D’une étrange désinhibition du nationalisme. Et de ses conséquences pour l’avenir de l’Europe et du monde.

Les mouvements patriotes basques et catalans sont loin d’être une nouveauté.

En cela, la tension prévisible – et pourtant tellement sous-estimée – qui s’est manifestée en Catalogne n’a pas grand-chose de surprenant pour qui s’intéresse tant soit peu à l’histoire des Espagnes.

Mais j’avoue avoir été étonné – quoiqu’encore une fois peu surpris – par autre chose : en l’occurrence la démesure et l’indécence de très nombreuses réactions face à des mouvements qui n’ont de cesse de se réclamer de la non-violence et de la démocratie.

Tout comme on s’est aperçu lors de la dernière campagne présidentielle qu’il ne fallait pas gratter beaucoup pour réveiller chez nombre de français les tendances xénophobes, islamophobes, voire antisémites etc. qui sommeillent à peine, on se rend compte qu’il existe – outre, bien sûr, des nostalgies franquistes en Espagne qui n’hésitent pas à entonner « la Cara al Sol », cela n’a rien d’un scoop –

http://abonnes.lemonde.fr/europe/article/2017/10/04/les-menaces-de-secession-ravivent-le-nationalisme-espagnol_5195914_3214.html

un nationalisme à fleur de peau sur le territoire français, dont la violence des réactions devrait constituer à juste titre un sujet d’étonnement et de préoccupation (cf. le post précédent pour ce qui est de la signification du terme nationalisme et de sa distinction d’avec le patriotisme).

Car « l’affaire catalane » (qui est avant tout, une fois de plus, une affaire castillane) semble avoir déclenché, si ce n’est chez l’ensemble des français, du moins dans l’échantillon représentatif qui se manifeste à travers les « commentaires » aux articles de journaux, un véritable psychodrame d’une ampleur que je n’aurais pas soupçonnée.

Le psychodrame d’une désinhibition délirante d’un nationalisme décomplexé.

Car comment qualifier ce qui bien souvent se présente comme un déchaînement haineux contre les « indépendantistes » catalans « incapables de prendre en compte les opinions qui divergent des leurs » (sic), aptes à « diviser pour régner sur des petits vieux qui comptent leurs sous » (sic), « aux portes de la xénophobie » (sic), « nationalistes étroits et égoïstes … méprisants, xénophobes » (sic), « sentiment de très forte supériorité, égoïsme effréné » (sic), « néo-nazis » (sic), pour ne dresser qu’un rapide florilège rassemblé en quelques minutes à la lecture de moins d’une vingtaine de commentaires.

Je laisse imaginer la liste qu’on pourrait établir en reprenant les milliers de commentaires suscités par des dizaines d’articles…. Cela justifierait une instructive approche sociologique.

Un tel déchaînement irrationnel donne le vertige : on s’attend presque à rencontrer le catalan aux doigts crochus (riche égoïste, voire banquier, bien sûr…), prêt à s’emparer sans scrupules des biens du petit peuple, et dont le portrait fleurissait jadis sur certaines affiches.

Pire même, puisque le terme de « nazi » est utilisé à de nombreuses reprises pour le désigner.

L’ensemble se révèle donc pour le moins inquiétant, d’où ma remarque suite à un article :

À lire bien des « commentaires » historiquement et juridiquement faibles, on est porté à croire que la « crise catalane », qui est surtout le problème d’une certaine Espagne, sert d’exutoire pour désinhiber un jacobinisme outrancier, voire des relents nationalistes français ou castillans à la tonalité bien ambigüe, si ce n’est raciste. Il y a pourtant mieux à faire pour la paix, l’honneur de l’Espagne, de l’Europe, mais aussi de la France et des français.

Aussitôt taxée bien sûr « d’incongruité » par un défenseur acharné de l’indissolubilité de l’État espagnol, de l’égoïsme quasi-génétique du peuple catalan et autres  billevesées.

[à propos de cet argument récurrent de « l’égoïsme », je me permets de reproduire mon « commentaire » à un autre article :

L’argument de « l’égoïsme catalan », insultant, est ridicule : les catalans ne sont ni plus ni moins égoïstes que tout autre peuple. Le problème est avant tout politique: pas plus que la France n’accepterait que ses impôts soient gérés par Berlin, la Catalogne n’accepte qu’ils soient gérés par Madrid. Si, comme aux États-Unis (70% de l’impôt redistribué au niveau fédéral en priorité aux États les plus pauvres) l’UE se dotait d’un budget solidaire, la Catalogne y participerait comme les autres.]

Il se trouve que je suis depuis bien longtemps sensibilisé à la problématique des peuples minorisés, et qu’à ce titre, j’ai rencontré et je rencontre encore nombre de militants catalanistes, occitanistes, abertzale (patriotes basques), etc.

Et n’en déplaise aux nationalistes français et castillans, ce n’est pas chez eux que je rencontre les étonnantes réactions évoquées ci-dessus.

Il y a certes eu, dans l’Histoire des mouvements patriotes basques, catalans, etc. des tendances se réclamant du « nationalisme » (le terme figure encore par exemple dans la dénomination du PNV – Parti Nationaliste Basque), cela parce que la classique conception des États-Nations telle qu’elle caractérisait l’Europe du XIXème siècle constituait une référence obligée pour qui entendait promouvoir les droits d’un peuple. N’oublions pas que le PNV fut fondé en 1895 par Sabino Arana Goiri, et que l’approche « nationaliste » au sens classique y est effectivement présente.

Lorsque Sabino Arana Goiri, fondateur du nationalisme basque dessine l’ikurriña (le drapeau basque), il justifie la croix de Saint André verte par une mythique autant qu’obscure bataille d’Arrigorriaga durant le haut Moyen Âge. Partout en Europe à la même époque, l’histoire devient un roman au service d’un projet politique (Peio Etcheverry, Peio Etcheverry-Ainchart, Pourquoi nous sommes Abertzale, 55 clés pour comprendre le mouvement basque, Arteaz, 2017, p. 14.

Quoi d’étonnant à ce que cette approche nationaliste soit alors présente dans les mouvements basques et catalans, tout comme elle l’est à la même époque en Allemagne, en Italie, ou dans la France de « nos ancêtres  les gaulois » qui suscite encore, on le sait, bien des nostalgies ?

Mais poursuivons notre lecture de l’ouvrage cité :

Les abertzale que nous sommes assumons – et voyons même comme une richesse – la diversité qui depuis des siècles caractérise les cultures et les peuples présents au Pays Basque.

Aujourd’hui, 53% des habitants du Pays Basque Nord y sont nés, et un tiers environ sont immigrés (ces statistiques sont respective­ment de 85% et 11% pour la France). Ces chiffres éclairent la réalité de ce territoire et de cette nation, et vont à l’opposé d’un Pays Basque fermé que certains se plaisent à évoquer. Malgré parfois des réticences ou des agacements – l’arrivée de dizaines de milliers de personnes supplémentaires au Pays Basque nord dans les prochaines décennies est parfois perçue avec inquiétude, pour la survie de la langue en particulier -, il est évident que l’immigration est un atout pour le Pays Basque, qui est l’un des territoires européens où le vieillissement de la population est le plus marqué. En outre, ce n’est pas à l’une des diasporas les plus actives de la planète – les personnes originaires du Pays Basque seraient près de 5 millions sur la planète – à choisir la fermeture des frontières ou une vision nombriliste de la nation.

