait alors de voile et de burkini, pas de barbe et de djellaba, les ecclésiastiques et les ayatollahs sanctionnant de préférence les femmes, et M. Valls portant désormais la barbe).

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2016/08/17/du-ridicule-bis-et-de-la-bouffonnerie-en-politique-et-sur-ceux-qui-perdent-de-bonnes-occasions-de-se-taire-ou-encore-quil-devient-de-plus-en-plus-urgent-de-renouveler-le-paysage/

Mais je me sens aujourd’hui obligé de mettre aussi en doute sa culture historique.

Aurait-il donc oublié que la Corse a été achetée à la République de Gênes en 1768 à la suite du traité de Versailles sans aucune consultation de ses habitants, vendus comme des esclaves, qu’elle était si « profondément française » qu’il a fallu ensuite la conquérir par de féroces batailles (Borgo, Ponte Novu, etc.) ?

Et que la liberté du peuple corse a fait l’admiration de bien des grands témoins, comme Rousseau, Boswell, Voltaire (excusez du peu…) devant lesquels M. Valls aurait bien des raisons de se sentir petit garçon ?

« Il restait à savoir si les hommes ont le droit de vendre d’autres hommes ; mais c’est une question qu’on n’examinera jamais dans aucun traité. (…)

L’arme principale des Corses était leur courage. Ce courage fut si grand que dans un de ces combats [contre le colonisateur français], vers une rivière nommée Golo, ils se firent un rempart de leurs morts pour avoir le temps de recharger derrière eux avant de faire une retraite nécessaire ; leurs blessés se mêlèrent parmi les morts pour affermir le rempart. On trouve partout de la valeur, mais on ne voit de telles actions que chez les peuples libres. Malgré tant de valeur ils furent vaincus. » (Voltaire, Précis du Siècle de Louis XV, chapitre XL, De la Corse, ajouté en 1769, Œuvres complètes, Garnier tome 15, p. 415).

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Stultitia attire mon attention sur des déclarations de Jeff Bezos (fondateur d’Amazon et actuel homme le plus riche du monde) et Elon Musk (fondateur de Tesla et autre grande fortune), rapportées par Laurent Alexandre dans un article de l’Express (n° 3478 du 28/02 au 06/03 2018 p. 10) :

« Nous pourrons exploiter des mines dans les astéroïdes et l’énergie solaire sur d’immenses surfaces. L’alternative serait la stagnation de la Terre, le contrôle des naissances et la limitation de notre consommation d’énergie. Je ne crois pas que la stagnation soit compatible avec la liberté, et je suis sûr que ce serait un monde ennuyeux. Je veux que mes petits enfants vivent dans un monde de pionniers, d’exploration et d’expansion dans le cosmos. Avec 1000 milliards de Terriens, nous aurons des milliers d’Einstein et de Mozart. Nous avons besoin de fusées réutilisables, et c’est à quoi Blue Origin est destinée [Blue Origin, société fondée par Jeff Bezos, est censée développer le fret entre la Terre et la Lune dès 2020].

Quant à Elon Musk, plus modeste, il ne compte envoyer qu’un million de colons sur Mars…

J’avoue que nombre de déclarations d’un certain transhumanisme me laissent plutôt perplexe.

Mais n’étant en rien spécialiste des astéroïdes ni des exoplanètes, encore moins des fusées, et m’interrogeant toutefois sur la disponibilité de la source d’énergie capable d’envoyer – dans l’hypothèse la plus modeste – les quelques dizaines de milliers de lanceurs (même « réutilisables ») nécessaires  au peuplement de Mars par un million d’humains, je préfère me ranger sur ce sujet à l’opinion d’Hubert Reeves.

Contestant les affirmations du regretté Stephen Hawking concernant le recours possible aux exoplanètes comme « terres de secours » dans l’avenir, il déclarait :

« Aux vitesses que l’on connaît aujourd’hui, c’est-à-dire autour de 50.000 kilomètres par heure, cela prendrait quand même quelques dizaines de milliers d’années. Par rapport à la vie humaine, cela ne paraît pas très compatible. Il n’y a pas de plan B. Nous sommes condamnés à apprendre à vivre avec notre planète ».

https://www.lci.fr/sciences/video-hubert-reeves-il-n-y-a-pas-de-plan-b-nous-sommes-condamnes-a-apprendre-a-vivre-avec-notre-planete-exoplanetes-nuit-des-etoiles-2059860.html

Alors peut-être pourrait-on commencer par s’occuper sérieusement, par exemple, de la question du réchauffement climatique,

http://huet.blog.lemonde.fr/2018/03/14/climat-le-seul-charbon-tue-laccord-de-paris/

sans se laisser prendre aux discours des bonimenteurs, ou à la question de la gestion de l’eau potable,

http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/doseau/decouv/mondial/04_risque.htm

à celle de la disparition de la biodiversité,

http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2018/03/20/on-assiste-a-un-effondrement-de-la-biodiversite-sauvage_5273511_1652692.html

http://www.lemonde.fr/planete/article/2018/03/23/sur-tous-les-continents-la-nature-et-le-bien-etre-humain-sont-en-danger_5275433_3244.html

ou simplement à celle de la disparition de nos humbles amis les oiseaux :

Les oiseaux disparaissent des campagnes françaises à une « vitesse vertigineuse »

Pour ma part, je ne sais pas si, compte tenu de ce qui a été dit plus haut, nos « petits enfants [vivront] dans un monde de pionniers, d’exploration et d’expansion dans le cosmos ».

Et j’avoue que je trouverais plutôt dommage qu’ils se fassent les complices de l’exportation dans ce cosmos de toutes les désolantes nuisances que nous avons réussi à produire sur notre pauvre Terre.

S’ils trouvent notre planète ennuyeuse, je leur conseillerai alors de relire le Petit Prince, qui s’y connaissait particulièrement en astéroïdes :

Dans notre monde gangréné par la vitesse, on se souvient de sa réflexion face au marchand de pilules à apaiser la soif, « qui font gagner cinquante-trois minutes par semaine » :

« Moi (…), si j’avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine… »

Plutôt que de dévaster par une activité minière effrénée des astéroïdes qui n’abriteront plus la moindre rose ni la moindre poésie, il serait grand temps d’enseigner à nos petits enfants à observer et à protéger les oiseaux.

Car non contents de les avoir privés de la plupart des papillons, et de tant d’autres espèces, nous sommes en train de leur voler ces merveilles.

Et peut-on imaginer plus ennuyeux et plus triste qu’un monde sans oiseaux et ses « Printemps silencieux » contre lesquels Rachel Carson nous mettait en garde il y a près de soixante ans ?

En ce qui me concerne, je peux passer des heures à les admirer, sans me lasser. Et j’avoue que cela me nourrit autrement que les fantasmes transhumanistes de M. Bezos.

 

Stultitia rappelle aussi à cette belle intelligence tellement logique qu’il faudrait tout de même garder les pieds sur terre : car les « milliers d’Einstein et de Mozart » que rendraient possibles d’après lui « les 1000 milliards de Terriens » dont il rêve, ne pèseraient sans doute pas lourd devant les milliers d’Hitler et de Pol Pot que génèrerait nécessairement aussi une telle croissance démographique.

Je sais bien que certains, de façon en partie légitime, attirent l’attention sur « La part d’ange en nous », et une certaine régression statistique de la violence (cf. le titre de  l’ouvrage de Steven Pinker, ed. Les Arènes, Paris 2017, ou encore, du même auteur, Enlightenment now, Penguin Books 2018, non encore traduit).

[ajout du 25/03: à propos des mutations plutôt que de la régression de la violence, ce commentaire pertinent du livre de François Cusset, Le Déchaînement du monde. Logique nouvelle de la violence, par Roger Paul Droit:

http://abonnes.lemonde.fr/livres/article/2018/03/22/figures-libres-la-violence-ne-decline-pas-elle-mute_5274642_3260.html  ]

Ils oublient tout simplement que l’évolution de notre monde est telle qu’elle met désormais des millions, voire des milliards « d’anges » à la merci de quelques démons.

Car la puissance de la bonne volonté et la puissance du mal ne sont absolument pas symétriques. Et nous le savons, cette asymétrie fait qu’une toute petite quantité d’individus mal intentionnés peut désormais détruire des populations entières, voire mettre en danger la survie de notre espèce.

Qu’en sera-t-il alors lorsque, selon les belles prévisions natalistes de M. Bezos, leur nombre sera multiplié par mille ?

Il faut cependant reconnaître un mérite aux spéculations de ces messieurs : l’alternative qu’ils présentent est, elle, bien réelle.

Déjà, les spéculations de Stephen Hawking sur le peuplement des exoplanètes, pour irréalistes qu’elles soient, naissaient du constat que la situation de notre terre est tellement détériorée qu’elle ne pourra plus longtemps assurer la survie de notre humanité.

Jeff Bezos opère le même constat : « L’alternative [à notre expansion cosmique, donc] serait la stagnation de la Terre, le contrôle des naissances et la limitation de notre consommation d’énergie ».

Et nous en sommes bien là, en effet : faute de disposer de Terres de rechange, la solution ne semble pouvoir être que dans le choix délibéré de la sobriété et la limitation de la croissance (termes tout de même plus dynamiques que celui de « stagnation »), dans le contrôle de notre démographie et de notre consommation d’énergie.

Prétendre avoir le beurre et l’argent du beurre, une croissance infinie, une démographie sans contrôle, une énergie sans limite, nécessite effectivement de disposer de planètes de rechange.

Au moins sur ce point, on ne peut démentir la réflexion de MM Bezos et Musk.

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2016/01/07/apprendre-le-chemin-de-lenfer-pour-leviter-ou-revenir-enfin-au-politique-reflexion-sur-leffondrement-avec-philippe-bihouix-pablo-servigne-et-raphael-stevens/

Mais peut-être n’est-il question en tout cela, de façon bien plus triviale, que d’effets de pub pour Blue Origin ou autres entreprises similaires, et de gonflement fort lucratif d’une nouvelle bulle financière aux dividendes potentiellement …astronomiques.

D’une mutation fréquente qui transforme en droit la raison du plus fort. Ainsi que d’un gène de l’imbécillité qui affecte le corse, le catalan et autres basques ou bretons. Et de la façon merveilleuse dont le français y échappe. Méditations darwiniennes.

