A propos de la théorie du genre

L’enseignement est vraiment une chose extraordinaire !

A peine a-t-on fini  – et encore ! – de pourfendre les obscurantistes créationnistes que voilà une nouvelle bataille qui se profile.

Grâce au recours à des références reconnues, parmi lesquelles Pascal Picq ou Axel Kahn, j’avais fini par faire comprendre à mes élèves quelques principes épistémologiques de base, parmi lesquels la nécessaire distinction entre une approche scientifique et une hypothèse métaphysique ou théologique.
Le créationniste confond les niveaux en affirmant que l’observation de la nature démontre nécessairement, au niveau scientifique, l’existence d’un principe créateur divin.
Tout comme certains athées, soit dit en passant, tombent dans le panneau en affirmant que cette même observation démontrerait son inexistence.
Distinguons donc, distinguons ! Et les élèves, ainsi que le principe de laïcité de l’enseignement, seront bien gardés !
Car la croyance religieuse, tout comme la croyance athée, relèvent d’interprétations métaphysiques, peut-être indispensables au fonctionnement de l’esprit humain et à sa quête de sens, mais qui n’ont pas à interférer avec la recherche scientifique.

Mais, sans doute pour rompre l’ennui, on vient juste de remettre le couvert, et vous m’en voyez tout émoustillé : une nouvelle fois, les Lumières de l’Enseignement vont pouvoir dissiper l’obscurité des doctrines réactionnaires !

La belle « théorie scientifique du genre », car il s’agit bien d’elle, se voit en effet attaquée par les papes, évêques et autres émanations du passé dont on ne saurait bien sûr trop souligner le caractère foncièrement anti-laïc.

Il importe donc de revenir aux données des sciences dures, telles qu’elles nous sont exposées par exemple par l’éminente scientifique Simone de Beauvoir, dans le « Deuxième Sexe », ou les non moins scientifiques Joan Scott dans « Gender and the politics of history », ou Judith Butler dans « Trouble dans le genre ». Car notre perception purement culturelle du genre ne peut à l’évidence qu’amener à neutraliser le sexe en tant que réalité biologique : « Au moment où nos perceptions culturelles ancrées au quotidien échouent, lorsqu’on n’arrive pas à lire avec certitude le corps que l’on voit, c’est précisément que l’on n’est pas sûr de savoir si le corps perçu est celui d’un homme ou d’une femme » nous dit la dernière. Fort heureusement, l’esprit progressiste de la science est capable de « créer de tels concepts en laboratoire », puisque le genre « n’est pas une théorie , c’est un concept scientifique », nous dit encore Irène Jami (« La fabrique de l’histoire », France Culture, 09/09/2011).
Car en effet, quelqu’un qui se réclame des sciences humaines ne peut, par définition que « construire des concepts scientifiques ». CQFD. Soulignons au passage le caractère particulièrement élaboré d’une telle approche épistémologique.

Fi donc de l’obscurantisme d’un Pascal Picq lorsqu’il affirme que : « C’est là qu’une partie des sciences humaines pose problème. En raison d’un antibiologisme radical, elles refusent cette réalité biologique qui fait que nous sommes dans le groupe des espèces les plus déterminées biologiquement pour (sic. mais sans doute faut-il lire « par » plutôt que « pour ») le sexe. C’est inepte d’un point de vue scientifique, stupide d’un point de vue philosophique et ouvert à toutes les idéologies » (Le Monde du 4/5 09).

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http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/09/03/le-sexe-n-est-pas-que-construction_1567378_3232.html
Les réactionnaires ont de ces arguments !
Et ils ne s’arrêtent pas là : « revenons sur cette affirmation féministe, que je crois fausse, selon laquelle le genre précède et domine le sexe (…) De là à affirmer que la différenciation sexuelle serait un épiphénomène sans aucune influence réelle sur le psychisme des comportements, il y a un saut qu’il ne faut pas faire » nous dit de son côté Axel Kahn, qui rajoute, en obscurantiste macho rôdé aux basses polémiques : « Je crois que le pouvoir militant du slogan l’emporte sur la qualité de l’analyse » (A. Kahn et C. Godin, L’homme, le Bien, le Mal, Hachette Pluriel 2008, p. 367-368).

Mais voilà qu’on me signale une incohérence dans mon propos : mes « références scientifiques reconnues » du début sont devenues d’infâmes obscurantistes dans la deuxième partie. Diantre, j’en conviens !
Mais alors, rétablir la cohérence impliquerait-il de transformer en retour mes spécialistes des sciences humaines de la deuxième partie en obscurantistes ?
Le « trouble dans le genre » introduit-il du trouble dans mon esprit ?

Il vaut donc mieux que je m’arrête là, en revenant à quelques considérations plus consensuelles.

Différentes disciplines sont enseignées dans les lycées :
Des disciplines scientifiques (maths, physique, SVT) ; des disciplines qui ont à voir avec les sciences humaines (Histoire, géographie, économie, sociologie), auxquelles il faut encore rajouter l’éducation civique (ECJS) et la philosophie.
Ne pourrait-on concevoir que des thèses qui relèvent de l’histoire des idées, de la sociologie et de la philosophie soient présentées comme telles et discutées en histoire, en sociologie, en éducation civique ou en philosophie et que les cours de sciences soient réservés aux questions scientifiques ?
Sinon, au lieu de la suppression d’un enseignant sur deux, on se demande si nos concitoyens, au vu de telles prouesses, ne pourraient pas en venir à se montrer favorables à la suppression de tous les enseignants. On pourrait alors difficilement leur donner tort.

Peut-être les économies budgétaires imposent-elles en effet une réduction du nombre des fonctionnaires.
Mais ne pourrait-on pas alors commencer par réduire le nombre de ceux qui se montrent capables, « en haut lieu », de produire de telles absurdités, et de les imposer aux pauvres soutiers de l’enseignement que nous sommes ?

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