Il y a quelques temps, j’avais cité ce beau texte de mon maître Henri Gougaud, récemment disparu :
« Le combat, le même combat continue, séculaire. À qui brandit ses polices et ses bombes, nous devons encore opposer le front dérisoire de l’Esprit, sans espoir de victoire, simplement parce que tel est notre destin, ou notre rôle en ce théâtre ».
(Poèmes politiques des troubadours, Bélibaste, Toulouse 1969, p. 7).
Tout est dit. Je ne peux rien nous souhaiter de plus pour cette année 2025.
Sinon rappeler encore León Felipe, si bien chanté par Paco Ibáñez :
¿Cuándo se pierde el juicio? Yo pregunto: ¿Cuándo se pierde, cuándo? Si no es ahora, que la justicia vale menos que el orín de los perros.
« Quand se perd le jugement, je demande quand se perd-il, quand ? Si ce n’est maintenant que la justice vaut moins que la pisse des chiens ».
Il y a bien longtemps que León Felipe nous a quittés.
Mais son « maintenant » est toujours le nôtre. Et il se montre particulièrement vigoureux par les temps qui courent, comme nous le constatons tous les jours…
*
Tout de même, pour terminer, entre bien d’autres nouvelles aberrantes, une petite réflexion, sur la justice, la caricature de liberté que constitue le « libertarianisme », etc., et cette belle leçon qui nous est donnée par l’homme le plus riche de ce monde, soutenu par quelques-unes des plus grosses fortunes de ce monde :
Lancée en janvier 2011, la plateforme Silk Road (« route de la soie » [fondée par Ross Ulbricht] ) permet à ses utilisateurs d’acheter et de vendre du cannabis, de la cocaïne, de l’héroïne ou de fausses pièces d’identité. Le tout dans un parfait anonymat grâce au paiement en bitcoins. Le site est hébergé sur le darknet, la face cachée du Web. Sur cet « eBay de la drogue », 200 millions de dollars (191,5 millions d’euros) de drogues sont vendus, avant la fermeture par le FBI, en octobre 2013.
(…)
À son procès, Ross Ulbricht se présente comme un défenseur numérique des droits civiques, déclarant avoir voulu « donner aux gens les moyens de faire des choix dans leur vie et de bénéficier de la vie privée et de l’anonymat ». Mais son argumentaire ne convainc pas les juges. En 2015, à peine trentenaire, Ross Ulbricht est condamné à la prison à perpétuité pour trafic de stupéfiants et opérations commerciales illégales.
Depuis, des groupes libertariens demandaient sa libération, estimant que sa condamnation était une atteinte au principe du libre marché et de la libre entreprise. Pour obtenir leur soutien, Donald Trump avait promis lors de sa campagne de gracier Ross Ulbricht « dès le premier jour » de son mandat. C’est chose faite.
Effectivement, “Ahora la justicia vale menos que el orín de los perros”.
Il y aura donc encore bien du travail en 2025 pour celles et ceux qui s’attachent à mener le combat sur « le front dérisoire de l’Esprit ».
Meilleurs vœux !
(Le portrait est celui de León Felipe).