Attention ! Un scandale peut en cacher un autre. À propos de « l’affaire Benalla » et de la regrettable absence « d’affaire Kuzmanovic ».

Après le Mondial et malgré le Tour de France, les rédactions semblent être en mal de ce sensationnel facile propre à pimenter quelque peu les infos de l’été.

Voici deux ans, « l’affaire » du burkini avait réussi à tenir en haleine et à déchaîner les éditoriaux et les passions pendant des semaines du fait de son importance à l’évidence capitale pour l’avenir de la Nation.

Mais l’objet semble hélas passé de mode. Dommage ! Il était pourtant bien pratique pour remplir des colonnes et faire l’ouverture des JT…

Alors, puisque le burkini est mort, vive « l’affaire » Benalla !

Non que la question ne soit pas sérieuse.

Un tabassage de manifestants par des personnes accréditées ne relève certes pas de l’anecdotique.

Du fait de l’omniprésence du sujet dans les médias, je ne vais cependant pas m’appesantir sur sa gravité certaine, sur le laxisme, les complicités, etc. qui sont bien évidemment à dénoncer et à sanctionner.

Mais l’information ne paraît pas spécialement manquer sur le sujet.

Le bon sens oblige toutefois à reconnaître qu’une telle « affaire » n’est tout de même pas significative d’une dérive dictatoriale de notre République.

La France de « l’affaire Benalla » n’en devient pas pour autant le Venezuela de Maduro ou le Nicaragua d’Ortega.

Mais voilà que d’après un certain Djordje Kuzmanovic, porte-parole de la France Insoumise (défense et international, est-il précisé), je me ferais en disant cela le défenseur des forces de la réaction soudoyées par les USA, des fantoches du capitalisme international qui, armés de kalachnikovs et de mortiers (sic), mettent en péril les avancées du socialisme démocratique en Amérique latine, héroïquement défendu par les dirigeants de ces États..

Car c’est bien là l’essentiel de la thèse proprement surréaliste que soutient notre « porte-parole » lors de l’émission « 28 Minutes » du 18 juillet :

https://www.arte.tv/fr/videos/081596-013-A/28-minutes/

Il se trouve que je compte, parmi les migrants auxquels je donne des cours de français, une dame venant du Nicaragua, où réside encore la plus grande partie de sa famille.

Et les informations quotidiennes qu’elle reçoit de son pays suffisent à qualifier les assertions de M. Kuzmanovic de « fake news » honteuses.

Bien sûr, comme le reconnaît dans la même émission un spécialiste aussi compétent et équilibré qu’Olivier Dabène, les États-Unis sont loin d’être neutres dans l’affaire, et il est clair que certaines opérations diplomatiques douteuses et manipulations ne sont pas à exclure.

Mais présenter les événements en cours au Nicaragua (ou au Venezuela, cf. en particulier les remarques de Paula Doumerg vers 29mn50 concernant les exécutions extra-judiciaires dans ce pays) comme étant essentiellement un coup monté par les États-Unis est une grave insulte à la conscience politique démocratique de ces peuples, à leur courage et à leur exigence de droit et de justice.

Quels qu’aient été leurs passés, il est désormais patent que les actuels dirigeants du Nicaragua et du Venezuela sont désormais engagés dans un processus dictatorial sanguinaire.

D’après mon élève nicaraguayenne, qui est bien loin d’être une admiratrice inconditionnelle des États-Unis, le nombre de morts évoqué depuis le début de l’insurrection il y a trois mois (la presse parle de 300) est très largement sous-estimé. Non seulement les assassinats, mais les disparitions dues aux paramilitaires seraient nettement plus importants. Sans compter la terreur quotidienne et les persécutions subies par les manifestants, bien évidemment des « délinquants » issus de la « droite putschiste » soutenue par les États-Unis, selon la phraséologie officielle du régime reprise de façon scandaleusement non critique par notre « porte-parole ».