Le Pays Basque est aujourd’hui un territoire multinational et les enquêtes régulières faites sur le sentiment d’appartenance de ses habitants le prouvent.

De ce fait, la conception française d’un État-nation univoque est rejetée, car elle ne correspond pas à la réalité de ce pays et porte en elle les germes de la non-reconnaissance des droits politiques d’une partie de la population. Nous souhaitons un statut politique qui conférerait une citoyenneté basque aux habitants qui le désirent. Quelle plus belle utopie qu’un immeuble bayonnais dans lequel un résidant choisirait une nationalité et son voisin de palier une autre, dans le respect mutuel et une parfaite égalité de droits ?

Dans ce domaine également, le Pays Basque pourrait être un laboratoire pour d’autres territoires de la planète (id. ibid. p.22).

À commencer par l’Europe, bien sûr…

Pour finir, il est assez étonnant de constater que les revendications ou les propositions développées par les abertzale depuis des décennies sont aujourd’hui plus que jamais en phase avec les défis qui se posent au Pays Basque, mais aussi à tous les habitants de la planète.

Il est habituel de dire qu’Euskal Herria est un pays singulier, nous autres abertzale avons à cœur de le conjuguer au pluriel. Face à un monde qui s’interroge sur l’identité, les frontières, le modèle socio-économique et l’avenir même de la planète, nous ne proposons pas des solutions toutes faites, mais plutôt des repères et des pistes pour relever ces défis.

Les préhistoriens sont nombreux à confirmer que le processus d’humanisation de la planète s’est fait par la diversification.

Devant les menaces d’uniformisation qui pèsent sur l’humanité dans tous les domaines, nous réaffirmons qu’être abertzale est la meilleure façon de construire l’universel (id. ibid. p. 96).

 

De telles affirmations, qu’on pourrait bien sûr trouver aussi sous la plume de la plupart des patriotes catalans, sont aux antipodes d’une compréhension archaïque des États-Nations tels qu’on les a connus fauteurs des guerres du XIXème et du XXème siècle, et tels qu’ils paraissent donc encore de nos jours attiser des antagonismes qui n’existent que parce les conditions en ont été créées par eux-mêmes, et susciter les bouffées délirantes de nationalistes arc-boutés sur la défense de modèles qu’on peut légitimement estimer dépassés.

Le patriotisme catalan, comme basque, etc. s’inscrit désormais dans son immense majorité dans ce type d’approche. Qu’elle prenne au niveau européen la forme d’une fédération, d’une confédération, ou une autre encore à inventer, la question est ouverte et féconde et mérite largement d’être discutée.

Qu’on qualifie « d’utopie » ce nouveau questionnement, soit.

Il n’empêche que, pour ma part, malgré les indéniables difficultés qu’elle soulève, je préfère partager une utopie de ce genre plutôt que des dystopies nationalistes capables de susciter les insultes ignorantes et nauséabondes mentionnées ci-dessus, ou celles qui estiment justifié qu’un État réponde par la force militaire aveugle aux revendications légitimes de millions de personnes.

L’avenir dira bien sûr si ce sera l’utopie ou la dystopie qui caractérisera l’Europe du futur. Je pense pour ma part que la deuxième ne pourrait se maintenir que de façon sans cesse plus violente et illégitime.

Qui peut penser en effet que le vouloir d’un Roi, et la complicité d’instances européennes qui – une fois de plus – ne se caractérisent ni par le courage ni par la clairvoyance, transformeront en « espagnols » des catalans qui, depuis des siècles, refusent la domination de Madrid ?

Il serait grand temps de sortir du déni et d’accepter les évidences…

Hélas, l’incroyable et honteux déchaînement verbal auquel donne lieu la simple évocation d’une question qui devrait alimenter une réflexion approfondie et argumentée laisse présager que le virus malfaisant du nationalisme fauteur de violences et de guerres est encore solidement installé dans bien des esprits.

 

PS :

Je suis en outre surpris que des productions sérieuses, qui me semblent indispensables bien que sujettes à légitimes discussions, telles que celles que j’ai mentionnées dans mon post précédent

https://www.unige.ch/gsi/files/9315/0461/7440/CATALONIAS_LEGITIMATE_RIGHT_DECIDE.pdf

http://www.diplocat.cat/fr/index.php?option=com_content&view=article&id=139&catid=104&lang=fr&Itemid=242

[ajout du 05/11: à ce jour, ces vidéos, qui contenaient diverses conférences relatives à la légitimité de l’indépendance de la Catalogne au regard du droit international, dont une journée d’étude organisée à l’IEP de Paris, ne sont plus disponibles.

C’est en fait l’ensemble du site diplocat.cat, site diplomatique de la Généralité de Catalogne, qui est désormais inaccessible sur le Web. Pour quelles raisons ? Censure de la part du gouvernement de Madrid ?]

ou encore :

https://ccec.revues.org/6230

n’aient reçu aucun écho dans les médias français ou castillans qui leur préfèrent trop souvent les jugements à l’emporte-pièce.

Harmoniser les différents niveaux du droit (national, européen, international) afin d’éviter le plus possible les tensions, dues à leurs conflits, que nous observons en ce moment, devrait être considéré comme une tâche urgente. Le psittacisme stérile de bien des réactions politiques, articles et commentaires montre hélas que le conformisme paresseux a de beaux jours devant lui, quitte à engendrer lui-même une violence contre laquelle il se glorifie de lutter.

Alors même qu’il en est le premier responsable…

 

Ajout du 09/10:

Une « réaction » postée ce matin suite à un article:

Quel que soit le nombre des manifestants [du 08/10], les opposants à l’indépendance auraient tort de se laisser griser par les chiffres. La solution ne passe pas par la rue et l’escalade des mobilisations. Les indépendantistes ont montré (cf. Diada de 2015) qu’ils sont capables de rassembler largement plus d’un million de personnes. En cas d’obstination, des manifestations coordonnées entre catalans, basques et galiciens auraient raison de l’État espagnol… L’urgence est celle d’un référendum légal.

Ajout du 20/10:

Est-ce que je me trompe, ou bien très peu de journaux nationaux ont relayé ces informations, que j’ai dû aller chercher du côté de la Belgique:

https://www.rtbf.be/info/societe/detail_amnesty-international-exige-la-liberation-immediate-des-deux-leaders-separatistes-catalans?id=9740348

https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2017/10/spain-excessive-use-of-force-by-national-police-and-civil-guard-in-catalonia/

Mais il est vrai que cette organisation n’offre pas des garanties de fiabilité suffisantes, comme le dit en particulier M. Poutine.

On comprend donc bien que des médias plutôt portés à refléter les opinions autrement crédibles des nationalistes français et castillans soient plutôt réticents à lui faire confiance.

Catalogne : Sauver l’honneur de l’Espagne. Et de l’Europe.

