[La Reine Rouge est un personnage créé par Lewis Carroll, auteur d’Alice au Pays des merveilles, dans De l’autre côté du miroir. Elle illustre, pour Philippe Bihouix, l’absurde course à l’abîme à laquelle se livre « le vaisseau fou » de notre civilisation technologique. « Ici, vois-tu, on est obligé de courir tant qu’on peut pour rester au même endroit » ].
Les détenteurs du pouvoir économique et symbolique poursuivent leurs rêves puérils, nos chercheurs et nos ingénieurs courent la prétentaine technologique, inventant des choses qui ne servent a priori à rien, mais auxquelles on trouvera bien un usage prochain en créant la demande. Hélas, l’abondance et le bonheur sont toujours pour demain (et même après-demain), tandis que c’est bien dès aujourd’hui qu’il faut subir les conséquences sociales et environnementales de la course de la Reine rouge.
Quel autre choix s’offre à nous ? Celui d’une trajectoire à reprendre en main. Cela ne sera pas simple, bien sûr. Elle n’est ni écrite, ni garantie ; mais elle pourrait offrir bien des avantages, bien des fiertés, bien des plaisirs plus concrets, plus accessibles, plus réalistes, plus véridiques, plus humains que le bonheur futuriste de la conquête de Mars de Musk, du métavers de Zuckerberg ou de la conscience artificielle d’Altman : le renforcement du lien social contre le délitement individualiste, la résilience locale au lieu de la dépendance à des chaînes de valeur mondiales exposées au chaos géopolitique, l’augmentation de l’autonomie plutôt que le combat pour les ressources et, qui sait, le temps retrouvé hors de l’emprise numérique…
(Philippe Bihouix, L’insoutenable abondance. Faut-il croire les prophètes du progrès ? Avec des illustrations de Vincent Perriot. Tracts Gallimard n°68, Paris 2025).
C’est bien cela que je nous souhaite, « une trajectoire à reprendre en main » pour une année 2026 fructueuse : « bien des plaisirs plus concrets, plus accessibles, plus réalistes, plus véridiques, plus humains« , loin de cette désespérante course à l’absurde que nous imposent les « rêves puérils« , dangereux et hélas souvent criminels, des « détenteurs du pouvoir » politique, militaire, économique, symbolique…
Changer de rêves.
Cheminer dans la simplicité et la clarté vers un monde plus chaleureux, plus fraternel et plus humain.
Rien que cela.
Tout cela…