Du ridicule (ter). Quand Eiríkr Zemmour donne des leçons de français à Mohamed ; et que les plaisanteries gauloises ne conviennent pas à M. Sarkozy, qui devrait plutôt approfondir la question démographique. Brèves.

(Éric est un prénom masculin scandinave, dérivé du vieux norrois Eiríkr (ou Eríkr). Wikipedia..

À la suite d’Antonio Damasio, j’avais il y a quelque temps souligné le rôle fondateur des émotions pour le développement de notre psychisme, tout en insistant sur la nécessité « de protéger la raison contre les vicissitudes que la perception anormale des émotions (ou les influences indésirables sur la perception normale) peut introduire dans le processus de prise de décision » A. Damasio, L’Erreur de Descartes, Poches Odile Jacob, Paris 2001, p. 331-332).

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/06/26/passion-raison-demagogie-et-droit-a-propos-de-lacquittement-du-docteur-bonnemaison/

Et voilà qu’un article du Spiegel, traduit dans le Courrier International (1349 du 8 au 14 septembre 2016, p. 10), précise justement, à propos des dernières élections en Allemagne, les perspectives inquiétantes qui nous attendent si on ne met pas tout en œuvre pour combattre une dynamique désormais évidente : celle qui privilégie l’émotion jusqu’à rendre les comportements inaccessibles aux faits comme à la raison.

« Il ressort néanmoins clairement du scrutin de dimanche [4 septembre dans le Land du Mecklembourg, tendance confirmée par le dernier scrutin de Berlin] que, tout au moins à l’Est, un nombre croissant d’électeurs se détournent du système politique démocratique en place ; que la bonne santé de l’économie, la création de nouvelles zones piétonnes ou l’afflux de touristes (trois critères qui sont remplis dans le nord-est du pays) ne jouent aucun rôle ; et qu’un parti est parvenu à attiser la peur des réfugiés, pourtant très peu nombreux dans le Land concerné. En bref : que l’émotion l’a emporté sur la raison. Les faits ? Ils ne comptent pas ». (c’est moi qui souligne).

 

On le sait, tout comme la montée de l’AfD en Allemagne, les controverses ahurissantes sur le voile ou le burkini (cf. posts précédents) ont récemment montré combien le rempart de la raison est fragile devant la montée de l’émotion, surtout lorsque celle-ci est savamment instrumentalisée dans des buts démagogiques ou mercantiles.

Et, bien qu’ils soient un ramassis de grossiers appels du pied à l’irrationnel et au mensonge, des livres comme ceux d’Eiríkr Zemmour n’en caracolent pas moins en tête des classements des ventes du moment.

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/09/16/les-erreurs-chroniques-d-eric-zemmour_4998986_4355770.html

Le phénomène est en soi pour le moins inquiétant.

Et si l’enquête de l’Institut Montaigne met avant tout en lumière la forte intégration des français musulmans,

http://www.lemonde.fr/religions/article/2016/09/18/une-enquete-de-l-ifop-offre-un-portrait-nouveau-des-musulmans-de-france_4999468_1653130.html

la proportion de « rigoristes » dont le système de valeur serait, aux dires de l’enquête, « opposé aux valeurs de la République » (28% dont une moitié de jeunes), pose problème, bien qu’il ne faille en aucun cas identifier sommairement ce phénomène à celui de la « radicalisation ».

(cf. par exemple C. Dargent dans :

http://www.la-croix.com/Religion/France/Etude-musulmans-France-attention-terme-rigoriste-2016-09-19-1200790133 )

En outre, « ceux qui se replient [les « 28% » en question] connaissent très peu l’islam », comme le déclare sur BFMTV Laurent Bigorgne, maître d’œuvre de l’enquête.

http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/musulmans-de-france-ceux-qui-se-replient-connaissent-tres-peu-l-islam-861167.html

L’enquête montre encore que  dans cette frange des 28%. « les difficultés de l’intégration jouent un rôle majeur », et que, particulièrement chez les jeunes, la religion (même lorsqu’elle est mal connue) constitue un élément structurant de l’identité, qui permet de répondre en particulier au classique « désir d’individualisation des adolescents », comme le note Raphaël Liogier.

http://www.20minutes.fr/societe/1927143-20160919-enquete-institut-montaigne-cache-derriere-28-musulmans-ultras

 

Une question s’impose alors, déjà maintes fois évoquée dans les posts précédents :

Une partie de notre population, et en particulier de notre jeunesse, est déjà largement marginalisée et discriminée :

http://abonnes.lemonde.fr/emploi/article/2016/09/19/discrimination-a-l-embauche-situation-inquietante_4999970_1698637.html

(malgré le titre, l’enquête concerne à 80% des français).