La persévérance des politicien.ne.s français.es à refuser aux corses le qualificatif de « peuple » et toute reconnaissance officielle de leur langue, constitue un nouvel exemple de ce Wiederholungzwang – pulsion névrotique de répétition – que j’ai évoqué bien des fois ces derniers temps.

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2017/09/21/catalogne-sauver-lhonneur-de-lespagne-et-de-leurope/

On peut certes reconnaître, de façon plutôt accommodante et diplomatique, avec G. Simeoni, « un climat d’ouverture, constructif », et que « le corse est enseigné, reconnu comme langue régionale » (J. Gourault)- c’est bien la moindre des choses, même si cela ne doit pas dissimuler bien des difficultés – sur le fond, les lignes semblent loin de bouger de façon significative.

Interrogée sur la reconnaissance de la langue corse, la ministre a réaffirmé l’opposition de l’exécutif à la co-officialité avec le français, revendiquée par les élus nationalistes. « Il n’y a qu’un peuple, c’est le peuple français et il n’y a qu’une langue ».

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/01/11/97001-20180111FILWWW00174-gourault-ouverte-a-une-reference-a-la-corse-dans-la-constitution.php

Soit.

Mais si l’on se fie simplement à M. Larousse, qui définit ainsi un peuple :

« Ensemble de personnes vivant en société sur un même territoire et unies par des liens culturels, des institutions politiques » (…) ou encore : « Communauté de gens unis par leur origine, leur mode de vie, leur langue ou leur culture »,

on ne saisit pas très bien quelles pourraient être les raisons qui devraient refuser aux corses – ou aux catalans -ce qualificatif évident qu’on accorde sans problème aux français ou aux espagnols.

Ayant en commun une langue dont l’existence n’est pas moins légitime que celle de toute langue romane néolatine (qui, sous cet angle, peuvent toutes être considérées comme étant des « patois » du latin…), une culture qui depuis des siècles s’exprime dans cette langue, des institutions, des traditions originales, on ne voit pas ce qui autoriserait à leur refuser le fait de constituer un peuple. Au même titre que le peuple italien, grec, basque, kurde, kanak, tibétain ou d’autres encore.

On le sait, dans le cas des derniers cités, les vicissitudes historiques font que tout en répondant à la définition de « peuples », ils ne disposent pas pour autant d’États.

Que le désir de promouvoir leurs cultures soit rendu plus manifeste par d’autres évolutions historiques constitue une aspiration en soi légitime, dans le cadre d’un monde plus conscient que la richesse de l’humanité réside dans sa diversité.

Y compris lorsqu’elle s’estime en droit de se donner une représentation politique appropriée, comme nous l’ont démontré de nombreux peuples.

À l’évidence, de telles réticences de la part de l’État français s’expliquent  (tout comme en Espagne ou ailleurs) par le fait qu’admettre la notion de « peuple » pour désigner corses, catalans ou basques impliquerait l’épée de Damoclès du redoutable « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », que reconnaît de façon bien gênante la charte des Nations Unies de 1945 (article 1, alinéa 2).

Alors, puisque la notion de « peuple » présente le risque d’un droit à disposer de soi propre à épouvanter tout État-nation qui se respecte, mieux vaut l’utiliser avec parcimonie, ou plutôt l’éviter chaque fois qu’un rapport de force avantageux le permet. Mieux encore, le réserver à son usage personnel.

Pour contourner le dangereux « droit des peuples », ignorons donc les peuples quand on peut le faire ! Les peuples autres que le nôtre, cela va de soi.

De même, pour éviter les si dangereux « droits humains », on peut tout bêtement ignorer les humains. Autres que nous, bien sûr.

Comme on le sait, il s’agit là d’une pratique bien établie.

Mais s’il est de bon ton entre gens civilisés de blâmer vertueusement les habitués de cette deuxième attitude, on promeut allègrement la première, qui relève pourtant de la même logique.

Car en plus du Wiederholungzwang, il faut bien constater qu’on se trouve en pleine schizophrénie.

Mais il en faut plus pour troubler notre malade, du moment que son intérêt s’y retrouve, ainsi que la préservation de son pouvoir.

« PÈRE UBU: Ah ! saleté ! le mauvais droit ne vaut-il pas le bon? Ah ! tu m’injuries, Mère Ubu, je vais te mettre en morceaux » (Ubu Roi).

« Alfred Jarry ne resterait-il pas le meilleur analyste du monde politique, et Ubu l’expression indépassable de nombre de ses réussites ? » s’interroge Stultitia.

En fait, disons le franchement, sans plus tergiverser : il n’y a qu’un seul « droit des peuples », le droit des peuples les plus forts.

« Il n’y a qu’un peuple, c’est le peuple français  et il n’y a qu’une langue [la langue française] », est en fait une autre façon de dire, comme le génial La Fontaine le montrait, que « La raison du plus fort est toujours la meilleure ».

La notion de « peuple », qui avait originairement pour but, dans l’expression « droit des peuples », de défendre le faible face au fort (et qui a effectivement joué ce rôle lors des décolonisations) est désormais devenue la propriété exclusive du fort, qui en dénie tout usage au plus faible.

Ainsi, la merveilleuse et fragile invention humaine du droit se trouve, comme trop souvent, phagocytée par son éternelle adversaire, la force, qu’elle a pourtant pour but de maîtriser. Étrange mutation !

Et bien rares sont ceux qui ne se laissent pas prendre à cette ingénieuse mystification !

Que l’on soit français, espagnol, turc ou chinois, le peuple le plus fort sera toujours meilleur et plus peuple que le corse, le catalan, le kurde ou le tibétain.

De même, la langue la plus forte est toujours la meilleure. Face au français, le corse n’a donc, officiellement du moins, pas de langue.

Et voilà pourquoi votre fille est muette !

 

C’est une telle conception qui caractérise entre autre l’inébranlable opiniâtreté des politiques français, toutes tendances confondues, à refuser des déclarations aussi anodines que la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires,

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2015/08/15/rien-de-nouveau-sous-frere-soleil-a-propos-des-langues-regionales-et-de-la-demographie-pontificale/

tout comme la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail relative aux peuples indigènes et tribaux de l’Organisation internationale du travail, « seul instrument juridique international contraignant (…) qui reconnaît notamment leurs droits collectifs à la terre et leur droit à l’autodétermination » (Wikipedia).

Et il me semble pour le moins préoccupant que Jacqueline Gourault, la « Mme Corse » du gouvernement, en dépit de quelques gestes « d’ouverture » plutôt limités, commence sa mission en manifestant bien des symptômes de ce genre de pathologie.

Il a fallu bien du temps – et des morts – avant que l’intelligence de MM Rocard et Pisani nous libère de la névrose de répétition et reconnaisse l’existence du peuple kanak et de sa langue.

L’expérience ne devrait-elle pas permettre d’éviter de telles pertes de temps et de tels risques de violence ?

Commencer par reconnaître officiellement l’existence évidente d’un peuple et d’une langue devrait être une étape préliminaire sur un chemin de pacification.

Mais, on le sait hélas, le Wiederholungzwang caractérise mieux le Père Ubu que le fait de tirer des leçons de ses erreurs…

 

En fait, une telle réduction de l’usage des termes « peuple » et « langue » aux besoins des plus forts n’est jamais qu’une façon de donner une justification en apparence politique et juridique à un vieil habitus raciste et nationaliste toujours bien vivant, qu’on voit se manifester de façon plus sauvage et moins édulcorée dans bien des réactions et commentaires.

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2017/10/06/dune-etrange-desinhibition-du-nationalisme-et-de-ses-consequences-pour-lavenir-de-leurope-et-du-monde/

Et ses formulations les plus récentes ne sont jamais que l’expression d’une longue « tradition » qui concilie affirmations « savantes » et populaires en ce qui concerne les peuples minorisés.

Car « la race des chauvins, des porteurs de cocardes, les imbéciles heureux qui sont nés quelque part » (G. Brassens) – en France bien entendu !- méprise tranquillement du haut de sa morgue hautaine les divers ploucs qui ne semblent pas posséder le précieux gène de la francitude.

Et ce sont bien eux qui se voient humiliés et taxés d’imbécillité congénitale.

 

Illustrons cela par un rapide tour d’horizon politico-littéraire.

[Quand elles ne sont pas précisées, les citations viennent du petit livre de J.P. Pujol : Sottisier à propos des minorités ethniques, Lacour, Nîmes 2004]

Dans une intervention au parlement (Journal Officiel du 28 juillet 1885), Jules Ferry déclare : « Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures (…) Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures » (op.cit. p. 36).

Il est bien entendu inutile de préciser dans quelle catégorie se classe le français et sa langue :

Car « le peuple français semble avoir devancé de deux mille ans le reste de l’espèce humaine ; on serait tenté de le regarder au milieu d’elle comme une espèce différente ». Maximilien de Robespierre au nom du Comité de Salut Public, 18 floréal (7 mai) an II (1794) (op.cit. p.21).

Ce privilège génétique dont la nature a généreusement gratifié le peuple français se manifeste en premier lieu dans sa langue et sa culture:

« Le français, par un privilège unique, est seul resté fidèle à l’ordre direct (…) la syntaxe française est incorruptible. C’est de là que résulte cette admirable clarté, base éternelle de notre langue. Ce qui n’est pas clair n’est pas français » A. Rivarol, Discours sur l’universalité de la langue français, 1784 (op.cit. p.16).

Et à propos de l’occitan : « Ces jargons sont jolis et riches, mais n’étant point anoblis, ils dégradent tout ce qu’ils touchent » (id. ibid).

Car la supériorité naturelle du peuple français et de sa langue relègue bien sûr à un rang inférieur des communautés qui ne peuvent plus décemment revendiquer le qualificatif de « peuples », et des parlers obscurs qui ne peuvent plus être définis que comme « idiomes grossiers », jargons ou patois.

Déclaration d’Henri Grégoire devant le comité de l’instruction publique, 8 vendémiaire (29 septembre) an II (1793) : « Il est plus important qu’on ne le pense en politique d’extirper cette diversité d’idiomes grossiers qui prolongent l’enfance de la raison et la vieillesse des préjugés » (op.cit. p.18).

« Le devoir de civiliser les races inférieures », droit de colonisation prôné par J. Ferry s’étendra bien sûr à ces « restes de barbarie des siècles passés » (Conventionnel Lanthemas, 27 frimaire -17 décembre- an II, -1792- op. cit. p. 17) que sont les groupes humains non francophones résidant sur le territoire de la nation.