[Je me permets de dédier ces modestes réflexions à Battitta, récemment disparu, « Siset » (cf. vidéo finale) qui, parmi d’autres, m’a aidé à approfondir ce sujet et à mieux  en percevoir les enjeux. Milesker Battitta. Laster arte!]

Puisque nous sommes dans le Wiederholungzwang – la pulsion névrotique de répétition (cf. post précédent) – en voilà encore un exemple :

Le Roi de Castille et sa cour, tels qu’ils ont été restaurés par le Régent Franco, font désormais donner leurs troupes – la Guardia Civil en l’occurrence – pour faire rentrer dans le rang les Segadors factieux de Catalogne. Bien triste répétition d’autres répétitions…

(Suite à la révolte de 1640 contre le centralisme castillan, Pau Claris proclame, dès 1641, la première République Catalane. En souvenir de cet épisode, l’hymne national catalan porte le nom des révoltés : Els Segadors, « les faucheurs »).
https://www.youtube.com/watch?v=ntjDJmFp04M

Point n’est besoin d’évoquer la longue histoire par laquelle la Catalogne fut par étapes assujettie au pouvoir castillan, et les innombrables humiliations et persécutions subies jusqu’à nos jours (pour se limiter au siècle passé : interdiction de la langue catalane par Franco, exécution du président Lluís Companys par les fascistes, etc., etc.) auxquelles a donné lieu cet assujettissement, en dépit d’une permanente résistance. Une documentation considérable existe sur le sujet.

Mais convenons-en une fois pour toutes : qu’on le veuille ou non, l’identité catalane demeure un fait, une indéniable réalité que les vicissitudes historiques n’ont pu réduire. La vidéo ci-dessus en est un témoignage particulièrement éloquent. Et pas plus que jadis, ceux qui s’y essaieront n’y parviendront. Et ils seront loin d’avoir le beau rôle !

Et convenons-en aussi : à l’évidence, depuis l’union dynastique de l’Aragon et de la Castille en 1479, étape clef de la naissance de « l’Espagne » qui vit l’unification du royaume du fait de l’alliance d’Isabelle et de Ferdinand, le mariage entre la Castille et la Catalogne n’a jamais été vraiment consommé.

« Ratum sed non consummatum » : me rappelle à point nommé Stultitia, qui connaît le droit canonique sur le bout des doigts. « Il s’agit là d’une clause de nullité, et donc d’annulation de mariage ».

[correctif 22/09: voilà que je prends Stultitia en faute. C’est rare! Car la « non consommation » d’un mariage « ratifié » constitue en fait en droit canonique une clause de « dispense », et non de nullité. Mais cette nuance byzantine ne modifie rien en ce qui concerne la séparation du couple, possible dans les deux cas].

Ce blog n’est certes pas le lieu adéquat pour proposer une procédure de divorce. Mais il faut bien admettre que, lorsque 70% d’une population, sans présumer du résultat, estime légitime la tenue d’un référendum sur le sujet, il faut pour le moins reconnaître que la question se pose…
http://www.la-croix.com/Monde/Europe/arrestations-embrasent-Catalogne-2017-09-20-1200878367?from_univers=lacroix

Sans doute, dira-t-on, il faut aussi accorder, tout à l’honneur des gouvernements du post-franquisme, que des avancées considérables ont eu lieu en ce qui concerne la reconnaissance de la diversité « des Espagnes » et la mise en place de statuts d’autonomie, dont la Catalogne fut largement bénéficiaire.

Hélas, on le sait, ces avancées réelles poursuivies en particulier par le gouvernement Zapatero, se sont vues contrebalancées dans l’actualité récente par leur annulation partielle en 2010 et des régressions étonnantes, en particulier en ce qui concerne l’autonomie fiscale promise (alors que l’article 157.3 de la Constitution prévoit que certaines communautés autonomes puissent lever elles-mêmes leurs propres impôts, ceux de la Catalogne continuent de relever de l’Administration centrale espagnole).
http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/09/18/catalogne-on-est-dans-une-logique-de-fuite-en-avant-des-deux-cotes_5187385_3214.html

Pour ne pas parler de déclarations ô combien subtiles de ministres de gouvernements Rajoy (José Ignacio Wert, etc.) promettant entre autres d’ “espagnoliser les catalans”, initiative s’inscrivant dans la plus pure tradition discriminatoire d’un franquisme qui a souvent bien du mal à disparaître des esprits.

Sans doute l’une des importantes avancées sociétales occidentales a été la dédramatisation du divorce. Lorsque des conjoints ne s’entendent plus, on peut envisager des séparations à l’amiable qui ne sont pas nécessairement des ruptures violentes.

Mais il semble que la Castille, qui reste en cela très catholique à l’image de ses souverains fondateurs, préfère s’arc-bouter sur l’indissolubilité du mariage…

« Et pourtant, le « ratum sed non consummatum » relève du droit canon catholique. Cela ne devrait donc pas faire difficulté », ajoute Stultitia la savante. En effet.

Car, malgré le « désastre » durement ressenti de la perte de l’Empire colonial, scellée en 1898 par la guerre hispano-américaine et le traité de Paris, l’Espagne a montré qu’elle est capable de reconstruire son «identité narrative » en l’absence de cet élément constitutif qui fut pourtant central pour elle pendant des siècles.

Un divorce, une séparation, aussi pénibles soient-ils, ne signifient donc pas nécessairement la fin d’une histoire (ou d’une Histoire). Ils peuvent (et doivent) s’inscrire dans la perspective d’une « reconfiguration » du récit – selon des expressions empruntées à Paul Ricoeur – propre à impulser une nouvelle dynamique.

Pas plus l’ethnogenèse que le processus de constitution des nations ne se fixent en des figures statiques et intangibles : la perte d’un empire colonial peut-être une libération, pour les ex-colonies bien sûr, mais aussi pour les nations colonisatrices elles-mêmes, qui peuvent désormais nouer avec des peuples jadis humiliés des relations plus saines et franches, plus respectueuses, des relations d’égal à égal. Et cela se vérifie y compris au niveau économique.

Il n’est pas interdit de réussir un divorce. Mais la violence exercée par l’une des parties risque à l’évidence de rendre les choses plus difficiles.

Pourquoi ne pas concevoir cependant, dans le cas des rapports de la Castille et de la Catalogne, qu’une situation quasi-coloniale, marquée par une permanence de la violence sous des formes variables au cours de l’Histoire – violence militaire, policière, institutionnelle – de la part d’un État nationaliste, puisse évoluer vers une pacification par une résolution à l’amiable ?