Le fait qu’un certain Eiríkr lui assène de surcroît « qu’en France, il ne faut pas appeler son fils Mohamed »

http://www.gqmagazine.fr/pop-culture/news/videos/zemmour-reitere-ses-propos-nauseabonds-chez-ardisson/26351

tout comme on a pu affirmer impunément que « l’islam est la religion la plus con » ou « qu’il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe » n’est-il pas l’un des moyens les plus efficaces de mépriser les identités et, ce faisant, de fabriquer des terroristes ?

« Le risque, c’est d’alimenter ce repli identitaire par l’islamophobie. ‘’L’islamophobie peut provoquer des vocations chez les plus fragiles, insiste Raphaël Liogier. Les politiques jouent aux pompiers pyromanes à force de parler de burkini et de nourrir les stéréotypes.’’ Et les chercheurs de l’enquête de l’IFOP mettent en garde. ’’ Le pire serait que l’on réponde à la pulsion de révolte d’une partie des jeunes, fondée sur l’idée qu’il y a « eux » – les « impurs » – et « nous » – les musulmans fiers de l’être, mais victimes de l’islamophobie ambiante – par un discours politique fondé lui aussi sur cette dichotomie. Dans le contexte sécuritaire actuel, cette tentation sera difficile à éviter. Mais, il faut savoir résister aux provocations et à la haine. (…). La France peut faire la guerre à Daesh, elle ne peut pas entrer en guerre avec une partie de sa jeunesse’’. ». (Article de « 20Minutes » cité plus haut).

Il serait grand temps que les politiques et les médias, plutôt que d’entrer dans leur jeu, fassent comprendre à certains irresponsables que la manipulation de l’émotionnel et de l’irrationnel, si elle peut booster l’audimat, faire vendre des livres et apporter des bulletins dans les urnes, ne fait jamais que le jeu de ceux qui veulent nous détruire.

 

**********

 

En achevant cette première brève, voilà que je prends connaissance de quelques gauloiseries de M. Sarkozy :

« Dès que vous devenez français, vos ancêtres sont gaulois », déclare à Franconville notre trublion national, qui, tel « Doc » Emmett Brown dans « Retour vers le futur », invente maintenant la machine à changer d’ancêtres.

Mais, comme le disait si bien Brassens, tout comme « on a les Dames du temps jadis qu’on peut », on a les ancêtres qu’on peut. N’est-ce pas, M. Sarkozy ?

Et on ne voit pas bien l’intérêt de repeindre – ceux que nous pourrions du moins connaître -, tunisiens, espagnols, sénégalais, vietnamiens ou même hongrois, en gaulois pur sucre, aux tresses blondes et aux longues moustaches.

« D’ailleurs moi, mes ancêtres étaient romains, comme mon nom l’indique, s’indigne Stultitia. Gauloise, moi, jamais ! Ils sont fous ces gaulois ! ».

Dans la même veine, d’autres nous avaient récemment fait croire que nos ancêtres – gaulois aussi, sans doute… – avaient dû se confronter aux terribles invasions barbares qui ont amené dans notre si douce France les infâmes envahisseurs francs !

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2015/09/16/avec-marine-boutons-les-francs-hors-de-france/

Fort heureusement, contre les fables puériles et mensongères d’une « identité nationale » statique, qu’elle soit gauloise, franque, ou cro-magnonne, les historiens sérieux (cf. par ex. les « réponses » à ce dernier post, ainsi que les nombreuses réactions d’historiens qui fleurissent dans les médias

http://abonnes.lemonde.fr/big-browser/article/2016/09/20/les-profs-d-histoire-qui-detricotent-les-raccourcis-politiques-en-ligne_5000891_4832693.html

http://www.la-croix.com/France/Politique/Nos-ancetres-gaulois-une-invention-du-XIXe-siecle-2016-09-20-1200790415 ) etc…

nous apprennent que les entités nationales ne peuvent se concevoir que sous l’angle de l’ethnogenèse, c’est-à-dire d’un processus d’agglomération et d’intégration de strates diverses de populations, de cultures, de religions, etc. qu’unifie petit à petit un « récit » qui devient une « Histoire ».

Tranquillisons nous donc ! Aucun besoin d’avoir des ancêtres gaulois pour être français.

J’ai évoqué dans le post précédent la belle notion « d’identité narrative » que développe Paul Ricœur*, et qui me paraît autrement riche pour penser la constitution dynamique d’une nation que les délires d’assimilation « identitaire » hélas à la mode en ces temps de surenchères démagogiques.

