Pot-pourri écologique. À propos du pétrole, des abeilles, de la surpopulation, de Rifkin et d’autres pachydermes.

Certains m’ont dit que mon post du mois d’octobre concernant la transition énergétique serait passé à côté du sujet.

Et en effet, les informations se bousculent, qui signalent la baisse des prix du pétrole, la « surcapacité » ou la « surabondance » par rapport à la demande, etc.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/12/12/le-prix-du-petrole-toujours-plus-bas_4539333_3234.html

http://www.lemonde.fr/international/article/2014/12/03/les-grands-perdants-de-la-chute-des-cours-du-petrole_4533358_3210.html

Et les « optimistes » de triompher : « vous voyez bien que les ‘’Cassandres’’ de la pénurie se sont une fois de plus trompés. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, des flots de pétrole coulent à des prix accessibles, pas de raisons de réduire notre consommation », etc.

Il n’est pourtant que trop facile de montrer la vacuité de ce type de propos.

Outre que la baisse actuelle des cours est loin d’être une bonne nouvelle pour les partisans de la croissance, puisqu’elle s’explique en partie par une stagnation de celle-ci au niveau mondial, qui réduit la demande, certaines des raisons supplémentaires qui en rendent compte ne devraient pas spécialement inciter à l’optimisme consumériste.

Il est en effet vraisemblable de penser que le bras de fer entamé par quelques grosses pointures de l’OPEP avec en plus d’objectifs géopolitiques régionaux celui de laminer la production de pétrole dit « non-conventionnel » (pétrole de schiste aux USA en particulier)

http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/12/09/petrole-les-industriels-reduisent-les-investissements_4537112_3234.html

http://petrole.blog.lemonde.fr/2014/11/29/contre-choc-petrolier-les-saoudiens-menent-une-guerre-des-prix-contre-les-etats-unis/#xtor=RSS-3208

prépare à moyen terme une remontée des cours savamment ajustée pour maintenir la compétitivité des pétroles conventionnels par rapport aux non conventionnels, et pour ruiner le plus longtemps possible la rentabilité de ces derniers.

Comme quoi, outre l’aberration écologique que cela constitue (cf. mon post du 18 octobre

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/10/18/des-vertus-comparees-du-surf-et-de-la-plongee-sous-marine-ou-quand-la-transition-energetique-suppose-la-stabilite-demagogique-ainsi-que-du-bon-usage-de-mr-jancovici/ ),

ce n’est certes pas le moment d’envoyer au casse-pipe des industriels en leur faisant miroiter les « bénéfices » d’une exploitation de pétroles et autres gaz de schistes dont la rentabilité va, selon toute vraisemblance, être férocement attaquée tout au long des décennies à venir.

Stultitia ne manque pas de réitérer ses remerciements au trublion surexcité mentionné dans le post en question pour ses conseils qui, à défaut de gratuité, se révèlent donc une nouvelle fois particulièrement opportuns….

Mieux vaut donc continuer à s’informer en recourant à des sources sérieuses, telles que celles offertes par le remarquable blog de Matthieu Auzanneau, déjà évoqué plus haut dans un lien. Le « calme avant la tempête » semble en effet l’expression la plus adéquate pour qualifier la situation actuelle.

http://petrole.blog.lemonde.fr/2014/11/19/petrole-le-calme-avant-la-tempete-dapres-lagence-internationale-de-lenergie/

N’oublions pas non plus que chaque sursis de « l’économie carbonée » se paie comptant en termes de réchauffement climatique…

 

Mais puisqu’il est question de gens qui se font payer très cher pour tenir des propos bien contestables, je voudrais faire quelques brèves remarques sur Jeremy Rifkin.

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/11/07/jeremy-rifkin-le-gourou-vert-des-elus-locaux_1787085_3244.html

(Sans oublier les 350 000 euros à titre de « conseils » à la région Nord Pas de Calais…)

http://www.liberation.fr/economie/2012/12/23/plan-americain-au-nord-pas-de-calais_869702

 

Car on m’a évidemment taxé de parti-pris et demandé pourquoi, citant Jancovici, je ne disais pas un mot des thèses « alternatives » de l’inévitable Rifkin.

Je dois donc préciser que ce n’est certes pas faute de l’avoir lu ! Il y a quelques années, j’ai même pendant un temps commenté sa « Fin du travail » en cours (puisque le thème du Travail fait partie du programme de philo), avant de convenir qu’un livre qui traite en quelques lignes de la Chine (p. 278, La Découverte Poche 1997) tout comme il semble ignorer l’Inde ne pouvait revendiquer une grande pertinence pour évoquer les mutations contemporaines du monde du travail.

Sans doute était-il plus urgent, à l’orée du XXIème siècle, de traiter du « déplacement » du travail que de sa « fin ». Car je doute que ce dernier terme évoque quoi que ce soit à des millions d’habitants de la Chine ou d’autres régions de l’Asie du Sud-Est qui constituent le sous prolétariat mondial, surexploité et entassé dans les villes ateliers où a été déplacée une bonne partie de la production de nos biens de consommation, et donc de notre pollution (car n’oublions pas au passage que les ordinateurs, consoles et autres textiles qui garniront les rayons de Noël sont ceux-là même qui font tourner les centrales à charbon chinoises, et qu’une « relocalisation » industrielle, si elle est souhaitable, s’accompagnera nécessairement d’une relocalisation de la pollution…).

Sur tout cela, j’avais déjà trouvé Rifkin incroyablement léger. Sans aller nécessairement jusqu’à dire avec Olivier Blanchard que « Monsieur Rifkin est un charlatan » (op. cit. Annexe 2, p. 446), il me semble qu’on peut au moins avancerer qu’il soulève, à partir d’une vision très occidentale, quelques prospectives d’avenir très hypothétiques, mais en tout cas totalement inaptes à modéliser ce qui se passe réellement, ici et maintenant, en ce qui concerne la « verità effetuale della cosa », comme le dit Machiavel.

Et que dire donc de ces œuvres plus récentes que sont  « L’Économie hydrogène » (La Découverte, Paris 2002) et la « Troisième révolution industrielle » (Babel 2013).

La première décrit de façon passable, dans sa partie initiale, la relation de l’histoire de l’économie et de celle de l’énergie, mais comme d’habitude en compilant des données de deuxième ou troisième main. Mais la partie finale, à partir du chapitre 7 (p 231ss), qui présente « l’aube de l’économie hydrogène » comme l’apparition de « l’élixir énergétique » (p. 235), les piles à combustible (p.251) et « l’hydronet » [p.262ss : « révolution comparable à celle qui a vu le développement du Web » et qui consiste en la « mise en commun des ressources entre usagers et [en une] gouvernance autonome » de l’énergie] fleure bon les vieilles utopies des « lendemains qui chantent » et du « matin du grand soir ».

Non pas que le stockage de l’énergie intermittente produite par l’éolien et le solaire sous forme d’hydrogène soit une impossibilité – car le power to gas « stockage de la surproduction des énergies renouvelables grâce à leur transformation en hydrogène ou en méthane de synthèse » est déjà une réalité –

http://www.gdfsuez.com/innovation-transition-energetique/gestion-intelligente-energie/power-to-gas/

mais aucune étude tant soit peu sérieuse ne peut soutenir que cette technique, qui reste débitrice des limites de la physique, pourra un jour satisfaire, hormis quelques utilisations auxiliaires, les besoins de milliards d’êtres humains, même après un gigantesque et nécessaire effort d’économies d’énergie. Nous sommes tout simplement dans des ordres de grandeur radicalement incomparables.