[Précision importante : quand je parle de « nationalisme », je comprends bien sûr le terme dans le sens que lui donne de façon relativement consensuelle la philosophie politique, en le distinguant du patriotisme : en ce sens le nationalisme consiste à vouloir édifier sa propre nation et sa propre culture au-dessus des autres, et à les développer au détriment des autres. Les États nationalistes auxquels je fais allusion ici sont ceux qui, comme « l’Espagne » castillane, ont prétendu ou prétendent encore « espagnoliser » les catalans, basques ou galiciens, tout comme ceux qui prétendent « franciser » les bretons ou siniser les tibétains, etc. C’est donc aussi la résistance à ce type de normalisation linguistique, culturelle, politique, etc. qui prend légitimement le nom de patriotisme.
Hélas, ces États nationalistes, prisonniers d’un « habitus » multiséculaire de déni de leur comportement réel, pratiquent généralement une omerta politique, médiatique, philosophique, etc. et qualifient de « nationalistes » les peuples qui manifestent, eux, une revendication authentiquement patriotique. Classique renversement des responsabilités. Pour la majorité des médias « espagnols » – mais aussi français, qui partagent le même « habitus » – c’est bien entendu les catalans, les basques etc. qui sont qualifiés de « nationalistes », avec une évidente connotation négative, voire criminelle. Alors que l’Histoire montre sans équivoque que c’est la Castille qui a toujours cherché à imposer sa langue et ses institutions, y compris par la violence et la persécution, et jamais l’inverse. Qui soutiendra en effet qu’il a un jour entendu un catalan affirmer qu’il fallait « catalaniser » Madrid ?)].

Mais ce ne sont certes pas les dernières opérations policières qui permettront ce genre de résolution.

Pourtant, une nation comme l’Angleterre, confrontée à une situation proche, a fait montre d’un courage qui l’honore en acceptant en 2014 d’autoriser un référendum d’indépendance par lequel les écossais devaient se prononcer sur l’avenir de ce qu’ils perçoivent légitimement comme étant leur nation.

Le refus de ce genre d’autorisation de la part du gouvernement Rajoy n’est donc absolument pas une fatalité, même s’il risque hélas de constituer désormais un exemple pour l’actuelle première ministre Thérésa May, qui semble plutôt portée sur la manière dure.

Il faut hélas craindre que, du côté espagnol comme du côté anglais, le fait de dénier, par l’utilisation de la violence institutionnelle et policière, à des peuples fortement mobilisés toute possibilité d’auto-détermination, constitue une grave provocation qui risque de ne pas rester sans conséquences. Car on ne peut sans risque s’opposer à la volonté exprimée par des millions de personnes.

Il en va de la dignité de l’Espagne et de l’Angleterre, comme le comprennent d’ailleurs fort bien des partis à l’audience non négligeable (Podemos, Izquierda unida, etc. pour l’Espagne, qui refusent de cautionner les agissements nationalistes de Rajoy). Ces nations, et bien d’autres, s’honoreraient en reconnaissant les droits légitimes de peuples qu’ils ont minorisés, plutôt que de continuer à leur manifester leur mépris en utilisant la seule répression judiciaire et policière.

Ajoutons qu’il en va aussi sans doute de l’honneur de l’Europe.

Le spectre d’un « éclatement » de celle-ci, si souvent agité, est en effet totalement disproportionné : hormis une minorité infime à l’extrême gauche (d’ailleurs proche des opinions développées par des partis qui se présentent en France comme « la seule opposition ferme »…), l’immense majorité des catalans est résolument pro-européenne. Tout comme la majorité des écossais, dont la sécession pourrait d’ailleurs constituer, après le « brexit », une aubaine pour l’Europe.

Certes, comme l’a déclaré la Commission européenne, le référendum catalan « est d’ordre constitutionnel interne à l’Espagne ». Il n’appartient pas aux instances européennes de décider à la place des États ; mais Jean Claude Juncker, tout en rappelant le droit européen, n’en convient pas moins qu’ « il est évident que si un oui à l’indépendance de la Catalogne voyait le jour, nous respecterions ce choix ».
https://www.youtube.com/watch?time_continue=3&v=JcylrPxCXGM
https://www.euractiv.fr/section/politique/news/catalonian-independence-juncker-ventures-into-unchartered-waters/

Dans un contexte où l’euroscepticisme constitue une réelle menace, serait-il en effet cohérent de multiplier les difficultés à des entités (l’Écosse, la Catalogne) qui, outre leur puissance économique non négligeable, revendiquent résolument leur appartenance à l’Europe ?

On peut raisonnablement prévoir que leur réintégration serait facilitée, moyennant le recours à quelques dispositions juridiques adéquates (cf. dans l’article mentionné ci-dessus, le principe d’intégration des « États successeurs », qui permettrait « d’hériter » d’une adhésion précédente).

La situation ne relèverait donc pas du tragique que se plaisent à dépeindre ceux qui instrumentalisent la terreur de « l’éclatement », dans le but manifeste de sauvegarder un statu quo qui fait l’affaire des États centralisateurs.

Rappelons que le changement de statut de l’Écosse ou de la Catalogne exige la majorité à un référendum, ce qui limite tout de même largement le nombre des candidats potentiels. Il y aura bien sûr des candidats plausibles et légitimes, mais il est peu probable que la Savoie ou la Picardie empruntent cette voie dans l’immédiat…

Ajoutons que la question est avant tout celle de la cohérence éthique et du respect de la démocratie : l’Europe, qui se plait à faire la leçon à des États faisant peu de cas du droit de leurs « minorités » (cf. la Turquie, par exemple), s’honorerait aussi en montrant la voie d’une résolution non-violente et courageuse de la question posée par ses propres peuples minorisés.

La capacité à reconnaître la légitimité de leurs aspirations tout en leur conférant un statut en son sein pourrait constituer en outre un séduisant défi à relever, largement à sa portée, et revêtir une valeur d’exemplarité à même de redorer un blason terni par l’absence de projets autres que trivialement économiques.

Car si l’Europe ne s’engage pas dans cette voie, qui donc le fera ?

La reconnaissance des droits du peuple tibétain risque en effet de faire long feu si les autorités chinoises, à l’exemple de M. Rajoy, considèrent que seul le peuple chinois dans son ensemble est apte à décider « démocratiquement » du sort des populations que la Chine a rendues minoritaires…

Espérons donc que l’actuel gouvernement espagnol ne réveille pas, une fois de plus, par son recours à la « violence première » institutionnelle et policière, cette « violence seconde », réactive, dont l’Espagne a trop souvent fait les frais.

Pas plus que d’autres, les catalans ne le souhaitent.

Depuis longtemps, en dépit des provocations et des humiliations des « gens orgueilleux et superbes », ils ont fait le choix de n’aiguiser la faux que dans leur hymne.

Mais, on le sait, on peut s’attendre en revanche à ce qu’ils tirent sans faiblir sur le pieu qui les attache, comme ils l’ont toujours fait. Et il est certain qu’ils ne s’arrêteront pas avant de l’avoir fait tomber.
https://www.youtube.com/watch?v=2wRqbwHS4Hs
https://www.lacoccinelle.net/261857.html

Il en va donc des intérêts aussi bien que de l’honneur du peuple « espagnol » et de ses gouvernants de reconnaître enfin sans équivoque, dans la justice et la paix, la force de ce droit.

*******************************

 

Ajout du 22/09:

Pour les abonnés, un entretien important, qui fait le point sur l’état de la question :

http://abonnes.lemonde.fr/europe/article/2017/09/22/carles-puigdemont-president-de-la-catalogne-nous-n-allons-pas-renoncer_5189331_3214.html

Et puisque « Le Monde » semble avoir du mal à valider mes commentaires sur le sujet, je reporte ici le second (le premier n’ayant pas eu l’heur de passer):

Bien étrange – mais peu surprenant – de constater comment l’ignorance ainsi qu’un « habitus » nationaliste bien ancré font que la majorité des commentaires ci-dessous [ceux qui suivent l’entretien avec M. Puigdemont] accusent en fait … les victimes, et exonèrent des opérations policières qui bafouent un état de droit démocratique.