Il fut un temps où les mutins de Kronstadt étaient qualifiés de délinquants putschistes, et où tout dissident ne pouvait être qu’un fantoche à la solde des puissances impérialistes soutenues par le Grand Capital.

Réjouissons-nous, camarades ! Cet heureux temps que nous croyions définitivement révolu est en train de renaître de ses cendres.

Voici qu’en plus des relents fascistes, racistes et xénophobes que nous subissons, et comme si cela n’était pas suffisant, nous voyons réapparaître le bon vieux stalinisme de grand papa et ses méthodes éprouvées de déni et de travestissement de la réalité et de l’histoire.

Qu’une « voix de son maître », tel que M. Kuzmanovic se montre capable d’un tel avilissement, cela ne mérite certes que du mépris.

Mais que cet individu soit officiellement le « porte-parole » d’un mouvement qui, ayant rassemblé sur son nom plus de 7 millions de voix et près de 20% de votants, ne trouve personne en son sein pour dénoncer clairement un tel scandale, cela pose de très graves questions.

Et il ne faudrait pas que quelques écrans de fumée habilement distillés par ceux qui font depuis longtemps profession de nous faire prendre des vessies pour des lanternes nous détournent de ce questionnement ô combien essentiel.

 

Ajout du 27/07:

À titre d’information:

http://www.liberation.fr/debats/2018/07/24/le-nicaragua-a-bout-de-souffle_1668459

http://www.liberation.fr/planete/2018/07/18/nicaragua-le-regime-fait-place-nette-a-masaya-la-ville-rebelle_1667430

http://www.rfi.fr/ameriques/20180727-crise-nicaragua-le-costa-rica-voisin-voit-affluer-milliers-migrants

Et cette courageuse « lettre ouverte »:

Carta abierta a la Comunidad Internacional

À noter une erreur de traduction dans la version française: à la ligne 4, au lieu de « c’est une petite ville« , lire : « c’est un petit peuple » (l’expression fait référence aux paroles qui précèdent:  « un dictateur massacre son peuple« ).

Ajoutons qu’un « commentaire » dénonce la collaboration des forces armées vénézuéliennes – bien connue de qui prend la peine de s’informer – à la répression au Nicaragua.*

Maintenant que l’importantissime « affaire » Benalla paraît quitter un peu le devant de la scène, peut-on espérer que quelque journal sérieux relaie ce genre d’information ?

*Ajout du 29/07:

https://twitter.com/dsmolansky/status/1020803111227707396/video/1

Traduction du tweet de David Smolansky, maire en exil de El Hatillo, Caracas: « Le dictateur du Nicaragua a donné l’ordre de lancer une opération nettoyage contre le noble peuple du Nicaragua. Les assassins circulent dans des véhicules ornés du drapeau du Vénézuela [cf. vidéo]. Des criminels qui ont l’appui de Nicolas Maduro. Nous, vénézuéliens, refusons d’être complices de ces atrocités« .

Arreaza ofrece a Venezuela para “defender la soberanía” de Nicaragua

Jorge Arreaza est actuellement ministre des affaires étrangères du Vénézuela. Lors de la célébration, le 19 juillet à Managua, du trente-neuvième anniversaire de la révolution sandiniste au Nicaragua , il déclare au nom de Nicolas Maduro que le Vénézuela est « disposé à défendre la souveraineté du Nicaragua« .

etc. etc.

Ajout du 31/07:

https://www.francetvinfo.fr/monde/ameriques/des-milliers-de-nicaraguayens-ont-fui-leur-pays-en-proie-a-la-violence_2875221.html#xtor=AL-85

Ajout du 17/08:

https://abonnes.lemonde.fr/ameriques/article/2018/08/17/nicaragua-a-managua-peur-sur-une-ville-dechiree_5343274_3222.html

 

 

2 commentaires sur “Attention ! Un scandale peut en cacher un autre. À propos de « l’affaire Benalla » et de la regrettable absence « d’affaire Kuzmanovic ».

  1. Merci pour votre commentaire. Hélas la vérité ne semble pas être la chose la plus partagée en ce monde…

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