« Alors qu’en est-il de l’hydrogène comme autre solution de stockage de l ‘électricité ? L’idée de Rifkin, qui n’est pas nouvelle, c’est le cycle de transformation suivant : électricité → énergie chimique (hydrogène) → électricité. En somme produire de l’hydrogène avec l’électricité en surplus de sources intermittentes, ce qui est une forme de stockage chimique de cette énergie, et au moment opportun, utiliser cet hydrogène dans une pile à combustible pour récupérer cette électricité. Le problème c’est qu’à chaque conversion d’énergie on en perd… S’agissant de la conversion : énergie électrique → énergie chimique (hydrogène), le rendement est de 75 %. Et concernant la restitution : énergie chimique → électricité, la compression de l’hydrogène se fait avec une perte de 10 % (donc rendement de 90 %), et quant au rendement de la pile à combustible, il est de 50 %. Si on fait le calcul : 0,75 multiplié par 0,9 multiplié par 0,5, le rendement global tombe à 0,33, c’est-à-dire 33 %. Loin des 70 % des STEP [Station de Transfert d’Énergie par Pompage, voir l’article cité ci-dessous]et surtout très très loin de ses capacités de stockage (1 000 à 10 000 fois moins d’électricité stockée). On perd donc les deux tiers de l’énergie à chaque fois qu’on stocke de l’énergie par ce biais. C’est un vrai gâchis alors qu’on sait que le renouvelable produit déjà peu d’électricité. Imaginez sur Internet l’envoi d’un message où le destinataire perd les 2/3 des informations, étonné, il le renvoie à son expéditeur qui en perd à nouveau les deux tiers du tiers restant : ce simple aller-retour de message aura fait perdre 90 % de l’information : l’énergie est donc loin d’être aussi magique qu’Internet… C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les systèmes énergétiques ont été conçus pour subir le moins de conversions possibles. Le schéma classique c’est : production → consommation directe, et on s’arrête là, contrairement au schéma idéaliste : production → stockage → restitution → stockage → restitution → stockage etc., car dès le deuxième cycle, toute l’énergie aura été dissipée dans le processus de transformation ». (Amar Bellal, La Revue du projet, n° 22, décembre 2012).

http://blogs.mediapart.fr/edition/la-revue-du-projet/article/280313/le-mythe-de-leconomie-hydrogene-de-jeremy-rifkin-par-amar-bellal

 

Sans apparemment tenir compte que, depuis 12 ans, et malgré le soutien de bien des groupes capitalistes, les « lendemains qui chantent » n’ont pas avancé d’un iota pour ce qui est de la substitution de « l’économie hydrogène » à « l’économie carbonée » – et pour cause !- « La troisième révolution industrielle. Comment le pouvoir latéral va transformer l’énergie, l’économie et le monde » (Babel 2013) persévère mordicus dans la même supercherie…

Mais pourquoi donc faire l’effort de se renouveler, ajoute Stultitia, puisqu’en plus de conférences grassement payées on peut extorquer 350 000 euros, sur le dos du contribuable, au Conseil Général du Nord Pas de Calais et autres gogos en débitant les mêmes rengaines ?

http://rue89.nouvelobs.com/2013/10/16/jeremy-rifkin-plait-beaucoup-maitrise-mal-dont-parle-246641

(Pour d’autres articles de fond qui déconstruisent de façon particulièrement argumentée le mythe Rifkin, ses allégations sur l’hydrogène, ainsi que bien d’autres points que je n’ai pas évoqués, cf. entre autres :

http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2013/05/09/jeremy-rifkin-le-gourou-du-gotha-europeen-1/

http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2013/05/12/jeremy-rifkin-le-gourou-du-gotha-europeen-2/

http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2013/05/13/jeremy-rifkin-le-gourou-du-gotha-europeen-3/

 

http://fr.scribd.com/doc/179872157/Jeremy-Rifkin-a-l-epreuve-du-fact-checking#force_seo

http://fr.scribd.com/doc/179876069/Je-n-aime-pas-la-3e-revolution-industrielle

 

http://www.manicore.com/documentation/articles/rifkin.html

http://www.manicore.com/documentation/pile_combust.html

http://www.manicore.com/documentation/stockage.html

 

On peut consulter en outre, en ce qui concerne les supercheries du même Rifkin, dans le domaine de la biologie cette fois, l’article dévastateur de Stephen Jay Gould, immense et regretté spécialiste, dans Un hérisson dans la tempête, Grasset 1994. Ci-dessous, un petit aperçu pour les anglicistes (chap. 17 p. 229ss) :

http://books.google.fr/books?id=9MnLi97fJrkC&pg=PA229&hl=fr&source=gbs_toc_r&cad=3#v=onepage&q&f=false

 

Je suis d’une génération qui s’est délectée de la lecture de « La gueule ouverte », « l’An 01 » et autres « Manuel de la vie sauvage ». Et j’ai donc rêvé d’un monde où il suffirait de remplir de briques réfractaires quelques vieilles carcasses de voitures peintes en noir pour assurer le chauffage et le bien-être de l’humanité. Ah ! Nostalgie…

« Mais au moins, Reiser, Gébé et autres Saury n’avaient pas le culot de faire payer 350 000 euros leurs fantasmes écologiques » ajoute Stultitia, impitoyable.

Rendons leur cet hommage, en effet.

D’autres, on le sait, ont voulu instaurer un « pouvoir latéral » et des « réseaux de production décentralisés » en construisant un haut fourneau dans chaque village. On connaît les résultats de ce « Grand bond en avant ».

Car la décentralisation de la production ou de l’énergie est loin d’être le bon plan au niveau économique comme au niveau environnemental :

« Les sources électriques « décentralisées » font souvent appel à une énergie primaire fluctuante, à savoir le vent ou le soleil. Or le seul fait de passer d’un moyen utilisé 8000 heures par an (une grosse centrale) à un moyen qui l’est 2000 heures seulement (éolien), voire 1000 (solaire), impose de multiplier par 4 à 8 la puissance installée pour avoir la même quantité d’électricité à l’arrivée. Les durées de vie différentes (40 à 60 ans pour une grosse centrale, 20 à 30 ans pour le solaire ou l’éolien) vont aussi imposer un renouvellement plus fréquent en cas de décentralisation de la production électrique, augmentant d’autant le besoin en capitaux sur une période donnée.

La décentralisation de la production électrique (…) serait donc un très bon moyen d’avoir besoin de 20 fois plus de capacité installée (en ordre de grandeur) pour la même production à l’arrivée, sans parler des moyens de stockage. L’ensemble multiplierait le besoin de capitaux (bien nationaux, eux !) par un facteur 10 à 50 selon la voie choisie » (J.M. Jancovici, La bonne énergie est-elle décentralisée ? Tribune parue dans le magazine Décisions Durables, décembre 2012

http://www.manicore.com/documentation/articles/decision_durable_dec2012.html

Concernant donc les thèses de J. Rifkin, je crois qu’il est bien difficile de ne pas convenir de la pertinence de nombreuses critiques :

« Son système n’est pas compétitif mais il séduit les naïfs ou pire, ceux qui ont intérêt à ce qu’on suive ses plans invraisemblables.

