D’une mutation fréquente qui transforme en droit la raison du plus fort. Ainsi que d’un gène de l’imbécillité qui affecte le corse, le catalan et autres basques ou bretons. Et de la façon merveilleuse dont le français y échappe. Méditations darwiniennes.

La persévérance des politicien.ne.s français.es à refuser aux corses le qualificatif de « peuple » et toute reconnaissance officielle de leur langue, constitue un nouvel exemple de ce Wiederholungzwang – pulsion névrotique de répétition – que j’ai évoqué bien des fois ces derniers temps.

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2017/09/21/catalogne-sauver-lhonneur-de-lespagne-et-de-leurope/

On peut certes reconnaître, de façon plutôt accommodante et diplomatique, avec G. Simeoni, « un climat d’ouverture, constructif », et que « le corse est enseigné, reconnu comme langue régionale » (J. Gourault)- c’est bien la moindre des choses, même si cela ne doit pas dissimuler bien des difficultés – sur le fond, les lignes semblent loin de bouger de façon significative.

Interrogée sur la reconnaissance de la langue corse, la ministre a réaffirmé l’opposition de l’exécutif à la co-officialité avec le français, revendiquée par les élus nationalistes. « Il n’y a qu’un peuple, c’est le peuple français et il n’y a qu’une langue ».

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/01/11/97001-20180111FILWWW00174-gourault-ouverte-a-une-reference-a-la-corse-dans-la-constitution.php

Soit.

Mais si l’on se fie simplement à M. Larousse, qui définit ainsi un peuple :

« Ensemble de personnes vivant en société sur un même territoire et unies par des liens culturels, des institutions politiques » (…) ou encore : « Communauté de gens unis par leur origine, leur mode de vie, leur langue ou leur culture »,

on ne saisit pas très bien quelles pourraient être les raisons qui devraient refuser aux corses – ou aux catalans -ce qualificatif évident qu’on accorde sans problème aux français ou aux espagnols.

Ayant en commun une langue dont l’existence n’est pas moins légitime que celle de toute langue romane néolatine (qui, sous cet angle, peuvent toutes être considérées comme étant des « patois » du latin…), une culture qui depuis des siècles s’exprime dans cette langue, des institutions, des traditions originales, on ne voit pas ce qui autoriserait à leur refuser le fait de constituer un peuple. Au même titre que le peuple italien, grec, basque, kurde, kanak, tibétain ou d’autres encore.

On le sait, dans le cas des derniers cités, les vicissitudes historiques font que tout en répondant à la définition de « peuples », ils ne disposent pas pour autant d’États.

Que le désir de promouvoir leurs cultures soit rendu plus manifeste par d’autres évolutions historiques constitue une aspiration en soi légitime, dans le cadre d’un monde plus conscient que la richesse de l’humanité réside dans sa diversité.

Y compris lorsqu’elle s’estime en droit de se donner une représentation politique appropriée, comme nous l’ont démontré de nombreux peuples.

À l’évidence, de telles réticences de la part de l’État français s’expliquent  (tout comme en Espagne ou ailleurs) par le fait qu’admettre la notion de « peuple » pour désigner corses, catalans ou basques impliquerait l’épée de Damoclès du redoutable « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », que reconnaît de façon bien gênante la charte des Nations Unies de 1945 (article 1, alinéa 2).

Alors, puisque la notion de « peuple » présente le risque d’un droit à disposer de soi propre à épouvanter tout État-nation qui se respecte, mieux vaut l’utiliser avec parcimonie, ou plutôt l’éviter chaque fois qu’un rapport de force avantageux le permet. Mieux encore, le réserver à son usage personnel.

Pour contourner le dangereux « droit des peuples », ignorons donc les peuples quand on peut le faire ! Les peuples autres que le nôtre, cela va de soi.

De même, pour éviter les si dangereux « droits humains », on peut tout bêtement ignorer les humains. Autres que nous, bien sûr.

Comme on le sait, il s’agit là d’une pratique bien établie.

Mais s’il est de bon ton entre gens civilisés de blâmer vertueusement les habitués de cette deuxième attitude, on promeut allègrement la première, qui relève pourtant de la même logique.

Car en plus du Wiederholungzwang, il faut bien constater qu’on se trouve en pleine schizophrénie.

Mais il en faut plus pour troubler notre malade, du moment que son intérêt s’y retrouve, ainsi que la préservation de son pouvoir.

« PÈRE UBU: Ah ! saleté ! le mauvais droit ne vaut-il pas le bon? Ah ! tu m’injuries, Mère Ubu, je vais te mettre en morceaux » (Ubu Roi).

« Alfred Jarry ne resterait-il pas le meilleur analyste du monde politique, et Ubu l’expression indépassable de nombre de ses réussites ? » s’interroge Stultitia.

En fait, disons le franchement, sans plus tergiverser : il n’y a qu’un seul « droit des peuples », le droit des peuples les plus forts.

« Il n’y a qu’un peuple, c’est le peuple français  et il n’y a qu’une langue [la langue française] », est en fait une autre façon de dire, comme le génial La Fontaine le montrait, que « La raison du plus fort est toujours la meilleure ».

La notion de « peuple », qui avait originairement pour but, dans l’expression « droit des peuples », de défendre le faible face au fort (et qui a effectivement joué ce rôle lors des décolonisations) est désormais devenue la propriété exclusive du fort, qui en dénie tout usage au plus faible.

Ainsi, la merveilleuse et fragile invention humaine du droit se trouve, comme trop souvent, phagocytée par son éternelle adversaire, la force, qu’elle a pourtant pour but de maîtriser. Étrange mutation !

Et bien rares sont ceux qui ne se laissent pas prendre à cette ingénieuse mystification !

Que l’on soit français, espagnol, turc ou chinois, le peuple le plus fort sera toujours meilleur et plus peuple que le corse, le catalan, le kurde ou le tibétain.

De même, la langue la plus forte est toujours la meilleure. Face au français, le corse n’a donc, officiellement du moins, pas de langue.

Et voilà pourquoi votre fille est muette !

 

C’est une telle conception qui caractérise entre autre l’inébranlable opiniâtreté des politiques français, toutes tendances confondues, à refuser des déclarations aussi anodines que la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires,

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2015/08/15/rien-de-nouveau-sous-frere-soleil-a-propos-des-langues-regionales-et-de-la-demographie-pontificale/

tout comme la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail relative aux peuples indigènes et tribaux de l’Organisation internationale du travail, « seul instrument juridique international contraignant (…) qui reconnaît notamment leurs droits collectifs à la terre et leur droit à l’autodétermination » (Wikipedia).

Et il me semble pour le moins préoccupant que Jacqueline Gourault, la « Mme Corse » du gouvernement, en dépit de quelques gestes « d’ouverture » plutôt limités, commence sa mission en manifestant bien des symptômes de ce genre de pathologie.

Il a fallu bien du temps – et des morts – avant que l’intelligence de MM Rocard et Pisani nous libère de la névrose de répétition et reconnaisse l’existence du peuple kanak et de sa langue.

L’expérience ne devrait-elle pas permettre d’éviter de telles pertes de temps et de tels risques de violence ?

Commencer par reconnaître officiellement l’existence évidente d’un peuple et d’une langue devrait être une étape préliminaire sur un chemin de pacification.

Mais, on le sait hélas, le Wiederholungzwang caractérise mieux le Père Ubu que le fait de tirer des leçons de ses erreurs…

 

En fait, une telle réduction de l’usage des termes « peuple » et « langue » aux besoins des plus forts n’est jamais qu’une façon de donner une justification en apparence politique et juridique à un vieil habitus raciste et nationaliste toujours bien vivant, qu’on voit se manifester de façon plus sauvage et moins édulcorée dans bien des réactions et commentaires.

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2017/10/06/dune-etrange-desinhibition-du-nationalisme-et-de-ses-consequences-pour-lavenir-de-leurope-et-du-monde/

Et ses formulations les plus récentes ne sont jamais que l’expression d’une longue « tradition » qui concilie affirmations « savantes » et populaires en ce qui concerne les peuples minorisés.

Car « la race des chauvins, des porteurs de cocardes, les imbéciles heureux qui sont nés quelque part » (G. Brassens) – en France bien entendu !- méprise tranquillement du haut de sa morgue hautaine les divers ploucs qui ne semblent pas posséder le précieux gène de la francitude.

Et ce sont bien eux qui se voient humiliés et taxés d’imbécillité congénitale.

 

Illustrons cela par un rapide tour d’horizon politico-littéraire.

[Quand elles ne sont pas précisées, les citations viennent du petit livre de J.P. Pujol : Sottisier à propos des minorités ethniques, Lacour, Nîmes 2004]

Dans une intervention au parlement (Journal Officiel du 28 juillet 1885), Jules Ferry déclare : « Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures (…) Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures » (op.cit. p. 36).

Il est bien entendu inutile de préciser dans quelle catégorie se classe le français et sa langue :

Car « le peuple français semble avoir devancé de deux mille ans le reste de l’espèce humaine ; on serait tenté de le regarder au milieu d’elle comme une espèce différente ». Maximilien de Robespierre au nom du Comité de Salut Public, 18 floréal (7 mai) an II (1794) (op.cit. p.21).

Ce privilège génétique dont la nature a généreusement gratifié le peuple français se manifeste en premier lieu dans sa langue et sa culture:

« Le français, par un privilège unique, est seul resté fidèle à l’ordre direct (…) la syntaxe française est incorruptible. C’est de là que résulte cette admirable clarté, base éternelle de notre langue. Ce qui n’est pas clair n’est pas français » A. Rivarol, Discours sur l’universalité de la langue français, 1784 (op.cit. p.16).

Et à propos de l’occitan : « Ces jargons sont jolis et riches, mais n’étant point anoblis, ils dégradent tout ce qu’ils touchent » (id. ibid).

Car la supériorité naturelle du peuple français et de sa langue relègue bien sûr à un rang inférieur des communautés qui ne peuvent plus décemment revendiquer le qualificatif de « peuples », et des parlers obscurs qui ne peuvent plus être définis que comme « idiomes grossiers », jargons ou patois.

Déclaration d’Henri Grégoire devant le comité de l’instruction publique, 8 vendémiaire (29 septembre) an II (1793) : « Il est plus important qu’on ne le pense en politique d’extirper cette diversité d’idiomes grossiers qui prolongent l’enfance de la raison et la vieillesse des préjugés » (op.cit. p.18).

« Le devoir de civiliser les races inférieures », droit de colonisation prôné par J. Ferry s’étendra bien sûr à ces « restes de barbarie des siècles passés » (Conventionnel Lanthemas, 27 frimaire -17 décembre- an II, -1792- op. cit. p. 17) que sont les groupes humains non francophones résidant sur le territoire de la nation.