Car aux dires de Jules Michelet, « la Bretagne est une colonie comme l’Alsace et les Basques, plus que la Guadeloupe » (op.cit p. P 26).

Ce que confirme Auguste Romieu, sous-préfet de Quimperlé en 1831 : « La Basse-Bretagne est une contrée à part et qui n’est plus la France. Elle devrait être soumise à une sorte de régime colonial » (op.cit. p. 26).

Un tel devoir de colonisation et de civilisation passera bien sûr par l’imposition de « l’admirable clarté » de la langue française. Car il serait bien sûr de la plus haute immoralité, pour qui le possède, de garder un tel trésor par devers soi.

D’où, à la même date, cet extrait de lettres des préfets des Côtes-du-Nord et du Finistère à Monsieur de Montalivet, ministre de l’Instruction Publique : « Il faut absolument détruire le langage Breton » (id. ibid).

[Remarque: Qui donc veut absolument nous faire croire que la situation des peuples minorisés n’est pas comparable à celle des peuples colonisés, alors que ce sont les autorités françaises elles-mêmes qui ont œuvré d’arrache-pied pour établir cette identité ?

Il est instructif de le rappeler de temps en temps…]

Propos d’un sous-préfet du Finistère aux instituteurs en 1845 : « Surtout rappelez-vous, Messieurs, que vous n’êtes établis que pour tuer la langue bretonne » (op.cit. p. 30).

En 1846, le règlement du Comité de Saint-Palais interdit « de proférer aucune parole grossière comme aussi de parler basque – même pendant la récréation » (op. cit. p 31).

Et nos grands auteurs français ne sont pas de reste : Ce barbare proche de l’animalité qu’est le paysan breton mange comme un porc : il va « retrouver sa galette de sarrasin et sa jatte de bouillie de maïs cuite depuis huit jours dont il se nourrit toute l’année, à côté des porcs qui rôdent sous la table et de la vache qui rumine là sur son fumier, dans un coin de la même pièce » (G. Flaubert, Voyage en Bretagne, ed. Complexe 1989, p.197-198 ; dans op.cit. p. 31).

Un tel dégénéré n’a de rival que le corse, bien sûr : « Crasse et vanité. Ça mange dans de la vaisselle plate à leurs armes, des châtaignes dont les porcs ne voudraient pas » (A. Daudet, L’immortel, 1888. Op. cit, p37).

Ce régime étant bien sûr dicté par la légendaire paresse du corse : « Le châtaignier ne demande aucune culture (…) Les luisantes châtaignes pleuvent des branches hautes et, couché dans l’ombre, le Corse indolent regarde tomber les fruits » (Jean Lorrain, 1912. Op. cit. p. 45).

Et notre grand Céline, que d’aucuns portent au pinacle de la littérature française, de surenchérir : « Zone sud, zone peuplée de bâtards méditerranéens, de narbonoïdes dégénérés, de nervis, de félibres gâteux, parasites arabiques que la France aurait tout intérêt à passer par-dessus bord ; au-dessous de la Loire, rien que pourriture, fainéantise, infects métissages négrifiés » (Lettre du 15 juin 1942 à Henri Poulain, secrétaire de rédaction de Je suis partout. Op.cit. p. 48).

Avant que Charlie Hebdo ne porte l’estocade :

« Maintenant que le bulldozer jacobin a laminé et éradiqué les pagnolades et les bécassinades, on peut élever les trois douzaines de couillons qui parlent encore leur pataquès (pardon : langue) au rang de patrimoine national et leur apposer un label poulet fermier. Les langues régionales sont comme les quelques pierres du Moyen Âge épargnées par Bouygues : de la culture (con). Il a d’autant plus raison que des quantités de patois, pidgins, créoles, petits-nègres et verlans sont en train de polluer le français. Alors, après tout, autant favoriser le latin, l’étrusque et l’occitan ! »

En note de bas de page, Charlie Hebdo précise : « Les huit langues régionales parlées en France sont : l’occitan, le basque, le corse, le flamand, l’alsacien, le breton et le neu-neu » (n° du 8 octobre 1998. Op.cit. p. 59-60).

On s’en doute, on pourrait encore continuer longtemps de telles énumérations. Je vous renvoie plutôt au petit livre mentionné plus haut, dont sont issues la plupart de ces citations.

La politique de génocide culturel visant à détruire l’identité des peuples allogènes n’est pas une simple hypothèse historique mais une réalité avérée. Ceux qui feignent de l’ignorer et s’imaginent vivre dans le pays des droits de l’Homme et de la tradition démocratique, trouveront dans cette brochure un florilège de déclarations significatives en la matière, bien révélatrices d’une volonté d’asservissement souvent dissimulée sous le vernis humaniste. Dans la plupart des cas, les inepties retenues n’émanent pas d’individus troubles ou extrémistes. Non, souvent elles sont le fait de personnages pré­sentés sous un jour plutôt favorables dans les manuels scolaires ou dont les noms polluent parfois les plaques de rue de nos villes. Voltaire, en son temps, avait noté la bonne conscience dans le crime caractérisant le fanatisme. Beaucoup de citations, ici reproduites, constituent une synthèse presque parfaite entre l’instruction indiscutable des auteurs et leur chauvinisme stupide…

nous dit l’auteur (op.cit. quatrième de couverture).

Au vu de ces quelques extraits, il est bien difficile de lui donner tort.

 

Mais prolongeons un peu par un autre petit florilège, plus actuel celui-là mais tout aussi virulent, de quelques citations parmi les milliers du même genre qu’on peut lire sur les  forums du Monde.

Elles montrent qu’un tel état d’esprit est loin d’avoir disparu :

Après y avoir rencontré « Carles Pschittdemont », qui a plusieurs fois été qualifié de « nazi », ou de « futur Karadzic catalan » on y apprend que :

« Comme ça va toucher au porte-monnaie les petits enfants gâtés et égoïstes de l’indépendance catalane, ça va refroidir l’élan populaire aux 90% auto comptés et auto proclamés. Cette indépendance n’étant guidée par le fric – le leur – c’est par le fric – celui des espagnols – qu’elle rentrera à la maison. Comme le dit fort justement Martin Lamotte Super Résistant : « Forcément, dès qu’on parle pognon, y a pu personne ! »

Ou encore que : « Barcelone est une ville extrêmement sale et décadente. Les Catalans ont dans le sang ce résidu d’esprit anarcho-marxiste qui les rend rebelles à toute autorité autre que celle de leur nombril. Je ne comprends pas que les Castillans et les autres Espagnols ne leur accordent pas illico presto leur indépendance et ciao les Ramblas. »

« Dans le sang« . Il s’agit bien de génétique, comme nous l’avons vu.

À comparer avec les affirmations ci-dessus concernant la saleté congénitale des bretons et des corses. Rien de nouveau sous le soleil…

Ce qui justifie bien sûr le fait que « l’égoïsme catalan doit être maté », car « les va-t-en-guerre indépendantistes sont des démagos comme il en fleurit beaucoup ces derniers temps, flattant les égoïsmes et favorisant le mépris de l’Autre. Dégoutant ».

Rappelons que cette entreprise de « mater le catalan » représente aussi un grand classique, puisqu’en 1938, Manuel Azaña, président de la République espagnole résumait ainsi dans ses mémoires le rapport du gouvernement central avec la Catalogne: « La nécessité de bombarder Barcelone tous les 50 ans est une loi de l’Histoire espagnole. Le système de Philippe V était injuste et dur, mais solide et confortable. Il a tenu 2 siècles ».

Mais matée ou pas, « en fait la Catalogne, on s’en b…. ».

Car il s’agit bien en effet d’incorrigibles « nombrilistes qui prétendent être différents des autres communautés espagnoles », « d’enfants gâtés nombrilistes », « suicidaires, égoïstes et rétrogrades ».

Qualités qui, on le sait, n’épargnent pas les corses : « Micro micro microcosme et grand grand grandissimes tordus. Qu’ils restent sur leur rocher. Mais à rester entre soi, on risque la dégénérescence ».

« Ils voudront le bruccio et l’argent du bruccio ! »

« Entre Talamoni et Simeoni c’est quoi la différence, à part l’after-chèvre? »

Et ces expressions qui nous rappellent tellement la belle tradition de supériorité tranquille et satisfaite évoquée plus haut de « celui qui est né quelque part » et possède, lui, une langue véritable : « Macron a autre chose à faire que s’occuper du patois Corse et les dirigeants corses sont vraiment payés à ne rien faire », « de grands enfants… ».

« La co-officialité de la langue corse n’est pas acceptable. Vouloir forcer des tas de gamins, les enfants corses en tête, à faire le difficile apprentissage d’une langue ultra-confidentielle, comprise nulle part hors de la Corse et de certains coins perdus de Toscane, c’est aberrant ».

« On est tous d’accord à 3/4 exceptions près pour dire qu’ils nous font suer, ces assistés de Corses avec leur dialecte de génois et leurs fromages de m… Ils nous coûtent une blinde, qu’ils la prennent leur indépendance, mais qu’ils se cassent !! ».

« Mais au fait comment définissent-ils le « peuple corse » : par la géographie, la génétique, l’ascendance, le port du fusil ….? »

etc. etc. etc.

Toutes considérations qui rejoignent donc, dans le fond, au-delà de différences d’expression qui caractérisent l’approche juridique plus BCBG mais non moins catégorique de nos politiques, l’immémoriale fin de non-recevoir tenant généralement lieu de réflexion dès lors qu’on aborde la question des peuples minorisés :

« Il n’y a qu’un peuple, c’est le peuple français et il n’y a qu’une langue ».

Dont acte.

 

Ah ! Avant de se quitter, Stultitia ajoute encore deux petites perles pour la route :

Avril 1969 : Roger Vitton, ministre de l’information : « Pour être comprise par tout le monde, l’émission en langue bretonne sera désormais faite en français » (op.cit. p. 51*).

Et celle-ci, pour laquelle je nourris une affection toute particulière : Francisque Sarcey, écrivain à la mode à la fin du XIXème siècle, note dans le journal Le Temps : « Les paysans bretons sont tellement crédules qu’ils croient à une influence de la lune sur les marées » (op.cit. p. 39).

Sans blague ?

* Correctif: dans son magnifique petit livre: Comment peut-on être Breton ? Essai sur la démocratie française, Paris, Le Seuil, 1970, p. 17, Morvan Lebesque corrige J.P. Pujol en attribuant cette phrase historique au Ministre de l’Information de l’époque [Joël Le Theule ?] s’adressant au député de Lorient Roger Vitton qui l’interrogeait sur la culture régionale à l’ORTF.