Heureusement, la réalité sera là pour confronter les mauvaises idées à la réalité, mais il ne faudra pas se plaindre d’avoir voté pour des décideurs qui nous auront fait perdre des centaines de milliards d’euros dans une vision chimérique basée sur des piliers de sable », LMIMG, art. cité plus haut, « Je n’aime pas La troisième révolution industrielle ».

« En croyant peut-être bien faire, mais ignorant des ordres de grandeur, M. Rifkin nous rend un bien mauvais service : celui d’entretenir de faux espoirs ». J.M. Jancovici, le Monde du 27/09/2002, art. cité plus haut dans les liens.

Je me suis déjà longuement attardé sur le thème de la solidarité « naturelle » et de « l’empathie », qui constitue sans doute aussi l’un des « atouts séduction » de notre « expert » auto-proclamé :

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/07/30/entraide-empathie-bienveillance-de-kropotkine-a-hobbes-et-retour-1/

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/07/30/entraide-empathie-bienveillance-de-kropotkine-a-hobbes-et-retour-2/

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/05/16/nommer-le-mal-quelques-remarques-sur-les-limites-dune-confrontation-entre-bisounours-et-realistes/

Car les allégations économiques et écologiques sont indissociables, chez Rifkin, d’affirmations philosophiques qui témoignent d’une vision significative de l’homme et de l’histoire :

« Dans l’ère qui vient, des centaines de millions de personnes produiront leur propre énergie verte à domicile, au bureau, à l’usine, et ils la partageront entre eux sur un « Internet de l’énergie », exactement comme nous créons ou partageons aujourd’hui l’information en ligne. La démocratisation de l’énergie s’accompagnera d’une restructuration fondamentale des relations humaines, dont l’impact se fera sentir sur la conception même des rapports économiques, du gouvernement de la société, de l’éducation des enfants et de la participation à la vie civique » (La troisième révolution industrielle, op. cit. p.12).

« La troisième révolution industrielle est la dernière des grandes révolutions industrielles et elle va poser les bases d’une ère coopérative émergente. La mise en place de son infrastructure va créer pendant quarante ans des centaines de milliers d’entreprises nouvelles et des centaines de millions d’emplois nouveaux. Son achèvement marquera la fin d’une saga économique de deux cents ans définie par la pensée industrieuse, les marchés et la main-d’oeuvre de masse, et le début d’une ère nouvelle caractérisée par le comportement coopératif, les réseaux sociaux et les petites unités de main-d’oeuvre technique et spécialisée. Dans le demi-siècle qui vient, les activités centralisées traditionnelles des entreprises des première et deuxième révolutions industrielles seront progressivement absorbées par les pratiques distribuées de la troisième ; et l’organisation hiérarchique traditionnelle du pouvoir politique et économique cédera la place au pouvoir latéral, qui étendra sa structure nodale à travers toute la société » (id. ibid. p. 16-17).

Tout comme dans l’utopie marxiste, la dialectique historique semble amener de façon nécessaire à un Paradis Terrestre retrouvé, lors de l’abolition de la société de classes,

« Puis commence ensuite le développement des forces humaines qui est une fin en soi et qui est le vrai royaume de la liberté, un royaume qui, pour s’épanouir, doit avoir ses bases dans le champ de la nécessité. (…) Les hommes seront libérés du penchant qui les pousse à convoiter la richesse, penchant qui a dominé toute leur vie historique en faisant d’eux des aliénés ». (K. Marx, Le Capital, Livre III, traduction de J. Servier dans : Histoire de l’utopie, Paris Folio 1967, p. 293-294),

chez Rifkin, la nature humaine qui nous prédispose à « l’élan empathique » (Une nouvelle conscience pour un monde en crise, vers une civilisation empathique, Les Liens qui Libèrent, 2011, p.47) semble donc conduire nécessairement, par le biais de la « troisième révolution industrielle », la « démocratisation de l’énergie » à une « restructuration fondamentale des relations humaines » (J. Rifkin, La troisième révolution industrielle, op. cit. p.12), et au « début d’une ère nouvelle caractérisée par le comportement coopératif » (id. ibid. p. 16).

Je renvoie à mes posts mentionnés plus haut – en particulier à la confrontation entre Hobbes et Kropotkine – qui s’interrogent sur le caractère apparemment nécessaire d’un tel avènement. Comme dans le cas du marxisme et de l’anarchisme, ne manque-t-il pas un paramètre essentiel dans le logiciel, celui de l’éternelle confrontation de l’homme à la question du mal, en l’occurrence ?

Car depuis quelques décennies que se développent les moyens de communications et les réseaux, on n’a pas vraiment l’impression que le gain en empathie, comme en coopération et en solidarité soit franchement significatif…

Mais l’affaire n’est pas terminée, me rappelle Stultitia.

Puisque c’est « quand nous approcherons du milieu du siècle » que des « substituts technologiques intelligents » permettront de « créer du capital social dans une société civile à but non lucratif » (sic ! cf. Marx ci-dessus) et de développer « les préoccupations transcendantes [qui] deviendront probablement une force motrice toujours plus importante de la période suivante de l’histoire de l’humanité » (id. ibid. p. 17).

Le Paradis Terrestre, vous dis-je ! Notre apôtre ne serait-il pas en train de nous vendre (quelques centaines de milliers d’euros, donc) une de ces idéologies new age qui se rattachent une fois de plus au bon vieux fantasme millénariste, auquel même le matérialisme « scientifique » de Marx n’avait pas manqué de succomber ?

Car « La troisième révolution industrielle est, indissociablement, la dernière phase de la grande saga industrielle et la première de l’ère coopérative émergente. C’est un interrègne entre deux périodes de l’histoire économique, la première caractérisée par le comportement industrieux et la seconde par le comportement coopératif.

Si l’ère industrielle mettait l’accent sur les valeurs de discipline et de travail acharné, l’autorité hiérarchique, l’importance du capital financier, les mécanismes du marché et les rapports de propriété privée, l’ère coopérative privilégie le jeu créatif, l’interactivité pair à pair, le capital social, la participation à des communaux ouverts et l’accès à  des réseaux mondiaux.

La troisième révolution industrielle va se développer à bon rythme au fil des prochaines décennies, atteindre probablement son point culminant vers 2050 et y rester, en plateau, dans la seconde moitié du XXIe siècle (…) Cette mutation d’une révolution industrielle en révolution coopérative est l’un des grands tournants de l’histoire économique » (id. ibid. P. 365-366).

« Comme les révolutions industrielles des XIXe et XXe siècles ont libéré les  humains du servage, de l’esclavage et de la corvée, la troisième révolution  industrielle et l’ère coopérative qu’elle fait naître les libère du travail mécanique  pour les faire entrer dans le jeu profond – qui est la raison d’être de la sociabilité. J’emploie l’expression jeu profond parce que je ne parle pas ici d’un divertissement frivole mais d’une interaction empathique avec nos semblables.  Dans le jeu profond, nous faisons l’expérience de l’autre, nous nous transcendons et nous nous connectons à des communautés de vie toujours plus  larges et englobantes, dans notre aspiration commune à l’universalité. Le tiers  secteur est le lieu où nous participons, même au niveau le plus simple, au plus  important voyage de la vie – l’exploration du sens de notre existence.  Dans ses Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme, rédigées en 1795, à  l’aube de l’ère du marché, Friedrich Schiller écrit : ‘’L’homme ne joue que là  où dans la pleine acception de ce mot il est homme, et il n’est tout à fait  homme que là où il joue’’ » (id. ibid. p. 377-378).