****************

Et une « somme » qui devrait désormais faire référence, rédigée par quatre spécialistes reconnus du droit international (elle est hélas réservée pour le moment aux anglicistes):

https://www.unige.ch/gsi/files/9315/0461/7440/CATALONIAS_LEGITIMATE_RIGHT_DECIDE.pdf

Nicolas Levrat, directeur du Département de droit international public de l’Université de Genève, y affirme notamment que « les citoyens de pays démocratiques ont le droit de choisir le cadre politique dans lequel ils veulent vivre » .

  « La volonté des citoyens catalans de pouvoir décider eux-mêmes de leur futur politique et de la nature de leurs relations avec Madrid est légitime », résume-t-il. Le panel d’experts se base notamment sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, garanti par la charte des Nations unies et le Pacte sur les droits civils et politiques de 1966. Problème, il faut définir ce qu’est un « peuple » et là les interprétations juridiques divergent.

https://www.rts.ch/info/monde/8937106-en-catalogne-le-gouvernement-espagnol-joue-a-un-jeu-dangereux-.html

Rappelons toutefois qu’en 2006, le nouveau statut d’autonomie approuvé par le Parlement espagnol (« l’Estatut » en catalan) et validé par référendum en Catalogne reconnaissait la légitimité du terme « Nation » pour qualifier le peuple catalan.

C’est ce statut qui a été partiellement annulé de façon unilatérale en 2010 par le gouvernement Rajoy. [correctif du 05/11: en fait  l’Estatut a été rogné par le Tribunal Constitutionnel sur l’initiative du PP, alors dans l’opposition; Zapatero étant toujours président du gouvernement en 2010. Voir commentaire de EAT à mon post du 03/11].

 

Ajout du 24/09:

Une petite mise au point suite à une bonne vidéo du monde

http://abonnes.lemonde.fr/europe/video/2017/09/22/pourquoi-les-catalans-souhaitent-ils-etre-independants_5189999_3214.html

et à des accusation « d’égoïsme », de caprices de riches ou « d’enfant gâtés » (sic) qui « méprisent le reste des espagnols » récurrentes dans les commentaires (cf. ci dessus sur ce dernier point le rapport entre l’inexistante politique de « catalonisation des espagnols » versus les permanentes tentatives « d’espagnolisation des catalans ». « Y ‘a pas photo« , tout de même …  ):

L’argument récurrent de « l’égoïsme catalan » est ridicule et significatif du mépris dont souffrent les peuples minorisés. Ce  qu’ils refusent, c’est la confiscation par Madrid de leur souveraineté fiscale, tout comme la France refuserait que ses impôts soient gérés par Berlin. Leur revendication d’appartenance à l’Europe implique bien d’accepter pleinement de contribuer au budget de l’Union. Bruxelles plutôt que Madrid. « L’égoïsme » n’a donc rien à voir dans l’affaire, qui est avant tout politique.

Pour approfondir les questions de droit, une série de vidéos sur :

http://www.diplocat.cat/fr/index.php?option=com_content&view=article&id=139&catid=104&lang=fr&Itemid=242

Et encore:

https://vimeo.com/100200291

[ajout du 05/11: à ce jour, ces vidéos, qui contenaient diverses conférences relatives à la légitimité de l’indépendance de la Catalogne au regard du droit international, dont une journée d’étude organisée à l’IEP de Paris, ne sont plus disponibles.

C’est en fait l’ensemble du site diplocat.cat, site diplomatique de la Généralité de Catalogne, qui est désormais inaccessible sur le Web. Pour quelles raisons ? Censure de la part du gouvernement de Madrid ?]

 

Rien de nouveau sous Frère Soleil. À propos des « langues régionales » et de la démographie pontificale.

Une simple allusion, que je reprendrai peut-être un jour de façon plus détaillée, à ce qu’il faut bien désormais qualifier de gag, en l’occurrence la saga inénarrable à laquelle donne lieu, depuis près de 25 ans, dans le « pays des droits de l’homme », la signature et la ratification de la pourtant bien modérée « Charte européenne des langues régionales ou minoritaires ».

http://conventions.coe.int/Treaty/FR/Treaties/Html/148.htm

À croire que la terreur centralisatrice jadis instaurée par les Jacobins s’est muée en terreur de leurs actuels héritiers, horrifiés par la perspectives de hordes d’italo-romans, de gallo-italiques, de bas franciques, de bretons trégorrois ou vanetais, de vivaro-alpins ou autres basques, bretons corses, occitans ou catalans venant se ruer pour malmener les Principes Fondamentaux d’Indivisibilité et d’Unicité qui font la gloire de notre République depuis la Révolution Jacobine (oh, pardon : française…).

Eh oui ! « L’unité dans la diversité », « le respect des différences », slogans si allègrement proclamés paraissent chez nous bien difficiles à assumer.

Que ce soit en ce qui concerne l’idée laïque, que beaucoup voudraient voir décliner jusque dans les cantines scolaires (à croire que les industriels du cochon auraient trempé dans l’affaire…) comme « Unité dans la laïcardité » (cf. là-dessus nombre de posts précédents), comme en ce qui concerne les langues et les cultures, où l’on nous propose sans complexe « l’unité dans l’uniformité ».

Peut-être faudrait-il alors que notre France si facilement donneuse de leçons se tourne un peu vers ce qui se fait ailleurs, dans toutes ces nations menacées à l’évidence par les drames d’une dislocation imminente, que sont en l’occurrence l’Allemagne, l’Arménie, l’Autriche, Chypre, la Croatie, le Danemark, l’Espagne, la Finlande, la Hongrie, le Liechtenstein, le Luxembourg, le Monténégro, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie, le Royaume-Uni, la Serbie, la Slovaquie, la Slovénie, la Suède, la Suisse, la République tchèque et l’Ukraine, toutes nations ayant ratifié la charte et dont l’effrayant laxisme ouvre la porte à un aventurisme du plus mauvais aloi.

Mais, contre vents et marées, « s’il n’en reste qu’une, nous serons celle-là » (peut être ex aequo avec la Russie de Poutine, qui sait ?).

Je ne nie pas que la chose représente certes une certaine complexité pour ce qui est du droit constitutionnel, et bien sûr la possibilité de quelques éventuelles dérives.

Mais un réel respect d’autrui et de sa culture, au-delà des habituelles déclarations incantatoires qui n’ont jamais mangé de pain, ne justifie-t-il pas une – bien minime – prise de risque, celle qu’assument justement de façon sereine les nations signataires mentionnées plus haut ?

Encore une fois, les très audacieux débats constitutionnels que suscite cette charte somme toute bien anodine me font penser aux réflexions tellement pertinentes de G. Canguilhem, lorsqu’il définissait la santé et la maladie, en fonction de la capacité ou de l’incapacité pour un organisme vivant de produire de façon dynamique de la normativité face au renouvellement et à l’évolution de son environnement.