 

Ajout du 04/02:

Triste confirmation du contenu de ce post, la tonalité de la quasi totalité des commentaires à cet article (comme à tout article sur la question corse):

http://abonnes.lemonde.fr/corse/article/2018/02/03/les-nationalistes-corses-appellent-a-manifester-pour-pousser-l-etat-a-negocier_5251418_1616678.html

Comme je le disais dans un post précédent à propos de la Catalogne:

 » L’incroyable et honteux déchaînement verbal auquel donne lieu la simple évocation d’une question qui devrait alimenter une réflexion approfondie et argumentée laisse présager que le virus malfaisant du nationalisme fauteur de violences et de guerres est encore solidement installé dans bien des esprits ».

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2017/10/06/dune-etrange-desinhibition-du-nationalisme-et-de-ses-consequences-pour-lavenir-de-leurope-et-du-monde/

 

Quelle différence avec l’intelligence et la modération de Gilles Simeoni, par exemple:

https://www.franceinter.fr/emissions/questions-politiques/questions-politiques-04-fevrier-2018

Y’a pas photo…

M. Rajoy, il est grand temps de revoir votre copie !

Après avoir mis en doute les capacités de M. Rajoy à produire une dissertation de philosophie digne du niveau du « bachillerato », le baccalauréat espagnol,

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2017/11/03/de-la-distinction-entre-legalite-et-legitimite-et-du-bien-que-ferait-a-m-rajoy-un-petit-devoir-de-philo-de-terminale/

voilà que Stultitia s’interroge sur sa clairvoyance politique :

« Nous sommes du bon côté de l’Histoire », affirmait-il il y a deux jours.

http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2017/12/22/le-pari-perdu-de-mariano-rajoy_5233346_3232.html

Cette Histoire, en tous cas, semble prendre un malin plaisir à le détromper une fois de plus.

Peut-être serait-il urgent, avant de commettre de nouveaux dégâts qui risqueraient d’être irréparables, d’en tirer enfin les conséquences.

‘’M. Puigdemont a lancé un message au premier ministre espagnol : « M. Rajoy, faites de la politique ! »’’ (de l’article cité plus haut).

Au point où en sont les choses, on se demande surtout si la meilleure politique ne serait pas, enfin, de laisser la place.

Car la situation, qui reste certes délicate, exige d’urgence un « changement de paradigme » que M. Rajoy ne semble pas en mesure de promouvoir.

Charge à lui de nous faire mentir !

Mais comme se plait à le répéter Stultitia à la suite d’Einstein:

« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré ».

Sans plus de commentaires pour aujourd’hui, juste une petite suggestion faite à la suite d’un article du Monde :

Après avoir gravement déstabilisé par son obstination déraisonnable la vie politique et économique de la Catalogne et de l’Espagne, M. Rajoy doit désormais laisser la main. Et le déni de démocratie castillan et européen doit laisser place à une approche enfin capable de concilier respect de la diversité et construction d’un projet commun. Ce n’est jamais que  le désir maintes fois répété des catalans et autres peuples minorisés.

 

Et de bonnes fêtes à toutes et à tous !

 

Ajout du 23/12:

Rappelons encore que, contrairement à ce qui est répété en boucle, les indépendantistes n’ont pas gagné en nombre de sièges et perdu en nombre de voix.

L’affaire est plus compliquée que cette affirmation qui console à moindre frais les nationalistes castillans et leurs émules européens.

Car on estime à une moitié des électeurs de CatComù-Podem (Podemos 7,45% des voix) ceux qui, outre la revendication d’un référendum, se prononcent pour l’indépendance.

On ne peut donc les additionner purement et simplement aux « anti-indépendantistes ».

De même, le PSC (Parti Socialiste Catalan 13,88% des voix) ne peut que par supercherie être assimilé aux « unionistes », puisqu’il se prononce pour la révision de la constitution de 1978 dans le sens de l’Estatut de 2006 (abrogé à l’instigation du PP) et pour la création d’une fédération de nations au sein de la nation espagnole. On est donc là encore aux antipodes de M. Rajoy et de Mme Arrimadas.

Avec le seul Cuitadans et le pâle fantôme qui subsiste du PP (29,61 % des voix à eux deux contre 47,49% aux trois partis catalanistes, sans même compter les ajouts probables issus de Podem et du PSC), on est donc bien loin d’avoir une majorité « unioniste » en Catalogne, en dépit des fantasmes des nationalistes castillans, largement répercutés par les médias.

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_au_Parlement_de_Catalogne_de_2017#Voix_et_si%C3%A8ges

 

De la distinction entre légalité et légitimité. Et du bien que ferait à M. Rajoy un petit devoir de philo de terminale.

Retour de Catalogne, où nous avons passé une bonne semaine.

Et voilà que nous apprenons qu’un État qui n’a jamais été capable de faire la lumière sur les centaines de milliers de crimes du franquisme

http://information.tv5monde.com/info/espagne-franquisme-impunite-140570

s’acharne à menacer de détention des personnes qui ont toujours affirmé leur attachement aux procédure non-violentes.

Tout comme il a d’ailleurs toléré qu’on poursuive en justice ceux qui dénoncent courageusement les abjections du passé.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/01/31/le-juge-garzon-denonce-les-crimes-contre-l-humanite-du-franquisme_1636944_3214.html

Hélas, rien de nouveau sous le soleil…

Certes, le surréalisme a des racines dans la patrie de Buñuel, mais il faut reconnaître que ses représentants illustres avaient un tout autre talent que les dirigeants pitoyables capables de telles prouesses.

Franquito ferait-il donc tout pour devenir le petit Erdogan de l’Europe ?

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[ajout pour les non hispanisants: la devise parodie le titre de Franco, qui s’était auto-proclamé: « Caudillo de España por la gracia de Dios »: Chef de l’Espagne par la grâce de Dieu. Franquito est, lui: « Chef de rien par la grâce de personne ». (Dessin de Antonio Helguera)].

On connaissait bien sûr depuis longtemps ses capacités.

Plus étonnante – mais encore une fois peu surprenante hélas… – est la complicité – active, passive, intellectuelle – des instances européennes, et de tant de citoyens de l’Europe, avec de tels agissements.

Mais notre monde est bien celui qui n’hésite pas, on le sait, à élire des Trump et à faire l’apologie des Poutine…

 

Pour notre part, au cours d’une semaine en Catalogne, entre autres découvertes ou redécouvertes de ce domaine naturel et culturel inépuisable, nous avons assisté le 27 octobre, aux réactions suivant la proclamation de la République dans la belle ville de Vic où nous nous trouvions.

Car aussitôt après l’annonce du Parlement, jeunes et vieux, personnes en apparence aisées et moins aisées ont convergé spontanément vers la Plaça Major de la ville, donnant lieu à des scènes émouvantes dans une ambiance bon enfant où les rires et applaudissements le disputaient aux bruit des bouteilles de Cava (vin mousseux hispanique) qu’on débouche, et dont la foule se voyait copieusement arrosée.

Moment de joie, mais aussi de réalisme devant les difficultés à venir, la répression attendue de la part de Madrid, habituelle chaque fois qu’un peuple de la péninsule a cherché à affirmer son indépendance d’une manière qui dépasse ce qui est permis par le bon plaisir du gouvernement central.

« Il va falloir maintenant défendre notre République », nous expliquait un homme très digne, en commentant le remplacement sur la façade de la mairie de l’Estelada (drapeau catalan étoilé, signe de revendication) par la Senyera, le drapeau « officiel » symbolisant l’indépendance réalisée.

Et nous y voilà donc : la dite répression, comme à l’accoutumé, ne s’est pas fait attendre.

C’est cette expérience vécue ainsi que les multiples rencontres de gens très divers témoignant de la profondeur et de la légitimité tranquille d’une revendication séculaire qui m’inspire ce développement sur un thème de philosophie – encore une fois élémentaire –  en l’occurrence la distinction entre légalité et légitimité.

Car on peut penser que l’un des nœuds de ce qu’on nomme le « problème catalan » (même si, une fois de plus, il s’agit avant tout d’un problème propre au nationalisme castillan) se situe au niveau de l’incapacité de comprendre une distinction qui fait partie du b. a. ba de la réflexion philosophique.

Voici en effet ce que nous dit un ouvrage on ne peut plus scolaire sur le sujet :

(La philosophie de A à Z, sous la direction de Laurence Hansen-Løve, Hatier Paris 2011, article « Légalité », p. 260) :

On oppose souvent la légalité – simple conformité aux lois, sans préjuger de leur bien-fondé ou de leur caractère juste ou injuste – et la légitimité qui renvoie, elle, à l’idée d’équité, de bien-fondé, de bon droit, de justice, etc., et fait appel à des valeurs jugées supérieures à celles des lois du droit positif. Par là, on entend souligner le danger du légalisme, c’est-à-dire le danger d’une attitude qui consiste à s’en tenir à la lettre de la loi. Or la loi peut être injuste dans son application, parce qu’elle ne tient pas compte, par son abstraction et son caractère général, des situations particulières. La loi peut être injuste aussi dans son principe même, notamment si elle trahit son caractère général et devient discriminatoire.

 

Et il serait peut-être bon que certains chefs d’État en reviennent à leurs chères études, en l’occurrence quelques concepts élémentaires de philosophie.

Car, bien sûr, il est possible d’aborder la question que la Catalogne pose au nationalisme castillan par le biais de la légalité.

Et on rappellera alors :

  • que les catalans ont accepté en 1978 le Constitution espagnole par référendum ;
  • Que celle-ci décrète dans son article 2 « l’unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols ».
  • Que le droit à un référendum d’autodétermination est inconstitutionnel, et contrevient donc à la légalité :

http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/09/08/independance-de-la-catalogne-madrid-montre-les-muscles_5182540_3214.html

  • Que les personnes qui ont promu et/ou organisé un tel référendum se trouvent donc dans l’illégalité et, outre l’application de l’article 155 de la Constitution, doivent être destituées et subir les sanctions contre la rébellion et la sédition telles qu’elles sont prévues par la loi, en l’occurrence l’article 472 du code pénal qui prévoit à leur encontre de 15 à 25 ans de prison,

Etc., etc., etc.