Enfin, cette vocation profonde à l’universalité de l’échange coopératif, fondée sur la nature empathique de l’être humain – et qui se manifestera pleinement dans la gratuité du « jeu profond », apanage de l’enfant, tout innocence et renouveau, des « trois métamorphoses » du Zarathoustra – cette vocation, « sens de l’existence » vainement poursuivi des millénaires durant par toutes les religions et les philosophies va se réaliser, en ces temps eschatologiques où nous sommes. Et le Messie en sera donc le plein développement de l’Hydronet et de l’Économie Hydrogène !

La Révélation est donc achevée. Fin de l’Histoire. Amen !

« Mais ce sera pour 2050 », me rappelle Stultitia, en rabat-joie décidément imperméable à toute envolée lyrique.

Et zut ! J’ai toutes les chances de rater la chose…

 

Entretemps, il me reste hélas à rappeler plus prosaïquement, du côté de la « verità effetuale della cosa », en particulier de ces réalités démographiques totalement absentes des prédictions de notre gourou, combien les événements semblent une fois de plus confirmer les thèses d’Alan Weisman exposées dans mon post du mois de mars 2014 :

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/03/27/politique-demagogie-demographie-une-petite-recension-dalan-weisman-compte-a-rebours-jusquou-pourrons-nous-etre-trop-nombreux-sur-terre/

Bien qu’il ait été pendant un temps trop court, et en dépit de son régime politique, un exemple en ce qui concerne une politique démographique possible, l’Iran retombe dans des travers ruineux pour sa population et son environnement.

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/12/06/l-iran-menace-de-devenir-un-immense-desert_4535823_3244.html

Je rajoute quelques lignes de cet article en accès payant :

« Pour le climatologue Nasser Karami, ces changements climatiques brutaux montrent que ‘’le seuil de tolérance a été dépassé et que la nature ne résiste plus’’. Pour cet enseignant à l’université de Bergen en Norvège, la cause principale résulte de la croissance démographique – l’Iran compte 78 millions d’habitants, deux fois plus qu’il y a quarante ans – et du développement économique du pays ».

 

Bien sûr, il y aura toujours des « optimistes » pour soutenir que la terre peut nourrir 11 milliards d’habitants. Peut-être.

Mais combien de temps pourra-t-elle supporter un tel clapier sans crises redoutables ?

Pensons à la « parabole des rivets » que nous rapporte Paul Ehrlich (cf. mon post du 27 mars 2014 sur A. Weisman).

En tout cas, il est probable que les éléphants, ours blancs et autres rhinocéros ne seront pas du voyage.

http://ecologie.blog.lemonde.fr/2014/12/11/10-chiffres-sur-le-trafic-despeces-menacees/

Les abeilles nous accompagneront-elles encore ? Rien n’est moins sûr…

Et peut-être leur disparition donnera-t-elle raison à Einstein.

http://actions.pollinis.org/actions/stop-neonics-fr/

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/06/24/le-declin-massif-des-insectes-menace-l-agriculture_4444051_3244.html

Mais cool ! Réjouissons nous ! Hydronet est là pour nous sauver…

Des vertus comparées du surf et de la plongée sous-marine, ou quand la transition énergétique suppose la stabilité démagogique. Ainsi que du bon usage de Mr. Jancovici.

Stultitia me demande ce matin : « Que signifie zemmourisation ? ».

Et j’avoue que j’ai du mal à lui répondre. Me tenant de plus en plus éloigné des écrans où s’affiche le quidam qui a donné lieu à ce puissant néologisme – quidam que je n’ai en fait jamais vraiment écouté ni lu -, je ne peux que la renvoyer à ce que je crois être des quasi synonymes, du type « trierweilerisation », « ruquiérisation », etc.

Me vient aussi à l’idée une comparaison avec la proportion considérable que prend en ce moment le phénomène du « bashing », à mon sens assez proche de la dite « zemmourisation » : « Hollande bashing », « Sarko bashing », en attendant bien sûr les prochains « Montebourg bashing », « Marine bashing » ou autres « Juppé bashing ». Sans oublier bien sûr le « French bashing », récemment relayé par le « German bashing », qui vient tout juste de sortir.

Ce qu’on nomme la vie politique se présente de plus en plus comme une compétition de surf : sur les vagues, des personnages fort médiatisés font quelques tours et puis s’en vont ; quelques figures, libres ou imposées. Vêtus de steamers fluos en néoprène rouge, rose, bleu, vert, bleu-blanc-rouge et autres encore, ils en jettent plein les yeux et font l’objet, de la part des spectateurs, de commentaires dont l’enthousiasme éphémère vire à la franche rigolade dès que l’un d’eux se retrouve en position ridicule, bousculé ou roulé par la vague.

Et les journalistes, et les foules, de s’ébaubir. De jeter leur dévolu sur les uns, avant de passer aux autres. Et le politique de se transformer de plus en plus en un spectacle de cirque…

Car voilà, on oublie une chose : ces exhibitions ne sont possibles que parce qu’il y a une mer, et des vagues. Si la mer et les vagues sont en furie, plus de spectacle. Et si c’est le calme plat, les surfeurs rentrent piteusement à la maison, et les spectateurs aussi.

En d’autres termes, il serait urgent de s’intéresser au fonctionnement de la mer et des vagues plutôt que de passer son temps – et notre argent – à commenter des phénomènes dont l’éphémère n’a d’égal que la superficialité.

En somme, faire, une nouvelle fois, bien loin d’un « politique bashing » facile et populiste, l’effort de distinguer le politique, dans sa nécessité et sa noblesse, de la politique, avec tout ce qu’elle peut présenter d’insignifiance et de médiocrité.

Tâcher de reprendre, à nouveaux frais, la distinction capitale opérée par les marxistes entre « infrastructure » et « superstructure », entre les phénomènes de fond, ceux qui concernent la mer et les vagues, et les épiphénomènes, ceux qui concernent l’écume et les surfeurs, dont on commence tout de même à savoir que, quelle que soit la couleur de leur steamer, ils finiront toujours par faire plus ou moins les mêmes pirouettes.

J’ai déjà évoqué ici l’ampleur de la vague démographique.

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/03/27/politique-demagogie-demographie-une-petite-recension-dalan-weisman-compte-a-rebours-jusquou-pourrons-nous-etre-trop-nombreux-sur-terre/

Apparemment, elle paraît trop difficile à surfer pour l’ensemble de nos « politiciens », qui préfèrent des vagues plus à leur portée, sur lesquelles ils pourront mieux faire valoir la médiocrité de leur « capacités » et de leurs analyses. On attend toujours le Kelly Slater ou l’Andrew Cotton du politique…

(Je suis très étonné en particulier de la quasi absence de réflexion sérieuse suite à la parution de l’ouvrage d’A. Weisman, qui soulève pourtant des enjeux essentiels pour notre survie. Cela montre bien, hélas, que la construction de digues pour lutter contre les catastrophes à venir, qui constitue, pour Machiavel, l’œuvre essentielle du politique, est loin d’être la préoccupation de ceux qui usurpent donc le qualificatif de politiciens…).

