Quelques brèves : à propos d’un rapport de l’ADEME, d’Oskar Gröning et de Michel Onfray. Et toujours du Pape et de l’homosexualité…

En attendant d’autres approches rigoureuses, une étude critique à propos d’un rapport qui paraît pour le moins problématique et qui suscitera, il faut l’espérer, de fécondes discussions :

http://www.atlantico.fr/decryptage/electricite-tout-renouvelable-est-possible-retour-rapport-ademe-remy-prud-homme-2103864.html

Certes, le projet du rapport de l’Ademe dont il s’agit
http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/rapport100enr_comite.pdf

se présente comme séduisant : qui ne souhaiterait en effet sortir de la machinerie nucléaire en la remplaçant à 100% par du renouvelable à l’horizon 2050 ?

Mais il est permis de continuer à se demander si les mesures présentées sont vraiment à la hauteur des enjeux.

 » La complexité et la richesse des modèles utilisés cache mal la fragilité des nombreuses hypothèses faites sur la disponibilité, les performances, les coûts des technologies évoquées.  » (art.cité).

Entre autres proposition bien discutables, et parti-pris méthodologiques quelque peu douteux, les « solutions » envisagées en ce qui concerne la question essentielle du stockage des EnR sont expédiées en quelques lignes avec une désinvolture sidérante pour qui s’est un peu intéressé à la question (p. 32-36).

Quid d’une réflexion solidement documentée sur la part des STEP (dont on connaît les limites physiques en France à moins d’agrandir considérablement et à grand frais la surface des retenues d’eau déjà existantes, au risque de multiplier les Sivens de façon exponentielle..), sur celle des batteries, de leur volume, de leur coût et de leur nuisance, quid encore d’une évaluation chiffrée du rendement du « power to gas », etc.

Sur tout cela, on reste sur sa faim et invités à se contenter de quelques proclamations incantatoires.

On peut se demander s’il n’y a pas là quelques relents de certains fantasmes new age « à la Rifkin », qui, pour être à la mode dans certains milieux, n’en présentent pas moins un degré de fiabilité plus que contestable…

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/12/15/pot-pourri-ecologique-a-propos-du-petrole-des-abeilles-de-la-surpopulation-de-rifkin-et-dautres-pachydermes/

N’oublions pas non plus que le rapport ne concerne que le mix électrique, qui lui-même ne représente qu’environ 30% de l’énergie totale consommée en France.

Dans l’hypothèse – souhaitable, mais encore largement à étayer, semble-t-il (cf. entre autres les « trois si » évoqués p2 de l’article cité de Mr. Prud’homme) – où il s’avérerait possible de « dénucléariser » 100% de ces 30%, il resterait encore à pourvoir à 70% de notre consommation d’énergie, actuellement assurée par les ressources fossiles.

Par quel moyen ?
L’étude ne le dit pas…

À suivre, donc.

[Ajout du 05/01/2016:

Des articles qui confortent les critiques du blog cité ci-dessus:

http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2015/12/02/l-illusion-d-une-electricite-100-renouvelable_4822316_3234.html?xtmc=balibar&xtcr=3

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2015/11/ademe-un-mix-%C3%A9lectrique-100-enr.html

****************
Un bref article récent m’a profondément ému. Il concerne le procès de l’ancien SS Oskar Gröning.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/04/22/en-proces-l-ancien-ss-d-auschwitz-oskar-groning-se-dit-moralement-coupable_4620441_3214.html

Le procès d’Oskar Gröning […] doit se poursuivre jusque fin juillet. Il encourt une peine comprise entre trois et quinze ans de prison.
Eva Mozes Kor, 81 ans, survivante de la Shoah, qui a vu sa famille « partir en une demi-heure » et qui est venue des Etats-Unis pour se constituer partie civile, a jugé « qu’il aurait pu comme des milliers d’autres nazis se cacher dans l’ombre. Peu ont le courage de se mettre en avant. On ne peut pas changer le passé mais on peut prendre ses responsabilités », a-t-elle dit. En marge de l’audience, celle-ci a déclaré : « Le fait de le voir en face me fait réaliser qu’il fait de son mieux avec son corps et son esprit, car il a beaucoup de difficultés physiques et certainement émotionnelles. »

Mais qu’est-ce donc qui pousse un homme qui, en effet, « aurait pu comme des milliers d’autres nazis se cacher dans l’ombre », à reconnaître sa responsabilité et à se sentir « moralement coupable » ?