Choses orchestrées sur tous les tons par les médias depuis des jours, et en particulier depuis la fameuse « déclaration de la République ».

Une approche purement et formellement « légaliste » de la question aboutira donc de façon nécessaire aux blocages et affrontements auxquels nous assistons en ce moment, que seule la (jusqu’à présent) patience et l’esprit pacifique des catalans a gardés de dégénérer en violence.

 

Mais, reprenant nos définitions élémentaires à l’usage des philosophes débutants, on peut aussi considérer que cette approche purement légaliste constitue un grave danger, « le danger d’une attitude qui consiste à s’en tenir à la lettre de la loi. Or la loi peut être injuste dans son application, parce qu’elle ne tient pas compte, par son abstraction et son caractère général, des situations particulières. La loi peut être injuste aussi dans son principe même, notamment si elle trahit son caractère général et devient discriminatoire ».

Face à ce danger qui tend à oublier que la loi est faite pour des hommes et non les hommes pour la loi, que la Constitution est faite pour des hommes et des circonstances, et non les hommes pour une Constitution transformée en référence sacrée et intangible, élevée dans le ciel d’une abstraction inaccessible aux circonstances, il s’avère primordial en effet de retrouver l’essence même de la loi, celle qui en fait la servante de « l’équité, du bien-fondé, du bon droit, de la justice ».

Distinctions elles aussi élémentaires en éthique et en philosophie politique, sur lesquelles ont planché nos élèves de terminale (les miens, tout au moins…) en décortiquant l’Éthique à Nicomaque, les Politiques d’Aristote, le « kairos », mais aussi « Le juste entre le légal et le bon » de P. Ricœur (n’est-ce pas, M. Macron…), ou autres textes aptes à alimenter la réflexion philosophique de quelques dirigeants auxquels on aurait bien du mal à accorder leur baccalauréat.

Cette seconde approche, axée donc sur la légitimité, serait celle qui pourrait dépasser le dangereux légalisme en privilégiant les éléments d’interprétation dynamique que l’on trouve déjà dans les textes mêmes de la loi et de la Constitution, afin de les rendre à leur vocation. Car loin de rigidifier stérilement les positions, celle-ci vise au contraire à l’établissement d’institutions justes en cohérence du mieux possible avec les aspirations des hommes de 2017, qui ne sont plus nécessairement celles des hommes de 1978.

Car, répétons-le, la Constitution est faite pour les hommes, et non les hommes pour la Constitution.

On pourrait alors observer, entre autres choses :

  • que le même article 2 de la Constitution espagnole reconnaît l’existence « des nationalités » qui composent l’Espagne, reconnaissance qui fut entérinée par « l’Estatut » accordé à la Catalogne en 2006 par le gouvernement Zapatero et rejeté en 2010 de façon unilatérale par un gouvernement Rajoy [imprécision de ma part: voir le correctif apporté par EAT dans un des commentaires ci-dessous].
  • Que la notion de « pueblos », « peuples », y est présente pour désigner ces différentes « nations » (par ex.Titulo primero, cap. III, art. 46, “Los poderes públicos garantizarán la conservación y promoverán el enriquecimiento del patrimonio histórico, cultural y artístico de los pueblos de España”, ce qui peut légitimement faire reconnaître au “peuple catalan” le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, tel qu’il est garanti par la charte des Nations unies et le Pacte sur les droits civils et politiques de 1966.

https://www.rts.ch/info/monde/8937106-en-catalogne-le-gouvernement-espagnol-joue-a-un-jeu-dangereux-.html

  • Que le « droit de décider », des citoyens de Catalogne peut être considéré comme légitime par une interprétation de la Constitution qui privilégie une « approche pondérée et évolutive des principes constitutionnels », et qu’il est même expressément reconnu par l’arrêt 42/2014 du Tribunal Constitutionnel :

https://ccec.revues.org/6230#tocto2n1

cf. aussi d’autres références déjà mentionnées, comme :

https://www.unige.ch/gsi/files/9315/0461/7440/CATALONIAS_LEGITIMATE_RIGHT_DECIDE.pdf

  • Que le droit international, même s’il ne la promeut pas expressément dans le cas des peuples dits « non colonisés », n’interdit nullement de leur part une déclaration d’indépendance :

« les déclarations d’indépendance ne sont pas contraires au droit international. En réalité, elles sont relativement indifférentes. Ce qui compte, c’est le fait, c’est-à-dire la création ou non d’un État ».

déclare le juriste Pierre Bodeau-Livinec, professeur de droit international public.

https://www.franceculture.fr/emissions/la-question-du-jour/une-catalogne-independante-serait-elle-contraire-au-droit-international

  • Que l’incompatibilité entre droit national et droit international pourrait être levée si le gouvernement espagnol prenait l’initiative d’unifier ces différents « langages juridiques », ce que permettrait donc d’ores et déjà une lecture « pondérée » de la Constitution.

« L’hypothèse d’une déclaration unilatérale d’indépendance de la Catalogne soulève la question de la création d’État en dehors des situations où sont identifiés des peuples coloniaux, sous occupation étrangère ou soumis à des régimes racistes. Dans ces cas de figure, le droit international public observe, en principe, une posture de neutralité juridique à l’égard des déclarations d’indépendance. Il ne les autorise pas, non plus qu’il les interdit. La question de leur licéité est alors renvoyée à l’appréciation d’un autre ordre juridique, interne à l’État concerné. Chaque État est libre d’autoriser, de réglementer ou d’interdire la sécession en son sein ».

http://cdi.ulb.ac.be/situation-catalogne-regard-droit-international-public-contribution-de-nabil-hajjami-maitre-de-conferences-a-luniversite-paris-nanterre-cedin/

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_catalane_(2017)

« L’État concerné » étant en l’occurrence l’État espagnol, la « question catalane » est donc bien, une fois de plus, celle de l’interprétation que se donne de lui-même l’État-nation espagnol. La balle est depuis toujours dans son camp.

etc., etc., etc.

 

On le voit, il y a donc bien, à la base de la question qui nous occupe, la confrontation de deux interprétations : l’une « légaliste », qui est actuellement le fait de l’État espagnol, l’autre « légitimiste », dont se réclament les indépendantistes catalans.

On pourrait dire alors à juste titre que la question de la définition de l’État comme celle de la Nation relève bien, elle aussi, de l’herméneutique.

Mais, dans tous les cas, ce doit être à la démocratie de trancher : le fait que la Catalogne soit, ou ne soit pas, dépend de la décision libre et informée d’un peuple qui s’exprime à travers un vote démocratique.

L’exemple du référendum en Nouvelle Calédonie, dont l’échéance approche,

http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/11/03/referendum-d-autodetermination-en-nouvelle-caledonie-un-accord-politique-trouve_5209433_823448.html

montre qu’une approche légaliste d’essence nationaliste et instigatrice de violence, qui fut longtemps celle du gouvernement français, peut laisser place à une reconnaissance de la légitimité des aspirations d’un peuple.

Sans doute manque-t-il au gouvernement de M. Rajoy et de ceux qui le soutiennent (dont hélas les principales dirigeantes et les principaux dirigeants européens) la lucidité et la raison d’un Rocard et d’un Pisani.

Ou plutôt est-ce l’atavisme du nationalisme espagnol qui, en ce moment, ne laisse pas à une telle lucidité et une telle raison l’espace pour exister…

Cet espace devant donc être avant tout celui d’une démocratie qui ne cède en rien au déni.

Le référendum de 2014, les élections de 2015, même si l’on peut regretter le faible taux de participation (mais ce sont ceux qui votent qui font une légitimité, et non ceux qui s’abstiennent ou se détournent) ont manifesté, qu’on le veuille ou non, un soutien de la majorité des votants à l’idée républicaine et indépendantiste en Catalogne.

Il est dommage que le référendum du 1er octobre ait été rendu impossible par les circonstances que l’on sait, dont le gouvernement de Madrid est le principal responsable.

Son autorisation par le gouvernement central aurait donné, à l’image du référendum écossais de 2014, une idée de la situation politique de la Catalogne.

Pas plus qu’en Nouvelle Calédonie, le résultat des élections du 21 décembre n’est acquis.

On le sait, leurs dirigeants l’ont maintes fois répété, un échec des indépendantistes ne signifierait en aucun cas la violence. Car la patience des catalans à faire tomber « l’estaca » de façon pacifique est depuis longtemps avérée. Sans doute peut-on penser à juste titre qu’ils ont l’Histoire avec eux.

Souhaitons alors que le légalisme des nationalistes espagnols sache de son côté, en cas de victoire des indépendantistes, reconnaître enfin la voie d’une légitimité qui seule peut encore rendre à l’Espagne la dignité et l’honneur que l’incompétence de son gouvernement s’évertue à bafouer.

 

Ajout du 07/11: Je signale le blocage de l’accès au site diplocat.cat, émanation diplomatique de la Généralité de Catalogne, suite à la fermeture des représentations diplomatiques catalanes à l’étranger. Ce site diffusait, entre autres informations utiles, des conférences de spécialistes du droit international que j’avais signalées dans mes posts précédents.

Franquito met donc bien tout en œuvre pour assumer son rôle de petit Erdogan de l’Europe.

 

Ajout du 11/11:

Ce texte indispensable: tout y est !

http://www.liberation.fr/planete/2017/11/10/carles-puigdemont-des-manifestants-font-le-salut-fasciste-et-demandent-mon-emprisonnement-et-mon-exe_1609336

 

D’une étrange désinhibition du nationalisme. Et de ses conséquences pour l’avenir de l’Europe et du monde.

Les mouvements patriotes basques et catalans sont loin d’être une nouveauté.

En cela, la tension prévisible – et pourtant tellement sous-estimée – qui s’est manifestée en Catalogne n’a pas grand-chose de surprenant pour qui s’intéresse tant soit peu à l’histoire des Espagnes.

Mais j’avoue avoir été étonné – quoiqu’encore une fois peu surpris – par autre chose : en l’occurrence la démesure et l’indécence de très nombreuses réactions face à des mouvements qui n’ont de cesse de se réclamer de la non-violence et de la démocratie.