Nouveau signe qui nous renseigne sur l’état de santé politique de notre vieille France :

« Parmi les allures inédites de la vie, il y en a de deux sortes. Il y a celles qui se stabilisent dans de nouvelles constantes, mais dont la stabilité ne fera pas obstacle à leur nouveau dépassement éventuel. Ce sont des constantes normales à valeur propulsive. Elles sont vraiment normales par normativité. Il y a celles qui se stabiliseront sous forme de constantes que tout l’effort anxieux du vivant tendra à préserver de toute éventuelle perturbation. Ce sont bien encore des constantes normales, mais à valeur répulsive, exprimant la mort en elles de la normativité. En cela elles sont pathologiques ». (Le normal et le pathologique, Paris, PUF 1998 (7) p. 137).

« Tiens ! », me rappelle Stultitia, « tu les avais déjà citées à propos du pape et des ‘’efforts anxieux’’ d’institutions ecclésiastiques face aux ‘’perturbations’’ du vivant ».

En effet.

Et voilà qui me permet une transition avec une autre problématique qui me paraît susciter le même type de positions particulièrement courageuses et prophétiques.

De façon certes louable, l’encyclique « Laudato si » aborde les questions environnementales et écologiques et développe sur le sujet bien des réflexions nécessaires et de bon sens.

Je ne reviendrai pas sur ces aspects positifs, déjà largement évoqués par les nombreux thuriféraires habitués à ce genre d’exercice.

Mais il se trouve que Stultitia et moi nous intéressons aux questions écologiques depuis près de 50 ans.

Alors sans doute notre lecture depuis belle lurette du « Printemps silencieux » de Rachel Carson (paru il y a 53 ans, faut-il le rappeler…), ainsi que d’autres ouvrages allègrement quarantenaires de René Dumont, André Gorz ou Jacques Ellul nous empêche-t-elle de goûter à sa juste mesure la portée à n’en point douter prophétique de cette encyclique, à une époque où même la presse people s’est emparée des thèmes « écologiques » et les ressasse en « Une » à la moindre occasion.

« Mieux vaut tard que jamais », me direz-vous.

Certes ! Et le siècle nécessaire à la reconnaissance (sur bien des points non encore achevée…) par les institutions ecclésiastiques des vertus possibles de la démocratie, de la liberté de pensée ou de la laïcité pourrait même faire penser que le délai de prise en compte de la question écologique représente pour les dites institutions une sorte de record de rapidité.

Je le concède volontiers.

Mais ce n’est pas cela qui nous tracasse.

Ni même le fait que, par exemple, ayant depuis bien longtemps renoncé pour l’essentiel à la consommation de viande autant par respect pour la condition animale que par refus d’une hypertrophie du développement au niveau mondial d’un élevage intensif dramatiquement gaspilleur de terres, d’eau, de céréales ou protéines végétales (même si, en tant qu’amoureux de la montagne, nous soutenons un élevage raisonné et respectueux, qui est la façon la plus optimale d’utiliser certains types de sols), nous ne trouvions aucune trace d’une quelconque réflexion sur l’indispensable réforme de certaines pratiques nutritionnelles, réforme qui pourrait pourtant contribuer de façon non négligeable à la sécurité alimentaire de l’humanité à venir.

Ce genre de remarque, susceptible de rompre la lénifiante généralité consensuelle du propos se révèlerait-il donc, pour le coup, un peu trop dérangeant, je n’oserais dire « prophétique » ?

Non. Ce qui me frappe surtout, sans pour autant me surprendre (« Rien de nouveau sous Frère Soleil », disais-je en titre…) c’est l’absence quasi-totale d’une réflexion sur la question démographique, abordée en quelques lignes d’une façon évidemment dogmatique (les seules références renvoient… à des textes du magistère !), simpliste et caricaturale.

« Mais ‘’s’il est vrai que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire’’ (en note : Conseil Pontifical «Justice et Paix », Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, n. 483).
Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes. On prétend légitimer ainsi le modèle de distribution actuel où une minorité se croit le droit de consommer dans une proportion qu’il serait impossible de généraliser, parce que la planète ne pourrait même pas contenir les déchets d’une telle consommation. » &50, p. 16 de l’édition du Saint Siège.

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si.pdf

Mais, cher Saint Père, ne connaissez vous donc pas des penseurs et des scientifiques qui dénoncent à la fois « le consumérisme extrême et sélectif de certains » et « l’augmentation de la population » ?

Il serait alors urgent de compléter votre documentation.

Par exemple par Alan Weisman, que j’ai cité bien des fois :

Politique, démagogie, démographie. Une petite recension d’Alan Weisman : « Compte à rebours. Jusqu’où pourrons-nous être trop nombreux sur terre ? »

Ou encore, par les propos de Mathis Wackernagel, récemment rapporté dans l’impressionnant article :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/08/13/a-partir-de-ce-soir-la-terre-vit-sur-ses-reserves_4722826_3244.html
(à compléter par :
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/08/14/en-50-ans-le-jour-de-depassement-de-l-humanite-a-avance-de-4-mois_4724732_4355770.html#xtor=RSS-3208 ).

« Pour le fondateur du Global Footprint Network, cette prise de conscience est essentielle, car ensuite, les leviers d’action sont multiples : ‘’Densifier les villes, transformer notre système énergétique en développant les énergies renouvelables et en économisant l’énergie, réduire la place de la viande dans notre alimentation [tiens donc !] et aussi encourager la population à avoir moins d’enfants.’’ ». (c’est moi qui souligne).

Ou encore par les critiques rapportées dans l’article fondamental « Le pape, l’encyclique et la démographie », sur le site tout aussi fondamental auquel je me permets ici de larges emprunts :
http://economiedurable.over-blog.com/2018/06/le-pape-l-encyclique-et-la-demographie.html

« Le pape raisonne sur nos modes de consommation, et non sur le nombre d’êtres humains qui consomment. Le gros reproche qu’on peut faire à l’Église, et pas uniquement catholique, c’est de sous-estimer le problème démographique. Pour le Vatican, plus il y a de bébés, mieux c’est. Abraham voulait que ses descendants soient plus nombreux que les grains de sable. Toutes les religions se basent sur des textes écrits il y a 1500, 2000, 2500 ans, à une époque où les hommes étaient si peu nombreux que la moindre épidémie pouvait faire périr l’humanité. Dans ces circonstances il fallait faire des enfants pour assurer sa survie. Aujourd’hui, la situation s’est renversée, nous sommes sept fois plus nombreux qu’il y a 100 ans, 70 fois plus nombreux qu’à l’époque de Jésus ».

déclare Odon Vallet (dans Terra Eco du 17/06/2015), porte-parole bien connu de ceux qui prétendent « légitimer ainsi le modèle de distribution actuel où une minorité se croit le droit de consommer dans une proportion qu’il serait impossible de généraliser », et tout aussi célèbre pour sa « façon de ne pas affronter les problèmes ».

Ajout du 17/08:

[Pour information, petit aperçu biographique sur Odon Vallet (tiré de Wikipédia):

Fils de Jean Vallet, ancien dirigeant de la compagnie d’assurances GPA-Athéna, mort dans un accident de voiture en 1954, et de Mme, née Aubin de Blanpré, infirmière, Odon Vallet hérite de 320 millions de francs en 1989 (soit l’équivalent de 69,75 millions d’€ 2010) lors de la vente de la société (Odon Vallet avait 42 ans). Cette fortune sera donnée à la Fondation de France – Fondation Vallet en 1999.]

