Sur une distinction difficile mais pourtant indispensable entre « moindre mal » et « intolérable ».

Une discussion à propos d’un article récent

http://www.lemonde.fr/syrie/article/2017/01/08/c-est-parfois-le-prix-a-payer-bachar-al-assad-justifie-la-mort-de-populations-civiles_5059501_1618247.html

m’incite à revenir quelque peu sur une distinction qui me paraît particulièrement importante en nos temps de relativisme et de confusion.

Il s’agit de celle entre « moindre mal » et « intolérable ».

Vieux souvenir de sujets de dissertation maintes fois soumis à mes élèves, du type : « Y a-t-il des limites à la tolérance », « Peut-on tout tolérer », etc.

Car le relativisme contemporain du « chacun a tout de même le droit de faire ce qu’il veut » – réponse spontanée à ce genre d’interrogation… – a pris de telles proportions qu’il est parfois bien difficile de faire entendre un autre discours.

Or, ce type de question est au cœur du politique, et du problème du recours à la guerre en particulier, où les limites entre le tolérable et l’intolérable semblent disparaître dans un flou pour le moins préoccupant.

La question est certes délicate.

Mais je suis tout de même étonné par la récurrence d’arguments hautement problématiques et dangereusement sommaires, en particulier lors des « réactions » qui suivent les articles de journaux traitant de sujets tels que la guerre en Irak, en Syrie ou au Yémen, la question de la Crimée et de l’Ukraine, etc.

Faut-il rappeler qu’en tant que lecteur assidu de Machiavel, je crois être relativement immunisé contre les virus envahissants du bisounoursisme et du droit-de-l’hommisme à moindre frais ; et qu’en tant que pratiquant tout aussi régulier du Hobbes du Léviathan et du Freud de « Malaise dans la civilisation », il m’est souvent arrivé d’ironiser sur ce blog au sujet de ceux qui persistent à voir en l’homme un « être débonnaire, au cœur assoiffé d’amour ».

Pourtant, on ne peut sans conséquences graves se résoudre à voir confondre le réalisme lucide d’un Freud, d’un Hobbes ou d’un Machiavel avec le cynisme pur et simple de ceux qui soutiennent que certains enjeux bien troubles légitimeraient l’extermination massive de populations civiles, ou justifieraient le mépris pur et simple du droit international.

Il y a de l’intolérable, il faut le dire, le répéter, et s’efforcer d’en délimiter les traits du mieux possible.

En ce qui concerne pour commencer le droit de guerre,

On entend par crimes de guerre violations graves du droit international humanitaire commises à l’encontre de civils ou de combattants à l’occasion d’un conflit armé international ou interne » (…)

Ces crimes découlent essentiellement des Conventions de Genève du 12 août 1949 et de leurs Protocoles additionnels I et II de 1977 et des Conventions de La Haye de 1899 et 1907. Leur codification la plus récente se trouve à l’article 8 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI) de 1998.

http://www.ohchr.org/Documents/Countries/CD/Fiche2_crimes_FINAL.pdf

(signalons une coquille dans l’article des « décodeurs » qui cite ce texte : il y est question de « conflit armé international ou externe » au lieu de « conflit armé international ou interne »)

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/01/09/syrie-bachar-al-assad-se-depeint-en-leader-democrate-pacifiste-et-populaire_5059967_4355770.html

 

Selon la définition de ces accords internationaux (cf. les 59 alinéas de l’article 8 du Statut de Rome du 17 juillet 1998),

http://mjp.univ-perp.fr/traites/1998cpi.htm

et les Conventions de Genève du 12 août 1949

https://www.icrc.org/fre/assets/files/other/icrc_001_0173.pdf

Article 3 : Conflit de caractère non international.

En cas de conflit armé ne présentant pas un caractère international et surgissant sur le territoire de l’une des Hautes Parties contractantes, chacune des Parties au conflit sera tenue d’appliquer au moins les dispositions suivantes :

1) Les personnes qui ne participent pas directement aux hostilités, y compris les membres de forces armées qui ont déposé les armes et les personnes qui ont été mises hors de combat par maladie, blessure, détention, ou pour toute autre cause, seront, en toutes circonstances, traitées avec humanité, sans aucune distinction de caractère défavorable basée sur la race, la couleur, la religion ou la croyance, le sexe, la naissance ou la fortune, ou tout autre critère analogue.

(…)

2) Les blessés et malades seront recueillis et soignés. Un organisme humanitaire impartial, tel que le Comité international de la Croix-Rouge, pourra offrir ses services aux Parties au conflit.

