De « Poulailler Song » à Jean Richepin : de la surenchère des caqueteries identitaires sur le fumier de l’islamophobie ; et de l’attente de politiques moins nauséabondes.

Une fois de plus, loin de discours politiques privés de toute décence, c’est la poésie qui sauve l’honneur.

L’article de Françoise Fressoz est certes d’une urgente nécessité, qui dénonce de viles stratégies lesquelles, sous prétexte de confrontation, ne font que chasser sur les terres de l’adversaire.

Mais si ces terres sont du fumier – fût-il « gras et pailleté d’or », de cet or des voix d’électeurs complices – ne serait-il pas grand temps de s’apercevoir qu’y patauger sans cesse et sans cesse finit par salir les pattes et priver le Politique de toute dignité ?

Ce caquetage récurrent sur tas de fumier n’a jamais été mieux décrit que par Alain Souchon dans « Poulailler Song« , renouant avec un thème magnifiquement illustré par Jean Richepin (1849-1926).

Alors, Mesdames et Messieurs les Politiques, « gros coq satisfait, gavé d’aise », « couveuse en boule » ou autres « canards hébétés« , nous attendons autre chose.

Quelque chose qui ait à voir avec le respect et l’honneur, quelque chose qui nous sauverait enfin de la vase et de la fiente, du funeste « bonheur de dormir dans sa crasse, et de ne pas voir plus loin que le bout de son nez ! « .

Un air vivifiant capable de stimuler nos poumons racornis, un air qui ferait « gonfler nos cœurs et nos cerveaux« , comme le dit si magnifiquement Jean Richepin.

« Pour aller voir la nuit comment le ciel s’allume ».

N’y a-t-il donc plus personne capable de donner à ce défi essentiel la réponse qui assurerait notre survie ?

*

*

*

(Et la version complète de cette splendide poésie):

C’est une cour carrée et qui n’a rien d’étrange :
Sur les flancs, l’écurie et l’étable au toit bas ;
Ici près, la maison ; là-bas, au fond, la grange
Sous son chapeau de chaume et sa jupe en plâtras.

Le bac, où les chevaux au retour viendront boire,
Dans sa berge de bois est immobile et dort.
Tout plaqué de soleil, le purin à l’eau noire
Luit le long du fumier gras et pailleté d’or.

Loin de l’endroit humide où gît la couche grasse,
Au milieu de la cour, où le crottin plus sec
Riche de grains d’avoine en poussière s’entasse,
La poule l’éparpille à coups d’ongle et de bec.

Plus haut, entre les deux brancards d’une charrette,
Un gros coq satisfait, gavé d’aise, assoupi,
Hérissé, l’œil mi-clos recouvert par la crête,
Ainsi qu’une couveuse en boule est accroupi.

Des canards hébétés voguent, l’œil en extase.
On dirait des rêveurs, quand, soudain s’arrêtant,
Pour chercher leur pâture au plus vert de la vase
Ils crèvent d’un plongeon les moires de l’étang.

Sur le faîte du toit, dont les grises ardoises
Montrent dans le soleil leurs écailles d’argent,
Des pigeons violets aux reflets de turquoises
De roucoulements sourds gonflent leur col changeant.

Leur ventre bien lustré, dont la plume est plus sombre,
Fait tantôt de l’ébène et tantôt de l’émail,
Et leurs pattes, qui sont rouges parmi cette ombre,
Semblent sur du velours des branches de corail.

Au bout du clos, bien loin, on voit paître les oies,
Et vaguer les dindons noirs comme des huissiers.
Oh ! qui pourra chanter vos bonheurs et vos joies,
Rentiers, faiseurs de lards, philistins, épiciers ?

Oh ! vie heureuse des bourgeois ! Qu’avril bourgeonne
Ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents.
Ce pigeon est aimé trois jours par sa pigeonne ;
Ça lui suffit, il sait que l’amour n’a qu’un temps.