Car aux dires de Jules Michelet, « la Bretagne est une colonie comme l’Alsace et les Basques, plus que la Guadeloupe » (op.cit p. P 26).

Ce que confirme Auguste Romieu, sous-préfet de Quimperlé en 1831 : « La Basse-Bretagne est une contrée à part et qui n’est plus la France. Elle devrait être soumise à une sorte de régime colonial » (op.cit. p. 26).

Un tel devoir de colonisation et de civilisation passera bien sûr par l’imposition de « l’admirable clarté » de la langue française. Car il serait bien sûr de la plus haute immoralité, pour qui le possède, de garder un tel trésor par devers soi.

D’où, à la même date, cet extrait de lettres des préfets des Côtes-du-Nord et du Finistère à Monsieur de Montalivet, ministre de l’Instruction Publique : « Il faut absolument détruire le langage Breton » (id. ibid).

[Remarque: Qui donc veut absolument nous faire croire que la situation des peuples minorisés n’est pas comparable à celle des peuples colonisés, alors que ce sont les autorités françaises elles-mêmes qui ont œuvré d’arrache-pied pour établir cette identité ?

Il est instructif de le rappeler de temps en temps…]

Propos d’un sous-préfet du Finistère aux instituteurs en 1845 : « Surtout rappelez-vous, Messieurs, que vous n’êtes établis que pour tuer la langue bretonne » (op.cit. p. 30).

En 1846, le règlement du Comité de Saint-Palais interdit « de proférer aucune parole grossière comme aussi de parler basque – même pendant la récréation » (op. cit. p 31).

Et nos grands auteurs français ne sont pas de reste : Ce barbare proche de l’animalité qu’est le paysan breton mange comme un porc : il va « retrouver sa galette de sarrasin et sa jatte de bouillie de maïs cuite depuis huit jours dont il se nourrit toute l’année, à côté des porcs qui rôdent sous la table et de la vache qui rumine là sur son fumier, dans un coin de la même pièce » (G. Flaubert, Voyage en Bretagne, ed. Complexe 1989, p.197-198 ; dans op.cit. p. 31).

Un tel dégénéré n’a de rival que le corse, bien sûr : « Crasse et vanité. Ça mange dans de la vaisselle plate à leurs armes, des châtaignes dont les porcs ne voudraient pas » (A. Daudet, L’immortel, 1888. Op. cit, p37).

Ce régime étant bien sûr dicté par la légendaire paresse du corse : « Le châtaignier ne demande aucune culture (…) Les luisantes châtaignes pleuvent des branches hautes et, couché dans l’ombre, le Corse indolent regarde tomber les fruits » (Jean Lorrain, 1912. Op. cit. p. 45).

Et notre grand Céline, que d’aucuns portent au pinacle de la littérature française, de surenchérir : « Zone sud, zone peuplée de bâtards méditerranéens, de narbonoïdes dégénérés, de nervis, de félibres gâteux, parasites arabiques que la France aurait tout intérêt à passer par-dessus bord ; au-dessous de la Loire, rien que pourriture, fainéantise, infects métissages négrifiés » (Lettre du 15 juin 1942 à Henri Poulain, secrétaire de rédaction de Je suis partout. Op.cit. p. 48).

Avant que Charlie Hebdo ne porte l’estocade :

« Maintenant que le bulldozer jacobin a laminé et éradiqué les pagnolades et les bécassinades, on peut élever les trois douzaines de couillons qui parlent encore leur pataquès (pardon : langue) au rang de patrimoine national et leur apposer un label poulet fermier. Les langues régionales sont comme les quelques pierres du Moyen Âge épargnées par Bouygues : de la culture (con). Il a d’autant plus raison que des quantités de patois, pidgins, créoles, petits-nègres et verlans sont en train de polluer le français. Alors, après tout, autant favoriser le latin, l’étrusque et l’occitan ! »

En note de bas de page, Charlie Hebdo précise : « Les huit langues régionales parlées en France sont : l’occitan, le basque, le corse, le flamand, l’alsacien, le breton et le neu-neu » (n° du 8 octobre 1998. Op.cit. p. 59-60).

On s’en doute, on pourrait encore continuer longtemps de telles énumérations. Je vous renvoie plutôt au petit livre mentionné plus haut, dont sont issues la plupart de ces citations.

La politique de génocide culturel visant à détruire l’identité des peuples allogènes n’est pas une simple hypothèse historique mais une réalité avérée. Ceux qui feignent de l’ignorer et s’imaginent vivre dans le pays des droits de l’Homme et de la tradition démocratique, trouveront dans cette brochure un florilège de déclarations significatives en la matière, bien révélatrices d’une volonté d’asservissement souvent dissimulée sous le vernis humaniste. Dans la plupart des cas, les inepties retenues n’émanent pas d’individus troubles ou extrémistes. Non, souvent elles sont le fait de personnages pré­sentés sous un jour plutôt favorables dans les manuels scolaires ou dont les noms polluent parfois les plaques de rue de nos villes. Voltaire, en son temps, avait noté la bonne conscience dans le crime caractérisant le fanatisme. Beaucoup de citations, ici reproduites, constituent une synthèse presque parfaite entre l’instruction indiscutable des auteurs et leur chauvinisme stupide…

nous dit l’auteur (op.cit. quatrième de couverture).

Au vu de ces quelques extraits, il est bien difficile de lui donner tort.

 

Mais prolongeons un peu par un autre petit florilège, plus actuel celui-là mais tout aussi virulent, de quelques citations parmi les milliers du même genre qu’on peut lire sur les  forums du Monde.

Elles montrent qu’un tel état d’esprit est loin d’avoir disparu :

Après y avoir rencontré « Carles Pschittdemont », qui a plusieurs fois été qualifié de « nazi », ou de « futur Karadzic catalan » on y apprend que :

« Comme ça va toucher au porte-monnaie les petits enfants gâtés et égoïstes de l’indépendance catalane, ça va refroidir l’élan populaire aux 90% auto comptés et auto proclamés. Cette indépendance n’étant guidée par le fric – le leur – c’est par le fric – celui des espagnols – qu’elle rentrera à la maison. Comme le dit fort justement Martin Lamotte Super Résistant : « Forcément, dès qu’on parle pognon, y a pu personne ! »

Ou encore que : « Barcelone est une ville extrêmement sale et décadente. Les Catalans ont dans le sang ce résidu d’esprit anarcho-marxiste qui les rend rebelles à toute autorité autre que celle de leur nombril. Je ne comprends pas que les Castillans et les autres Espagnols ne leur accordent pas illico presto leur indépendance et ciao les Ramblas. »

« Dans le sang« . Il s’agit bien de génétique, comme nous l’avons vu.

À comparer avec les affirmations ci-dessus concernant la saleté congénitale des bretons et des corses. Rien de nouveau sous le soleil…

Ce qui justifie bien sûr le fait que « l’égoïsme catalan doit être maté », car « les va-t-en-guerre indépendantistes sont des démagos comme il en fleurit beaucoup ces derniers temps, flattant les égoïsmes et favorisant le mépris de l’Autre. Dégoutant ».

Rappelons que cette entreprise de « mater le catalan » représente aussi un grand classique, puisqu’en 1938, Manuel Azaña, président de la République espagnole résumait ainsi dans ses mémoires le rapport du gouvernement central avec la Catalogne: « La nécessité de bombarder Barcelone tous les 50 ans est une loi de l’Histoire espagnole. Le système de Philippe V était injuste et dur, mais solide et confortable. Il a tenu 2 siècles ».

Mais matée ou pas, « en fait la Catalogne, on s’en b…. ».

Car il s’agit bien en effet d’incorrigibles « nombrilistes qui prétendent être différents des autres communautés espagnoles », « d’enfants gâtés nombrilistes », « suicidaires, égoïstes et rétrogrades ».

Qualités qui, on le sait, n’épargnent pas les corses : « Micro micro microcosme et grand grand grandissimes tordus. Qu’ils restent sur leur rocher. Mais à rester entre soi, on risque la dégénérescence ».

« Ils voudront le bruccio et l’argent du bruccio ! »

« Entre Talamoni et Simeoni c’est quoi la différence, à part l’after-chèvre? »

Et ces expressions qui nous rappellent tellement la belle tradition de supériorité tranquille et satisfaite évoquée plus haut de « celui qui est né quelque part » et possède, lui, une langue véritable : « Macron a autre chose à faire que s’occuper du patois Corse et les dirigeants corses sont vraiment payés à ne rien faire », « de grands enfants… ».

« La co-officialité de la langue corse n’est pas acceptable. Vouloir forcer des tas de gamins, les enfants corses en tête, à faire le difficile apprentissage d’une langue ultra-confidentielle, comprise nulle part hors de la Corse et de certains coins perdus de Toscane, c’est aberrant ».

« On est tous d’accord à 3/4 exceptions près pour dire qu’ils nous font suer, ces assistés de Corses avec leur dialecte de génois et leurs fromages de m… Ils nous coûtent une blinde, qu’ils la prennent leur indépendance, mais qu’ils se cassent !! ».

« Mais au fait comment définissent-ils le « peuple corse » : par la géographie, la génétique, l’ascendance, le port du fusil ….? »

etc. etc. etc.

Toutes considérations qui rejoignent donc, dans le fond, au-delà de différences d’expression qui caractérisent l’approche juridique plus BCBG mais non moins catégorique de nos politiques, l’immémoriale fin de non-recevoir tenant généralement lieu de réflexion dès lors qu’on aborde la question des peuples minorisés :

« Il n’y a qu’un peuple, c’est le peuple français et il n’y a qu’une langue ».

Dont acte.

 

Ah ! Avant de se quitter, Stultitia ajoute encore deux petites perles pour la route :

Avril 1969 : Roger Vitton, ministre de l’information : « Pour être comprise par tout le monde, l’émission en langue bretonne sera désormais faite en français » (op.cit. p. 51*).

Et celle-ci, pour laquelle je nourris une affection toute particulière : Francisque Sarcey, écrivain à la mode à la fin du XIXème siècle, note dans le journal Le Temps : « Les paysans bretons sont tellement crédules qu’ils croient à une influence de la lune sur les marées » (op.cit. p. 39).

Sans blague ?

* Correctif: dans son magnifique petit livre: Comment peut-on être Breton ? Essai sur la démocratie française, Paris, Le Seuil, 1970, p. 17, Morvan Lebesque corrige J.P. Pujol en attribuant cette phrase historique au Ministre de l’Information de l’époque [Joël Le Theule ?] s’adressant au député de Lorient Roger Vitton qui l’interrogeait sur la culture régionale à l’ORTF.

