Stultitia et moi ne sommes bien sûr pas les seuls à avoir ressenti un grand soulagement à l’annonce des résultats des dernières élections.
Un immense merci à nos concitoyens, qui ne se sont pas « trompés de combat ».
Mais je voudrais faire ici quelques rappels et remarques qui me paraissent de bon sens, au risque de verser dans une intervention quelque peu « café du commerce ».
Tout d’abord, si l’urgence a fait qu’une majorité ne s’est fort heureusement pas trompée de combat, il faut bien reconnaître, du moins c’est ma conviction, que nous continuons allègrement à nous tromper de révolution.
Comme je le disais dans le post cité en lien ci-dessus :
« Il faut bien l’avouer, nos préoccupations économiques et politiques apparaissent pour l’essentiel particulièrement déphasées, archaïques et anachroniques.
Non seulement celles des politiques ’’ classiques ‘’, mais aussi la plupart des revendications qui prétendent s’y substituer ».
Certes, une approche politique qui serait vraiment réaliste a peu de chance d’être promue par les politiques, quels qu’ils soient, et le travail est encore considérable pour qu’elle soit acceptée par la population. On le sait, l’irréalisme démagogique du « demain on rase gratis », avec ses promesses concernant la hausse indéfinie du « pouvoir d’achat », le statu quo des retraites, le maintien d’une surconsommation endémique, l’impossibilité tacite d’une décroissance salvatrice, etc., tout ceci reste largement partagé par toutes les tendances de l’échiquier politique, même les plus écologiques sauf exceptions.
Il ne faut pas désespérer Billancourt ! Pas de promesses, pas d’électeurs. Point trop de radicalité et de réformes pourtant indispensables…
Mais urgence obligeait, et si j’ai voté pour une candidate LFI du Nouveau Front Populaire, ce n’est donc absolument pas parce que je partageais l’intégralité de son programme. Loin de là !
Et si faire barrage au RN avait nécessité de voter pour un candidat Renaissance ou LR « classique », je l’aurais bien sûr fait sans pour autant adhérer à leur programme.
Et, comme des centaines de milliers de françaises et français même si leurs opinions diffèrent sans doute fortement de la mienne, je ne vois donc pas pourquoi mon vote devrait être confisqué et instrumentalisé par un NFP, encore moins une France Insoumise et leur « programme ».
Le report des voix montre qu’une majorité de françaises et de français n’ont pas voté pour le dit « programme », mais avant tout contre le RN.
Il faudrait tout de même que le NFP ne s’illusionne pas trop sur les raisons de son succès et respecte cette évidence, plutôt que d’imposer de façon autoritaire un choix qui n’est pas celui d’un grand nombre d’électeurs.
Il y va tout simplement de la démocratie.
Ne pas le comprendre serait, une fois de plus, se préparer des lendemains qui déchantent.
Pour les partisans d’une politique « classique », c’est-à-dire sacrifiant à l’habituel irréalisme démagogique – encore une fois, ce n’est pas mon approche – la question ne devrait donc pas être de fantasmer sur la création d’un gouvernement « de gauche ». Qu’on le veuille ou non, ce dernier ne correspond pas à l’attente de la majorité des françaises et français et serait un emplâtre sur une jambe de bois, qui n’aurait pour vocation que de se désagréger le plus rapidement possible.
La seule solution démocratique serait d’opter, comme le font depuis longtemps nos voisins allemands, espagnols, danois, etc. pour des coalitions capables de dialogues et de compromis, éventuellement à géométrie variable en fonction des problèmes abordés (nucléaire ou pas, réforme des retraites ou pas, réforme du code du travail ou pas, loi immigration ou pas, etc.) et non de laisser une seule tendance minoritaire imposer son programme et ses diktats, ce qui ne peut aboutir qu’à un rejet à brève échéance.
L’absence de majorité absolue peut être une chance pour la démocratie. Il faudrait savoir la saisir en sortant de nos illusions et nos combines de partis.
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Mais je voudrais revenir sur un point que je soulignais dans mon post mentionné ci-dessus, et qui demanderait d’urgence ce type de réflexion réaliste et raisonnée qui fait défaut, bien entendu, à l’extrême droite, mais aussi au centre et à la gauche qui s’honoreraient pourtant de la mener de façon responsable.
Il s’agit de la question de l’immigration.
On sait combien ce thème est important dans le narratif de l’extrême droite.
Et alors même que M. Macron lui emboîte le pas en dénonçant à gauche « un programme totalement immigrationniste », cette dernière n’évoque la plupart du temps sur le sujet que des raisons humanitaires, certes indispensables, mais insuffisantes pour évacuer l’épouvantail opportunément secoué par l’extrême droite d’un « droit-de-l’hommisme » bisounours, dangereux et coûteux pour la Nation.
De graves carences donc, quelles que soient les tendances politiques envisagées.
Comme je le disais dans mon post précédent, ces carences n’en sont pas vraiment pour le Rassemblement National et assimilés, puisqu’il s’agit en fait d’une idéologie délibérée, fondée, quoi qu’il en dise, sur la xénophobie et le racisme. Dans ce cas, l’émotif, la croyance irrationnelle prévaut sur toute approche raisonnée.