Tout comme on s’est aperçu lors de la dernière campagne présidentielle qu’il ne fallait pas gratter beaucoup pour réveiller chez nombre de français les tendances xénophobes, islamophobes, voire antisémites etc. qui sommeillent à peine, on se rend compte qu’il existe – outre, bien sûr, des nostalgies franquistes en Espagne qui n’hésitent pas à entonner « la Cara al Sol », cela n’a rien d’un scoop –

http://abonnes.lemonde.fr/europe/article/2017/10/04/les-menaces-de-secession-ravivent-le-nationalisme-espagnol_5195914_3214.html

un nationalisme à fleur de peau sur le territoire français, dont la violence des réactions devrait constituer à juste titre un sujet d’étonnement et de préoccupation (cf. le post précédent pour ce qui est de la signification du terme nationalisme et de sa distinction d’avec le patriotisme).

Car « l’affaire catalane » (qui est avant tout, une fois de plus, une affaire castillane) semble avoir déclenché, si ce n’est chez l’ensemble des français, du moins dans l’échantillon représentatif qui se manifeste à travers les « commentaires » aux articles de journaux, un véritable psychodrame d’une ampleur que je n’aurais pas soupçonnée.

Le psychodrame d’une désinhibition délirante d’un nationalisme décomplexé.

Car comment qualifier ce qui bien souvent se présente comme un déchaînement haineux contre les « indépendantistes » catalans « incapables de prendre en compte les opinions qui divergent des leurs » (sic), aptes à « diviser pour régner sur des petits vieux qui comptent leurs sous » (sic), « aux portes de la xénophobie » (sic), « nationalistes étroits et égoïstes … méprisants, xénophobes » (sic), « sentiment de très forte supériorité, égoïsme effréné » (sic), « néo-nazis » (sic), pour ne dresser qu’un rapide florilège rassemblé en quelques minutes à la lecture de moins d’une vingtaine de commentaires.

Je laisse imaginer la liste qu’on pourrait établir en reprenant les milliers de commentaires suscités par des dizaines d’articles…. Cela justifierait une instructive approche sociologique.

Un tel déchaînement irrationnel donne le vertige : on s’attend presque à rencontrer le catalan aux doigts crochus (riche égoïste, voire banquier, bien sûr…), prêt à s’emparer sans scrupules des biens du petit peuple, et dont le portrait fleurissait jadis sur certaines affiches.

Pire même, puisque le terme de « nazi » est utilisé à de nombreuses reprises pour le désigner.

L’ensemble se révèle donc pour le moins inquiétant, d’où ma remarque suite à un article :

À lire bien des « commentaires » historiquement et juridiquement faibles, on est porté à croire que la « crise catalane », qui est surtout le problème d’une certaine Espagne, sert d’exutoire pour désinhiber un jacobinisme outrancier, voire des relents nationalistes français ou castillans à la tonalité bien ambigüe, si ce n’est raciste. Il y a pourtant mieux à faire pour la paix, l’honneur de l’Espagne, de l’Europe, mais aussi de la France et des français.

Aussitôt taxée bien sûr « d’incongruité » par un défenseur acharné de l’indissolubilité de l’État espagnol, de l’égoïsme quasi-génétique du peuple catalan et autres  billevesées.

[à propos de cet argument récurrent de « l’égoïsme », je me permets de reproduire mon « commentaire » à un autre article :

L’argument de « l’égoïsme catalan », insultant, est ridicule : les catalans ne sont ni plus ni moins égoïstes que tout autre peuple. Le problème est avant tout politique: pas plus que la France n’accepterait que ses impôts soient gérés par Berlin, la Catalogne n’accepte qu’ils soient gérés par Madrid. Si, comme aux États-Unis (70% de l’impôt redistribué au niveau fédéral en priorité aux États les plus pauvres) l’UE se dotait d’un budget solidaire, la Catalogne y participerait comme les autres.]

Il se trouve que je suis depuis bien longtemps sensibilisé à la problématique des peuples minorisés, et qu’à ce titre, j’ai rencontré et je rencontre encore nombre de militants catalanistes, occitanistes, abertzale (patriotes basques), etc.

Et n’en déplaise aux nationalistes français et castillans, ce n’est pas chez eux que je rencontre les étonnantes réactions évoquées ci-dessus.

Il y a certes eu, dans l’Histoire des mouvements patriotes basques, catalans, etc. des tendances se réclamant du « nationalisme » (le terme figure encore par exemple dans la dénomination du PNV – Parti Nationaliste Basque), cela parce que la classique conception des États-Nations telle qu’elle caractérisait l’Europe du XIXème siècle constituait une référence obligée pour qui entendait promouvoir les droits d’un peuple. N’oublions pas que le PNV fut fondé en 1895 par Sabino Arana Goiri, et que l’approche « nationaliste » au sens classique y est effectivement présente.

Lorsque Sabino Arana Goiri, fondateur du nationalisme basque dessine l’ikurriña (le drapeau basque), il justifie la croix de Saint André verte par une mythique autant qu’obscure bataille d’Arrigorriaga durant le haut Moyen Âge. Partout en Europe à la même époque, l’histoire devient un roman au service d’un projet politique (Peio Etcheverry, Peio Etcheverry-Ainchart, Pourquoi nous sommes Abertzale, 55 clés pour comprendre le mouvement basque, Arteaz, 2017, p. 14.

Quoi d’étonnant à ce que cette approche nationaliste soit alors présente dans les mouvements basques et catalans, tout comme elle l’est à la même époque en Allemagne, en Italie, ou dans la France de « nos ancêtres  les gaulois » qui suscite encore, on le sait, bien des nostalgies ?

Mais poursuivons notre lecture de l’ouvrage cité :

Les abertzale que nous sommes assumons – et voyons même comme une richesse – la diversité qui depuis des siècles caractérise les cultures et les peuples présents au Pays Basque.

Aujourd’hui, 53% des habitants du Pays Basque Nord y sont nés, et un tiers environ sont immigrés (ces statistiques sont respective­ment de 85% et 11% pour la France). Ces chiffres éclairent la réalité de ce territoire et de cette nation, et vont à l’opposé d’un Pays Basque fermé que certains se plaisent à évoquer. Malgré parfois des réticences ou des agacements – l’arrivée de dizaines de milliers de personnes supplémentaires au Pays Basque nord dans les prochaines décennies est parfois perçue avec inquiétude, pour la survie de la langue en particulier -, il est évident que l’immigration est un atout pour le Pays Basque, qui est l’un des territoires européens où le vieillissement de la population est le plus marqué. En outre, ce n’est pas à l’une des diasporas les plus actives de la planète – les personnes originaires du Pays Basque seraient près de 5 millions sur la planète – à choisir la fermeture des frontières ou une vision nombriliste de la nation.

Le Pays Basque est aujourd’hui un territoire multinational et les enquêtes régulières faites sur le sentiment d’appartenance de ses habitants le prouvent.

De ce fait, la conception française d’un État-nation univoque est rejetée, car elle ne correspond pas à la réalité de ce pays et porte en elle les germes de la non-reconnaissance des droits politiques d’une partie de la population. Nous souhaitons un statut politique qui conférerait une citoyenneté basque aux habitants qui le désirent. Quelle plus belle utopie qu’un immeuble bayonnais dans lequel un résidant choisirait une nationalité et son voisin de palier une autre, dans le respect mutuel et une parfaite égalité de droits ?

Dans ce domaine également, le Pays Basque pourrait être un laboratoire pour d’autres territoires de la planète (id. ibid. p.22).

À commencer par l’Europe, bien sûr…

Pour finir, il est assez étonnant de constater que les revendications ou les propositions développées par les abertzale depuis des décennies sont aujourd’hui plus que jamais en phase avec les défis qui se posent au Pays Basque, mais aussi à tous les habitants de la planète.

Il est habituel de dire qu’Euskal Herria est un pays singulier, nous autres abertzale avons à cœur de le conjuguer au pluriel. Face à un monde qui s’interroge sur l’identité, les frontières, le modèle socio-économique et l’avenir même de la planète, nous ne proposons pas des solutions toutes faites, mais plutôt des repères et des pistes pour relever ces défis.

Les préhistoriens sont nombreux à confirmer que le processus d’humanisation de la planète s’est fait par la diversification.

Devant les menaces d’uniformisation qui pèsent sur l’humanité dans tous les domaines, nous réaffirmons qu’être abertzale est la meilleure façon de construire l’universel (id. ibid. p. 96).

 

De telles affirmations, qu’on pourrait bien sûr trouver aussi sous la plume de la plupart des patriotes catalans, sont aux antipodes d’une compréhension archaïque des États-Nations tels qu’on les a connus fauteurs des guerres du XIXème et du XXème siècle, et tels qu’ils paraissent donc encore de nos jours attiser des antagonismes qui n’existent que parce les conditions en ont été créées par eux-mêmes, et susciter les bouffées délirantes de nationalistes arc-boutés sur la défense de modèles qu’on peut légitimement estimer dépassés.

Le patriotisme catalan, comme basque, etc. s’inscrit désormais dans son immense majorité dans ce type d’approche. Qu’elle prenne au niveau européen la forme d’une fédération, d’une confédération, ou une autre encore à inventer, la question est ouverte et féconde et mérite largement d’être discutée.

Qu’on qualifie « d’utopie » ce nouveau questionnement, soit.

Il n’empêche que, pour ma part, malgré les indéniables difficultés qu’elle soulève, je préfère partager une utopie de ce genre plutôt que des dystopies nationalistes capables de susciter les insultes ignorantes et nauséabondes mentionnées ci-dessus, ou celles qui estiment justifié qu’un État réponde par la force militaire aveugle aux revendications légitimes de millions de personnes.

L’avenir dira bien sûr si ce sera l’utopie ou la dystopie qui caractérisera l’Europe du futur. Je pense pour ma part que la deuxième ne pourrait se maintenir que de façon sans cesse plus violente et illégitime.

Qui peut penser en effet que le vouloir d’un Roi, et la complicité d’instances européennes qui – une fois de plus – ne se caractérisent ni par le courage ni par la clairvoyance, transformeront en « espagnols » des catalans qui, depuis des siècles, refusent la domination de Madrid ?

Il serait grand temps de sortir du déni et d’accepter les évidences…

Hélas, l’incroyable et honteux déchaînement verbal auquel donne lieu la simple évocation d’une question qui devrait alimenter une réflexion approfondie et argumentée laisse présager que le virus malfaisant du nationalisme fauteur de violences et de guerres est encore solidement installé dans bien des esprits.