Mais puisque M. Sarkozy fait référence à nos « ancêtres », Stultitia se permet de lui poser encore quelques petites questions :

  • Soit, admettons que les gaulois font partie du patrimoine de ces ancêtres si nombreux qui ont fait ce que nous nommons aujourd’hui la France. Mais pourquoi ne pas en évoquer d’autres ?
  • N’oubliez-vous pas un peu vite que, parmi cette riche collection d’ancêtres qui ont participé à la constitution de cette France dont vous défendez « l’identité », il y a aussi les révolutionnaires de 1789, ceux de 1848 et de la Commune, Victor Schoelcher, Frantz Fanon, et tant d’autres qui un jour se sont soulevés contre les aristocrates, puis les riches bourgeois suffisants et les bien- pensants qui prétendent décider de ce que doivent être la couleur, le vêtement, le prénom ou la religion du « bon français » ?
  • Et ces ancêtres-là ne sont-ils pas tout aussi vivants dans le patrimoine de notre nation que les gaulois ou les francs ?

Espérons donc que les prochaines échéances politiques montreront que nous restons proches de tels « ancêtres ».

 

*Note : de grâce, ce n’est pas parce qu’Emmanuel Macron a été un temps secrétaire de Paul Ricœur (dont il ne semble pas au demeurant avoir gardé grand-chose…), que mes références à Ricoeur constitueraient une profession de foi macronienne !

 

**********

 

Pourtant, me direz-vous, Sarkozy n’est-il pas  l’un des rares politiques à prendre en compte la question démographique, que j’estime essentielle ?

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/03/27/politique-demagogie-demographie-une-petite-recension-dalan-weisman-compte-a-rebours-jusquou-pourrons-nous-etre-trop-nombreux-sur-terre/

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2016/01/07/apprendre-le-chemin-de-lenfer-pour-leviter-ou-revenir-enfin-au-politique-reflexion-sur-leffondrement-avec-philippe-bihouix-pablo-servigne-et-raphael-stevens/  etc.

Cela devrait donc me réconcilier avec lui.

 

En effet, il faut lui reconnaître ce mérite. Le classique tabou sur la question a d’ailleurs fait que les médias se sont peu attardés à ces déclarations, préférant relever la remise en cause tellement incongrue du caractère anthropique du réchauffement climatique.

Certes, proposer des conférences mondiales régulières,  à l’image de la COP21, pour traiter de la question démographique, ne peut qu’aller dans le bon sens, et on ne peut qu’approuver une telle proposition.

http://www.lejdd.fr/Politique/Sarkozy-preconise-une-conference-mondiale-sur-la-demographie-783501

Mais il faudrait tout de même que son promoteur précise un peu mieux ses intentions.

Car de curieuses conceptions de la régulation démographique circulent depuis bien longtemps à l’extrême droite, et peuvent à l’occasion gagner la droite.

Celles qui tendraient à faire croire que la régulation démographique, c’est bon pour les « autres » : ces sauvages que sont les africains, les indiens, les chinois, etc.

Et que nous autres, occidentaux civilisés, nous pourrions continuer à privilégier des politiques natalistes à même de combler ce qui est présenté comme un déficit démographique mettant en péril, à terme, avec la sacro-sainte croissance, l’équilibre de nos systèmes de retraite.

Et M. Sarkozy, période électorale oblige, semble bien céder à de telles sirènes.

En juillet 2015, sur TF1, il s’inquiétait : « L’Afrique, 1 milliard d’habitants aujourd’hui, 2,3 milliards dans trente ans […] », avant d’évoquer le risque de voir « 600 millions de jeunes Africains sans travail, qui voudront venir vivre en Europe ».

http://www.20minutes.fr/politique/1925955-20160916-pourquoi-sarkozy-interesse-tant-crise-demographique

Et il y a quelques jours, dans Le Point, le chef des Républicains enfonce le clou: « Vous additionnez l’Europe et les Etats-Unis, on est moins de 800 millions dans un monde de 7 milliards de personnes. La civilisation européenne est devenue minoritaire. La démographie fait l’Histoire et non le contraire. »

(…)

Avec Nicolas Sarkozy, la démographie pourrait donc s’inviter dans le débat électoral de 2017, ce qui est en soi plutôt une bonne nouvelle, à l’heure où la planète vit de plus en plus « à crédit » sur ses ressources naturelles. À moins que cette noble cause ne soit que le nouveau paravent d’énièmes controverses sur les migrants et l’identité nationale…

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/lr/pourquoi-nicolas-sarkozy-se-passionne-t-il-pour-la-demographie_1821703.html

Le voile est ainsi  levé : on perçoit désormais ce qui est en question : régulation démographique imposée d’un côté aux sauvages, aux pauvres et aux déshérités, renforcement ou maintien nataliste de l’autre, afin de sauvegarder le caractère majoritaire de la « civilisation européenne » et sa suprématie.