Les Parties au conflit s’efforceront, d’autre part, de mettre en vigueur, par voie d’accords spéciaux tout ou partie des autres dispositions de la présente Convention.

(…)

Que ce soit donc dans le cadre d’un « conflit international » comme d’un conflit « non international », « interne », les atteintes aux civils et autres « personnes qui ne participent pas directement aux hostilités » doivent être considérées comme « crimes de guerre ».

Ainsi, en dépit de divergences concernant le nombre des victimes en fonction des différentes sources d’information, nul ne devrait nier l’existence massive de crimes de guerre dans le cas des interventions menées contre son propre peuple par Bachar el Assad et ses alliés, comme dans le cas des opérations menées au Yémen sous la direction de l’Arabie Saoudite.

[bien d’autres cas seraient bien sûr à évoquer, en ce qui concerne les conflits africains en particulier, mais l’approche serait la même].

L’observatoire syrien des droits de l’homme fait état d’au moins 90 500 civils sur les 312 000 à 450 000 victimes du conflit dont l’essentiel est imputable à Damas.

(cf. art. des « Décodeurs » cité plus haut, ainsi que

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/09/08/en-syrie-qui-de-l-ei-ou-du-regime-de-bachar-al-assad-a-fait-le-plus-de-victimes_4748890_4355770.html

article qui rappelle s’il en est besoin que les crimes commis par Damas sont de beaucoup plus importants que ceux commis par l’EI).

Alors même que la guerre est menée en Irak contre l’EI, ce qui n’est pas le cas en Syrie, il semble difficile de mettre sur le même pied le siège de Mossoul et la boucherie d’Alep.

En dépit d’indéniables et graves « dégâts collatéraux » imputables aux forces de la coalition contre l’EI en Irak, mettre au même niveau les morts de civils causés par  cette intervention et les crimes commis par l’État Syrien et ses alliés  contre le peuple de Syrie relève donc d’une scandaleuse supercherie.

Si, moyennant une vigilance rigoureuse, il paraît dans la plupart des cas légitime de considérer les premiers, qui se chiffrent hélas en dizaines, voire centaines de victimes, comme relevant du « moindre mal » (même si certains peuvent relever des crimes de guerre, voire contre l’humanité, et devront être jugés comme tels), les seconds, qui se chiffrent en dizaines, voire centaines de milliers de crimes délibérés relèvent eux clairement de l’intolérable.

Dans des proportions moindres, et en dépit des critiques grandissantes de ses alliés, il en va de même en ce qui concerne la guerre menée par l’Arabie Saoudite au Yémen, avec l’aide des États-Unis :

http://abonnes.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/01/16/yemen-10-000-civils-tues-en-moins-d-un-an_5063699_3218.html

http://abonnes.lemonde.fr/proche-orient/article/2016/10/11/pourquoi-la-guerre-au-yemen-dure-t-elle-encore_5011952_3218.html

Et ce ne sont pas les arguments puérils quoique sordides (« puisque d’autres le font, on peut le faire« …) qui visent à justifier les atrocités des uns par celles des autres (du style, hélas fréquent : « Certes la Syrie fait cela, mais les saoudiens font la même chose au Yémen », ou vice versa…) qui peuvent changer quoi que ce soit à la désignation des crimes contre l’humanité et à l’indispensable dénonciation et condamnation de l’intolérable, d’où qu’il vienne.

Car il va de soi qu’en dépit de la disproportion des moyens de destruction dont ils disposent, que ce soit en Syrie, au Yémen ou ailleurs, crimes de guerre et crimes contre l’humanité peuvent être aussi le fait de personnes ou de groupes qualifiés de « rebelles » ou de « résistants ».

 

Du côté de la dynastie Assad, il est en outre depuis longtemps solidement établi que, non contente d’être responsable des crimes de guerre mentionnés, elle s’avère coupable de façon massive d’indéniables crimes contre l’humanité :

https://www.amnesty.org/fr/latest/campaigns/2016/08/syria-torture-prisons/

http://abonnes.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/12/16/syrie-du-dossier-cesar-au-dossier-bachar_4833112_3218.html

(Rappelons qu’en dépit de controverses persistantes concernant sa définition juridique précise, l’article 7 du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale en dessine une approche faisant l’objet d’un relatif consensus :

http://mjp.univ-perp.fr/traites/1998cpi.htm )

Il est donc inquiétant d’entendre par exemple un analyste en général équilibré comme Hubert Védrine (avec lequel je m’accorde bien souvent, cf. mon post du 05/01 sur la question des migrations) confondre de façon si flagrante  « moindre mal » et «intolérable».

