À propos de l’affaire Lula. Et encore de l’actualité des troubadours.

J’ai déjà cité ce poème de Pèire Cardenal (1180-1278 ?), d’une actualité hélas permanente :

S’us paubres homs a emblat un lensol,
Laire es clamatz ez anara cap cli,
E s’us ricx homs a emblat mercuirol,
Ira cap dreg en la cort Costanti
E si-l paubres a emblat una veta,
Pendra lo tals q’a emblat un ronci.
Aquest dretz es plus dretz c’una sageta
Que-l [ricx] laire penda-l lairo mesqui.

Si un pauvre homme a dérobé un drap,
il sera appelé voleur et ira tête basse,
et si un homme riche a volé un trésor,
il ira tête droite en pleine cour de Constantin;
et si le pauvre a volé une bride,
tel le pendra qui a volé un cheval.
Ce droit est, dirait-on, plus droit qu’une flèche
qui veut que le riche larron pende le larron misérable !

(Las amairitz, qui encolpar las vòl,

http://www.cardenal.org/T56.htm    )

 

Il me vient une nouvelle fois en mémoire à propos d’un message reçu d’amis franco-brésiliens, concernant l’incarcération au Brésil de l’ex président Lula :

« Il y a la grève des cheminots, l’attentat à la voiture-bélier en Allemagne, la victoire de la France en Coupe Davis, etc. Bref, notre presse n’a guère accordé d’importance à ce qui s’est passé cette nuit à Sao Paulo, que j’ai suivi à la télévision les larmes aux yeux – larmes de rage et d’impuissance devant cette « justice » qui est une manifestation chimiquement pure de la haine de classe.

Il n’y a guère de chance qu’un organe de presse français (elle est libre, notre presse, n’est-ce pas ?) vous fasse connaître ce discours de Lula, que j’ai traduit en français (je ne garantis certes pas la perfection de cette traduction, mais je ne pense pas trahir les propos de ce « corrompu ») ».

 

Voici donc cette traduction partielle (le discours du 07/04 à São Bernardo do Campo, magnifique, mériterait d’être traduit en entier. Stultitia s’y attèlera peut-être si elle a le temps…).

https://www.brasildefato.com.br/2018/04/07/leia-a-integra-do-discurso-historico-de-lula-em-sao-bernardo/

 

Du discours de Lula avant de se rendre à la police :

J’ai rêvé qu’il était possible de gouverner en intégrant dans la nation des millions de pauvres, qu’un simple métallo sans diplôme pouvait faire accéder les Noirs à l’université. J’ai commis un crime : faire entrer les pauvres à l’université – ces pauvres qui mangeraient de la viande et qui pourraient prendre l’avion. C’est de ce crime que je suis accusé. J’ai rêvé, puisque tel est mon crime, de pouvoir poursuivre ma carrière de criminel. Je vais donc me présenter au commissariat la tête haute et l’Histoire démontrera que les véritables criminels, ce sont mes accusateurs. Je ne leur pardonne pas d’avoir diffusé dans la société et dans le monde l’idée que je suis un voleur. Je ne suis pas au-dessus des lois, car si je pensais l’être, je n’aurais pas créé un parti politique pour aller aux urnes, j’aurais préconisé la révolution.

Le juge a reconnu qu’il n’a aucune preuve, mais qu’il a des convictions. Qu’il garde donc ses convictions pour ses complices. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que plus ils m’attaquent, plus se renforce ma relation avec le peuple brésilien.

Ce putsch n’a pas pris fin avec la destitution de Dilma Roussef. Il ne sera achevé que lorsque ses promoteurs seront parvenus à interdire ma candidature. Leur rêve, c’est de voir Lula en prison. Ma photo comme prisonnier leur provoquera un orgasme à répétition. Vous allez tous voir Lula se diriger vers la prison. C’est n’est pas un être humain qui fait ce chemin vers la prison, mais une idée. Vous tous, vous vous appelez désormais Lula. Ils me suggèrent d’aller à l’ambassade de Bolivie ou d’Uruguay, mais cela n’est plus de mon âge. Je vais les affronter les yeux dans les yeux.  De cette épreuve, je sortirai plus fort, meilleur, plus authentique. Je ne saurai jamais comment vous rendre l’affection et le respect que vous me manifestez tous.

Les puissants peuvent toujours couper une, dix, cent roses, mais ils ne pourront jamais empêcher l’arrivée du printemps. Ils ne pourront pas dire que je suis caché, ou en fuite. Ils ne me font pas peur. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent. Je prouverai mon innocence.

 

Je me permets d’ajouter ce commentaire, qui me semble bien poser les enjeux (assez proches d’ailleurs de ceux évoqués à propos de certaines arrestations récentes en Espagne ou Allemagne…).

https://diem25.org/lemprisonnement-de-lula-ce-qui-est-en-jeu-cest-la-legitimite-et-la-stabilite-dune-region/

 

… Et de convoquer une fois encore mes chers troubadours, plus contemporains que jamais :

Del tot vey remaner valor,
Qu’om no-s n’entremet sai ni lai,
Ni non penson de nulh ben sai,
Ni an lur cor mas en laor.

http://www.trobar.org/troubadours/guilhem_de_montanhagol/poem1.php

En tout, Valeur est en détresse
Nul ici-bas ne s’en soucie
Le cœur ne bat qu’à la richesse
La vraie bonté n’est plus d’ici

(Guilhem de Montanhagol (1200 ?-1260 ?), Contre les dominicains Inquisiteurs, La traduction est celle d’Henri Gougaud, Poèmes politiques des Troubadours, Bélibaste, Paris 1969, modifiée d’après la version chantée du disque « Henri Gougaud chante les troubadours » – épuisé -*).

 

« À propos », me susurre Stultitia, « on attend toujours les suites du procès Inaki Urdangarin. Peut-être sera-t-il condamné à 30 ans de prison, ainsi que la princesse Cristina, malgré les attentions de belle-maman et beau-papa ? Mais il est vrai que ce genre de peine qui épargne les corrompus notoires est plutôt réservé en Espagne aux militants politiques non-violents…».

http://www.parismatch.com/Royal-Blog/famille-royale-espagnole/Affaire-Noos-le-beau-frere-du-roi-Felipe-VI-demande-la-relaxe-en-appel-1483892

http://www.noblesseetroyautes.com/juan-carlos-sophie-despagne-aux-50-ans-dinaki-urdangarin/

* ajout du 24/04:

Je m’aperçois que ce très beau disque, « Henri Gougaud chante les troubadours » – même s’il s’agit hélas de traductions en français – est disponible sur You Tube:

À écouter sans modération…

 

 

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