Ce dindon a toujours béni sa destinée.
Et quand vient le moment de mourir il faut voir
Cette jeune oie en pleurs :  » C’est là que je suis née ;
Je meurs près de ma mère et j’ai fait mon devoir. « 

Elle a fait son devoir ! C’est à dire que oncque
Elle n’eut de souhait impossible, elle n’eut
Aucun rêve de lune, aucun désir de jonque
L’emportant sans rameurs sur un fleuve inconnu.

Elle ne sentit pas lui courir sous la plume
De ces grands souffles fous qu’on a dans le sommeil,
pour aller voir la nuit comment le ciel s’allume
Et mourir au matin sur le cœur du soleil.

Et tous sont ainsi faits ! Vivre la même vie
Toujours pour ces gens-là cela n’est point hideux
Ce canard n’a qu’un bec, et n’eut jamais envie
Ou de n’en plus avoir ou bien d’en avoir deux.

Aussi, comme leur vie est douce, bonne et grasse !
Qu’ils sont patriarcaux, béats, vermillonnés,
Cinq pour cent ! Quel bonheur de dormir dans sa crasse,
De ne pas voir plus loin que le bout de son nez !

N’avoir aucun besoin de baiser sur les lèvres,
Et, loin des songes vains, loin des soucis cuisants,
Posséder pour tout cœur un viscère sans fièvres,
Un coucou régulier et garanti dix ans !

Oh ! les gens bienheureux !… Tout à coup, dans l’espace,
Si haut qu’il semble aller lentement, un grand vol
En forme de triangle arrive, plane et passe.
Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Comme ils sont loin du sol !

Les pigeons, le bec droit, poussent un cri de flûte
Qui brise les soupirs de leur col redressé,
Et sautent dans le vide avec une culbute.
Les dindons d’une voix tremblotante ont gloussé.

Les poules picorant ont relevé la tête.
Le coq, droit sur l’ergot, les deux ailes pendant,
Clignant de l’œil en l’air et secouant la crête,
Vers les hauts pèlerins pousse un appel strident.

Qu’est-ce que vous avez, bourgeois ? Soyez donc calmes.
Pourquoi les appeler, sot ? Ils n’entendront pas.
Et d’ailleurs, eux qui vont vers le pays des palmes,
Crois-tu que ton fumier ait pour eux des appas ?

Regardez-les passer ! Eux, ce sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.
L’air qu’ils boivent ferait éclater vos poumons.

Regardez-les ! Avant d’atteindre sa chimère,
Plus d’un, l’aile rompue et du sang plein les yeux,
Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère,
Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.

Pour choyer cette femme et nourrir cette mère,
Ils pouvaient devenir volaille comme vous.
Mais ils sont avant tout les fils de la chimère,
Des assoiffés d’azur, des poètes, des fous.

Ils sont maigres, meurtris, las, harassés. Qu’importe !
Là-haut chante pour eux un mystère profond.
À l’haleine du vent inconnu qui les porte
Ils ont ouvert sans peur leurs deux ailes. Ils vont.

La bise contre leur poitrail siffle avec rage.
L’averse les inonde et pèse sur leur dos.
Eux, dévorent l’abîme et chevauchent l’orage.
Ils vont, loin de la terre, au-dessus des badauds.

Ils vont, par l’étendue ample, rois de l’espace.
Là-bas, ils trouveront de l’amour, du nouveau.
Là-bas, un bon soleil chauffera leur carcasse
Et fera se gonfler leur cœur et leur cerveau.

Là-bas, c’est le pays de l’étrange et du rêve,
C’est l’horizon perdu par-delà les sommets,
C’est le bleu paradis, c’est la lointaine grève
Où votre espoir banal n’abordera jamais.

Regardez-les, vieux coq, jeune oie édifiante !
Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu’eux.
Et le peu qui viendra d’eux à vous, c’est leur fiente.
Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux.

Jean Richepin, Les oiseaux de passage, dans : La Chanson des Gueux.

*

*

Ajout du 08/11.