Une autre vague de fond qu’il serait de toute urgence de surfer, du fait de ses conséquences immenses sur notre avenir, est bien celle de la raréfaction irréversible des sources d’énergie fossiles non renouvelables, puisque celles-ci ont été à l’origine des modes de vie actuels de la quasi-totalité de la planète : c’est en effet la facilité d’accès à une énergie à très faible coût qui a conditionné la transformation radicale de l’agriculture et de sa productivité depuis deux siècles, la « libération » de bras par la machine entraînant à son tour le développement des villes au détriment des campagnes, celui de l’industrie, du secteur tertiaire et des services, la réorganisation des métiers, ainsi que l’essor démographique fulgurant qui a accompagné les différentes phases de la révolution industrielle etc. (cf. dans ma recension d’A. Weisman le lien étroit de l’explosion démographique avec la mise au point du procédé Haber-Bosh qui rend possible l’utilisation industrielle à grande échelle des engrais azotés, puis la « révolution verte » de Norman Borlaug, le passage à une alimentation de plus en plus carnée, etc.). Or, on le sait, la « réussite » sans précédent de cette « économie carbonée » a eu comme contrepartie le rejet de quantités massives de CO2 dans l’atmosphère, à l’origine de ce qu’il est convenu de nommer le « changement climatique ». La « transition énergétique » aurait donc comme double objectif de pallier à la fois à la raréfaction irréversible des énergies fossiles et de lutter contre les dégâts collatéraux occasionnés par l’économie carbonée.

Or il semble bien, hélas, que nos surfeurs en cours d’exhibition (ceux en fluo rose pas plus que les autres) ne soient pas capables d’en prendre la mesure, et se contentent, une fois de plus, d’une approche avant tout électoraliste et démagogique.

Pour tenter d’explorer l’ampleur de ces courants marins de fond, il convient donc d’abandonner les surfeurs à leur show médiatique, et de se pencher un peu sur ce que nous disent les plongeurs sous-marins et autres analystes des profondeurs.

On ne peut ici se passer d’une brève histoire de l’énergie, dans la mesure où elle conditionne profondément l’histoire de l’économie elle-même et ses implications considérables sur notre vie de tous les jours.

Le meilleur guide que je connaisse sur le sujet reste Jean Marc Jancovici, même (et surtout…) si ses positions peuvent avoir le don d’indisposer une certaine bien pensance qui se prétend écologiste, pour les raisons que nous verrons.

(Pour ma part, en tant qu’ancien anti-nucléaire militant, je suis bien sûr ouvert à toute approche alternative. Mais comme j’ai le vilain défaut de préférer les maths et la physique  aux grandes envolées sentimentales et/ou rhétoriques, j’avoue que, pour le moment, après bien des recherches, je n’ai trouvé aucune autre analyse écologiste aussi compétente et documentée. Mais on peut toujours espérer…).

Outre son site remarquable, « Manicore »,

http://www.manicore.com/

qui regorge d’informations extrêmement étayées et documentées, auquel on pourra se reporter pour en approfondir les données, on peut avoir une vue assez synthétique des analyses de Jancovici et de ses propositions par le biais de conférences accessibles quoi qu’exigeantes.

Par exemple :

http://www.youtube.com/watch?v=nderLmgkwus

ou encore :

http://www.xerficanal-economie.com/emission/Jean-Marc-Jancovici-Vers-une-economie-decarbonee-_39.html

(autre conférence sur le même site : « le grand défi énergétique du gouvernement »).

Plus longue et plus approfondie (même si hélas la plupart des tableaux ne sont pas visibles), l’intervention devant la Commission Développement durable de l’Assemblée Nationale, le 06 février 2013 :

http://www.youtube.com/watch?v=xxbjx6K4xNw

(Pour d’autres conférences et chroniques diverses :

http://www.manicore.com/documentation/articles/conferences.html )

 

(Les interventions des politiques après la conférence devant la Commission de l’Assemblée, même si certaines sont fort heureusement pertinentes, montrent hélas l’ampleur des efforts qui restent à accomplir. Tout spécialement la première, particulièrement affligeante, et dont je tairai la couleur politique…).

Je ne me risquerai pas à essayer de synthétiser les analyses de Mr. Jancovici. Car les conférences citées sont déjà synthétiques et durent au minimum trente minutes. Je conseille fortement au lecteur de prendre un peu de temps pour écouter au moins l’une d’elles. On pourra aussi se reporter avec profit, pour une vue d’ensemble, à son livre « Changer le monde », Paris, Calmann-Lévy, 2011.

Juste quelques idées forces qu’il me semble intéressant de souligner :

« Cette énergie à profusion, c’est la véritable cause de la hausse de notre pouvoir d’achat. En tout bien tout honneur, elle a procuré à chaque Occidental la puissance mécanique d’une armée d’esclaves (plusieurs centaine à plusieurs milliers [au service de chaque personne, il s’entend]), qui exploitent désormais les ressources de la planète à un prix ridicule» Changer le monde, op.cit. p.16.

Cf. aussi : http://www.manicore.com/documentation/esclaves.html

« Cette énergie » est évidemment l’énergie fossile (non renouvelable : charbon, pétrole, gaz) dont la gratuité alliée aux faibles coûts d’exploitation (jusqu’à présent) a donc bouleversé en profondeur, en deux siècles, le mode de vie de la majorité des humains.

L’avantage de cette énergie fossile sur les énergies renouvelables qu’elle a remplacées (travail humain, traction animale, force hydraulique, vent, etc.), et sur celles qui devront désormais la remplacer dans leur version plus moderne (éolien, solaire, etc.), c’est son état de concentration, alors que les renouvelables sont beaucoup plus « diffuses », difficiles à concentrer et à stocker. Le passage à ces dernières, coûtera donc plus cher pour un flux inférieur (voir conférence citée :

http://www.xerficanal-economie.com/emission/Jean-Marc-Jancovici-Vers-une-economie-decarbonee-_39.html

environ 13mn35).

De plus, l’intermittence de ces énergies (le soleil ne brille pas la nuit et le vent ne souffle pas toujours) nécessite le maintien d’une énergie de compensation pour assurer la continuité. C’est le cas de l’Espagne, où le développement de l’éolien a été nécessairement redoublé par le développement du gaz :

« L’Espagne offre une illustration intéressante de ce processus. Ce pays a installé environ 18 GW d’éolien dans un pays où la puissance appelée monte, en hiver, à environ 40 GW. Or la puissance éolienne effectivement fournie varie, selon le moment de l’année, et même selon l’heure, entre 1 et 15 GW !  (…)Ce que suggèrent les courbes ci-dessus de la production espagnole est assez clair : l’éolien n’est pas un moyen de production autonome, c’est un moyen d’éviter, quand le vent souffle, l’utilisation d’un mode de production « autre ». Et donc :

avoir des éoliennes ne dispense pas d’avoir aussi, pour une puissance installée à peu près équivalente (on peut admettre 10% de différence), d’autres moyens de production « ailleurs » (on duplique donc les investissements) qui servent de relais en l’absence de vent suffisant ; économiquement il ne faut donc pas comparer le kWh éolien au kWh « autre », mais le kWh éolien au seul coût du combustible économisé dans les autres moyens de production (ou plus exactement au coût marginal, mais c’est essentiellement du combustible), puisque les investissements doivent être faits de toute façon pour presque l’équivalent de la puissance installée en éolien (…)

