Où l’on apprend comment le bon pape François prêche aux petits lapins dans le jardin enchanté de Double Injonction.

On s’en doute : Stultitia a été ravie d’apprendre que le pape François, prenant exemple sur son saint patron,

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/84/Giotto_-_Legend_of_St_Francis_-_-15-_-_Sermon_to_the_Birds.jpg/350px-Giotto_-_Legend_of_St_Francis_-_-15-_-_Sermon_to_the_Birds.jpg

 

 

 

 

 

s’était mis à prêcher aux petits lapins:

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/01/20/pour-le-pape-les-catholiques-ne-doivent-pas-se-reproduire-comme-des-lapins_4559364_3214.html

 

Las ! Elle ne fut pas longue à se rendre compte que la prédication avait eu lieu dans le fameux jardin enchanté de Double Injonction, où les papes affectionnent de se promener lorsqu’ils cherchent l’inspiration.
[la double injonction, appelée aussi selon les linguistes « double contrainte » (l’anglais double bind rend bien l’idée d’être deux fois ligoté), ou encore « injonction paradoxale », peut être définie comme étant :

« une paire d’injonctions paradoxales consistant en ordres explicites ou implicites intimés à quelqu’un qui ne peut en satisfaire un sans violer l’autre ».
https://harcelementmoral.wordpress.com/2013/02/06/double-contrainte-et-injonction-paradoxale/ ]

Car une chose est de dénoncer les pratiques des petits lapins, autre chose est de leur donner les moyens d’y échapper.

Or, on sait que la situation des Philippines est particulièrement critique sur ce point.

[d’un de mes posts précédents, recension d’un livre d’A. Weisman :
http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/03/27/politique-demagogie-demographie-une-petite-recension-dalan-weisman-compte-a-rebours-jusquou-pourrons-nous-etre-trop-nombreux-sur-terre/ ]

« Quand la république des Philippines accéda à l’indépendance en 1946, elle comptait déjà 18 millions de citoyens. Et aujourd’hui les Philippins sont près de 100 millions: alors que la population mondiale a quadruplé en un siècle, celle de ce pays a quintuplé en moitié moins de temps.
L’une des principales raisons de cette évolution démographique, c’est que les Philippines modernes –(…) est le pays le plus catho¬lique d’Asie et, disent certains, le dernier bastion de l’empire théocratique du Vatican » (p. 187).
« Quelque 750 000 avortements illégaux [sont] pratiqués aux Philippines chaque année. La majorité consiste soit à introduire des cathéters à la propreté douteuse dans l’utérus, soit à provoquer des contractions avec des potions à base de plantes comme la pamparegla, des extraits de makabuhay, une plante grimpante aussi utilisée comme pesticide, ou des surdoses de médicaments contre les ulcères. Autre solution, les femmes trouvent une hilot ( une masseuse et chiropra¬ticienne, en philippin) qui repère au toucher la masse étrangère présente dans l’abdomen -et l’écrase entre ses mains. Pendant cette opération, qui doit durer jusqu’à ce que les saignements commencent, les femmes mordent une couverture pour contenir leurs hurlements » (p.192).
Quelques responsabilités (ou faudrait-il dire irresponsabilités ?) sont d’ailleurs au passage clairement désignées :
« En 1966, à une majorité de soixante-neuf votes contre dix, les membres religieux et laïques de la Commission pontificale sur la population et la régulation des naissances se prononcèrent pour que l’Église autorise la contraception. Cinq des membres minori¬taires soumirent une opinion divergente fondée sur les écrits d’un archevêque polonais, Karol Wojtyla, qui deviendrait lui-même pape douze ans plus tard [Et qui sera donc bientôt canonisé]. Annuler l’interdit sur la contraception, affirma en substance ce groupe, équivaudrait à saper l’infaillibilité pontificale. Les deux jugements ayant filtré dans la presse avant que le pape et son entourage aient pu réagir, Paul VI, très en colère, répondit par une encyclique, Humanae Vitae, qui se ralliait à l’opinion de la minorité ».
(voir aussi la dénonciation du lobbying actif du Vatican pour que la question de la surpopulation ne soit pas abordée au Sommet de la Terre de Rio en 1992 – p. 393 -, ainsi que la lutte permanente des évêques philippins contre la contraception – p. 209 -, etc.).
[Sur le fait que, 50 ans après Humanae Vitae, l’Église catholique maintienne cette position, cf. la fin de mon post « Des papes, de la pédophilie… » dans les « archives » de janvier, en particulier la citation de G. Canguilhem.]

La double injonction conseille donc une certaine régulation des naissances, tout en interdisant soigneusement les moyens de la mettre en œuvre de façon efficace. Le petit lapin se retrouve donc coincé, et, qui plus est, culpabilisé, alors même que ceux qui la lui imposent ne sont aucunement en situation de s’y soumettre.

A moins que :

« La double contrainte étant une situation insoluble directement, sa résolution passe par un changement de niveau ou d’échelle. Par exemple communiquer l’absurde de la situation peut être une façon de dépasser cette situation » (Wikipédia).

« Communiquer l’absurde de la situation, voilà la solution », renchérit judicieusement Stultitia.

D’autant plus que l’écologisme radical en ce qui concerne les méthodes contraceptives n’est pas spécialement en cohérence avec le reste d’un enseignement dont on n’a jamais entendu dire qu’il fulminait des encycliques condamnant le Médiator, le Distilbène ou autres statines, substances autrement plus dangereuses pour la santé humaine que la pilule anticonceptionnelle.
Car dans le jardin enchanté de Double Injonction, le « respect de la nature » est donc, là encore, à géométrie variable.

P1040705 (Copier)

Image1 : Lucy : « Je trouve que j’ai un charmant sourire ».
Image 2 : « Schroeder, tu ne m’as jamais dit que j’avais un charmant sourire… Tu crois que j’ai un charmant sourire ? ».
Image 3 : Schroeder : « Oh, oui, tu as le plus charmant sourire qui soit depuis que le monde est monde… »
Image4 : Lucy : « Même quand il le dit, il ne le dit pas vraiment ».

(Traduction : P. Watzlawick, J. Helmick Beavin, Don D. Jackson, Une logique de la communication, Seuil 1972, p. 99).

Et voilà bien le problème : au jardin de Double Injonction, dans le si beau domaine de Communication, « Même quand on le dit, on ne le dit pas vraiment ».

« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré » disait, paraît-il, Einstein….

 

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