Étant plusieurs fois intervenu sur la question de l’islamophobie

(par exemple) :

https://stultitiaelaus.com/2016/01/30/de-la-critique-a-la-phobie-a-propos-de-declarations-recentes-de-mme-badinter-et-m-valls-et-dune-derive-semantique-pas-si-innocente-quelle-le-parait/

https://stultitiaelaus.com/2016/03/02/dune-desinhibition-de-lislamophobie-de-ses-origines-et-de-ses-consequences-reflexion-sur-une-erreur-de-methodologie-et-un-sophisme-de-caroline-fourest/

https://stultitiaelaus.com/2016/08/15/du-ridicule-de-sa-patience-et-de-son-triomphe-et-quil-est-faux-de-dire-quil-ne-tue-pas-car-en-infiltrant-les-esprits-il-peut-pousser-au-crime/

etc. etc.

je ne vois pas la nécessité de revenir sur ce genre de débat typiquement franco-français où quelques sémanticiens caquettent sur leur fumier et gloussent de satisfaction lorsqu’ils ont réussi à distinguer « islamophobie » et « haine du musulman ».

Comme je le disais dans l’un des posts mentionnés ci-dessus, la fixation obsessionnelle sur la question prêche nettement dans ce débat en faveur de la caractérisation clinique de la phobie, dont le Robert donne la définition suivante : « une forme de névrose caractérisée par la peur morbide, l’angoisse de certains objets, actes, situations ou idées ».

Le fait que des termes comme « homophobie », « antisémitisme », « judéophobie », ne fassent pas l’objet des finasseries sémantiques que suscite le terme « islamophobie », tout en étant également discutables, démontre que c’est bien l’islam qui fait caqueter dans le poulailler.

Car il n’est que trop évident, comme le prouvent les événements ainsi que des études récentes que la haine des musulmans en tant que musulmans (et non seulement la haine légitime et justifiée des terroristes islamistes) constitue un fait attesté en France ; que la France risque de devenir la seule nation occidentale où, au mépris de sa magnifique loi sur la laïcité, des ayatollahs machistes du laïcisme dignes émules de leurs équivalents iraniens, prétendront régenter la façon dont les citoyennes françaises majeures (car la question concerne bien évidemment les femmes) s’habillent.

« Poulailler Song » a donc encore de beaux jours devant lui. Rien de nouveau sous le soleil…

Si ce n’est que le caquetage en question devient toujours plus insidieux et toujours plus répandu.

Cet élargissement du tas de fumier est un signe des temps pour le moins problématique.

*

Ajout 09/11

Et encore dans:

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/11/08/les-actes-antimusulmans-tels-qu-ils-sont-vecus_6018429_3224.html

« Libération de la parole »

Ces chiffres [il s’agit de ceux de l’accroissement des insultes ou des injures en raison de leur religion, et aussi d’actes de violence physique] , les citoyens de confession musulmane l’expliquent en partie par un phénomène de « libération de la parole » qui s’accentue depuis quelques années. « Le débat politique a décomplexé certaines personnes qui se sentent autorisées à pratiquer ce qu’on appelle en sociologie un “racisme subtil”, atteste Vincent Tiberj, professeur des universités à Sciences Po Bordeaux et coauteur du rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. Aujourd’hui, ils savent que ce n’est pas bien de traiter quelqu’un de “sale Arabe” et presque plus personne ne pense en termes de races et de hiérarchie des races. »

De ce point de vue, la pédagogie a fonctionné. En revanche, les débats sur l’islam permettent aux « antimulticulturalistes » de s’exprimer « en toute bonne foi » et « en toute bonne conscience ». « Au nom de la laïcité ou de l’égalité homme-femme, on peut exprimer son racisme antiarabe, antinoiret/ou antimusulman », poursuit le professeur des universités.

*

Ajout du 11/11.

Encore un petit ajout concernant l’épouvantail récurrent de l’ « Islam politique ».