 

Ajout du 04/02:

Triste confirmation du contenu de ce post, la tonalité de la quasi totalité des commentaires à cet article (comme à tout article sur la question corse):

http://abonnes.lemonde.fr/corse/article/2018/02/03/les-nationalistes-corses-appellent-a-manifester-pour-pousser-l-etat-a-negocier_5251418_1616678.html

Comme je le disais dans un post précédent à propos de la Catalogne:

 » L’incroyable et honteux déchaînement verbal auquel donne lieu la simple évocation d’une question qui devrait alimenter une réflexion approfondie et argumentée laisse présager que le virus malfaisant du nationalisme fauteur de violences et de guerres est encore solidement installé dans bien des esprits ».

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2017/10/06/dune-etrange-desinhibition-du-nationalisme-et-de-ses-consequences-pour-lavenir-de-leurope-et-du-monde/

 

Quelle différence avec l’intelligence et la modération de Gilles Simeoni, par exemple:

https://www.franceinter.fr/emissions/questions-politiques/questions-politiques-04-fevrier-2018

Y’a pas photo…

19 commentaires sur “D’une mutation fréquente qui transforme en droit la raison du plus fort. Ainsi que d’un gène de l’imbécillité qui affecte le corse, le catalan et autres basques ou bretons. Et de la façon merveilleuse dont le français y échappe. Méditations darwiniennes.

  1. Cher desiderius, juste à première lecture, me permettrez-vous de penser que vous semblez ici meilleur avocat ou procureur que philosophe ?

    Lorsqu’on sait (comme vous le savez pourtant) les souffrances et tragédies identitaires (religieuses, linguistiques ou racistes), les guerres que nous ont valu au cours des siècles les notions de nations, les polémiques entre peuples et parlers, on devrait savoir qu’il ne faut pas, juste pour le plaisir narcissique d’être soi ou de faire carrière, remettre en jeu de tels enjeux identitaires sans savoir ni accepter le prix qu’on (et surtout autrui) pourrait avoir à en payer.

    Au plaisir d’un prochain approfondissement sur ces questions et inquisitions 🙂

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  2. Cher Claustaire,

    Peut-être faudrait-il une « deuxième lecture » ? 😉
    Car lorsqu’on se penche sur « les souffrances et tragédies identitaires (religieuses, linguistiques ou racistes), les guerres que nous ont valu au cours des siècles les notions de nations, les polémiques entre peuples et parlers« , ont se rend rapidement compte que tout ceci est dû dans l’immense majorité des cas à la prétention d’une nation, d’un « peuple », d’une religion, etc. à vouloir s’imposer au détriment des droits de ceux à qui elle s’impose.
    Revoyez l’indispensable distinction entre « nationalisme » et patriotisme, que j’ai plusieurs fois rappelée: autant un nationalisme qui impose sa culture, sa langue, ses institutions, voire sa religion est inacceptable, autant un patriotisme qui se défend contre ces empiètements inacceptables aux libertés est légitime.
    Maintenant, en dépit d’une persévérance intellectuelle et médiatique qui entretient (certainement à dessein) cette confusion, pouvez vous me citer un seul cas où la langue corse, bretonne basque ou catalane a été imposée de force dans une école de Paris, Lyon ou Bordeaux par des instituteurs mandatés pour cela par une autorité officielle ? Alors que notre Histoire présente des milliers d’attestations (cf. les quelques unes citées) de telles impositions du français par la violence et le mépris dans toutes les écoles corses, bretonnes, basques et catalanes, et ceci jusqu’à la fin des années 40. Sans compter le mépris plus diffus (cf. Charlie Hebdo, ci-dessus) etc. qui continue à prolonger jusqu’à nos jours ce déni de droit.
    Il ne faut donc pas faire le jeu de la mystification officielle opérée par le « peuple le plus fort » et devenue habitus. La revendication d’un droit légitime, même si elle a pu, et peut encore hélas, s’accompagner d’une « violence seconde » du fait de la surdité et de la fin de non recevoir de pouvoirs nationalistes qui ne veulent pas l’entendre, n’est pas la première cause de violence.
    La violence institutionnelle, devenue tellement habituelle qu’elle n’est même plus perçue comme telle par ceux qui l’imposent, en demeure la cause essentielle.
    Sans la colonisation, il n’y aurait pas eu les violences auxquelles a donné lieu la décolonisation, que je sache.
    Même si la situation des « peuples minorisés » n’est peut-être pas tout-à-fait comparable (quoi que… cf. citations ci-dessus, Michelet, Romieu, etc.) renverser les responsabilités des « souffrances et tragédies » ne témoigne la plupart du temps que de l’emprise d’un habitus qui aveugle l’analyse et la critique.
    Cordialement.

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  3. Vous avez bien compris que je réagissais, « juste à première lecture », me promettant de vous proposer un ou des échanges plus plus approfondis, si possible, sur cette question.

    Mais pour quelqu’un qui comme vous sait si bien et, si justement, voir les travers et dérives, et tantôt le ridicule en même temps que le tragique du nationalisme, je me demandais comment il pouvait ne pas se demander si tous les légitimes reproches que pouvaient se mériter le nationalisme ne seraient pas plus grands, en plus petit, s’agissant de micronationalismes.

    Nous y reviendrons, j’y compte bien, pour ma part. Mais il faudra que je tire tout cela sur papier pour en faire une lecture précise.

    D’ici là, salut et fraternité !

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  4. Sans doute en effet, s’il s’agit effectivement de « nationalismes » en petit, ils méritent les mêmes reproches que les grands. Être petit ne change rien à la qualification de nationalisme, pas plus que de dictature.
    Mais là encore, le discours change dans la mesure où l’on a affaire au patriotisme.
    Je crois que cette distinction éclairante doit être conservée, si l’on veut décrypter bien des aspects de ce qui se passe dans le monde.
    En étant conscient aussi que si le premier cherche parfois à prendre les apparences et à usurper la légitimité du second, il peut aussi arriver au second de se pervertir en adoptant les façons de faire du premier.
    Rien n’est jamais acquis, et le politique n’existe que dans une construction et une régénération permanente.
    Cordialement.

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  5. Premières réflexions après une relecture, stylo en main :

    On pourra aisément vous suivre quand vous rappelez que les « peuples » corse, catalan, etc. qui ont tous langue, culture et traditions sont des peuples comme d’autres peuples. Et l’on peut donc être peuple sans avoir un Etat.

    Mais que serait un Etat qui ne serait pas peuple ? Un empire ? Une confédération ?

    Avec ou à partir de divers peuples qui existeraient sur un « espace » qui ne serait pas un Etat, comment (et faut-il ?) construire un Etat (se constituant en Etat par une Constitution) sans pouvoir (ou oser vouloir) « unir » (faire Un) ces divers peuples… à moins de les « fédérer » en plusieurs peuples ou nations (exemple de la Suisse ou de ce que beaucoup espèrent de l’UE… voire espéraient, naguère).

    Pour « faire peuple » se différenciant d’autres peuples constituant pourtant un même Etat, il suffirait d’avoir langue, culture, traditions (culinaires, sexuelles, avec pratiques, interdits ou tabous divers), et parmi ces traditions, pratiques religieuses, fiscales, matrimoniales, testamentaires etc. propres… Mais comment des peuples qui auraient tout cela de différent pourraient-ils encore espérer vivre sous la même Constitution (ensemble de principes, droits et lois) ?

    Ne devrait-on pas pouvoir « être peuple » sans pour autant vouloir « faire peuple » ?

    Si la richesse de l’humanité devait tenir dans sa diversité, faut-il que chaque diversité exige sa représentation politique ? Comment reconnaître au sein d’un Etat plusieurs peuples sans que cela n’entraîne chez ces peuples la demande à « disposer d’eux-mêmes », en se constituant en Etat ?

    Nationalisme d’Etat ou exigence de reconnaissance nationale de tel peuple vivant au sein de tel Etat relèvent de la même logique.

    Toute logique de déprise d’un Pouvoir est une logique de prise du pouvoir (fût-ce celui assez mystifiant de pouvoir « être soi »).

    Sauf exemple des Grecs, vaincus par les Romains mais prenant un certain pouvoir culturel et politique sur leurs vainqueurs, toujours le vainqueur impose sa loi du moins exerce son pouvoir sur les vaincus (pour ne pas subir lui-même le pouvoir de ces vaincus si ceux-ci avaient été les vainqueurs).

    Dans ces rapports de domination, a-t-on jamais vu, sauf exception, un dominant adopter la langue du dominé au détriment de la sienne ? Même si, on le sait, pour des raisons de pratiques économiques et politiques, il peut être utile de parler aussi la langue des peuples avec lesquels on a des rapports de domination ou de commerce (commercer est une autre manière – douce, dit-on- de dominer).

    Encore que le plus passionnant (sinon le plus enrichissant pour tous les amateurs de littérature ou linguistique comparée, sinon d’humanisme tout court ?) ait été la manière dont les langues de dominants et de dominés se seront souvent mutuellement altérées, fabriquées et constituées en « langues » nouvelles (voir évolution du latin, en roman, français, espagnol, italien/corse… ou de diverses langues franciques ou saxonnes en allemand et anglais, etc.).

    Les tensions identitaires ou existentielles entre divers peuples sur terre, au sein d’une même Nation ou d’un même Etat se règlent par un rapport de force (que l’on pourrait espérer politique et démocratique, mais qui au fil de l’histoire le fut rarement). Et donc, tout droit (des peuples) ne se constitue que par un rapport de force (d’un peuple à l’autre). Ce rapport de force a rarement été établi par la seule rhétorique ou la logique discursive ou argumentative…

    Historiquement, la raison du plus fort a toujours été la « meilleure » (non bien sûr au sens moral mais au sens d’efficience politique ou civilisationnelle).

    Nationalistes jacobins ou nationalistes corses estiment tous deux qu’une langue n’a vrai statut de langue que si elle est « officielle ». Et si deux ou divers peuples cohabitent dans le même espace ou Etat, il faudra autant de co-existence ou de co-officialité linguistique qu’il y aurait de peuples parlant leur langue. Il n’y a qu’à penser à la multiplication des traducteurs en direct que suppose l’assemblée parlementaire d’une UE groupant près d’une trentaine d’Etats ou nations, et demain plus encore de peuples ou langues co-officielles…

    Question : sans être officielle, une langue ne saurait-elle être simplement de fait ou de pratique ? Le grec ne fut-il pas la langue pratique de bien des citoyens de l’empire romain ? Comme le français fut celle de l’Europe au 17è -19è, ou l’anglais celle du monde de nos jours ? La langue du dominant et unificateur colonisateur (français, anglais, par ex) ne reste-t-elle pas la langue pratique (d’échanges et souvent d’écriture) ni officielle ni co-officielle de biens d’anciens peuples colonisés et indépendants depuis longtemps ?