L’Espagne illustre donc parfaitement ce à quoi conduit un équipement éolien massif (…) : se rendre prisonnier, pour une production annuelle 2 à 3 fois supérieure à celle de l’éolien, des combustibles fossiles, et du gaz en particulier » (du site Manicore : http://www.manicore.com/documentation/eolien.html )

 

Mais l’illustration hélas la plus caricaturale nous est donnée par l’Allemagne, où la « transition énergétique » n’a pas fait baisser la consommation de charbon :

http://www.manicore.com/documentation/transition_allemagne.html

[correctif 30/01/2017: en fait, aux dernières nouvelles elle a légèrement baissé.cf:

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2017/01/30/transition-energetique-versus-usine-a-gaz-ou-gazogene-a-propos-de-quelques-articles-et-emissions-recentes/

 

Quelques extraits :

« cette « transition » n’a pas eu d’effet massif sur les émissions de CO2 pour le moment (voir plus bas), et pour en avoir un il faudra supprimer la production au charbon, alors que pour l’heure les allemands ont plutôt prévu de rajouter des capacités utilisant ce combustible (et l’utilisation de lignite est en hausse depuis plusieurs années (….) Rappelons que la lignite, outre ses émissions de CO2, s’exploite dans des mines à ciel ouvert qui détruisent tout environnement sur des dizaines de km2, créent des montagnes de cendres, polluent l’eau (autrement plus que le nucléaire), conduisent à des déplacements d’habitants (dans les villages qui sont rasés pour ouvrir les mines), et que les centrales à lignite sont des centrales thermiques, et donc pas plus vertueuses que les centrales nucléaires pour ce qui est de la chaleur relâchée dans l’environnement (…).

Bien évidemment, on ne peut que souhaiter que les Allemands arrivent, dans un délai court, à se débarrasser des combustibles fossiles. Mais l’examen des chiffres montre que, pour les 15 années qui viennent de s’écouler, ce n’est pas cela qu’ils ont cherché. S’ils finissent par y parvenir, en dépensant 10 fois plus d’argent que s’ils avaient choisi d’utiliser du nucléaire, et dans les mêmes délais (c’est-à-dire dans les 10 à 20 ans qui viennent), et si enfin la population est prête à payer pour cela, il n’y a assurément rien à y redire. Cela ne signifie pas pour autant que les pays voisins doivent faire pareil : payer 3000 milliards d’euros au lieu de 300 pour éviter les inconvénients réels ou supposés du nucléaire, c’est un choix qui se respecte, mais ce n’est assurément pas le seul possible.

Par contre, s’ils devaient s’arrêter au milieu du gué, c’est-à-dire avec des renouvelables qui ne servent qu’à supprimer tout ou partie du nucléaire, sans avoir touché aux combustibles fossiles, alors ils auront affecté leur argent à autre chose que le projet européen (décarboner l’économie) et perdu un temps précieux, ce qui est toujours le plus grave quand on est dans une course contre la montre, ce qui est le cas de l’Europe avec ses combustibles fossiles»

Voir aussi sur ce sujet :

http://sciences.blogs.liberation.fr/2013/01/08/electricite-le-cas-allemand/

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/07/22/l-allemagne-a-les-centrales-a-charbons-les-plus-polluantes-d-europe_4461337_3244.html

 

Dans ces conditions, une question cruciale se pose : la transition énergétique doit absolument se faire. Le réchauffement climatique et l’épuisement des ressources non renouvelables nous l’impose (au passage, il ne sert à rien de parier sur les gaz de schiste, qui ne feraient au mieux que retarder de quelques années les échéances, quelques années qui suffiraient cependant à ruiner définitivement des paysages qui font de la France la première destination touristique du monde. « Plutôt donc que de suivre quelques excités qui se font payer 100 000 euros la conférence pour soutenir de telles âneries », me dit Stultitia, « continuons à réfléchir sur ce que nous dit M. Jancovici : c’est autrement profitable, et c’est gratuit »).

Mais, bien que les économies massives d’énergie  soient la première étape indispensable de la transition, le remplacement des énergies fossiles « concentrées » par les renouvelables « diffuses » ne pourra se produire sans un important déficit énergétique. Comment faire en sorte de le réduire au maximum ?

Car n’oublions pas que si en France, la part du nucléaire dans la production d’électricité est prépondérante, l’énergie globale que nous utilisons est à 75% de l’énergie fossile :

 

« Mais nous, qui sommes « tout nucléaire », pourquoi nous occuper des émirs du Golfe et des états d’âme des Russes ? Hélas, nonobstant l’envahissement des colonnes des journaux par l’atome(…), le pays du Camembert utilise avant tout… de l’énergie fossile (à 55% en primaire, à 75% en final) pour faire tourner usines et services. À cause de l’énergie, du reste, les services se distinguent de plus en plus mal des usines, ce qui fait que la « réindustrialisation » du pays est plus compliquée qu’on ne le pense ! voir http://www.manicore.com/documentation/articles/Tribune_fabrique_industrie.html

Or, le pétrole est parti à la baisse pour l’Europe (voir l’avant-dernier graphique de http://www.manicore.com/documentation/petrole/pic_futur_petrole.html), et le gaz aussi (notre gaz vient à 60% de la Mer du Nord, dont tous les pays sauf la Norvège ont passé leur pic, voir http://www.manicore.com/documentation/petrole/pic_passe_gaz.html). Les règles de trois étant impitoyables, notre approvisionnement énergétique à venir va donc très probablement baisser, et par là même nous empêcher de retrouver 2,5% de croissance par an (une croissance nulle en moyenne sur les 5 ans à venir est une option parfaitement possible).

[C’est moi qui souligne. Notons que ce texte date de mars 2012. On ne peut pas dire qu’il ait été plus démenti par les faits que certaines promesses…]

S’y préparer dans la joie et la bonne humeur, et avec nucléaire, est déjà un redoutable défi (pour ceux qui ne l’ont pas lu, il doit rester quelques exemplaires de http://www.manicore.com/documentation/articles/changer_le_monde.html quelque part). Si en plus on enlève une fraction du nucléaire (ce que signifie en pratique le passage de 75% à 50% de nucléaire dans l’électricité), il est probable que le PIB n’est pas près de retrouver les couleurs imaginées par les candidats [c’est moi qui souligne] (voir http://www.manicore.com/documentation/articles/enfer_echos.html ). Que ce soit un bien ou un mal est un long débat, mais promettre à la fois la croissance du PIB – et toutes les promesses qui en découlent – et une baisse du nucléaire semble relever d’un grand écart pas vraiment compatible avec l’état de nos adducteurs… » (d’une newsletter du 27/03/2012 aux abonnés du site Manicore, consultable sur : http://www.conventioncitoyenne.com/debats-convention-citoyenne.asp?numero=123)

« De qui peut-il donc bien parler ? » demande ici Stultitia, avec cette feinte ignorance qui fait son charme.

