Avec celle de Netanyahou, l’écrasante responsabilité du Hamas dans la catastrophe palestinienne.

J’apprécie particulièrement la lucidité des analyses de Jean-Pierre Filiu, que j’ai souvent citées sur ce blog.

Mais je pense que le titre de sa dernière chronique « L’écrasante responsabilité du Hamas dans la catastrophe palestinienne » aurait mérité plus de nuances, du moins de précisions. C’est pourquoi je me suis permis de le corriger par le titre que j’ai donné à ce post.

Non pour contester le contenu de l’article de Jean-Pierre Filiu, une fois de plus parfaitement informé, lorsqu’il nous dit que la stratégie des islamistes est de « préserver le Hamas plutôt que Gaza » :

« Le Hamas inflige à Israël, le 7 octobre 2023, la journée la plus sanglante de son histoire. Les islamistes espèrent par ces massacres supplanter l’OLP pacifiste au sein du nationalisme palestinien. Ils sont conscients que les représailles israéliennes seront terribles et ils s’y sont préparés en protégeant leur appareil, mais sans égard pour la population laissée sans défense.

C’est pourquoi l’offensive israélienne vire très rapidement à la destruction de Gaza plutôt que du Hamas, qui profite même de la liquidation dans la société palestinienne des contre-pouvoirs universitaires, culturels et associatifs à la mainmise islamiste ».

Et lorsqu’il oppose l’attitude des dirigeants du Hamas à celle de Yasser Arafat en 1982 :

 « Lorsque les troupes israéliennes assiégeaient l’OLP dans Beyrouth, au cours de l’été 1982, son chef, Yasser Arafat, avait accepté d’être évacué avec des milliers de combattants pour abréger les souffrances des civils. En revanche, le Hamas, près de deux ans après avoir déclenché le conflit en cours, continue de faire passer ses intérêts de parti avant ceux d’une population aux abois. Nul doute que le verdict de l’histoire sera sans appel contre les islamistes palestiniens. Pour l’heure, cependant, ce sont les femmes, les hommes et les enfants de Gaza qui meurent ».

Il suffit de rappeler le courage et la lucidité – il y a dix ans déjà ! – d’Asmaa Alghoul dans son livre « L’insoumise de Gaza » (avec Sélim Nassib, Calmann-Lévy, Paris 2015, p. 228) lorsqu’elle s’interroge, en des termes qui n’ont rien perdu de leur actualité :

« Mais qui a gagné quoi dans cette guerre, et qui a perdu ? Le Hamas a lancé un caillou contre Israël et celui-ci a brûlé Gaza – voilà l’histoire ! Qu’ont gagné les Israéliens ? Leur folie leur a fait perdre l’opinion mondiale pour longtemps – même s’ils s’en fichent et considèrent que les États-Unis sont le seul et unique soutien dont ils ont besoin.

De l’autre côté, le Hamas n’a rien obtenu sur le terrain : à l’arrivée, Gaza était en ruine et le blocus plus hermétique que jamais. Mais peut-être l’objectif était-il autre : les combattants avaient pris les armes, fait la guerre, résisté et cela leur suffisait. Mission accomplie ! Certain étaient tombés, d’autres pas, et ces derniers avaient des histoires à raconter, des souvenirs de lutte et de bravoure. C’était leur choix, mais certainement pas celui des Civils morts sous les bombes ! (…) Nous sommes tous en train de regarder le spectacle du Hamas qui perd la partie, en dépit de toute son obstination. C’est peut-être triste pour lui, mais on ne peut s’empêcher d’éprouver de la joie devant la chute d’une dictature ».

Il est évidemment nécessaire de faire connaître de telles vérités.