    Sur les morts à éviter par la reconnaissance des peuples et de leur langue….
    Serait-ce au sein d’un Etat qui ne serait pas celui de ce peuple ou alors faudra-t-il acter quelque indépendance politique d’un peuple par rapport à l’autre, par la création d’un nouvel Etat voire de plusieurs nouveaux Etats (comme cela s’est passé – assez tragiquement – en Yougoslavie après la mort de Tito, et comme cela se passe au moment de la décomposition d’un Empire, comme cela s’est passé pour l’empire ottoman, austro-hongrois, voire romain). Peut-on ignorer combien les dissolutions d’empires ou de confédérations ont entraîné autant sinon plus d’affrontements nationalistes et de guerres nationales d’indépendance que la constitution préalable de ces empires ?

    Et une fois que le Mal aurait gagné, faut-il récidiver en maux divers et nouveaux pour renverser ce Mal… dans l’espoir d’en retirer quelque bien mythique… et souvent bien décevant ? Quand nous serions de nouveaux entre Gaulois, Corses ou Alsaciens, et débarrassés de ces maudits « pas d’ici », serions-nous décidément à l’abri de tous les conflits de classe, de caste, de village, de tribus ou de familles qu’ont connus Gaulois, Corses ou Alsaciens avant la conquête impérialiste des romains ou des jacobins ?

    Si l’on compare l’intégration des régions françaises au sein d’une Nation se constituant d’abord par une monarchie séculaire puis par la bourgeoisie d’une ville capitale – le nationalisme jacobin parigocentré, diront certains – et la colonisation de pays étrangers par de l’impérialisme, admettra-t-on que le mépris d’une bourgeoisie urbaine révolutionnaire, « progressiste » et à prétentions universalistes de ses valeurs et savoirs pour le plouc régional ou l’indigène des pays lointains est semblable par le même défi lancé : permettre à ce plouc ou à cet indigène inférieur (en conscience universaliste, connaissances et techniques) d’être hissé au niveau de la commune humanité que nous ambitionnons pour tous nos frères humains ?

    Et si nous croyions en quelque Dieu unique, père et créateur de tous les humains, serait-il étonnant que nous souhaitions hisser toutes les populations dont Dieu, par sa sainte volonté, nous aura rendus maîtres à notre niveau de spiritualité et de civilisation et de subtilité linguistique ? Et peut-on imaginer que quelque Saint texte fondateur que Dieu nous aurait dicté puisse être traduit/trahi dans les langues profanes de peuples que Dieu aurait assez méprisés pour les priver de sa révélation ?

    [Parmi toutes les citations que vous proposez pour illustrer la bêtise nationaliste et jacobine, on notera que Charlie Hebdo, loin « de porter une estocade » à ces fines fleurs de bêtises, est le seul qui stigmatise le « bulldozer jacobin lamineur et éradicateur » de traditions et langues.]

    Si reconnaître l’existence d’un peuple et de sa langue est une étape préliminaire sur le chemin de la pacification, quelle sera l’étape suivante de cette pacification ?

    Comment dialoguer intelligemment avec quelqu’un qui parlerait de « génocide culturel visant à détruire l’identité de peuples allogènes » lorsqu’on parle d’intégrer à une commune mais plus vaste nation et culture les habitants de terroirs et territoires historiquement intégrés à un Etat en train de se construire (selon les rapports de forces historiques par lesquelles tous les Etats et Empires se sont construits) ?

    Sur l’égoïsme présumé de ces micro-nationalismes : on pourra noter que pour l’essentiel, tant en Italie (Padanie) qu’en Espagne (Catalogne), qu’en France (Alsace) ou en Belgique (Flandres flamandes), ce sont des entités plus riches que la moyenne nationale qui expriment leurs goûts d’indépendance ou d’autonomie. De même que l’éclatement de la Yougoslavie a commencé par la séparation de la plus riche et occidentale de ses provinces (la Slovénie).

    La majorité politique actuelle en Corse, qui se sait économiquement moins favorisée que ces régions riches, est assez intelligente pour ne parler que « d’autonomie » et espérer pouvoir gagner sur les deux tableaux : se garantir en assistances diverses grâce à une non-indépendance d’un côté, et gagner en libertés diverses (autonomie) de l’autre.

    Vous noterez aussi combien vite dès que l’on « débattrait » de ces questions on s’agresserait de la façon la plus grossière (et souvent vite saignante, hélas, comme l’histoire nous l’apprend) ou caricaturale (en réponse aux caricatures des uns, votre page de blog me semble là-dessus en proposer un fort bel exemple).

    Comme vous le rappelez : « le virus malfaisant du nationalisme fauteur de violences et de guerres est encore solidement installé dans bien des esprits « . Ne peut-on estimer que le narcissisme identitaire des origines (surtout lorsqu’elles ont été malheureuses… mais quels peuples n’auraient pas connu de grands malheurs au cours de leur passé ?) est un des virus les mieux partagés du monde ?

    [ On peut espérer pouvoir dépasser la conflictualité propre à ces affirmations identitaires en distinguant nationalisme (essentiellement agressif) et patriotisme (essentiellement défensif). Je vais voir les liens éventuels vers des pages où vous auriez déjà développé cette réflexion. ]

    Il est bien compréhensible que les peuples dont l’histoire récente n’aurait pas fait des envahisseurs n’aient imposé à personne ni leur langue ni leurs lois.

    Mais, quand on évoque les violences coloniales récentes, peut-on oublier que l’histoire des colonisations s’inscrit dans l’histoire longue des invasions, conquêtes, occupations, résistance, et contre-occupations et reconquêtes dont tous les peuples sont tantôt les auteurs tantôt les victimes ?

    Il n’y a qu’à voir ce qui se passa en Espagne au fil des siècles entre celtibères, romains, wisigoths, arabes, chrétiens, etc. Ou en Méditerranée entre Grecs, Carthaginois, Etrusques, Romains, Byzantins, Vandales, Arabes, Berbères, Vénitiens, Génois, Ottomans, puis Français, derniers des conquérants, occupants et colonisateurs, et donc, à juste titre sans doute, méchants « derniers des derniers » de tous les autres braves peuples précédents, pourtant tout autant conquérants, occupants ou colonisateurs…

    Fichtre, pourquoi suis-je né français et pas d’un « peuple qui a beaucoup souffert » ?

    Et faut-il que je crie à tout le monde que je suis né lorrain dialectophone (le francique est ma langue maternelle), dans un département (la Moselle) qui avec l’Alsace changea trois fois de nationalité en moins d’un siècle au fil de trois guerres meurtrières ? Et dois-je dire que j’ai poussé le vice et la perversion jusqu’à devenir professeur de français (langue du génocidaire) enseignant dans une Alsace rurale encore largement germanophone ?

    Bien à vous, mon frère en humanité(s)

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  6. Merci pour cet impressionnant exposé.
    Quelques occupations urgentes, mais je reviens vers vous dès que je peux.
    Très cordialement à vous !

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  7. Bonjour,

    Il n’est pas inutile de comparer la courte expérience de la Corse lors de son union à la Grande-Bretagne (1794-96), en pleine période de la révolution française, avec son expérience maintenant largement bicentenaire avec la France.

    http://comtelanza.canalblog.com/archives/2014/10/23/30822329.html

    Dans la longue série des négations de l’existence de tout peuple autre que français (sur le territoire de la France, certes !) on peut rappeler la sortie de Manuel Valls, « Il n’y a pas de peuple alsacien, il n’y a que le peuple français » (en 2014).
    http://www.lalsace.fr/actualite/2014/10/16/valls-des-propos-qui-attisent-le-feu

    Pour finir, généralement, les Corses ne sont pas fanatiques de Mérimée.
    Mais celui-ci ne manquait pas de pénétration :
    Dans Colomba, on peut lire :

     » Ce n’est pas flatter prodigieusement les Corses, que leur rappeler qu’ils appartiennent à la grande nation [la France, comme elle se désignait depuis la révolution]. Ils veulent être un peuple à part, et cette prétention, ils la justifient assez bien pour qu’on la leur accorde. »

    Bien cordialement

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  8. Bonjour,
    Et désolé pour le retard mis à vous répondre. La retraite dont je savoure tous les jours les bienfaits incite parfois à quelques surmenages associatifs. Fort heureusement…

    Premières réflexions après une relecture, stylo en main :
    Je reprends votre texte, moi aussi, stylo en main, et j’avoue que j’ai un peu de mal, car il me semble que votre perspective, qui me semble par ailleurs caractériser la majorité des réflexions sur le sujet, plus qu’elle n’argumente, propose en fait des variations sur un seul thème composé a priori : le fait accompli national-étatique tel que nous le connaissons constitue un moindre risque par rapport à ce que pourrait-être un modèle faisant plus droit à la diversité, y compris dans la représentation politique.

    On pourra aisément vous suivre quand vous rappelez que les « peuples » corse, catalan, etc. qui ont tous langue, culture et traditions sont des peuples comme d’autres peuples. Et l’on peut donc être peuple sans avoir un Etat.
    Mais que serait un Etat qui ne serait pas peuple ? Un empire ? Une confédération ?
    Avec ou à partir de divers peuples qui existeraient sur un « espace » qui ne serait pas un Etat, comment (et faut-il ?) construire un Etat (se constituant en Etat par une Constitution) sans pouvoir (ou oser vouloir) « unir » (faire Un) ces divers peuples… à moins de les « fédérer » en plusieurs peuples ou nations (exemple de la Suisse ou de ce que beaucoup espèrent de l’UE… voire espéraient, naguère).

    Encore une fois, la question est celle du type « d’unité » qui est proposée (cf. plus bas). La conservation de la diversité au sein de cette unité n’est en aucun cas une question secondaire, mais c’en est la condition sine qua non pour éviter des situations inadmissibles et génératrices de violence. Et ce n’est pas parce que des modèles tels que ceux de la fédération ou de la confédération ou d’autres possibles du même genre présentent des problèmes spécifiques qu’ils devraient être écartés sans analyse et réflexion. L’être humain se caractérise par la créativité en ce qui concerne l’imaginaire politique.

    Pour « faire peuple » se différenciant d’autres peuples constituant pourtant un même État, il suffirait d’avoir langue, culture, traditions (culinaires, sexuelles, avec pratiques, interdits ou tabous divers), et parmi ces traditions, pratiques religieuses, fiscales, matrimoniales, testamentaires etc. propres… Mais comment des peuples qui auraient tout cela de différent pourraient-ils encore espérer vivre sous la même Constitution (ensemble de principes, droits et lois) ?
    Ne devrait-on pas pouvoir « être peuple » sans pour autant vouloir « faire peuple » ?