 

PS :

Je suis en outre surpris que des productions sérieuses, qui me semblent indispensables bien que sujettes à légitimes discussions, telles que celles que j’ai mentionnées dans mon post précédent

https://www.unige.ch/gsi/files/9315/0461/7440/CATALONIAS_LEGITIMATE_RIGHT_DECIDE.pdf

http://www.diplocat.cat/fr/index.php?option=com_content&view=article&id=139&catid=104&lang=fr&Itemid=242

[ajout du 05/11: à ce jour, ces vidéos, qui contenaient diverses conférences relatives à la légitimité de l’indépendance de la Catalogne au regard du droit international, dont une journée d’étude organisée à l’IEP de Paris, ne sont plus disponibles.

C’est en fait l’ensemble du site diplocat.cat, site diplomatique de la Généralité de Catalogne, qui est désormais inaccessible sur le Web. Pour quelles raisons ? Censure de la part du gouvernement de Madrid ?]

ou encore :

https://ccec.revues.org/6230

n’aient reçu aucun écho dans les médias français ou castillans qui leur préfèrent trop souvent les jugements à l’emporte-pièce.

Harmoniser les différents niveaux du droit (national, européen, international) afin d’éviter le plus possible les tensions, dues à leurs conflits, que nous observons en ce moment, devrait être considéré comme une tâche urgente. Le psittacisme stérile de bien des réactions politiques, articles et commentaires montre hélas que le conformisme paresseux a de beaux jours devant lui, quitte à engendrer lui-même une violence contre laquelle il se glorifie de lutter.

Alors même qu’il en est le premier responsable…

 

Ajout du 09/10:

Une « réaction » postée ce matin suite à un article:

Quel que soit le nombre des manifestants [du 08/10], les opposants à l’indépendance auraient tort de se laisser griser par les chiffres. La solution ne passe pas par la rue et l’escalade des mobilisations. Les indépendantistes ont montré (cf. Diada de 2015) qu’ils sont capables de rassembler largement plus d’un million de personnes. En cas d’obstination, des manifestations coordonnées entre catalans, basques et galiciens auraient raison de l’État espagnol… L’urgence est celle d’un référendum légal.

Ajout du 20/10:

Est-ce que je me trompe, ou bien très peu de journaux nationaux ont relayé ces informations, que j’ai dû aller chercher du côté de la Belgique:

https://www.rtbf.be/info/societe/detail_amnesty-international-exige-la-liberation-immediate-des-deux-leaders-separatistes-catalans?id=9740348

https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2017/10/spain-excessive-use-of-force-by-national-police-and-civil-guard-in-catalonia/

Mais il est vrai que cette organisation n’offre pas des garanties de fiabilité suffisantes, comme le dit en particulier M. Poutine.

On comprend donc bien que des médias plutôt portés à refléter les opinions autrement crédibles des nationalistes français et castillans soient plutôt réticents à lui faire confiance.

Catalogne : Sauver l’honneur de l’Espagne. Et de l’Europe.

[Je me permets de dédier ces modestes réflexions à Battitta, récemment disparu, « Siset » (cf. vidéo finale) qui, parmi d’autres, m’a aidé à approfondir ce sujet et à mieux  en percevoir les enjeux. Milesker Battitta. Laster arte!]

Puisque nous sommes dans le Wiederholungzwang – la pulsion névrotique de répétition (cf. post précédent) – en voilà encore un exemple :

Le Roi de Castille et sa cour, tels qu’ils ont été restaurés par le Régent Franco, font désormais donner leurs troupes – la Guardia Civil en l’occurrence – pour faire rentrer dans le rang les Segadors factieux de Catalogne. Bien triste répétition d’autres répétitions…

(Suite à la révolte de 1640 contre le centralisme castillan, Pau Claris proclame, dès 1641, la première République Catalane. En souvenir de cet épisode, l’hymne national catalan porte le nom des révoltés : Els Segadors, « les faucheurs »).
https://www.youtube.com/watch?v=ntjDJmFp04M

Point n’est besoin d’évoquer la longue histoire par laquelle la Catalogne fut par étapes assujettie au pouvoir castillan, et les innombrables humiliations et persécutions subies jusqu’à nos jours (pour se limiter au siècle passé : interdiction de la langue catalane par Franco, exécution du président Lluís Companys par les fascistes, etc., etc.) auxquelles a donné lieu cet assujettissement, en dépit d’une permanente résistance. Une documentation considérable existe sur le sujet.

Mais convenons-en une fois pour toutes : qu’on le veuille ou non, l’identité catalane demeure un fait, une indéniable réalité que les vicissitudes historiques n’ont pu réduire. La vidéo ci-dessus en est un témoignage particulièrement éloquent. Et pas plus que jadis, ceux qui s’y essaieront n’y parviendront. Et ils seront loin d’avoir le beau rôle !

Et convenons-en aussi : à l’évidence, depuis l’union dynastique de l’Aragon et de la Castille en 1479, étape clef de la naissance de « l’Espagne » qui vit l’unification du royaume du fait de l’alliance d’Isabelle et de Ferdinand, le mariage entre la Castille et la Catalogne n’a jamais été vraiment consommé.

« Ratum sed non consummatum » : me rappelle à point nommé Stultitia, qui connaît le droit canonique sur le bout des doigts. « Il s’agit là d’une clause de nullité, et donc d’annulation de mariage ».

[correctif 22/09: voilà que je prends Stultitia en faute. C’est rare! Car la « non consommation » d’un mariage « ratifié » constitue en fait en droit canonique une clause de « dispense », et non de nullité. Mais cette nuance byzantine ne modifie rien en ce qui concerne la séparation du couple, possible dans les deux cas].

Ce blog n’est certes pas le lieu adéquat pour proposer une procédure de divorce. Mais il faut bien admettre que, lorsque 70% d’une population, sans présumer du résultat, estime légitime la tenue d’un référendum sur le sujet, il faut pour le moins reconnaître que la question se pose…
http://www.la-croix.com/Monde/Europe/arrestations-embrasent-Catalogne-2017-09-20-1200878367?from_univers=lacroix

Sans doute, dira-t-on, il faut aussi accorder, tout à l’honneur des gouvernements du post-franquisme, que des avancées considérables ont eu lieu en ce qui concerne la reconnaissance de la diversité « des Espagnes » et la mise en place de statuts d’autonomie, dont la Catalogne fut largement bénéficiaire.

Hélas, on le sait, ces avancées réelles poursuivies en particulier par le gouvernement Zapatero, se sont vues contrebalancées dans l’actualité récente par leur annulation partielle en 2010 et des régressions étonnantes, en particulier en ce qui concerne l’autonomie fiscale promise (alors que l’article 157.3 de la Constitution prévoit que certaines communautés autonomes puissent lever elles-mêmes leurs propres impôts, ceux de la Catalogne continuent de relever de l’Administration centrale espagnole).
http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/09/18/catalogne-on-est-dans-une-logique-de-fuite-en-avant-des-deux-cotes_5187385_3214.html

Pour ne pas parler de déclarations ô combien subtiles de ministres de gouvernements Rajoy (José Ignacio Wert, etc.) promettant entre autres d’ “espagnoliser les catalans”, initiative s’inscrivant dans la plus pure tradition discriminatoire d’un franquisme qui a souvent bien du mal à disparaître des esprits.

Sans doute l’une des importantes avancées sociétales occidentales a été la dédramatisation du divorce. Lorsque des conjoints ne s’entendent plus, on peut envisager des séparations à l’amiable qui ne sont pas nécessairement des ruptures violentes.

Mais il semble que la Castille, qui reste en cela très catholique à l’image de ses souverains fondateurs, préfère s’arc-bouter sur l’indissolubilité du mariage…

« Et pourtant, le « ratum sed non consummatum » relève du droit canon catholique. Cela ne devrait donc pas faire difficulté », ajoute Stultitia la savante. En effet.

Car, malgré le « désastre » durement ressenti de la perte de l’Empire colonial, scellée en 1898 par la guerre hispano-américaine et le traité de Paris, l’Espagne a montré qu’elle est capable de reconstruire son «identité narrative » en l’absence de cet élément constitutif qui fut pourtant central pour elle pendant des siècles.

Un divorce, une séparation, aussi pénibles soient-ils, ne signifient donc pas nécessairement la fin d’une histoire (ou d’une Histoire). Ils peuvent (et doivent) s’inscrire dans la perspective d’une « reconfiguration » du récit – selon des expressions empruntées à Paul Ricoeur – propre à impulser une nouvelle dynamique.

Pas plus l’ethnogenèse que le processus de constitution des nations ne se fixent en des figures statiques et intangibles : la perte d’un empire colonial peut-être une libération, pour les ex-colonies bien sûr, mais aussi pour les nations colonisatrices elles-mêmes, qui peuvent désormais nouer avec des peuples jadis humiliés des relations plus saines et franches, plus respectueuses, des relations d’égal à égal. Et cela se vérifie y compris au niveau économique.

Il n’est pas interdit de réussir un divorce. Mais la violence exercée par l’une des parties risque à l’évidence de rendre les choses plus difficiles.

Pourquoi ne pas concevoir cependant, dans le cas des rapports de la Castille et de la Catalogne, qu’une situation quasi-coloniale, marquée par une permanence de la violence sous des formes variables au cours de l’Histoire – violence militaire, policière, institutionnelle – de la part d’un État nationaliste, puisse évoluer vers une pacification par une résolution à l’amiable ?

[Précision importante : quand je parle de « nationalisme », je comprends bien sûr le terme dans le sens que lui donne de façon relativement consensuelle la philosophie politique, en le distinguant du patriotisme : en ce sens le nationalisme consiste à vouloir édifier sa propre nation et sa propre culture au-dessus des autres, et à les développer au détriment des autres. Les États nationalistes auxquels je fais allusion ici sont ceux qui, comme « l’Espagne » castillane, ont prétendu ou prétendent encore « espagnoliser » les catalans, basques ou galiciens, tout comme ceux qui prétendent « franciser » les bretons ou siniser les tibétains, etc. C’est donc aussi la résistance à ce type de normalisation linguistique, culturelle, politique, etc. qui prend légitimement le nom de patriotisme.
Hélas, ces États nationalistes, prisonniers d’un « habitus » multiséculaire de déni de leur comportement réel, pratiquent généralement une omerta politique, médiatique, philosophique, etc. et qualifient de « nationalistes » les peuples qui manifestent, eux, une revendication authentiquement patriotique. Classique renversement des responsabilités. Pour la majorité des médias « espagnols » – mais aussi français, qui partagent le même « habitus » – c’est bien entendu les catalans, les basques etc. qui sont qualifiés de « nationalistes », avec une évidente connotation négative, voire criminelle. Alors que l’Histoire montre sans équivoque que c’est la Castille qui a toujours cherché à imposer sa langue et ses institutions, y compris par la violence et la persécution, et jamais l’inverse. Qui soutiendra en effet qu’il a un jour entendu un catalan affirmer qu’il fallait « catalaniser » Madrid ?)].