(extrait de Wikipedia) :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Royalisme#France

Il existe aujourd’hui en France, plusieurs courants royalistes :

Le mouvement légitimiste, qui reconnaît comme successeur des rois de France Louis de Bourbon, duc d’Anjou, aîné des Capétiens, descendant en ligne masculine de Louis XIV. L’Union des cercles légitimistes de France (vocation politique) regroupe un grand nombre de cercles partout en France, l’Institut de la maison de Bourbon (vocation culturelle), ainsi que le Centre d’études historiques (en sommeil), la Fédération des associations Présence du souvenir bourbonien, l’Institut des sciences historiques, l’association des Lys de France, le Mémorial de France à Saint-Denys, l’association Vendée militaire, entre autres.

Le mouvement orléaniste, qui reconnaît comme successeur des rois de France Jean d’Orléans, comte de Paris, aîné des Capétiens demeurés continûment français1, descendant en ligne masculine du frère cadet de Louis XIV. Plusieurs mouvements le soutiennent, dont la Nouvelle Action royaliste (souvent considérée comme de gauche), mais aussi des mouvements qui se veulent les successeurs de l’Action française, dont La Restauration nationale qui bénéficie d’une implantation en province ainsi que le Centre royaliste d’action française essentiellement actif dans les milieux étudiants.

    Le courant providentialiste, qui s’en remet à Dieu du point de savoir qui doit être Son lieutenant sur le trône de France. Ce courant a été fondé le 25 août 1988 par Alain Texier en l’Abbaye Notre-Dame de Fontevraud (Charte de Fontevrault)

    L’Alliance royale (tendance constitutionnelle ou parlementaire), fondé le 25 janvier 2001 a présenté des listes aux européennes en 2004, 2009, 2014 et 2019.

    D’autres courants préférant la logique « Le Royaume avant le Roi », comme le Groupe d’Action Royaliste (GAR)2 qui prendra naissance en 2008, afin de moderniser et crédibiliser au maximum le combat royaliste qui fut très sérieusement affecté après la mort de Pierre Pujo en 2007. Il peut être composé de tous les courants royalistes, à l’instar du Cercle Richelieu3.

Outre ces courants royalistes, on sait qu’il a longtemps existé en France, qu’il existe toujours en Occident, des partis chrétiens parfaitement légaux (qu’ils soient royalistes, démocratiques, etc.).

On sait aussi qu’il existe des partis qui continuent à se réclamer de Lénine et de Trotsky, alors même que leur implication entre autres dans la répression sanglante des mutinés de Kronstatd et la création des Goulags ne fait de doute pour personne.

D’autres partis encore ont à leur tête des individus se réclamant ouvertement du grand homme que fut Robespierre, estimant apparemment négligeable son maniement pour le moins allègre de la guillotine.

etc. etc.

Notre laïcité française, fort heureusement, permet ce genre de diversité.

La seule limite étant le refus de la violence et le respect de l’ordre public :

Les éléments déterminants de la qualification illégale d’un parti ont donc pour origine la loi de 1936. Cette dernière visait dans son état initial les milices armées ou les groupements impliqués dans des faits de violence. Ainsi, un parti politique ne pouvait être interdit, sur le fondement de la loi de 1936, pour le simple exercice de sa liberté d’expression.[16] Cette loi a connu de nombreux ajouts, élargissant son champ d’application au-delà de la protection contre les groupements militaires.

Elle a par ailleurs été codifiée à l’article L. 212-1 du Code de la sécurité intérieure et complétée par une loi du 1er juillet 1972 élargissant la dissolution aux groupements qui, « soit provoqueraient à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, soit propageraient des idées ou théories tendant à justifier ou encourager cette discrimination, cette haine ou cette violence« .

https://blogs.parisnanterre.fr/article/linterdiction-dun-parti-politique-en-france-et-en-allemagne#_ftn17

Il faut bien dire que certains partis bien connus qui totalisent un nombre nettement plus considérable d’adhérents et de suffrages que les zéro virgule quelques pourcents que pourrait réunir un parti « islamique », sont bien proches de telles caractéristiques sans pour autant se voir menacés d’interdiction.