Ou encore Hubert Reeves, à l’évidence autre éminent suppôt du capitalisme international :

« On peut regretter cependant que le pape n’ait pas abordé également la question de la croissance démographique et de la surpopulation – un des principaux problèmes en relation avec l’avenir de la vie sur la terre – et son pendant : le contrôle des naissances » (Le point du 23/06/2015).

Et, toujours cités par le blog « Économie durable » :

Pour sa part, voici ce que déclarait Robert Walker, président du Population Institute dans un entretien avec le Huffington Post le 18 juin dernier (traduction : Elisabeth Bouchet) :
« Je n’ai jamais rencontré le pape François, aussi je ne considère pas qu’elle s’adresse personnellement à moi, mais lorsque j’ai lu l’encyclique, longtemps attendue, sur le changement climatique et l’environnement, je confesse avoir éprouvé une certaine gêne. Alors que j’applaudissais de tout cœur à son appel à l’action pour le changement climatique, j’ai été frappé, et cette fois personnellement, en voyant qu’il écrit que « Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité».
Humm. Je suis sûr qu’il en y a « qui ne proposent qu’une réduction de la natalité », mais parmi les propositions sérieuses de planification familiale, je ne connais pas quelqu’un qui puisse croire que les défis posés par la faim chronique et par l’extrême pauvreté puissent être résolus par les seuls contraceptifs. Au contraire, ils croient, comme moi, qu’un accès amélioré à la contraception puisse faire partie intégrante, – mais essentielle – d’un effort plus large d’amélioration de la santé et du bien-être dans les pays en développement.
Plutôt que de reconnaître que l’accès plus étendu aux moyens de contraception puisse améliorer les vies des femmes et de leurs familles dans les pays en développement, l’encyclique du pape insiste sur le fait que « la croissance démographique est totalement compatible avec un développement total et partagé ». Totalement compatible ? Les chefs de l’Église de Rome pourraient tirer bénéfice de la lecture du rapport que mon organisation « Population Institute » a publié cette semaine. Ce rapport est intitulé « Vulnérabilité démographique : là où la population s’accroit se posent les plus grands défis ». Le rapport identifie et classe 20 nations qui font face aux plus grands défis démographiques en relation avec la faim, la dégradation de l’environnement et l’instabilité politique. Les 10 pays en tête de ce classement sont le Sud Soudan, la Somalie, le Niger, le Burundi, l’Érythrée, le Tchad, la République Démocratique du Congo, l’Afghanistan, le Yémen et le Soudan.
Le rapport explique comment les projections de croissance démographique posent un énorme défi pour ces pays. Ils sont sans exception en train de se battre contre vents et marées afin de soulager la faim et d’éliminer la très grande pauvreté. Des progrès significatifs ont été faits dans la réduction globale de la faim mais la plupart des gains ont été obtenus dans des pays où la fertilité est relativement basse. Là où la fertilité reste élevée, la bataille contre la faim est loin d’être gagnée.
Dans certaines régions d’Afrique subsaharienne, le nombre d’enfants sous-alimentés est actuellement en augmentation, comme l’est la population.
Le Population Reference Bureau projette que la population du Burundi, (pays qui est dans la tête du classement du GHI (IFPRI 2014 Global Hunger Index- index global de la faim-) augmentera de 154 % d’ici à 2050. La population du Sud Soudan (qui est classée très haut en ce qui concerne la faim) est appelée à augmenter de 236 % d’ici à 2050 (3). Et encore, ces projections font-elles le pari que la fécondité va poursuivre son déclin historique.
De même, tandis que nous avons fait de grands progrès dans la réduction de la pauvreté extrême, particulièrement dans les économies émergentes, les progrès ont été longs dans les pays où la natalité demeure élevée.
La population du Niger, qui se classe n°1 dans l’index multidimensionnel de la pauvreté des Nations Unies 2014, est en passe d’augmenter de 274 % au cours des 35 prochaines années. La population du Mali, qui est 4ème dans le classement de la pauvreté, va augmenter de 187 %.
Un accès plus étendu aux contraceptifs, seul, ne pourra pas répondre de façon adéquate aux défis que ces pays vont rencontrer. A peine. Même avec une augmentation relativement conséquente de l’usage de la contraception correspondant à un déclin de la fécondité, les populations de ces pays vont continuer à croître pendant les décennies à venir.
Comme il a été souligné dans le rapport de Population Institute, un accès élargi à la contraception doit être accompagné par des investissements dans l’éducation des filles et l’autonomisation des femmes. Il faut limiter les pratiques de mariages d’enfants, qui sont toujours d’actualité dans de nombreuses parties du monde, et les USA ainsi que les autres pays donateurs doivent développer l’assistance agricole. Dans les pays en stress hydrique, les investissements pour la protection l’eau et dans les infrastructures sont nécessaires de manière urgente. Dans les pays en développement qui sont gravement déforestés, comme Haïti, il y a nécessité d’une aide en faveur de la reforestation. Dans les pays à faible gouvernance et où la corruption est largement étendue, la société civile doit être renforcée.
L’encyclique papale souligne que l’on doit lutter contre les inégalités économiques et contre le gaspillage alimentaire. Amen. Mais, s’il vous plait Votre Sainteté, faites en sorte que chaque femme dans le monde puisse être en mesure de décider par elle-même, hors de toute coercition, combien d’enfants elle aura et quand elle les aura. Le choix de se reproduire n’est pas seulement un impératif moral, c’est aussi un impératif pour l’humanité. Sans l’accès étendu aux méthodes modernes de contraception, les taux de mortalité des enfants et des femmes dans les pays en développement resteront à un niveau inacceptable et de nombreuses femmes et leurs familles ne sortiront jamais à la pauvreté ».
Aux États-Unis voici le communiqué du Center for Inquiry (CFI) (traduction D. Barthès)
Le Center for Inquiry a examiné l’encyclique, Laudato Si, publié aujourd’hui par le chef de l’Église Catholique, le pape François.
Le CFI partage la préoccupation du Pape François à propos de l’environnement et se félicite de sa reconnaissance du consensus scientifique quant à la cause du changement climatique, à savoir l’effet de serre généré par l’activité humaine. Nous saluons aussi sa reconnaissance du fait que notre crise environnementale va au-delà du changement climatique, que nous épuisons nos réserves d’eau et conduisons à l’écroulement de la biodiversité. Cependant, nous regrettons que le pape ne reconnaisse pas que l’Église Catholique a contribué à ces problèmes par son opposition irrationnelle et inflexible à une planification familiale responsable.
En effet, non seulement ne pape François ne parvient pas à reconnaître le tort causé par l’opposition de l’Église à la contraception, mais, étonnamment, il utilise cette encyclique pour s’attaquer une fois encore à la planification familiale, affirmant que les préoccupations légitimes quant à la croissance de la population sont «une façon de refuser de s’engager vers les vraies solutions »
C’est l’Église Catholique qui refuse les vraies solutions
La surpopulation n’est certainement pas la seule cause de la crise environnementale, mais il n’y a pas de volet de cette crise pour lequel elle ne constitue pas un facteur important, et une population en croissance rapide ne fera qu’exacerber les problèmes environnementaux.
L’opposition réitérée et injustifiée du pape au contrôle des naissances, nuira finalement à la portée de ses autres observations, dont certaines sont pourtant méritoires. Celui qui pense qu’utiliser un préservatif constitue une grave atteinte morale ne peut être pris au sérieux ou être considéré comme un expert des problèmes de notre monde. Le pape Francis dépense beaucoup d’énergie pour dénoncer le mauvais usage de la technologie. En dernière analyse, son encyclique démontre que le monde souffre autant de la pensée dogmatique que des abus de la technologie