Et voilà que la bonne intention démographique prend des relents élitistes et racistes, bien en accord avec certaines tendances qui ont, partout en Occident, le vent en poupe, et contribueront probablement à remplir les urnes en 2017.

Or, on le sait, si l’on veut traiter le problème avec sérieux dans une perspective écologique et environnementale qui a pour but une réflexion rigoureuse sur l’avenir de l’humanité et non quelque effet de manche électoraliste, il faut prendre en compte des paramètres essentiels, au premier rang desquels celui de l’empreinte écologique.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Empreinte_%C3%A9cologique

« Une métaphore souvent utilisée pour l’exprimer est le nombre de planètes nécessaires à une population donnée si son mode de vie et de consommation était appliqué à l’ensemble de la population mondiale. » (article cité).

Cette empreinte écologique se mesure en « hectares globaux » (hag ; cf. encore article ci-dessus).

Or, cette notion nous enseigne que le poids en hag d’un américain du nord sur l’environnement et ses ressources est près de 10 fois supérieur à celui d’un africain ou d’un indien, celui d’un européen étant lui près de 5 fois supérieur.

Si le mode de vie américain était généralisé à l’ensemble de la population mondiale, nous aurions besoin de 5 planètes pour subvenir à nos besoins, 2,5 si c’était le mode de vie français. Alors que le mode de vie (actuel, bien sûr…) d’un indien ou d’un habitant du Burundi se contente largement de cette seule planète dont nous disposons.

De façon plus générale, « Considérons seulement les ressources: le cinquième le plus riche de la population mondiale en consomme 66 fois plus que le cinquième le plus pauvre. » (article cité par A. Weisman, Compte à rebours, jusqu’où pourrons-nous être trop nombreux sur terre ?, ouvrage mentionné plus haut, p. 52).

Il est certes essentiel et urgent de promouvoir une régulation démographique au niveau mondial, ainsi qu’une décroissance de la consommation dans le cas des plus riches, et une limitation de celle-ci dans le cas des plus pauvres, comme le préconisent les spécialistes sérieux sensibilisés à la question.

Cf. par ex. Mathis Wackernagel, Robert Walker, etc. mentionnés dans mon post :

http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2015/08/15/rien-de-nouveau-sous-frere-soleil-a-propos-des-langues-regionales-et-de-la-demographie-pontificale/

Mais laisser croire que l’effort devrait être porté unilatéralement par les populations pauvres de la planète alors que les riches (qui eux continueraient tranquillement à se multiplier et à consommer – « croissance » oblige…) sont depuis plusieurs générations la cause essentielle des catastrophes climatiques, écologiques, énergétiques, économiques, etc. que nous avons provoquées est une odieuse supercherie qui constitue une forme nouvelle et inacceptable de racisme et de colonialisme.

Pour être à la hauteur d’une ambition présidentielle, M. Sarkozy n’a donc pas que ses connaissances historiques à corriger radicalement.

9 commentaires sur “Du ridicule (ter). Quand Eiríkr Zemmour donne des leçons de français à Mohamed ; et que les plaisanteries gauloises ne conviennent pas à M. Sarkozy, qui devrait plutôt approfondir la question démographique. Brèves.

  1. Sarkozy n’est pas tout à fait ma tasse de thé, voire même de cervoise, mais ne pas vouloir, par pur détournement électoraliste et idéologique, un réflexe salivaire en quelque sorte, comprendre que ce qu’il dit est là vrai et plutôt sympathique, lui l’émigré assumé et assimilé, en ce qu’il dit que tous ceux s’inventant un passé commun veulent faire peuple, donc être solidaires, relève de la bouffonnerie la plus pure.

    À l’opposé s’inscriront ceux qui, irrémédiablement, veulent être ici sans en être.

    Prenant ce qui leur plait – en gros les hochets et autres gadgets qu’ils seraient car ont été incapables de créer seuls, toute cette modernité technologique, mais aussi des choses plus estimables, la liberté d’expression et de culte, la démocratie, la médecine moderne, et notre belle sécu… – mais ne veulant pas de ce qui a accouché de cela, un état d’esprit occidental qui a su accéder seul, même péniblement, à une modernité et d’une distanciation du religieux dont ils sont globalement incapables, éléments clefs du dégagement progressif des gadgets plus ou moins utiles dont ils veulent l’usage sans intégrer l’esprit qui les a créés…

    Méditez ces paroles mon ami, méditez les, avant de les maudire.