En particulier lorsqu’il mentionne parmi les « erreurs commises » par les occidentaux le fait « de ne pas écouter les chrétiens de Syrie et du Liban, qui avertissaient que, si le régime de Bachar était cruel, le suivant serait pire ».

http://www.lemonde.fr/international/article/2017/01/13/hubert-vedrine-la-tragedie-d-alep-symbolise-l-effondrement-des-politiques-occidentales-guidees-par-la-morale-et-l-ethique_5062264_3210.html

Outre le fait que les chrétiens en question sont, pour leur honneur, loin de parler d’une seule voix

http://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/TRIBUNE-Non-Bachar-Al-Assad-bouclier-Chretiens-Orient-Hind-Kabawat-2016-03-24-1200748872

on est tout de même en droit de se demander si, malgré les échecs évidents de la plupart des « printemps arabes », un régime du type de celui de la Tunisie, voire de l’Égypte, ne serait pas, cette fois en rigueur de terme, en dépit des errements condamnables, un « moindre mal » ou du moins un « moindre pire »par rapport aux décennies de tortures intolérables infligées à son peuple par le clan Assad.

Quel étrange sens de la divination devrait donc obliger à penser que les syriens seraient par essence incapables de faire, si ce n’est mieux, du moins pas plus mal que ces pays ? Ce qui serait déjà un progrès considérable au regard des prouesses des actuels maîtres de Damas…

Sur ce point, le documentaire à paraître bientôt sur le bagne de Tadmor pourrait faire réfléchir un ex-ministre qui doit tout de même être le premier informé de ce genre de réalités.

http://orientxxi.info/lu-vu-entendu/l-ombre-du-bagne-de-palmyre-plane-sur-la-syrie,1633

Sur ce sujet encore, l’indécente équivalence posée par certains « commentateurs » sur les forums entre les agissements de la famille Assad et les « excès américains » du bagne de Guantanamo se révèle proprement scandaleuse. Tout comme est intolérable l’argument pourtant repris en boucle qui évoque le bombardement de Dresde en vue de justifier le massacre des civils syriens.

Il est abject de renvoyer dos à dos des réalités qui n’ont pratiquement rien en commun. Malgré leurs indéniables défauts (persistance de la peine de mort dans certains états, situation de certaines prisons voire « délocalisation de la torture », etc.) accuser les États Unis de crimes et de tortures de masses comparables à ceux commis en Syrie par dizaines de milliers relève de la cécité idéologique et du mensonge éhonté.

La guerre civile contre une opposition interne sous prétexte de lutte contre quelques centaines, au plus quelques milliers de djihadistes ne peut non plus sans imposture être assimilée au combat contre le nazisme.

De telles falsifications font en outre courir le risque, en estompant les limites, de réduire la spécificité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

 

Un autre sujet d’étonnement concerne la banalisation des violations du droit international, lesquelles relèvent pourtant elles aussi de l’intolérable.

À propos de la mode des allégations pro-russes de certains de nos candidats à la présidence de la République,

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2016/11/22/dalep-de-la-russie-et-de-m-fillon-qui-risque-fort-dhypothequer-son-honneur-et-le-notre/

j’avais rappelé les violations réitérées du droit international par la Russie.

Je me permets de reprendre ces lignes :

N’oublions pas non plus que la Russie de laquelle il faudrait se rapprocher, alliée d’un Bachar el Assad qu’il conviendrait de courtiser, présente en outre la particularité unique dans le monde de l’après-guerre de bafouer de façon réitérée le droit international ainsi que ses propres engagements.

« En 1994, le Mémorandum de Budapest avait été signé entre l’Ukraine, la Russie, les États-Unis et le Royaume-Uni. Par cet accord, l’Ukraine acceptait de se défaire du stock d’armes nucléaires dont elle avait hérité à la dislocation de l’URSS ; en contrepartie, les États signataires s’engageaient à respecter l’indépendance et la souveraineté ukrainiennes dans ses frontières et à s’abstenir de toute menace ou usage de la force contre l’Ukraine »

Plus tard, le 31 mai 1997, est signé le Traité d’amitié, de coopération et de partenariat entre la Russie et l’Ukraine, lors de la première visite officielle du président russe, Boris Eltsine, en Ukraine.

« Le traité a fixé l’intégrité territoriale des deux États : l’article 2 stipule que « Les hautes parties contractantes, en conformité avec les dispositions de la charte des Nations Unies et des obligations en vertu de l’acte final de la conférence sur la sécurité et la coopération en Europe respectent l’intégrité territoriale de l’autre et affirment l’inviolabilité de leurs frontières existantes ».