Mais ce ne sont certes pas les dernières opérations policières qui permettront ce genre de résolution.

Pourtant, une nation comme l’Angleterre, confrontée à une situation proche, a fait montre d’un courage qui l’honore en acceptant en 2014 d’autoriser un référendum d’indépendance par lequel les écossais devaient se prononcer sur l’avenir de ce qu’ils perçoivent légitimement comme étant leur nation.

Le refus de ce genre d’autorisation de la part du gouvernement Rajoy n’est donc absolument pas une fatalité, même s’il risque hélas de constituer désormais un exemple pour l’actuelle première ministre Thérésa May, qui semble plutôt portée sur la manière dure.

Il faut hélas craindre que, du côté espagnol comme du côté anglais, le fait de dénier, par l’utilisation de la violence institutionnelle et policière, à des peuples fortement mobilisés toute possibilité d’auto-détermination, constitue une grave provocation qui risque de ne pas rester sans conséquences. Car on ne peut sans risque s’opposer à la volonté exprimée par des millions de personnes.

Il en va de la dignité de l’Espagne et de l’Angleterre, comme le comprennent d’ailleurs fort bien des partis à l’audience non négligeable (Podemos, Izquierda unida, etc. pour l’Espagne, qui refusent de cautionner les agissements nationalistes de Rajoy). Ces nations, et bien d’autres, s’honoreraient en reconnaissant les droits légitimes de peuples qu’ils ont minorisés, plutôt que de continuer à leur manifester leur mépris en utilisant la seule répression judiciaire et policière.

Ajoutons qu’il en va aussi sans doute de l’honneur de l’Europe.

Le spectre d’un « éclatement » de celle-ci, si souvent agité, est en effet totalement disproportionné : hormis une minorité infime à l’extrême gauche (d’ailleurs proche des opinions développées par des partis qui se présentent en France comme « la seule opposition ferme »…), l’immense majorité des catalans est résolument pro-européenne. Tout comme la majorité des écossais, dont la sécession pourrait d’ailleurs constituer, après le « brexit », une aubaine pour l’Europe.

Certes, comme l’a déclaré la Commission européenne, le référendum catalan « est d’ordre constitutionnel interne à l’Espagne ». Il n’appartient pas aux instances européennes de décider à la place des États ; mais Jean Claude Juncker, tout en rappelant le droit européen, n’en convient pas moins qu’ « il est évident que si un oui à l’indépendance de la Catalogne voyait le jour, nous respecterions ce choix ».
https://www.youtube.com/watch?time_continue=3&v=JcylrPxCXGM
https://www.euractiv.fr/section/politique/news/catalonian-independence-juncker-ventures-into-unchartered-waters/

Dans un contexte où l’euroscepticisme constitue une réelle menace, serait-il en effet cohérent de multiplier les difficultés à des entités (l’Écosse, la Catalogne) qui, outre leur puissance économique non négligeable, revendiquent résolument leur appartenance à l’Europe ?

On peut raisonnablement prévoir que leur réintégration serait facilitée, moyennant le recours à quelques dispositions juridiques adéquates (cf. dans l’article mentionné ci-dessus, le principe d’intégration des « États successeurs », qui permettrait « d’hériter » d’une adhésion précédente).

La situation ne relèverait donc pas du tragique que se plaisent à dépeindre ceux qui instrumentalisent la terreur de « l’éclatement », dans le but manifeste de sauvegarder un statu quo qui fait l’affaire des États centralisateurs.

Rappelons que le changement de statut de l’Écosse ou de la Catalogne exige la majorité à un référendum, ce qui limite tout de même largement le nombre des candidats potentiels. Il y aura bien sûr des candidats plausibles et légitimes, mais il est peu probable que la Savoie ou la Picardie empruntent cette voie dans l’immédiat…

Ajoutons que la question est avant tout celle de la cohérence éthique et du respect de la démocratie : l’Europe, qui se plait à faire la leçon à des États faisant peu de cas du droit de leurs « minorités » (cf. la Turquie, par exemple), s’honorerait aussi en montrant la voie d’une résolution non-violente et courageuse de la question posée par ses propres peuples minorisés.

La capacité à reconnaître la légitimité de leurs aspirations tout en leur conférant un statut en son sein pourrait constituer en outre un séduisant défi à relever, largement à sa portée, et revêtir une valeur d’exemplarité à même de redorer un blason terni par l’absence de projets autres que trivialement économiques.

Car si l’Europe ne s’engage pas dans cette voie, qui donc le fera ?

La reconnaissance des droits du peuple tibétain risque en effet de faire long feu si les autorités chinoises, à l’exemple de M. Rajoy, considèrent que seul le peuple chinois dans son ensemble est apte à décider « démocratiquement » du sort des populations que la Chine a rendues minoritaires…

Espérons donc que l’actuel gouvernement espagnol ne réveille pas, une fois de plus, par son recours à la « violence première » institutionnelle et policière, cette « violence seconde », réactive, dont l’Espagne a trop souvent fait les frais.

Pas plus que d’autres, les catalans ne le souhaitent.

Depuis longtemps, en dépit des provocations et des humiliations des « gens orgueilleux et superbes », ils ont fait le choix de n’aiguiser la faux que dans leur hymne.

Mais, on le sait, on peut s’attendre en revanche à ce qu’ils tirent sans faiblir sur le pieu qui les attache, comme ils l’ont toujours fait. Et il est certain qu’ils ne s’arrêteront pas avant de l’avoir fait tomber.
https://www.youtube.com/watch?v=2wRqbwHS4Hs
https://www.lacoccinelle.net/261857.html

Il en va donc des intérêts aussi bien que de l’honneur du peuple « espagnol » et de ses gouvernants de reconnaître enfin sans équivoque, dans la justice et la paix, la force de ce droit.

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Ajout du 22/09:

Pour les abonnés, un entretien important, qui fait le point sur l’état de la question :

http://abonnes.lemonde.fr/europe/article/2017/09/22/carles-puigdemont-president-de-la-catalogne-nous-n-allons-pas-renoncer_5189331_3214.html

Et puisque « Le Monde » semble avoir du mal à valider mes commentaires sur le sujet, je reporte ici le second (le premier n’ayant pas eu l’heur de passer):

Bien étrange – mais peu surprenant – de constater comment l’ignorance ainsi qu’un « habitus » nationaliste bien ancré font que la majorité des commentaires ci-dessous [ceux qui suivent l’entretien avec M. Puigdemont] accusent en fait … les victimes, et exonèrent des opérations policières qui bafouent un état de droit démocratique.

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Et une « somme » qui devrait désormais faire référence, rédigée par quatre spécialistes reconnus du droit international (elle est hélas réservée pour le moment aux anglicistes):

https://www.unige.ch/gsi/files/9315/0461/7440/CATALONIAS_LEGITIMATE_RIGHT_DECIDE.pdf

Nicolas Levrat, directeur du Département de droit international public de l’Université de Genève, y affirme notamment que « les citoyens de pays démocratiques ont le droit de choisir le cadre politique dans lequel ils veulent vivre » .

  « La volonté des citoyens catalans de pouvoir décider eux-mêmes de leur futur politique et de la nature de leurs relations avec Madrid est légitime », résume-t-il. Le panel d’experts se base notamment sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, garanti par la charte des Nations unies et le Pacte sur les droits civils et politiques de 1966. Problème, il faut définir ce qu’est un « peuple » et là les interprétations juridiques divergent.

https://www.rts.ch/info/monde/8937106-en-catalogne-le-gouvernement-espagnol-joue-a-un-jeu-dangereux-.html

Rappelons toutefois qu’en 2006, le nouveau statut d’autonomie approuvé par le Parlement espagnol (« l’Estatut » en catalan) et validé par référendum en Catalogne reconnaissait la légitimité du terme « Nation » pour qualifier le peuple catalan.

C’est ce statut qui a été partiellement annulé de façon unilatérale en 2010 par le gouvernement Rajoy. [correctif du 05/11: en fait  l’Estatut a été rogné par le Tribunal Constitutionnel sur l’initiative du PP, alors dans l’opposition; Zapatero étant toujours président du gouvernement en 2010. Voir commentaire de EAT à mon post du 03/11].

 

Ajout du 24/09:

Une petite mise au point suite à une bonne vidéo du monde

http://abonnes.lemonde.fr/europe/video/2017/09/22/pourquoi-les-catalans-souhaitent-ils-etre-independants_5189999_3214.html

et à des accusation « d’égoïsme », de caprices de riches ou « d’enfant gâtés » (sic) qui « méprisent le reste des espagnols » récurrentes dans les commentaires (cf. ci dessus sur ce dernier point le rapport entre l’inexistante politique de « catalonisation des espagnols » versus les permanentes tentatives « d’espagnolisation des catalans ». « Y ‘a pas photo« , tout de même …  ):

L’argument récurrent de « l’égoïsme catalan » est ridicule et significatif du mépris dont souffrent les peuples minorisés. Ce  qu’ils refusent, c’est la confiscation par Madrid de leur souveraineté fiscale, tout comme la France refuserait que ses impôts soient gérés par Berlin. Leur revendication d’appartenance à l’Europe implique bien d’accepter pleinement de contribuer au budget de l’Union. Bruxelles plutôt que Madrid. « L’égoïsme » n’a donc rien à voir dans l’affaire, qui est avant tout politique.

Pour approfondir les questions de droit, une série de vidéos sur :

http://www.diplocat.cat/fr/index.php?option=com_content&view=article&id=139&catid=104&lang=fr&Itemid=242

Et encore:

https://vimeo.com/100200291

[ajout du 05/11: à ce jour, ces vidéos, qui contenaient diverses conférences relatives à la légitimité de l’indépendance de la Catalogne au regard du droit international, dont une journée d’étude organisée à l’IEP de Paris, ne sont plus disponibles.

C’est en fait l’ensemble du site diplocat.cat, site diplomatique de la Généralité de Catalogne, qui est désormais inaccessible sur le Web. Pour quelles raisons ? Censure de la part du gouvernement de Madrid ?]