Mais il est vrai que les adducteurs des surfeurs qui nous gouvernent (ceux en combinaisons roses autant que ceux en combinaisons vertes…) sont mieux préparés que les nôtres à ce genre d’acrobaties. « Ce n’est certes pas l’entraînement qui leur manque ! » glisse encore la perfide …

Continuons un peu la lecture, qui confirmera ce qui a déjà été dit :

« Ah bon, mais on ne peut pas remplacer le nucléaire par des renouvelables et garder une économie qui ait les joues roses ? Ben c’est peut-être plus vite dit que fait quand on regarde les chiffres… : http://www.manicore.com/documentation/petrole/Charbon_nucleaire.html  (…).

Et le gaz ? Ben le gaz il contribue aussi au changement climatique, qui lui-même contribue déjà aux événements qui tuent un peu plus de monde et dégradent un peu plus les milieux naturels que les becquerels… sans compter que nous n’en avons pas en France. Ah bon, mais les gaz de schistes ? Petit rappel de géologie : en France nous savons que nous avons des schistes, mais à ce stade pas s’ils contiennent du gaz extractible en quantité significative. Pour le savoir, il faut nécessairement faire un trou (forer). On peut ne pas le souhaiter, parce que l’on considère qu’il vaut mieux laisser ce gaz sous terre, pour ne pas avoir la facture climatique qui augmente (car brûler du gaz, tout naturel qu’il soit, crée des émissions de CO2, je rappelle !), mais par contre à ce stade il est prématuré d’affirmer qu’il y a là un potentiel fabuleux. Et rappelons qu’aux USA l’essentiel des gaz dits de schiste par la presse… ne viennent pas des schistes ! (voir http://www.manicore.com/documentation/petrole/gaz_non_conv.html ).

Dans ce contexte, qu’est-ce qui vient comme la chose la plus urgente à faire dans notre pays à l’esprit de d’aucuns politiques ? Subventionner la consommation d’énergie fossile ! Remarquez que si on veut copier les grecs, c’est probablement une bonne mesure pour y arriver plus vite 🙂 (voir http://www.manicore.com/documentation/articles/TIPP_flottante_Obs.html ).

Peut-être qu’il vaudrait mieux essayer de faire avec moins de pétrole et autres carbonneries, ce qui – quelle surprise ! – aurait plutôt ma préférence (voir http://www.manicore.com/documentation/articles/decarboner_echos.html). Très accessoirement, cela signifie que les entreprises devront apprendre à gagner de l’argent en sauvant l’environnement, ce qui est évidemment plus vite dit que fait, mais c’est indispensable… et passe par des tas de taxes, horreur ! (voir http://www.manicore.com/documentation/articles/decision_durable_mars2012.html)

[Notons au passage que l’une de nos plus médiatiques surfeuses vient tout juste – une fois de plus – de se renier dans ce combat pourtant essentiel du transfert des prélèvements actuels vers une fiscalité décarbonée : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/10/17/ecotaxe-les-approximations-de-segolene-royal_4507978_4355770.html#xtor=RSS-3208

Ah ! Démagogie ! Quand tu nous tiens]

« 40 ans après le premier choc pétrolier, qui, avec le recul du temps, peut être vu comme la première grande claque donnée par le monde fini au système industriel dans son ensemble, il va donc falloir accepter que plus nous croyons aux promesses d’un monde sans limites, et plus vite – et plus fort – nous aurons les crises qui se chargeront de nous rappeler que c’est un peu plus compliqué que cela. Il n’y a hélas aucune faute à « pas de chance » dans cette affaire, juste une absence collective d’envie de se mettre les yeux en face des trous.

Pourtant il y en aurait des choses à faire ! Mais aucune n’est compatible avec « travailler moins pour gagner plus », ce qui a objectivement été notre destin depuis que les combustibles fossiles ont transformé notre environnement en corne d’abondance » (de la newsletter citée).

Face à ces questions essentielles qui sollicitent notre responsabilité, on observe alors deux attitudes :

–          Soit on considère que la lutte contre le changement climatique est la première des urgences.

Et dans le mix des solutions adoptées, le nucléaire semble devoir conserver une place dans le processus de « décarbonisation » de l’économie, au côté des énergies renouvelables. C’est la voie choisie par la Suède en particulier, qui, à bien des égards, pourrait se présenter comme un modèle de transition énergétique et écologique responsable, mais avec des conditions privilégiées (faiblesse démographique, présence d’un massif forestier considérable…)

–          Soit on considère que la première des urgences est la sortie du nucléaire. Urgence qui relativisera nécessairement les autres, car on ne voit pas comment, dans ce cas, en dépit d’un développement du renouvelable, on peut échapper au maintien d’un haut niveau d’utilisation des énergies fossiles, comme l’exemple de l’Allemagne nous le démontre à l’envi.

Avant bien sûr  que la France ne lui emboîte le pas…

Or, il faut encore rappeler le péril immense que constitue le charbon, car c’est lui qui, en l’absence de réflexion et de politique cohérente, va devenir la source d’énergie dominante de notre XXIème siècle. Car, si le pétrole et le gaz ont désormais une espérance de vie limitée, celle du charbon est autrement considérable.

Or, c’est lui qui constitue une cause essentielle du réchauffement climatique inauguré depuis deux siècles, lui dont les dégâts sanitaires ont déjà été, et vont être de plus en plus, incommensurablement plus importants que ceux qui ont pu être causés par le nucléaire. Outre les milliers de morts annuels dans l’exploitation des mines, la pollution au charbon exerce d’ores et déjà des ravages (pensons à la Chine en particulier. Mais ce genre de pollution ne s’arrête pas non plus aux frontières, bien qu’on le dise moins !) :

« Incidemment, on se demande bien pourquoi le nucléaire semble tellement illustrer la quintessence de l’horreur écologique quand on regarde d’un peu près ce que donne son grand concurrent, qui n’est pas l’éolien mais le charbon : http://www.manicore.com/documentation/petrole/danger_charbon.html   (newsletter citée) ».

Petit extrait :

« Quand on met tout ce qui précède bout à bout, le charbon s’avère donc être, et de loin, la plus problématique des énergies que nous utilisons. Mais ce n’est clairement pas l’avis de bon nombre de militants dits environnementaux, puisqu’ils préfèrent supprimer du nucléaire pour le remplacer par du charbon. Cela conduit logiquement sur la question suivante : au fond, être antinucléaire, est-ce être écologiste, ou est-ce juste être… antinucléaire ? »

ajout:

Les morts du charbon en Europe

Là encore, si l’exemple de l’Allemagne semble hélas apporter la réponse, nos surfeurs français, parés de leurs chatoyantes combinaisons vertes, sont loin d’être de reste !

Certes, le maintien, sans doute durable, d’une part efficace de nucléaire dans le mix énergétique à venir, est loin d’être une solution enthousiasmante, encore moins la panacée idéale. Il devra être modulé selon les caractéristiques nationales ou régionales (même un Claude Allègre reconnaît que des zones sismiques intenses comme l’Italie ou le Japon devraient éviter la construction de centrales nucléaires !). Et il y aura bien sûr des accidents, voire des catastrophes, comme dans le cas de toute transformation opérée par l’homme (cf. le cas de l’industrie chimique en particulier, Bhopal. etc.).