     » ne fait jamais que le jeu de ceux qui veulent nous détruire. »

    En sont qui veulent nous détruire ?

    Cachez-moi de suite ces propos zemouriens que je ne saurais lire ou ouïr !

    AO

    J'aime

  2. Je médite, je médite…
    Mais je ne pense pas que la bonne solution, pour « faire peuple » et assurer la cohésion d’une nation, soit de « s’inventer un passé commun ».
    Nos passés resteront divers: francs, gaulois, occitans, basques, tunisiens, sénégalais, etc.
    Et le « passé commun » relève du subterfuge et de la supercherie.
    C’est l’inclusion de nos différences factuelles dans un présent et un avenir commun que permet le processus dynamique « d’identité narrative » auquel je faisais allusion en me référant à P. Ricoeur.
    Fait bien sûr partie de ce processus l’adhésion à certaines « valeurs » qui ont pu être dégagées au long de notre passé (démocratie, laïcité, égalité homme-femme, etc.), mais cela n’a rien à voir avec le fantasme identitaire stérile d’un « passé commun ».
    Comme l’a d’ailleurs bien corrigé depuis Sarkozy lui-même, les tirailleurs sénégalais ou l’infanterie marocaine du Mont Cassin sont tout aussi constitutifs de notre « identité narrative » que les francs ou les gaulois.
    Nul besoin de « s’inventer un passé commun » remontant à Vercingétorix pour cela…

    J'aime

  3. « Fait bien sûr partie de ce processus l’adhésion à certaines « valeurs » qui ont pu être dégagées au long de notre passé (démocratie, laïcité, égalité homme-femme, etc.) »

    Ce qui se dit encore drolatiquement en cette lignée de gaulois fantasmés, riant d’elle-même et sachant encore là démontrer la supériorité de son auto-dérision.

    Est-il utile de se cacher derrière Ricoeur ?
    Me cachais-je maladroitement derrière Gaucher qui livre lui une excellente analyse dans le num 38 de Causeur, cela relève de l’argument d’autorité tout frais sorti de la maternelle, plutôt de la promotion gratuite chez moi.

    L’adhésion à nos valeurs, partagées par vous moi et pas mal de Gaulois (je suis né à Bangkok des amours d’une habitante de Brest et d’un sang mêlé issu de Belges et de Polonais, aussi de Lorrains, mes filles sont issues d’autres grands parents juifs russes émigrés à Buenos-Aires et d’un autre aux ascendants immédiats turinois…), force est de constater que 30% de nos nouveaux concitoyens revendiquent de s’en foutre comme d’une guigne, de ces valeurs dont vous drapez, cela selon un sondage pourtant issu d’un organisme d’obédience socialiste, pas téléguidé par une certaine Marine ou votre ami Nicolas…

    Ce détail m’importe plus que les provocations rieuses promptes à soulever de ces ires pavloviennes qui nous perdront.

    Cela dit par un Gaulois, qui sait ce qu’il doit aux Romains et à travers eux aux Grecs et donc n’a nullement peur de rappeler certains bienfaits issus de la colonisation…

    Ceci écrit pour vous faire plaisir. N’est pas que le sieur Nicolas qui a le droit de s’amuser de la bien-pensance d’autrui.

    AO

    J'aime

  4. Soit.
    J’avoue que ce genre de commentaire n’est pas spécialement ma tasse de thé, et je n’ai pas grande envie de m’y éterniser.
    Je ne vois pas en quoi le fait que 30 ou 50 ou 80 % de nos nouveaux ou anciens concitoyens « se foutent comme une guigne » de certaines valeurs, et risquent de s’en foutre de plus en plus, vu un certain esprit du temps, devrait justifier qu’on puisse traiter les dites valeurs par une dérision empreinte, il faut bien le dire, d’une préciosité bien creuse et d’un amphigouri un tantinet ridicule.
    Mais sans doute faut-il cela pour subvertir la bien-pensance…
    Quoi qu’il en soit, je retourne à la mienne et à ma propre maternelle, car chacun a la bien-pensance et la maternelle qu’il peut, et je n’envie certes pas les vôtres.
    Merci de votre participation.

    J'aime

  5. Je vous tends juste un miroir où se mire la matière qu’il est convenu d’appeler l’idiotie utile.

    C’est déjà faire acte de bienveillance que de vous offrir ce recul là.

    Merci de votre accueil.

    AO

    J'aime

  6. Et tant qu’on est dans Francis Blanche:
    « La caravane passe. Les aigris restent ».

    Le mieux est donc de passer son chemin…
    Cordialement.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s