Un homme qui aurait pu encore, comme Dutch ou Eichmann, se glorifier du devoir accompli par les bons fonctionnaires du Parti qu’ils étaient et dire comme le second : « Je descendrai dans la tombe le sourire aux lèvres à la pensée que j’ai tué cinq millions de Juifs. Cela me procure une grande satisfaction et beaucoup de plaisir ».

Il semble bien difficile de le comprendre sans revenir à la bonne vieille et mystérieuse « conscience morale », dont le cadavre bouge encore malgré les coups portés contre elle et l’accusation infamante de pathologie morbide judéo-chrétienne, qui la réduit à une « symptomatologie », comme nous le répète Nietzsche dans « le Crépuscule des idoles ».

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/01/03/eternite-de-lessence-du-corps-chez-spinoza-et-resurrection-et-derechef-de-nietzsche-et-de-ses-mythes-et-de-m-onfray-qui-gagnerait-a-lire-un-peu-mieux-ses-maitres-2/

On peut certes continuer à hurler avec quelques loups à la mode, et prôner, avec cette admirable persévérance dans la démagogie qui hypnotise les médias, une « sagesse sans morale ».

« Sagesse » dans laquelle la conscience se dissoudrait dans « l’innocence » d’un « devenir » cosmique qui délivrerait enfin l’homme de la « camisole » de la culpabilité pour l’introduire dans l’harmonieuse félicité d’un « au-delà du bien et du mal ».

[je commenterai peut-être un jour la dernière parution de Michel Onfray, « Cosmos. Vers une sagesse sans morale », mais j’avoue que la perspective de devoir composer les quatre pages de mises au point que nécessiterait presque chacune des 528 pages de l’auteur me décourage pour le moment. En attendant, je renvoie donc le lecteur aux quelques posts que j’ai pu lui consacrer en vue de retracer certains éléments de la genèse de ses mythes et de ses croyances…].

Mais j’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de dire combien de tels systèmes de croyances qui jettent le discrédit sur la conscience morale me paraissent de nos jours stériles et ringards.

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/03/07/a-propos-de-nietzsche-michel-onfray-judith-butler-et-dune-certaine-ringardise-anti-humaniste-qui-soffre-une-nouvelle-jeunesse-2/

Et j’avoue que je partage ce qui semble bien être l’admiration dont témoigne Eva Mozes Kor, la victime, devant son bourreau, cet homme de 93 ans qui a l’audace et la simplicité de se reconnaître, enfin, « moralement coupable ».

Car ce simple aveu fait de lui, en dépit de ses crimes, un homme d’honneur, et j’espère que la suite du procès ne démentira pas ce geste initial.

Certes, comme nous le disaient Vladimir Jankélévitch ou Simon Wiesenthal, « Le temps effacera peut-être la peine et la douleur, mais comme le pardon est un acte volontaire, il m’apparait que seule la personne qui a été́ offensée peut prendre la décision de pardonner ».

Mais si se reconnaître coupable et responsable ne peut racheter la monstruosité des fautes commises ni revendiquer un pardon que les innombrables victimes ne peuvent plus accorder, cela n’en constitue pas moins une marque d’honneur et de liberté, et un témoignage d’humanité que ne pourront jamais avilir aucune veulerie ni aucune croyance philosophique, aussi « branchée » qu’elle puisse paraître.

(À propos, puisque j’ai parlé de Jankélévitch, et pour remettre à leur juste place philosophique les chantres de la « sagesse sans morale » – « y’a pas photo », me glisse Stultitia… -, on pourra relire l’extraordinaire petit livre « Le paradoxe de la morale », Seuil 1981. Certes dense et exigeant malgré son faible volume. Mais en quoi la recherche de la vie bonne devrait-elle nécessairement rimer avec la logorrhée démagogico-médiatique ?).

***************

Enfin pour continuer avec la série « François entre Communication et Double Injonction »,

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2015/01/26/ou-lon-apprend-comment-le-bon-pape-francois-preche-aux-petits-lapins-dans-le-jardin-enchante-de-double-injonction/

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2015/01/04/de-la-lecture-de-lydie-salvayre-comme-therapie-contre-lalzheimer-spirituel-et-quil-ne-faut-pas-prendre-les-petites-filles-pour-des-enfants-de-choeur/

etc…

citons le dernier épisode, qui vient tout juste de sortir :

http://www.lemonde.fr/religions/article/2015/04/09/le-pape-bloque-la-nomination-d-un-ambassadeur-de-france-gay_4612443_1653130.html

Épisode qui mérite bien le leitmotiv qui fait la joie de Stultitia :
« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré » disait, paraît-il, Einstein….

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