Enfin un troisième traité, l’Accord entre la Russie et l’Ukraine sur la frontière russo-ukrainienne, signé à Kiev en 2003, stipule que la Crimée est et demeure partie intégrante de l’Ukraine.

http://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0382-l-annexion-de-la-crimee-lecons-pour-la-securite-europeenne

Le fait qu’une nation, quelle qu’elle soit, se permette de ne tenir aucun compte des déclarations, traités et accords internationaux qu’elle a elle-même ratifiés et qui ont pourtant fait l’objet de reconnaissances officielles constitue un danger intolérable contre lequel la communauté internationale se doit de réagir de façon appropriée (fortes sanctions, éventuelle privation de droits à l’ONU, etc.), et certainement pas en « passant l’éponge », comme nous le proposent hélas des politiciens qui ne font en cela que manifester l’indignité de leurs programmes.

La violation par Moscou du Mémorandum de Budapest en ce qui concerne la garantie des frontières de l’Ukraine devrait logiquement avoir pour contrepartie la restitution à ce dernier État de la puissance nucléaire qui faisait l’objet du traité.

Peut-on donc imaginer ce que signifierait pour la sécurité mondiale une Ukraine nucléarisée aux portes de la Russie ? C’est pourtant ce qu’implique en toute justice la transgression par la Russie du Mémorandum de Budapest.

De telles violations intolérables de leurs engagements suffisent à qualifier « d’États voyous » les nations qui les commettent.

Au nom de tels précédents, faudra-t-il donc accepter un jour sans réagir que la Chine s’empare de la Sibérie, d’îles du Pacifique, ou la Corée du Nord de la Corée du Sud ?

La justification d’une telle « jurisprudence » du laxisme est la porte ouverte à un dangereux aventurisme qui risque fort de caractériser notre XXIème siècle si des limites ne lui sont pas fermement édictées.

Ce ne serait hélas, une fois de plus, que la navrante répétition des erreurs des siècles passés.

Souhaitons donc à nos gouvernants présents et futurs de ne pas prendre l’habitude de jouer avec un tel feu…

Dans ce domaine encore, il est bien surprenant de lire ou d’entendre des « russophiles » ou « poutinolâtres » de plus en plus nombreux mettre sur le même plan les évidentes erreurs ou maladresses de l’Occident et/ou des États-Unis (par exemple dans le traitement du « dossier ukrainien ») et les intolérables violations permanentes des engagements internationaux dont la Russie se fait la championne exclusive ces dernières décennies.

Cela relève une fois de plus de la supercherie et de la cécité idéologique. À ma connaissance, aucune nation occidentale, fort heureusement, ne peut se prévaloir d’un mépris incontestable du droit international tel que celui que manifestent de façon réitérée les actuels maîtres du Kremlin.

Pour le moment du moins…

Car il est bien évident que si l’exemple s’étendait, comme on a des raisons de le craindre au vu de certaines évolutions, la sécurité mondiale relèverait alors de l’arbitraire intolérable qui caractérise la loi de la jungle et la raison du plus fort.

Quelques mots pour finir sur ce que j’avais qualifié, dans un commentaire de « tentation néo-franquiste ».

http://filiu.blog.lemonde.fr/2017/01/12/linsoutenable-legerete-de-fillon-face-a-assad/

(cf. aussi les derniers ajouts à mon post du 22/11/2016

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2016/11/22/dalep-de-la-russie-et-de-m-fillon-qui-risque-fort-dhypothequer-son-honneur-et-le-notre/ ).

Comme le savait parfaitement Machiavel, l’Histoire repasse périodiquement les mêmes plats :

« Pensant pour ma part à la façon dont procèdent les choses, j’estime que le monde a toujours été pareil… » (Discours sur la première décade de Tite Live, II, Avant-propos, Œuvres, Robert Laffont, Paris 1996, p. 292).

Et il est désolant de constater combien, dans des configurations similaires, la même justification de l’intolérable recommence sans cesse à faire des adeptes.

Car comme d’autres en leur temps ont béni l’un des grands bourreaux du XXème siècle parce qu’il se faisait le « défenseur des croyants » au prix de crimes intolérables, certains soi-disant croyants (cf. encore mon post du 22/12/2016 et les « pseudo croyants ») désormais contemporains, ne semblent pas éprouver de difficulté particulière à soutenir  au nom du « moindre mal » les efforts de l’un des bouchers les plus sanguinaires de ces dernière décennies et de ses complices, du moment qu’ils garantissent le « respect des minorités », chrétiennes en particulier.