    Franchement, je ne pense pas qu’en Europe du moins, la diversité des pratiques culinaires, des tabous ou des pratiques sexuelles constitue une différence telle qu’elle empêcherait des peuples de vivre éventuellement sous une même Constitution-cadre (européenne ?), élément d’unité qui laisserait par ailleurs place à la légitime diversité politique, culturelle et linguistique. Pas plus que la diversité n’empêche des peuples de reconnaître une même déclaration des Droits de l’Homme, par exemple. La zoophilie ou la nécrophilie ne caractérisent pas les pratiques sexuelles corses ou catalanes, quoi qu’on puisse en dire, et le fait d’aimer ou pas les fromages fermentés ne constitue pas un casus belli.

    Si la richesse de l’humanité devait tenir dans sa diversité, faut-il que chaque diversité exige sa représentation politique ? Comment reconnaître au sein d’un Etat plusieurs peuples sans que cela n’entraîne chez ces peuples la demande à « disposer d’eux-mêmes », en se constituant en Etat ?
    Nationalisme d’Etat ou exigence de reconnaissance nationale de tel peuple vivant au sein de tel Etat relèvent de la même logique.
    Toute logique de déprise d’un Pouvoir est une logique de prise du pouvoir (fût-ce celui assez mystifiant de pouvoir « être soi »).

    D’abord, je me permets d’ôter le « si », pour transformer catégoriquement votre réserve en affirmation : la richesse de l’humanité tient effectivement dans sa diversité. Pour moi, il n’est pas indifférent que Macbeth ait été écrit en anglais et Les Frères Karamazov en russe. Réduire l’expression culturelle humaine à une seule langue dominante serait le commencement de Big Brother, et donc la fin de l’humanité.
    Ensuite, il n’est que trop facile de vous retourner l’argument : En quoi faudrait-il que « chaque diversité » se voit imposer une représentation politique uniforme ? Et quelle puissance serait alors à l’origine d’une telle représentation ?
    Les USA, ou comme jadis les puissances coloniales, impérialistes, l’URSS, le Grand Reich ? Ou bien désormais la Chine ?
    Que le peuple tibétain veuille se constituer en État ne représente absolument pas un crime. Cette exigence serait peut-être moindre si le « grand frère chinois » reconnaissait cette diversité essentielle à l’humanité : tibétains et chinois pourraient alors vivre ensemble dans le respect dans un cadre politique peut-être fédéral, peut-être confédéral, ou un autre modèle encore. Ces conditions ne sont pas actuellement réunies. Et tant que la Chine sera dans l’incapacité d’accepter la spécificité du peuple tibétain, la revendication d’un État propre sera non seulement légitime, mais indispensable pour que soit sauvegardée la richesse de l’humanité. Le génocide culturel actuellement perpétré au Tibet constitue un scandale et une honte pour notre humanité.
    On dira que la situation des peuples corses ou catalans n’est pas comparable. Et on aura raison. Pour moi, sous bien des aspects, elle est pire : car si la Chine se montre incapable de respect pour la diversité des peuples qu’elle établit en situation de minorité, elle a au moins l’excuse d’hériter d’une situation de totalitarisme dont elle porte les séquelles.
    Les nations d’Europe n’ont pas cette excuse.
    Dans le cadre démocratique qui est censé être le leur, et dont elles s’honorent, il est d’autant plus scandaleux de voir des États refuser le qualificatif de « peuple » à ceux qui en relèvent à l’évidence, ou maintenir en prison depuis des mois des militants non-violents (cf. sur ce point les contorsions frisant le grotesque de Stéphane Rozès au « 28 Minutes » du 06/02, qui nie le qualificatif de « peuple » pour les corses, alors même qu’il le reconnaît pour les catalans ! Qu’en pense M. Rajoy ? Sans doute une telle « voix de son maître » soutiendrait-elle l’inverse si elle enseignait en Espagne…).

    Sauf exemple des Grecs, vaincus par les Romains mais prenant un certain pouvoir culturel et politique sur leurs vainqueurs, toujours le vainqueur impose sa loi du moins exerce son pouvoir sur les vaincus (pour ne pas subir lui-même le pouvoir de ces vaincus si ceux-ci avaient été les vainqueurs).
    Dans ces rapports de domination, a-t-on jamais vu, sauf exception, un dominant adopter la langue du dominé au détriment de la sienne ? Même si, on le sait, pour des raisons de pratiques économiques et politiques, il peut être utile de parler aussi la langue des peuples avec lesquels on a des rapports de domination ou de commerce (commercer est une autre manière – douce, dit-on- de dominer).
    Encore que le plus passionnant (sinon le plus enrichissant pour tous les amateurs de littérature ou linguistique comparée, sinon d’humanisme tout court ?) ait été la manière dont les langues de dominants et de dominés se seront souvent mutuellement altérées, fabriquées et constituées en « langues » nouvelles (voir évolution du latin, en roman, français, espagnol, italien/corse… ou de diverses langues franciques ou saxonnes en allemand et anglais, etc.).
    Les tensions identitaires ou existentielles entre divers peuples sur terre, au sein d’une même Nation ou d’un même Etat se règlent par un rapport de force (que l’on pourrait espérer politique et démocratique, mais qui au fil de l’histoire le fut rarement). Et donc, tout droit (des peuples) ne se constitue que par un rapport de force (d’un peuple à l’autre). Ce rapport de force a rarement été établi par la seule rhétorique ou la logique discursive ou argumentative…
    Historiquement, la raison du plus fort a toujours été la « meilleure » (non bien sûr au sens moral mais au sens d’efficience politique ou civilisationnelle).

    Quelle est donc la signification de tous ces présents de l’indicatif ? Faut-il donc voir, de façon passablement cynique, dans la « loi du plus fort » une loi de l’Histoire qui devrait encore régner sans partage sur notre monde du XXIème siècle ?
    Pour ce qui est de l’« efficience politique », peut-être peut-on en reconnaître, à la condition de choisir de ne pas voir les innombrables guerres auxquelles ce rapport de force a donné lieu.
    Quant à l’« efficience civilisationnelle », vous me permettrez de la récuser totalement. Je ne pense pas que la destruction des civilisations amérindiennes, aborigènes, etc. ainsi que les irréparables dommages culturels opérés en Europe même au nom de cette « raison du plus fort » ait pu apporter en quoi que ce soit un progrès de civilisation. Celui-ci n’a jamais eu lieu (cf. Bartolomé de Las Casas, etc.) que grâce aux artisans de dialogue animés par le respect de la culture d’autrui.
    Je suis encore une fois bien d’accord pour reconnaître qu’il n’est pas facile de mettre en place des modèles alternatifs articulant mieux la diversité des peuples et leur coexistence, même s’il en existe qui fonctionnent. Mais, en tous cas, la solution que vous semblez préconiser (cf. usage du présent), en l’occurrence entériner purement et simplement le fait du rapport de force (et de son maintien in aeternum) comme seule condition possible de la coexistence et de la paix entre les « peuples », outre qu’elle légitime tacitement toutes les entreprises coloniales et impérialistes passées, présentes et à venir, me semble bien loin d’être la seule concevable.

    Nationalistes jacobins ou nationalistes corses estiment tous deux qu’une langue n’a vrai statut de langue que si elle est « officielle ». Et si deux ou divers peuples cohabitent dans le même espace ou État, il faudra autant de co-existence ou de co-officialité linguistique qu’il y aurait de peuples parlant leur langue. Il n’y a qu’à penser à la multiplication des traducteurs en direct que suppose l’assemblée parlementaire d’une UE groupant près d’une trentaine d’États ou nations, et demain plus encore de peuples ou langues co-officielles…
    Question : sans être officielle, une langue ne saurait-elle être simplement de fait ou de pratique ? Le grec ne fut-il pas la langue pratique de bien des citoyens de l’empire romain ? Comme le français fut celle de l’Europe au 17è -19è, ou l’anglais celle du monde de nos jours ? La langue du dominant et unificateur colonisateur (français, anglais, par ex) ne reste-t-elle pas la langue pratique (d’échanges et souvent d’écriture) ni officielle ni co-officielle de biens d’anciens peuples colonisés et indépendants depuis longtemps ?

    Qu’est-ce qui vous effraie donc tant dans la co-officialité, qui existe déjà sans problème dans de nombreuses nations, y compris en Espagne ? La « multiplication des traducteurs » est un détail parfaitement anecdotique qui vise toujours à légitimer l’emprise de la langue du plus fort (cf.C.Hagège et sa dénonciation des effets catastrophiques de l’anglo-américain sur la culture mondiale). La question se règlerait le plus facilement du monde par l’adoption dans le cadre des institutions internationales d’une langue neutre de pur échange (politique, économique, commercial, etc.) qui ne soit pas une langue de pouvoir (de type espéranto). Mais les détenteurs des « grandes langues » s’y sont toujours opposés, convaincus qu’ils sont (à juste raison, hélas) des bénéfices géopolitique et géostratégique d’une langue de pouvoir pour maintenir le « droit du plus fort ». Mais, comme on le sait, cette conviction aboutit au fait de voir se succéder les « langues de fait » au gré des évolutions géopolitiques : français, américain, en attendant le chinois.

    Sur les morts à éviter par la reconnaissance des peuples et de leur langue….
    Serait-ce au sein d’un État qui ne serait pas celui de ce peuple ou alors faudra-t-il acter quelque indépendance politique d’un peuple par rapport à l’autre, par la création d’un nouvel État voire de plusieurs nouveaux États (comme cela s’est passé – assez tragiquement – en Yougoslavie après la mort de Tito, et comme cela se passe au moment de la décomposition d’un Empire, comme cela s’est passé pour l’empire ottoman, austro-hongrois, voire romain). Peut-on ignorer combien les dissolutions d’empires ou de confédérations ont entraîné autant sinon plus d’affrontements nationalistes et de guerres nationales d’indépendance que la constitution préalable de ces empires ?

