« Mais papa, l’Empereur est nu ! ». (Hans Christian Andersen, « Les habits neufs de l’Empereur »). In memoriam Alexei Navalny.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Habits_neufs_de_l%27empereur

David Owen, médecin et ancien ministre britannique nomme « syndrome d’Hubris » la transformation pathologique de la personnalité opérée par la pratique du pouvoir.

Selon Owen, pour être atteint du syndrome d’hubris, il faut présenter au moins 3 des critères parmi les 14 suivants. Certains sont uniques (*), d’autres recoupent les critères de personnalité narcissique (PN) , antisociale (PA) ou histrionique (PH) :

Les critères du syndrome d’hubris

– propension narcissique à voir le monde comme une arène où exercer son pouvoir et chercher la gloire (PN)

– prédisposition à engager des actions susceptibles de présenter l’individu sous un jour favorable c’est-à-dire pour embellir son image (PN)

– attrait démesuré pour l’image et l’apparence (PN)

– façon messianique d’évoquer les affaires courantes et tendance à l’exaltation (PN)

– identification avec la nation ou l’organisation, au point que l’individu pense que son point de vue et ses intérêts sont identiques à ceux de la nation ou de l’organisation (*)

– tendance à parler de soi à la troisième personne ou à utiliser le “nous” royal (*)

– confiance excessive en son propre jugement et mépris pour les critiques et les conseils d’autrui (PN)

– impression d’omnipotence sur ce que l’individu est personnellement capable d’accomplir (PN)

– croyance qu’au lieu d’être responsable devant ses collègues, le seul tribunal auquel devra répondre sera celui de l’histoire (PN)

– croyance inébranlable que le jugement de ce tribunal lui sera favorable (*)

– perte de contact avec la réalité, souvent associé à un isolement progressif (PA)

– agitation, imprudence et impulsivité (*)

– tendance à accorder de l’importance à leur “vision”, à leur choix, ce qui leur évite de prendre en considération les aspects pratiques ou évaluer les coûts et les conséquences (*) – incompétence “hubristique”, lorsque les choses tournent mal parce qu’une confiance en soi excessive a conduit le leader à négliger les rouages habituels de la politique et du droit (PH

Franchement, cela ne vous rappelle pas quelqu’un ? Ou pour mieux dire, quelques-uns ?

Le « syndrome d’hubris » n’est-il pas l’apanage de quelques Trump, Poutine, Netanyahou, Musk, Milei, Bolsonaro et bien d’autres ?

« Il faut tenir compte de la mentalité très particulière de ces malades qui nous gouvernent et qui refusent d’une part, de considérer leur état de santé comme incompatible avec la direction d’un pays ou d’une armée, et d’autre part, d’admettre que les conséquences de leur maladie peuvent être graves pour leurs concitoyens.
On peut parfaitement imaginer une commission médicale dont les membres seraient désignés par le Conseil constitutionnel. Elle examinerait le président de la République chaque année et pourrait constater le début d’une maladie grave. Elle garderait le secret quelques mois et déciderait, à un moment donné, d’alerter le Conseil constitutionnel qui apprécierait et prendrait une décision ».

Disait le Professeur Jean Bernard [1907-2006] de l’Académie française, de l’Académie des sciences, de l’Académie de médecine, président du Comité national consultatif d’éthique. (Cité par pierre Accoce et Pierre Rentchnick, dans : « Ces malades qui nous gouvernent », Paris, Stock 1996).

Jean Bernard se plaçait bien sûr dans le contexte des institutions de l’État français.

Mais tout comme il existe, malgré ses limites, une Cour Pénale Internationale, il serait grand temps que quelque institution internationale, quelque « Conseil sanitaire » ou « Conseil de Sécurité » consultatif réunissant des experts médicaux reconnus, ait le simple bon sens de déclarer officiellement que ce genre de pathologie est incompatible avec la direction des nations, et en particulier avec le gouvernement de la nation la plus puissante du monde. Après tout, une affection de ce genre ne serait-elle pas légitimement jugée incompatible avec une activité professionnelle ou familiale, et nécessitant une thérapie appropriée ?

Certes, dénoncer un tel état de fait ne changera pas l’ordre des choses. Le mal est bien trop enraciné pour cela. Et l’inefficacité du « Conseil de Sécurité » des Nations Unies nous montre les limites de ce genre d’exercice.

Mais Camus disait que « mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde ».

Il en va ainsi du fait de croire ou de laisser croire que certains personnages ou actes relèvent du politique, alors qu’ils relèvent en fait de la pathologie ; que certains dirigeants qui en imposent et occupent l’espace médiatique seraient des hommes dignes d’admiration ou de respect, alors qu’il s’agit tout simplement de dangereux névropathes, narcissiques, immoraux et violents.

Vladimir Poutine, entre autres mafieux notoire et criminel de guerre triomphalement réélu à intervalle régulier, faisant l’objet de mandats d’arrêt de la Cour Pénale Internationale est un parfait exemple du « syndrome d’hubris ». Il n’est que trop manifeste que Donald Trump, reconnu coupable de 34 chefs d’accusation, inculpé à quatre reprises au pénal, repris de justice raciste, xénophobe, prédateur sexuel, misogyne et homophobe relève de ce même syndrome.

Et ce qui est effrayant, c’est le pouvoir démesuré que notre monde moderne met désormais à la disposition de tels malades.

Comme l’écrit le philosophe Olivier Rey (cité par B. Chaouat), la « figure la plus terrifiante et la plus repoussante de notre temps, c’est la conjonction de l’immaturité psychique la plus complète avec les moyens d’action les plus sophistiqués ». (Une folle solitude. Le fantasme de l’homme autoconstruit, Seuil, 2006).

Mais la folie ne peut être une excuse.

Si les aberrations auxquelles nous assistons peuvent effectivement s’enraciner dans des pathologies psychiques relevant du « fantasme de toute puissance » infantile, cela n’annihile pas pour autant leurs caractères de délits et de crimes et donc la responsabilité éthique et juridique de ceux qui les commettent.

Car c’est bien ainsi qu’il convient de qualifier par exemple le fait pour un dirigeant politique de premier plan de s’acoquiner avec des mafieux et des criminels de guerre notoires, responsables de guerres d’agression, alors même qu’on dénigre à coup de mensonges les victimes et les résistants qui osent courageusement s’y opposer ; ainsi en va-t-il aussi de l’outrecuidance d’invoquer ses propres intérêts pour justifier le délit de non- assistance à personne et à peuple en danger.

Demeurons toutefois conscients de l’avertissement tellement actuel de Pascal de Sutter (psychologue belge, auteur de « Ces fous qui nous gouvernent« , Les Arènes, 2007) :

“Le plus cocasse, c’est que si les fous sont au pouvoir, c’est parce que nous les y avons mis justement parce qu’ils sont fous”. Parce que les électeurs cherchent des leaders séducteurs, menteurs, ou manipulateurs. Nous recherchons à travers ces défauts, des hommes politiques qui nous ressemblent ou nous rassurent sur nous-mêmes. C’est peut-être cela le secret du populisme.

Qui donc osera dire que l’Empereur est fou ?

Effectivement, ce monde manque cruellement de Navalnys…

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