La question démographique est à l’évidence complexe. Alan Weisman lui-même, dans le livre qui fait l’objet de ma recension mentionnée plus haut, donne la parole, même s’il les récuse, à certains critiques de la régulation des naissances, qui développent des arguments proches de ceux employés par le pape (cf. Betsy Hartmann p. 52 ; Fred Pearce p. 127-129, etc.).

À la fin de ma recension, je signale en outre à titre d’exemple les positions de Sylvie Brunel sur le sujet, pour laquelle la terre pourrait supporter sans problème les onze milliards d’habitants qu’on nous promet à la fin du siècle.

On attendait alors d’un travail sérieux qu’il assume cette complexité, en faisant état de façon rigoureuse de la pluralité des thèses qui s’affrontent, plutôt que de prétendre l’évacuer en trois phrases, d’une façon parfaitement dogmatique et partiale qui suffit hélas à décrédibiliser, s’il en était besoin, l’approche méthodologique de l’ensemble du document.

Et ce ne sont certes pas les déclarations bien ambigües du pape aux Philippines qui suffiront à équilibrer le propos, tant elles relèvent à l’évidence de l’injonction paradoxale.

Où l’on apprend comment le bon pape François prêche aux petits lapins dans le jardin enchanté de Double Injonction.

Pour prendre la question un peu plus au sérieux, manque-t-on à ce point de signes amenant à penser que l’accroissement démographique – s’il n’est bien sûr pas seul en cause -pose désormais à l’humanité des problèmes inédits et que les tensions qu’il fait subir à notre environnement entraînent déjà nombre de crises majeures (influence sur le réchauffement, épuisement des ressources, pollution des océans, surexploitation des terres agricoles, réduction catastrophique de la biodiversité du fait de la course à l’exploitation de celles qui restent, etc.) ?

Parmi bien d’autres liens possibles, en plus de ceux que j’ai pu donner au fil de posts précédents, et bien sûr des informations données dans l’ouvrage d’Alan Weisman, ceux-ci insistent particulièrement sur l’urgence de l’action :

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2015/01/2014-ann%C3%A9e-la-plus-chaude-noaa.html
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2014/12/22000-esp%C3%A8ces-sur-liste-rouge.html
http://www.manicore.com/documentation/articles/echos_juin2015_regle_trois.html
http://petrole.blog.lemonde.fr/2015/05/25/le-climat-cest-cuit-pourquoi-la-conference-climatique-de-paris-sera-un-succes/

etc., etc. etc.

Sans vouloir  réhabiliter un malthusianisme ambigu qui a fait son temps, il faudrait peut-être envisager de telles questions autrement que par la répétition incantatoire de quelques principes présumés intangibles, exaltant la procréation sans régulation, sous le prétexte simpliste qu’ils auraient à voir avec une « révélation religieuse » dissociée de toute approche herméneutique (cf. dans le livre cité d’Alan Weisman p.21-22, l’interprétation que donne Jérémy Bernstein contestant la sempiternelle référence au « croissez et multipliez » biblique : « dans le midrash, Dieu adresse aussi un avertissement à Adam : ‘’Prends soin de ne pas corrompre et détruire Mon monde, car si tu l’abimes, personne ne viendra après toi réparer les dégâts »).

Et proposer de ces problèmes essentiels une discussion digne de ce nom.

Contrairement aux allégations de pessimisme et de défaitisme prêtées aux partisans de cette urgente régulation des naissances généralisée au niveau mondial – qui pourrait ramener en un siècle la population à deux milliards d’habitants, soit celle des années 1930 – on pourrait alors se demander si ce ne sont pas eux les véritables optimistes.

Car, dans un monde qui présente de fortes probabilités d’avoir désormais à affronter bien des crises dues en bonne partie à l’inadéquation de la population croissante à ses ressources décroissantes et à son environnement limité, ils pourraient bien faire partie des « résistants » : de ceux qui refusent cette fatalité et cette commode passivité qui présentent des risques objectifs non négligeables de nous mener « droit dans le mur ».

Qui oserait sérieusement soutenir en effet qu’un monde à 11 milliards d’habitants sera plus facile à vivre, pour nos enfants, qu’un monde à deux milliards ?

Et que la beauté et la richesse de ce que d’aucuns nomment « Création », à l’image de frère François d’Assise, y sera mieux préservée?

On prête, je crois, au philosophe Jean-Toussaint Desanti l’affirmation selon laquelle les catastrophes qu’a connu le XXème siècle risquent d’apparaître comme des « petites kermesses » comparées à celles que subiront les hommes du XXIème.

Brillant philosophe des mathématiques, Desanti était certes loin d’ignorer le calcul des probabilités !

Souhaitons bien sûr qu’il se soit trompé.

Et souhaitons aussi qu’après avoir mis cinquante ans à prendre en compte la question écologique, l’institution ecclésiastique mette moins de temps à envisager avec un peu plus de sérieux le défi démographique.

Car dans cinquante ans, il risque d’être bien tard…

Mais ne nous illusionnons pas trop sur le sujet : voilà que Stultitia me rappelle à point nommé de ne pas oublier son leitmotiv favori :

« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré » disait, paraît-il, Einstein….

Ps (16/08): Je rajoute, toujours tirée du livre d’Alan Weisman (p.302), cette citation d’Herman Daly, dans le Scientific American (2005), qui me paraît exprimer avec autant de concision que de pertinence l’alternative à laquelle nous sommes désormais confrontés. Si l’auteur y traite avant tout de l’économie, le propos général est également valable, dans son contexte, pour la démographie :

Le basculement vers l’économie [et la démographie] durable[s] donc, « impliquerait un énorme changement d’état d’esprit, sur le plan intellectuel comme sur le plan affectif, de la part des économistes, des décideurs politiques et des électeurs. On pourrait même être tenté d’affirmer qu’un tel projet est irréalisable. Mais l’alternative à l’économie durable –l’économie indéfiniment croissante – est une impossibilité biophysique. Si je devais choisir entre m’attaquer à une impossibilité politique et m’attaquer à une impossibilité biophysique, je jugerais la seconde comme la plus impossible des deux et tenterais ma chance avec la première ».

Ajout du 17/08:

Encore une de ces informations quasi quotidiennes qui montrent en effet combien « la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral« .

http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/08/17/sources-d-eau-cruciales-les-glaciers-d-asie-centrale-fondent-vite_4728276_3244.html#xtor=RSS-3208

Sans commentaires.