    Comme je l’ai dit, et ne crains pas de le répéter, l’une des causes essentielles de la violence politique est le déni de droit de la part d’États nationalistes qui refusent l’hypothèse même d’une diversité : violences coloniales et de la décolonisation, cas de la Yougoslavie que vous citez, décomposition des empires qui outre qu’elle en supposait d’abord la composition s’est toujours accompagnée du refus du plus fort d’alors de voir mis en question son pouvoir, etc. etc.
    Non que tout ceci ait constitué bien sûr les seules causes de violence. Mais cela y a été pour une part considérable.
    Imaginez le XXème siècle sans la violence des décolonisations, imposée aux patriotes par le nationalisme colonisateur, sans le nationalisme du IIIème Reich ni celui de l’Empire du Soleil Levant, et vous aurez un tableau tout de même singulièrement réduit.
    De plus, comme toujours dans ce cas, on ne souligne que les cas qui ont mal tourné. Or une expérience tout aussi historique nous montre que des peuples peuvent divorcer pacifiquement d’un commun accord. Je n’ai pas ouï dire que le Danemark ait fait la guerre à l’Islande lorsque celle-ci a pris son indépendance. Ni que les tchèques et les slovaques se soient entredéchirés lors de leur séparation. Cf. aussi Australie, Nouvelle-Zélande, etc. etc. Il pourrait en aller de même dans le cas de la Catalogne, de la Corse. Des processus proches de celui en cours en Nouvelle-Calédonie, qui auraient été parfaitement possibles en Espagne suite à l’Estatut de 2006 et se montrent parfaitement concevables en Corse, pourraient faire autrement honneur à l’intelligence politique que des déploiements de Guardia Civil, des emprisonnements scandaleux ou la répétition névrotique et potentiellement dangereuse de dénis de droit et de dénis de peuples et de langues.

    Et une fois que le Mal aurait gagné, faut-il récidiver en maux divers et nouveaux pour renverser ce Mal… dans l’espoir d’en retirer quelque bien mythique… et souvent bien décevant ? Quand nous serions de nouveaux entre Gaulois, Corses ou Alsaciens, et débarrassés de ces maudits « pas d’ici », serions-nous décidément à l’abri de tous les conflits de classe, de caste, de village, de tribus ou de familles qu’ont connus Gaulois, Corses ou Alsaciens avant la conquête impérialiste des romains ou des jacobins ?

    De grâce, épargnez- nous les poncifs du nationalisme français ! Les corses ou les catalans, tous au minimum bilingues, souvent trilingues, n’ont dans leur immense majorité rien à voir avec des « maudits pas d’ici », comme les présente la si longue tradition chauvine du nationalisme français dans les innombrables jugements dont quelques uns ont été rapportés dans mon post. Puigdemont comme Simeoni et autres savent parfaitement que les corses ou les catalans contemporains n’ont rien à voir avec ces « souchiens » génétiques exaltés par Jules Ferry ou Michelet, et qui semblent encore si présents dans bien des consciences françaises qui n’ont pas oublié Bécassine, le gascon nécessairement « goujat » ou le corse génétiquement paresseux. Et si de nombreux andalous ou galiciens votent pour les partis catalanistes ou abertzale, c’est simplement parce qu’ils se reconnaissent mieux dans le projet de société présenté par ces partis indépendantistes que dans les programmes ô combien remarquables du PP !

    Si l’on compare l’intégration des régions françaises au sein d’une Nation se constituant d’abord par une monarchie séculaire puis par la bourgeoisie d’une ville capitale – le nationalisme jacobin parigocentré, diront certains – et la colonisation de pays étrangers par de l’impérialisme, admettra-t-on que le mépris d’une bourgeoisie urbaine révolutionnaire, « progressiste » et à prétentions universalistes de ses valeurs et savoirs pour le plouc régional ou l’indigène des pays lointains est semblable par le même défi lancé : permettre à ce plouc ou à cet indigène inférieur (en conscience universaliste, connaissances et techniques) d’être hissé au niveau de la commune humanité que nous ambitionnons pour tous nos frères humains ?

    L’argument est pour le moins ambigu ce me semble… Allez –vous nous refaire le coup des « bienfaits de la colonisation » ? Quand il s’est produit des échanges positifs interculturels, ils ont eu lieu malgré la colonisation, et non grâce à elle. Présenter un pseudo gain en « universalité » ou en « connaissance technique » comme un effet positif de la « loi du plus fort » relève de cet ethnocentrisme depuis longtemps analysé par Lévi-Strauss. Et c’est exactement l’argument des Chinois pour lesquels la glorieuse pensée de Mao revue par Xi Jinping a un devoir de civiliser les arriérés tibétains encore aliénés par leur bouddhisme obscurantiste et réticents face à l’économie de marché. Pensez : peut-être certains croient-ils encore en l’influence de la lune sur les marées !
    Comme quoi, le déni du droit des peuples minorisés, tellement inscrit dans nos habitus, amène à devoir justifier et assumer de bien étranges positions…

    Et si nous croyions en quelque Dieu unique, père et créateur de tous les humains, serait-il étonnant que nous souhaitions hisser toutes les populations dont Dieu, par sa sainte volonté, nous aura rendus maîtres à notre niveau de spiritualité et de civilisation et de subtilité linguistique ? Et peut-on imaginer que quelque Saint texte fondateur que Dieu nous aurait dicté puisse être traduit/trahi dans les langues profanes de peuples que Dieu aurait assez méprisés pour les priver de sa révélation ?
    [Parmi toutes les citations que vous proposez pour illustrer la bêtise nationaliste et jacobine, on notera que Charlie Hebdo, loin « de porter une estocade » à ces fines fleurs de bêtises, est le seul qui stigmatise le « bulldozer jacobin lamineur et éradicateur » de traditions et langues.]

    Il est loin d’être le seul ! Mais il ne « stigmatise pas ». Comme vous, il constate le fait accompli de la « loi du plus fort », dont il n’estime pas nécessaire de contester la légitimité. Parmi les réserves de perles dont je dispose, par exemple: déclaration d’Alexandre Sanguinetti au Figaro en 1969 qui dit que la France « est une construction politique voulue pour laquelle le pouvoir central n’a jamais désarmé ». J’ai déjà cité le texte de Manuel Azaña, faisant état de la loi de l’Histoire espagnole qui exige de bombarder Barcelone tous les cinquante ans pour sauvegarder la merveille que constitue l’Espagne Una, Grande y Libre.

    Si reconnaître l’existence d’un peuple et de sa langue est une étape préliminaire sur le chemin de la pacification, quelle sera l’étape suivante de cette pacification ?

    Il y en a d’autres, ne vous en faites pas. Par exemple, Accord de Nouméa, consultation des écossais par voie référendaire, etc. et toute autre procédure de résolution des conflits par la reconnaissance du droit.

    Comment dialoguer intelligemment avec quelqu’un qui parlerait de « génocide culturel visant à détruire l’identité de peuples allogènes » lorsqu’on parle d’intégrer à une commune mais plus vaste nation et culture les habitants de terroirs et territoires historiquement intégrés à un État en train de se construire (selon les rapports de forces historiques par lesquelles tous les États et Empires se sont construits) ?

    Je vous renvoie à l’ambiguïté de l’argument ci-dessus qui fleure bon « les bienfaits de la colonisation ». Il n’y a pas d’obligation métaphysique à ce que les États soient établis sur des rapports de force. De plus l’expression de « génocide culturel » est entièrement légitime non seulement dans le cas du Tibet, mais aussi pour désigner l’effort continu et parfaitement documenté du jacobinisme français pour éradiquer par la force les cultures minorisées.
    La survie du corse, de l’occitan, du basque, etc. n’est due qu’à la détermination de patriotes qui ont su résister à une entreprise délibérée de destruction, entièrement programmée et politiquement théorisée par un pouvoir central. Malgré la fin relative de cette entreprise, combien de français et d’occitans ont-ils entendu parler, par exemple, de Peire Cardenal, l’un des plus grands poètes de tous les temps ? Pour ne pas parler d’auteurs basques ou catalans. « Ah bon ? Il y en a ? » est la réponse classique du jacobin moyen.

    Sur l’égoïsme présumé de ces micro-nationalismes : on pourra noter que pour l’essentiel, tant en Italie (Padanie) qu’en Espagne (Catalogne), qu’en France (Alsace) ou en Belgique (Flandres flamandes), ce sont des entités plus riches que la moyenne nationale qui expriment leurs goûts d’indépendance ou d’autonomie. De même que l’éclatement de la Yougoslavie a commencé par la séparation de la plus riche et occidentale de ses provinces (la Slovénie).

    Désolé, mais il s’agit d’un nouveau poncif d’ailleurs auto-contradictoire. Les conditions économiques changent, mais la revendication de leur droit par les peuples minorisés est une constante. Le fait que la Catalogne ait été plus pauvre ne changeait rien en ce qui concerne la revendication du droit des Segadors en 1640.
    Et il est amusant de constater que, d’après l’immense majorité des commentaires, les catalans ne doivent pas être indépendants parce qu’ils sont trop riches, alors que les Corses n’ont rien à revendiquer parce qu’ils sont assistés. Soyons francs : les uns et les autres, riches ou pauvres, n’ont qu’à la fermer au lieu de remettre en question l’habitus confortable et ancestral du nationalisme espagnol comme français, qui ne peut concevoir que des ploucs encroûtés dans leurs patois puissent mettre en question l’éternelle et intangible unité de la Nation espagnole ou française.

    La majorité politique actuelle en Corse, qui se sait économiquement moins favorisée que ces régions riches, est assez intelligente pour ne parler que « d’autonomie » et espérer pouvoir gagner sur les deux tableaux : se garantir en assistances diverses grâce à une non-indépendance d’un côté, et gagner en libertés diverses (autonomie) de l’autre.

    Cf. le réflexe conditionné dicté par l’habitus dénoncé ci-dessus : les catalans veulent être indépendants : ce sont des salauds. Les corses disent qu’ils ne veulent pas de l’indépendance mais préfèrent l’autonomie : ce sont des salauds quand même.
    Ce qui fait ou non le salaud, ce n’est donc pas de revendiquer l’autonomie, l’indépendance, la fédération ou la confédération : cela n’a aucune importance. Ce qui fait le salaud, c’est tout simplement la revendication d’être Corse ou Catalan.

    Vous noterez aussi combien vite dès que l’on « débattrait » de ces questions on s’agresserait de la façon la plus grossière (et souvent vite saignante, hélas, comme l’histoire nous l’apprend) ou caricaturale (en réponse aux caricatures des uns, votre page de blog me semble là-dessus en proposer un fort bel exemple).

    Non, je ne le note pas. La plupart des catalans, corses, basques, etc. que je connais sont désormais des gens capables de développer des arguments parfaitement fondés, en anthropologie, économie et droit (cf. par exemple l’interview de G. Simeoni dont je donne le lien plus haut.
    Le problème est que la réponse, elle, est souvent une fin de non-recevoir arbitraire, fondée en effet sur le préjugé, la caricature et/ou l’ignorance. Mon post, que vous qualifiez de « caricature » illustre un tel processus. Pouvez-vous remettre en question une seule des citations que je produis ? Je fréquente depuis bien longtemps la culture occitane, catalane, basque, entre autres, que je respecte profondément. Et je peux vous garantir que si on fait un concours de préjugés, de caricatures, de mensonges, les opinions des français (pas seulement moyens, hélas) l’emporteront haut la main. C’est l’un des aspects que voulait montrer mon post, de façon me semble-t-il documentée et argumentée. Mais ce serait moi le caricaturiste, donc. Ne vous formalisez pas, j’ai l’habitude!