Cela vaut bien en effet quelques centaines de milliers de morts, et des dizaines de milliers de torturés.

Or, tout comme il est loin d’être assuré qu’un régime succédant à celui de Bachar el Assad « serait pire », comme l’affirme de façon bien légère M. Védrine, rien ne permet de penser que les forces anti-franquistes (qui, tout comme l’opposition syrienne,  comprenaient, faut-il le rappeler, des républicains et des démocrates…) auraient fait régner en Espagne la dictature communiste tellement exhibée comme épouvantail par les thuriféraires du Caudillo.

Et pourtant, le néo-franquisme est une réalité bien tangible en Espagne.

http://www.lemonde.fr/m-moyen-format/article/2017/01/13/les-papys-du-franquisme-font-de-la-resistance_5062293_4497271.html?xtmc=franquisme&xtcr=1

Mais il serait bien illusoire de croire qu’il serait cantonné outre Pyrénées.

Car la « défense des valeurs chrétiennes » (« défense » qui, fort heureusement, est loin de mobiliser l’ensemble de ceux qui se reconnaissent sous l’appellation de « chrétiens »), des « valeurs nationales », de celles de « l’Occident » a désormais le vent en poupe, en Russie, aux USA, en France ou ailleurs.

Avec les visages qu’on sait, et dont – dans leurs versions trumpiennes, poutiniennes et/ou néo-fascistes du moins – il est légitimement permis de douter qu’ils fassent honneur aux « héritages chrétiens » et « occidentaux ».

En particulier lorsqu’ils exigent que nous nous accommodions sans états d’âme de ce qu’il est pourtant essentiel de continuer à nommer l’intolérable.

 

PS (ajout du 19/01):

La publicité (justifiée) faite autour du débat organisé par Y. Calvi

ne peut en aucun cas faire oublier ce qui précède.

Le fait que l’opposition syrienne ait été de plus en plus gangrénée par un djihadisme responsable, à Alep en particulier, de crimes de guerre manifestes et condamnables (cf. ci-dessus) n’est un secret pour personne.

Il est cependant navrant, quoique prévisible (cf. les nouvelles tendances mentionnées ci-dessus) et caractéristique, que cet constat justifié soit commodément récupéré pour renvoyer dos à dos les crimes d’Assad et de ses alliés (Russie, Hezbollah), et ceux de l’opposition, djihadistes compris.

Cela relève encore de la supercherie.

Il est tragiquement grotesque de laisser croire qu’on pourrait placer au même niveau les crimes d’un tyran, avérés depuis des décennies (cf. ci dessus par exemple lien aux articles d’Amnesty International), avec ceux – certes bien réels – d’une opposition dont je n’ai pas ouï dire qu’elle disposerait, entre autres armements, d’une aviation pour accomplir ses méfaits.

Si certaines mises au point sont justifiées, l’immense majorité des crimes demeure, en Syrie, le fait du régime de Damas. On ne doit pas le faire oublier. Et prendre prétexte de carences dans l’information pour insinuer autre chose se révèle pour le moins ambigu.

Dénoncer certaines insuffisances ou manipulations est certes nécessaire, mais ne doit en aucun cas signifier se faire complice de supercheries bien plus massives et pernicieuses…

 

Ajout du 24/01:

Et à propos de « roulage dans la farine », un portrait de celui qui reste tout de même le champion toutes catégories:

http://www.france3.fr/emission/bachar-moi-ou-le-chaos/diffusion-du-23-01-2017-22h35

avec un rappel succinct mais salutaire de quelques repères historiques.

Et puis un étonnement, tout de même: dans la floraison d’articles qui nous parlent en ce moment des négociations d’Astana, il est question d’Armée Syrienne Libre,  de Mohamed Allouche, d’Ahrar al Cham, de Noureddine Zinki et d’autres encore.

Il y a donc, sous les bombes, une opposition en Syrie !

Et nous qui croyions naïvement, comme Bachar et ses amis nous le répètent, qu’il n’y avait que les terroristes de l’EI et du Front Fatah Al-Cham.

Aurions-nous donc été une fois de plus  « roulés dans la farine »?

Ajout du 15/03:

À ne pas manquer:

http://abonnes.lemonde.fr/syrie/article/2017/03/15/message-to-la-profession-de-foi-radicale-de-pacifistes-syriens_5094522_1618247.html

 

 

 

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