Mais la théorie de la décision nous enseigne que, dans des situations d’incertitudes – et c’est bien celles que nous expérimentons – le choix ne se fait pas entre le bon et le mauvais, le certain et l’incertain, le noir et le blanc, comme cela serait le cas dans le monde rêvé des anges, qui, en apparence continue à susciter bien des fantasmes. Dans le monde réel qui est le nôtre, comme l’a montré maintes fois Machiavel, les choix se font entre le gris plus clair et le gris plus foncé, le moindre mal et le pire mal. La stratégie dite du maximin en théorie des jeux a pour but de choisir la meilleure parmi les pires conséquences possibles. Et c’est bien ce choix-là qui est le choix rationnel, qu’on le veuille ou non. Et dans le cadre d’une approche rationnelle, en effet, il apparaît que le nucléaire, couplé au développement des renouvelables, « évite bien plus d’inconvénients qu’il n’en crée », comme le dit encore notre spécialiste.

Car le charbon a déjà démontré, continue de démontrer, et démontrera sans cesse plus dans l’avenir un pouvoir de nuisance immensément supérieur à celui du nucléaire – quoique bien moins médiatisé – au niveau climatique, environnemental, sanitaire (en plus des milliers de morts directs annuels seulement dus à l’exploitation et des centaines de milliers de morts indirects du fait de l’ampleur mondiale de la pollution carbonée , à comparer aux dégâts occasionnés par Fukushima,

Cf le rapport de l’UNSCEAR), 2013, sur : http://www.manicore.com/documentation/kikadissa.html

on peut aussi comparer par exemple l’évacuation des 150km2 de terrains aux environs de Fukushima aux 1500 km2 dont l’exploitation de la lignite a forcé l’évacuation en Allemagne, sans que personne n’en ait parlé).

Qu’y a t-il alors de rationnel dans le fait de se focaliser sur des menaces certes réelles, certes considérables, mais en partie hypothétiques, alors même que nous négligeons l’impact de menaces certaines et de dégâts déjà très largement avérés et constatables ?

Bien sûr, une prise en compte sérieuse de la vague démographique, et l’engagement dans une politique effective de régulation des naissances aurait des incidences considérables à la fois sur le réchauffement climatique et sur la gestion de la question énergétique. Car l’une des causes essentielles du réchauffement et des déséquilibres écologiques et environnementaux se trouve bien être la surpopulation, elle-même fruit de la « réussite » de l’économie carbonée, comme nous l’avons dit.

Je renvoie une fois de plus, en ce qui concerne l’urgence d’une décroissance qui pour être viable doit nécessairement commencer par la démographie, à l’ouvrage d’ A. Weisman :

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/03/27/politique-demagogie-demographie-une-petite-recension-dalan-weisman-compte-a-rebours-jusquou-pourrons-nous-etre-trop-nombreux-sur-terre/

Mais les données du problème ne seraient pas pour autant changées, car, que nous soyons 11 milliards sur terre en 2100 ou 1 milliard cinq cent millions, ce qui, pour Weisman, s’approcherait du chiffre optimal (et qui, rappelons-le, était l’état de la population mondiale aux environs des années 1930), la nécessité d’une transition vers une économie décarbonée sera la même. Ceci du fait de la finitude des ressources et des capacités de notre environnement, qui ne peut en aucun cas s’accommoder du fantasme de toute puissance infinie qui, pour son malheur, semble accompagner l’humanité tout au long de son histoire. Nous serions simplement un peu moins pris à la gorge par l’urgence de cette transition, mais la question n’en demeurerait pas moins essentielle.

 

Pour finir, une petite remarque qui pourrait être amusante, si elle n’était tragique :

J’ai parlé tout à l’heure du « german bashing ».

Or il est tout de même étonnant de voir que les divers articles qui reprennent ce nouveau poncif branché (genre : « à nous français, on nous dit qu’on est les mauvais de la classe, mais voyez, les allemands, ils font mieux pour le moment, mais bientôt, ils seront aussi mauvais que nous ! Cocorico !! ». On se console comme on peut…) oublient généralement de dire une chose : c’est que, parmi les nombreux dysfonctionnements que nous cultivons depuis longtemps mais dans lesquels les allemands semblent en voie de nous rejoindre,

[la chose est toutefois à relativiser, cf. : « la croissance sera toujours une des plus élevées de la zone euro et largement supérieure à celle de l’an dernier (0,1 %). Le marché du travail reste très solide, les revenus des ménages sont attendus en hausse cette année et l’an prochain », dans :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/10/14/berlin-abaisse-ses-previsions-de-croissance-mais-conserve-sa-politique-economique_4506022_3234.html#xtor=RSS-3208 ]

 

parmi ces dysfonctionnements, donc, il en est un considérable, mais qui est rarement identifié comme tel, et dans lequel pourtant nos voisins d’outre Rhin nous surclassent largement.

Car concernant en effet la baisse des investissements, des entreprises comme de l’État, en vue de générer ou de maintenir la croissance [pour ceux qui accordent de l’importance à ce type de « croissance », ce qui n’est pas mon cas, cf. encore ma recension de Weisman…], la baisse de la compétitivité ou du taux de marge, la dégradation des équipements, etc. , nous pouvons certes encore nous glorifier d’une confortable avance.

Mais pour ce qui est de l’aberration d’une « transition énergétique » menée sans réflexion sur le long terme, et pour des raisons essentiellement démagogiques et électoralistes, nous avons à l’évidence des leçons à prendre de nos amis allemands.

Tout en pesant lourdement sur leur économie,

[voir là-dessus, par exemple : L’Allemagne, un modèle si fragile, dans Der Spiegel du 08/09, traduit dans Courrier International 1249 du 9 au 15/10/2014, p. 42-44)]

elle constitue donc un remarquable contre sens écologique ; puisque, dans un contexte climatique où la réduction des gaz à effet de serre devrait être la première urgence, le choix dogmatique a été fait de compenser, dans le processus de transition, l’abandon d’une énergie peu polluante par le maintien, voire le développement (sous la forme du lignite en particulier), de la pire source d’énergie possible dans le cadre de la lutte contre le réchauffement.

Mais comme la dite aberration est rarement reconnue comme telle, mais plutôt portée au crédit des réussites allemandes, cela ouvre la voie à une émulation méritoire de notre part, qui devrait nous permettre, au moins sur ce point, de rattraper notre retard, tout en conservant certes notre identité propre.

En effet, puisque le charbon manque chez nous, notre solution sera de compenser la réduction du nucléaire et l’intermittence des renouvelables en maintenant jusqu’au bout, vaille que vaille – et ce sera le cas de le dire ! -, notre dépendance au pétrole et au gaz !

Ouf ! L’honneur est sauf ! Nous conservons notre spécificité proprement française. Cocorico (bis) !

On ne va tout de même pas se laisser dicter nos aberrations par les Teutons. Produisons français, que diantre !

Mais, en attendant les troubles, voire les terreurs et les guerres qui, selon Machiavel encore, ne manquent pas de survenir lorsque les digues ne sont pas construites à temps, autant en ce qui concerne la démographie que l’énergie ou le climat, à défaut du projet, de cette « vision » demandée par Jancovici et qui pourrait susciter une mobilisation citoyenne, nous continuons à bénéficier du spectacle offert par tant d’évolutions acrobatiques sur les vagues !

« Et surfe que tu surferas ! », selon la jolie tournure occitane que Stultitia a reprise à sa grand-mère.

Bon. Il est grand temps que je reparte faire un tour à la montagne…