Mais n’était-ce pas vous, M. Filiu, qui aviez rappelé la réaction de Moshe Dayan aux funérailles de Roï Rothberg, assassiné en 1956 par des Palestiniens infiltrés de Gaza :

« Aujourd’hui ne maudissons pas ses assassins. Que savons-nous de leur haine sauvage envers nous ? Ils vivent depuis huit ans [en 1956, désormais 77 ans, donc…] à Gaza dans des camps de réfugiés, tandis que nous nous emparons sous leurs yeux des terres et de leurs villages où ils vécurent et où vécurent leurs ancêtres. Ce n’est pas aux Arabes de Gaza qu’il faut demander le prix du sang, mais à nous-mêmes. » Le chef d’état-major adjurait alors ses compatriotes de ne jamais oublier que, « au-delà du sillon qui marque la frontière, s’étend un océan de haine avec un désir de revanche ».

Depuis le livre d’Asmaa Alghoul il y a dix ans – comme depuis vingt, trente, quarante, cinquante ou quatre-vingts ans – les données ne changent pas, même si l’ampleur des destructions et le scandale actuel de l’état de famine pousse la situation à son paroxysme.

Il est assurément indispensable de réagir contre celles et ceux qui, sous prétexte de résistance n’hésitent pas à faire l’apologie d’une dictature odieuse en particulier contre les femmes ; tout comme par ailleurs ils se plaisent à fustiger, d’une même voix avec Poutine, une prétendue illégitimité de Zélensky.

Incontestablement les dictateurs du Hamas à Gaza ont une part considérable de responsabilité dans la situation actuelle. Mais, pour ne pas prêter à équivoque, il faudrait aussi mentionner dans un même temps – comme vous l’avez fait bien des fois, certes – la part écrasante de M. Netanyahou et de l’extrême droite israélienne dans le drame actuel, le refus systématique de la solution à deux Etats, le délire récurrent du « Grand Israël » dans la plupart des politiques passées, ainsi que la complicité tacite d’une majorité de citoyens israéliens.

Car rares hélas sont ceux qui ont la carrure politique et la lucidité d’un Rabin et d’un Arafat…

Mais laissons un dernier mot d’espérance à Asmaa Alghoul :

« Israël, pas plus que le Hamas, n’a été capable de voler la vie des Gazaouis. Nous sommes le peuple qui subit les coups les plus durs et qui cicatrise le plus rapidement. Nous sommes parfois blessés jusqu’à l’os – mais nous nous retrouvons debout le lendemain à penser aux sorties, au maquillage, à l’amour… Les conservateurs nous critiquent sévèrement pour cela. Ils ne comprennent pas que c’est la réaction vitale de ceux qui ont regardé la mort dans les yeux. Nous voulons vivre la vie comme nous avons vécu la mort : à l’extrême. Ce sont les gens ordinaires qui ont gagné la guerre. Gaza a toujours été rebelle. Depuis Samson. Personne n’a pu la gouverner plus de vingt ans. C’est une ville folle, têtue, addictive. Je suis sa fille et je crois que je lui ressemble » (op. cit. p. 229).

Puisse l’avenir donner enfin raison à l’insoumise de Gaza, et à Gaza l’insoumise !

*

Ajout du 01/09 :

Plus de 150 médias d’une cinquantaine de pays participent lundi 1er septembre à une opération pour dénoncer le nombre de journalistes tués à Gaza, à l’appel de Reporters Sans Frontières (RSF) et de l’ONG Avaaz.

https://rsf.org/fr

En accès libre :

https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/01/que-veut-cacher-israel-en-imposant-le-huis-clos-a-gaza_6638009_3232.html

Ajout du 14/09 :

Un complément salutaire de Jean-Pierre Filiu à sa chronique précédente :

https://www.lemonde.fr/un-si-proche-orient/article/2025/09/14/la-guerre-israelo-americaine-contre-gaza_6641121_6116995.html?random=249612537

Ajout du 16/09 :

Sans commentaire :

https://www.lemonde.fr/international/article/2025/09/16/selon-une-commission-d-enquete-du-conseil-des-droits-de-l-homme-de-l-onu-israel-commet-un-genocide-dans-la-bande-de-gaza_6641360_3210.html

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