    Comme vous le rappelez : « le virus malfaisant du nationalisme fauteur de violences et de guerres est encore solidement installé dans bien des esprits « . Ne peut-on estimer que le narcissisme identitaire des origines (surtout lorsqu’elles ont été malheureuses… mais quels peuples n’auraient pas connu de grands malheurs au cours de leur passé ?) est un des virus les mieux partagés du monde ?

    En effet. Je persiste et je signe. Mais puisque vous semblez défendre la légitimité et la pérennité du « droit du plus fort », n’avez-vous pas remarqué que certains au cours de l’histoire ont imposé par la force leur « narcissisme identitaire » (cf. citations de J. Ferry, Michelet, Robespierre) au point de vouloir, et de parvenir, à supprimer l’identité des autres ?
    Que certaines réactions patriotiques à cette évidence largement attestée du narcissisme nationaliste puisse avoir lieu, c’est probable, et en partie compréhensible.
    La supercherie serait de faire croire que ces deux narcissismes sont à placer au même niveau. Encore une fois, connaissez-vous un seul Jules Ferry corse ou catalan dont le « narcissisme » aurait empêché tous les écoliers non corsophones ou catalanophones de parler leur langue en les humiliant, en leur tapant sur les doigts, et en les punissant durant des décennies, dans le silence complice d’une population consentante ?
    Question narcissisme, il n’y a donc pas photo. On en est encore bien loin !

    [ On peut espérer pouvoir dépasser la conflictualité propre à ces affirmations identitaires en distinguant nationalisme (essentiellement agressif) et patriotisme (essentiellement défensif). Je vais voir les liens éventuels vers des pages où vous auriez déjà développé cette réflexion. ]
    Il est bien compréhensible que les peuples dont l’histoire récente n’aurait pas fait des envahisseurs n’aient imposé à personne ni leur langue ni leurs lois.
    Mais, quand on évoque les violences coloniales récentes, peut-on oublier que l’histoire des colonisations s’inscrit dans l’histoire longue des invasions, conquêtes, occupations, résistance, et contre-occupations et reconquêtes dont tous les peuples sont tantôt les auteurs tantôt les victimes ?
    Il n’y a qu’à voir ce qui se passa en Espagne au fil des siècles entre celtibères, romains, wisigoths, arabes, chrétiens, etc. Ou en Méditerranée entre Grecs, Carthaginois, Etrusques, Romains, Byzantins, Vandales, Arabes, Berbères, Vénitiens, Génois, Ottomans, puis Français, derniers des conquérants, occupants et colonisateurs, et donc, à juste titre sans doute, méchants « derniers des derniers » de tous les autres braves peuples précédents, pourtant tout autant conquérants, occupants ou colonisateurs…

    Certes. Mais peut-être est-il plus légitime d’être du côté des résistants que du côté des occupants, quels qu’ils soient ? Lorsque les tibétains piétineront le droit des chinois, je serai sans doute du côté des chinois, même si j’ai toutes les chances d’être plutôt du côté des pissenlits.
    Bien sûr, tout peuple victime peut aussi devenir bourreau, comme le montre l’histoire. Mais encore une fois, le fait accompli – par la force et le déni -ne justifie aucunement le droit. Et on ne peut laisser croire sans supercherie que, puisque tout homme est méchant, toute chose se vaut.
    L’histoire des décolonisations nous a montré qu’il ne suffit pas de se décoloniser pour accéder au Matin du Grand Soir. Mais ce serait une grave erreur de croire qu’un tel constat devrait justifier le statu quo.

    Fichtre, pourquoi suis-je né français et pas d’un « peuple qui a beaucoup souffert » ?
    Et faut-il que je crie à tout le monde que je suis né lorrain dialectophone (le francique est ma langue maternelle), dans un département (la Moselle) qui avec l’Alsace changea trois fois de nationalité en moins d’un siècle au fil de trois guerres meurtrières ? Et dois-je dire que j’ai poussé le vice et la perversion jusqu’à devenir professeur de français (langue du génocidaire) enseignant dans une Alsace rurale encore largement germanophone ?

    Où donc est le problème ? Aucun corse, basque ou catalan ne vous conteste, ni à moi, le droit d’être français si nous le désirons.
    Pourquoi donc vouloir contester le droit des autres à être ce qu’ils pensent être ?
    Car ce qui fait un peuple, c’est avant tout la conscience et le désir qu’ont des citoyens de le constituer.

    Bien à vous, mon frère en humanité(s)

    Très cordialement à vous aussi !

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  9. Bonsoir,

    Merci une fois de plus pour votre contribution. Et pour l’intérêt de cet aperçu érudit concernant un moment d’histoire de la Corse qu’il est rare de voir évoquer.

    Très cordialement à vous.

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  10. Bonjour,
    Claustaire dit :

    « Fichtre, pourquoi suis-je né français et pas d’un « peuple qui a beaucoup souffert » ? »

    Illusion pour le moins étonnante, car si un peuple (ici pris au sens le plus banal, ensemble des personnes habitant un pays et en ayant la nationalité) a souffert, c’est bien le peuple français, en se limitant à la période commençant avec la révolution.

    A part sans doute l’Allemagne, quel peuple d’Europe occidentale a autant souffert ?
    (au moins, l’Espagne ou les Pays-Bas, par exemple, ont échappé à la première guerre mondiale etc).

    La France a été de tous les conflits depuis 1792, et avec sa géniale invention de la conscription, a réussi à transformer chaque conflit en « hécatombe civique », y compris des conflits durs de décolonisation (comparer, du point de vue de la puissance coloniale, l’indépendance de l’Algérie, ratage magistral, et l’indépendance de l’Inde, « the most triumphant way of ending an Empire, for the imperial power at least », a-t-on dit, faisant volontairement l’impasse sur les centaines de milliers de morts imputables à la partition et non aux Britanniques).

    Les peuples « soumis » à la France (je limite mon propos aux peuples de métropole, Corse comprise, l’équivalent non reconnu de ce qu’en Grande-Bretagne on appelle très officiellement les home nations, Ecossais, Gallois, Nord-irlandais… et Anglais), ont donc eu une double peine : être niés dans leur existence et subir une répression d’abord physique, puis morale (dont le discours moralisateur de Macron en Corse est l’écho un peu affaibli mais constant) et devoir participer aux épreuves du peuple qui les avait soumis puis intégrés bon gré mal gré.

    Bien cordialement

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  11. Bonjour,

    Permettez-moi, cher comte, de profiter de cet échange pour vous remercier de tout ce que vous m’avez permis d’apprendre sur l’histoire du peuple corse, via les pages, si bien illustrées et documentées et si clairement composées, de votre blog. Un vrai régal auquel on se sent honoré d’être invité et dont on sort à la fois rassasié et fort humble devant tant de savoir servi avec tant d’art.

    Quand je parlais de ces personnes « issues d’un peuple qui a beaucoup souffert », je faisais allusion à tel ‘tube’ de Tonton David
    [ https://genius.com/Tonton-david-peuples-du-monde-lyrics ]
    et aux éternels griefs que les peuples anciennement colonisés (même ceux dont les enfants et petits-enfants seraient devenus nos compatriotes depuis deux ou trois générations) pourront, pendant des décennies, des siècles (?) jeter au visage de peuples occidentaux (les blancs) anciennement colonisateurs, en oubliant que les peuples africains souffrirent sans doute autant des guerres locales qu’ils se menèrent entre eux durant des siècles que de diverses colonisations et invasions (par exemple musulmane) autres que blanches ou chrétiennes. Je suis parfois las de devoir porter cet éternel péché originel de l’homme blanc et des responsabilités universelles qu’on lui impute, tantôt pour s’être ingéré dans le destin de pays d’outre-mer tantôt pour ne plus assez le faire.

    Et je vous sais gré de rappeler les souffrances éminentes (?) que le ou les peuples français vécurent du fait du nationalisme jacobin et des prétentions universalistes de sa bourgeoisie ‘capitaliste’ (au deux sens du mot) après déjà des siècles de misères liées aux guerres dues aux ambitions d’une monarchie se prétendant de droit divin.

    Je crois être tellement conscient des horreurs entraînées par les idéologies nationalistes devenues peu à peu hégémoniques en Europe au cours du XIXe siècle que je suis même inquiet de ses fièvres ou soubresauts micronationalistes actuels.

    Pour être né dans une région dont les ‘identités’ nationales furent plusieurs fois bouleversées en moins d’un siècle entre 1870 et 1945 avec les drames et deuils familiaux que cela entraîna, entre autres, je suis sans doute un traumatisé des revendications nationalistes ou micronationalistes, et je ne peux donc que regarder avec inquiétude tout ce qui de près ou de loin y ressemble. Un peu comme un chat échaudé craindrait l’eau froide.

    Et sur ces questions, toujours douloureuses et vite passionnées parce que fatalement narcissiques donc existentielles, je crains autant mes propres passions que celles d’autrui.

    Et comme désiderius l’aura bien remarqué, je suis plutôt du côté de ceux qui, ayant été victimes (par leurs parents, grands-parents, et dans leur propre vie) des ambitions et crispations tant nationalistes que régionalistes, souhaiteraient pouvoir laisser tout cela derrière eux et se soumettre au réel, si injuste soit-il, dans la crainte que les chemins dont se pavent certains nobles idéaux ou justes revendications ne soient ceux d’un potentiel et nouvel enfer.

    Je viens de lire le remarquable roman d’une petite fille de harkis : « l’art de perdre ». Tout un programme.

    Cordialement, et avec tous mes respects.

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  12. Bonjour Claustaire,

    Je vous remercie pour vos compliments.
    Je m’efforce de rendre entraînantes et agréables à lire mes productions, sans en exagérer la valeur.

    S’agissant des peuples qui ont beaucoup souffert, il m’apparait difficile d’établir des palmarès, et comme je l’indiquais, les peuples européens (au mois certains d’entre eux) ont également  » beaucoup souffert », car à toutes les causes de souffrances imposées par la condition humaine et l’évolution des sociétés (pensons aux souffrances nées de la révolution industrielle) se sont ajoutées les souffrances causées par les nationalismes fauteurs de guerres.

    Les peuples anciennement colonisés ne s’en soucient pas (pourquoi d’ailleurs le feraient-ils ?) et pour eux, le peuple colonisateur est toujours représenté en situation historique de domination (parfois fantasmée), alors que cette situation intéressait disons 0, 50% du dit peuple colonisateur, le reste de la population n’ayant rien à voir (ni aucun profit à retirer) de la colonisation.