Mais comment comprendre les déficiences des partis de centre et de gauche sur le sujet ?
Sans doute essentiellement, comme le montre avec pertinence Alice Mesnard, parce que
« En réalité, les politiques ont intérêt à prendre des positions martiales sur ce thème de l’immigration clandestine, très porteur sur le plan électoral ».
Alors même que tous les analystes sérieux savent que l’immigration représente pour l’Europe, non pas seulement une nécessité, mais une condition de sa survie économique et sociale.
« Combien de familles seraient dans le désarroi sans ces « illégaux » qui prennent soin de leurs enfants et de leurs parents âgés ? Combien d’exploitations agricoles, de restaurants, de services de livraison seraient contraints de stopper leur activité ? Combien de chantiers s’arrêteraient ? » (A. Mesnard, art. cité).
Le président du Medef le reconnaît lui-même (d’où, en passant, l’intérêt d’ouvrir une approche politique sérieuse à des voix plus diversifiées que celles des seuls NFP ou RN) :
« D’ici à 2050, nous aurons besoin, sauf à réinventer notre modèle social, sauf à réinventer notre modèle économique, de 3,9 millions de salariés étrangers » hors de l’Union européenne puisque « tous les pays de l’UE sont confrontés au même problème démographique ».
(…)
« Le patron des patrons cite le secteur de l’aide à la personne, qui connaît « d’ores et déjà d’énormes tensions de recrutement ». « D’ici à 2030, nous aurons près de 800 000 postes à pourvoir avec le défi démographique du vieillissement de la population et l’envie de vieillir chez soi », expliquait récemment Pierre-Olivier Ruchenstain, directeur général de la Fepem, dans une enquête du Point. Pour le président du Medef, il est donc urgent de « raisonner » les débats sur l’immigration en France. Sera-t-il entendu ? »
On craint bien que non.
Il est pourtant loin d’être le seul à vouloir enfin « raisonner le débat », le tirer d’imprécations purement irrationnelles :
etc. etc.
M. Bardella et Mme Le Pen ont d’ailleurs soigneusement occulté le fait qu’aussi bien Mme Meloni que M. Orban se sont empressés de faire entrer en douce, en totale contradiction avec leurs discours, respectivement 450 000 et 500 000 immigrés pour faire face chez eux au manque de main d’œuvre.
Politique qui serait aussi bien évidemment celle du RN si, par malheur, il parvenait un jour au pouvoir.
Entretemps, il faut s’attendre encore à bien des diatribes contre « l’étranger qui vole nos emplois », et à la criminalisation des immigrés. On ne change pas un leitmotiv qui gagne…
Bien sûr, je l’ai souligné plusieurs fois, la dépression démographique en Europe qui imposera un recours sans cesse plus important à l’immigration ne doit pas être l’occasion d’un « néo-colonialisme » migratoire, privant les pays de départ d’indispensables ressources humaines.
(Il est par exemple bien problématique de constater qu’il y a plus de médecins tunisiens en France qu’en Tunisie…).
Et il est indispensable que tout migrant qui manifeste le désir de s’incorporer à notre vie nationale, bénéficie, comme c’est le cas par exemple en Allemagne, d’un accueil et d’une formation qui favorisent son intégration et le respect de sa dignité. Car un migrant, qu’il soit temporaire ou permanent, ne peut être considéré comme une simple variable économique. Ceci quel que soit son emploi (de « prestige » -professions scientifiques, médicales, etc.- mais aussi dans le domaine de l’agriculture, de l’hôtellerie, du bâtiment, etc.), car contrairement au fantasme d’un migration « choisie », l’éventail des besoins est immense et sera toujours plus étendu.
Plutôt que de grandiloquentes et mensongères rhétoriques anti-immigration qui nous condamnent à nous tirer une balle dans le pied, il est urgent de « se centrer sur les vraies questions », et, plutôt que d’entretenir une hystérisation contre productive, d’organiser enfin une immigration légale :
Dès lors, les postures politico-électorales doivent cesser. Le débat démocratique doit se centrer sur les vraies questions, c’est-à-dire la manière d’organiser cette immigration économique : avec quels types de visas ? proposés à quels coûts ? pour quelles durées ? avec quelles protections pour les travailleurs ? (Alice Mesnard, art. cité).
Pour celles et ceux qui, quelles que soient leurs opinions politiques, sont sincèrement attachés à une démocratie raisonnée qui récuse les sirènes de la xénophobie et du racisme, il y a là une tâche urgente à mener en commun.
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Ajout du 11/07 :
Le lien à cet article, qui me paraît indiquer la voie à suivre :
Ajout du 12/07 :
À propos de la « préférence étrangère » dans l’accès au logement, et du coût de l’immigration, thèmes ressassés par le RN avec un succès certain auprès d’une partie de l ‘opinion, ces articles qui dégonflent de façon chiffrée et argumentée ces sempiternelles baudruches :
Ajout du 14/07 :
Et encore cet article qui témoigne d’un exemple plein d’intérêt :
Et celui-là, qui nous aide à sortir du manichéisme sommaire et à juger de façon informée :
Ajout du 15/07 :
Et un de plus :
Sans oublier, bien sûr :
Ajout du 16/07 :
Cet éditorial de simple bon sens :