    Mais la tare morale de la colonisation n’est pas seulement invoquée par les peuples anciennement colonisés, mais aussi par la frange progressiste du peuple anciennement colonisateur, qui estime qu’il existe toujours une dette à payer, sous des formes variées, et justifie parfois par l’humiliation de la colonisation les comportements déviants des populations immigrées.

    En quelque sorte, le fardeau de l’homme blanc chanté par Kipling, est permanent ! Après avoir eu la charge des peuples colonisés (par intérêt, par gloriole ou bien plus rarement par altruisme), il doit maintenant supporter le poids de la responsabilité d’avoir été colonisateur. Evidemment, dans un pays comme la France où le progressisme est une idéologie quasi dominante (il y aurait beaucoup à dire sur ce point et je ne suis pas certain que le progressisme ne serve pas à masquer une domination de classe), la repentance est plus marquée peut-être (à voir ?) que ans d’autres pays ex-colonisateurs.

    Pour parler maintenant des micronationalismes, je ne pense pas qu’ils puissent se comparer aux nationalismes des grands états-nations.
    Le micronationalisme tend seulement à avoir un état « comme tout le monde », il tend donc à l’existence et non à la domination ou au moins à la compétition comme les nationalismes des grandes nations.
    Même ainsi, il peut être facteur de tensions et de troubles, c’est incontestable.

    Mais son but ultime, c’est la quiétude des petits pays, et non l’arrogance et l’agitation brouillonne des grands.

    Bien cordialement

    Comte Lanza

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  13. Bonjour Claustaire,

    En fait, si je réponds depuis le menu « laisser un commentaire » du blog, je ne dispose pas des balises qui permettent les italiques et le gras. Celles-ci ne sont disponibles que depuis le « tableau de bord », réservé au blogger (celui qui permet d’insérer de nouveaux textes). On peut aussi s’en servir pour répondre aux « commentaires ». À ce moment là, on dispose des balises.
    J’ai recopié le code des balises ( pour l’italique et slash em pour fin d’italique et pour le gras slash strong pour fin de gras pour voir si ça marche dans « laisser un commentaire ».
    Je tente aussi un copier coller d’un texte comportant des italiques et du gras depuis Word.

    essai italique

    essai gras

    Insertion de texte au format Word:
    Ce texte comporte des mots en italique et des mots en gras.

    Apparemment, l’exportation depuis Word ne marche pas.
    Je publie et reviens pour voir si les balises passent.

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  14. Ça marche.
    Mais comme je n’arrive pas à copier les balises sans qu’elles disparaissent, je vous renvoie à ce lien:
    http://41mag.fr/liste-des-balises-html5/balise-b-html5
    La bonne balise consiste à mettre em entre les deux crochets triangulaires pour commencer l’italique et slash em entre les deux crochets pour finir.
    Idem avec strong entre les deux crochet (cf. lien) pour commencer le gras et slash strong pour finir.

    Cordialement.

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  15. Merci pour votre patience et votre souci de rendre service. 🙂
    Mais je sens qu’il me faudra beaucoup tâtonner et rater avant d’apprendre cette technique.
    Je crois que je vais encore prochainement vous répondre, sur le fond, sans souci de forme.
    A bientôt donc.

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  16. Ce n’est pas si compliqué que cela.
    Ce lien sur les balises est plus clair que le précédent:
    https://developer.mozilla.org/fr/Apprendre/HTML/Balises_HTML

    Mais vous n’avez besoin que de « em » entre les chevrons ouvrants et fermants pour commencer un passage en italique. et slash (/) em pour finir.
    Idem avec « strong » pour commencer le gras, et slash strong pour le finir, entre un chevron ouvrant et un chevron fermant.

    Bon courage!

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  17. [ pour vérifier si j’ai compris l’usage des balises]

    Vous avez bien compris que mon approche principale de cette question, c’est d’estimer, comme vous le résumez bien, que « le fait accompli national-étatique tel que nous le connaissons constitue un moindre risque par rapport à ce que pourrait-être un modèle faisant plus droit à la diversité, y compris dans la représentation politique« .

    A condition d’entendre ce « fait national-étatique » dans le cadre de nos modernes démocraties (si médiocrement démocratiques soient-elles) et assez décentralisées pour que l’expression de spécificités ou d’identités régionales y soient garantie ou que des modèles faisant plus droit à la diversité puissent y émerger. Ce n’est pas moi qui me plaindrais d’office de la créativité que peut concevoir l’imaginaire politique (même si on peut frémir encore au souvenir de ce qu’aura pu « créer » tel ou tel « imaginaire » lénino-marxiste, khmer rouge, chinois-centraliste, saoudien, ayatollesque… cathostatolâtre franquiste ou second-empire).

    Une création qui se ferait à « bons coups de faux » ou de « sang impur dont il faudrait abreuver les sillons« , si symboliques soient les uns ou l’autre, n’est sans doute pas ce que l’humanité peut « imaginer » de mieux. Mais bon, nul ne choisit l’Histoire qu’il lui incombe de vivre, de faire ou de souffrir.

    Pour en rester à l’actualité corse ou catalane, la montée à la provocation mutuelle (ou plutôt mimétique, pour parler comme Girard) des indépendantistes et des nationalistes me semble aussi déplorable l’une que l’autre. Les uns et les autres jouent, comme cela les arrange, avec la légitimité démocratique (pourtant souvent fragile sinon provisoire), locale ou nationale, dont ils s’estiment dépositaires ou qu’une coalition disparate leur aura accordée.

    Toutes les invocations populistes (qui en appellent à du peuple) ne posent guère la question pourtant fondamentale à mon avis de ce qu’on entend par ce peuple dont on se veut le représentant ou dont on souhaiterait l’avènement.

    On sait que peuvent s’opposer deux conceptions du peuple :

    1 celle d’un peuple ethnos, le Volk du « Blut und Boden » (sang & sol), la Gemeinschaft (au sens de communauté biologique, linguistique, culturelle, religieuse, espèce de « religiron » construit sur une donnée organique préalable et « totalisante »). C’est le Deutsche Volk, ensemble mythifié d’un Peuple allemand, parlant la même langue, uni par la même âme, etc. et dont il fallait rétablir l’unité par toutes les annexions nécessaires, au mépris des frontières existantes.
    Mais ce peut être aussi, à l’inverse, la conception de tel petit peuple de quelque Comté vivant tranquillement entre soi des fruits de ses travaux et jours, tant que le grand méchant Sauron, toujours en quête d’agrandir son noir Pouvoir ne les traque pas…

    2 celle d’un peuple demos, en allemand Gesellschaft (au sens de société, de compagnons se proposant un chantier collectif), association d’individus, convenant d’un « contrat social » et décidant de faire nation en partageant un destin et des valeurs politiques, quelles que soient leurs origines.

    Nonobstant ces différences de conception, on conviendra volontiers qu’un micronationalisme (de gens qui voudraient juste pouvoir vivre en paix entre eux) sera toujours moins agressif qu’un national-impérialisme qui voudrait faire le bonheur de l’humanité tout entière en l’éclairant de ses Lumières…

    Et merci pour votre patience et pédagogie 🙂

    Espérons que je me fasse pas taper sur les doigts pour encore avoir été mauvais élève 😦

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  18. Bravo Claustaire,
    Excellent élève dans l’usage des balises !

    Quant au fond, je suis souvent relativement d’accord, même s’il me semble que vous avez encore tendance à tout mettre au même niveau.
    Or il y a dans l’affaire des peuples minorisés une asymétrie fondamentale qu’il ne faut pas perdre de vue, entre la responsabilité des états centralisateurs et celle des peuples qu’ils ont établis en situation de minorité.

    « Pour en rester à l’actualité corse ou catalane, la montée à la provocation mutuelle » … Je crois que parler de « provocation mutuelle » dans ce cas est encore une mystification liée à l’habitus.
    Car il ne peut y avoir de véritable « mutualité » dans une situation qui se caractérise par une radicale inégalité des termes de l’échange.

    Comme je l’ai dit quelque part, cela fait bien longtemps que les catalans ne donnent de « bons coups de faux » que dans leur hymne. Et qualifier de « provocation » le fait qu’un gouvernement élu et réélu de façon parfaitement démocratique cherche a appliquer ce pourquoi il a été élu ne me paraît pas, sauf grave défaut de perspective, devoir être mis à un même niveau de « provocation » que les agissements d’un pouvoir qui répond par un déploiement militaire et des mesures judiciaires à une demande démocratique.
    Attention donc au maniement de la sémantique de la « provocation ». On sait depuis bien longtemps que tout opposant, y compris non-violent, sera qualifié par tel Erdogan ou Bachar El Assad de « provocateur », voire de terroriste. Ne tombons donc pas dans ce genre de panneau!
    Il y a en effet dans les affaires catalanes et corses des actes objectifs de provocation.
    Mais les plus graves ne viennent certainement pas du côté que désignent avec un bel ensemble les médias espagnols et français.

    Assez d’accord avec la distinction ethnos/demos. Mais je crois qu’une telle distinction est désormais bien intégrée par la plupart des indépendantistes que je connais. Il suffit d’entendre ou de lire des gens somme G. Simeoni, P. Etcheverry, etc. pour se rendre compte qu’un nationalisme ethniciste a fait son temps, que le peuple sur lequel ils s’appuient n’a rien à voir avec un « pur sucre » génétique, mais bien avec, comme vous le dites, une « association d’individus, convenant d’un « contrat social » et décidant de faire nation en partageant un destin et des valeurs politiques, quelles que soient leurs origines« .
    Sur ce point précis, je pense que les peuples minorisés ont largement à enseigner à beaucoup qui restent prisonniers du mythe d’un entre-soi franco-français, tel que le colportent les permanentes réactions nationalistes rapportées ci-dessus.

    D’accord avec vos formulations finales, qui reprennent d’une autre manière celles du Comte Lanza que je trouve particulièrement pertinentes pour ce qui est de l’asymétrie à laquelle je faisais allusion plus haut: « Pour parler maintenant des micronationalismes, je ne pense pas qu’ils puissent se comparer aux nationalismes des grands états-nations.
    Le micronationalisme tend seulement à avoir un état « comme tout le monde », il tend donc à l’existence et non à la domination ou au moins à la compétition comme les nationalismes des grandes nations.
    Même ainsi, il peut être facteur de tensions et de troubles, c’est incontestable.

    Mais son but ultime, c’est la quiétude des petits pays, et non l’arrogance et l’agitation brouillonne des grands ».

    [Je me permets d’ailleurs de ce pas d’ajouter le remarquable blog de Comte Lanza dans la liste de mes « favoris »].

    Cordialement.

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