Indulgence de la législation française…

On ne voit donc pas pourquoi « l’islam politique », dans la mesure où il ne fait pas l’apologie de la violence et de la discrimination, et qu’il ne menace pas l’ordre public, devrait seul faire l’objet d’une vertueuse indignation de la part de personnes qui tolèrent sans problème la diversité évoquée ci-dessus.

Si ce n’est qu’une fois encore une telle indignation relève clairement d’une pathologie phobique caractérisée et non d’une compréhension rationnelle des lois françaises concernant la laïcité, la liberté d’opinion et d’expression.

Si tel parti politique se réclamant de l’islam mettait en péril l’ordre public et appelait à la discrimination ou à la violence, il devrait bien évidemment être interdit sur le champ, comme devrait l’être bien sûr tout autre parti professant de telles intentions.

On le sait, l’extrémisme, le terrorisme, l’apologie de la violence et de la discrimination raciale ou religieuse sont des perversions qui guettent toute tendance politique, quelle qu’elle soit. Elle doivent être réprimées sans concession.

Mais le seul fait de se revendiquer d’un islam politique, pas plus que celui de se revendiquer du royalisme, de la démocratie chrétienne ou du marxisme ne rentre aucunement dans ce type de configuration.

Là encore, il serait temps qu’une islamophobie récurrente cède la place à une approche un peu moins émotive, un peu plus sérieuse et rationnelle du politique et de la laïcité.

10 commentaires sur “De « Poulailler Song » à Jean Richepin : de la surenchère des caqueteries identitaires sur le fumier de l’islamophobie ; et de l’attente de politiques moins nauséabondes.

  1. Bonjour,
    et merci pour la mise en ligne de la chanson de Brassens et l’intégralité du poème que je ne connaissais pas.
    Utile rappel pour qui n’aurait toujours pas compris que nos compatriotes musulmans restent bien pour beaucoup de nos compatriotes tantôt des gueux à mépriser bourgeoisement tantôt à exalter romantiquement, en fait des victimes à défendre, lorsqu’on sait que « les Droits de l’Homme, c’est toujours les Droits de l’autre » (comme le rappelle Maître -sic- Badinter, dont les réflexions nuancées et pertinentes donnent toujours à réfléchir).

    Comme nous avons déjà longuement échangé ces dernières années sur ce qui suscite encore une fois votre colère, je préfère vous mettre un lien vers une réflexion assez longue proposée par un prof de philo militant du Parti de Gauche :

    https://philosophie-politique.fr/2019/11/08/il-faut-encore-et-toujours-denoncer-le-racisme-anti-musulmans/

    Vous pourrez en outre, via l’accueil de ce blog, découvrir d’autres réflexions qui me semblent fondamentales sur cette question. Par exemple, celle-ci :

    https://philosophie-politique.fr/2018/10/07/conference-sur-la-laicite-amfis-2018/

    Bien à vous.

  2. Sur cette question d’un nouveau racisme permettant d’incriminer pour blasphème, peut-être serez-vous assez curieux (et assez patient ?) pour parcourir un fil d’échanges d’abord argumenté puis passionné au point de finir par une menace de « signalement pénal »… Voici le lien. Mais sans doute connaissez-vous déjà le site de C. Kintzler :

    https://www.mezetulle.fr/soutien-a-henri-pena-ruiz-vise-par-une-tribune-dans-liberation/#comment-19431

    Bonne lecture !

  3. Bonjour Claustaire,
    J’ai peut-être lu un peu rapidement vos documents, mais il me semble qu’ils ne mettent pas fondamentalement en question ma façon d’aborder la problématique.
    Au point que je me permets de continuer à filer la métaphore poulaillière.

    Car on peut dégager me semble-t-il dans cette affaire deux partis principaux.

    Je nommerai le premier celui des poules qui ont trouvé un couteau :

    « Cot cot cot ! », Font-elles en battant des ailes. « Lutter contre l’islamophobie est se tromper de combat ! Car le terme est piégé ! Cette lutte fait le jeu des islamistes car le vocable est utilisé par eux pour invalider toute contestation de l’islam ! Lutter contre l’islamophobie, c’est donc s’empêcher toute critique légitime de l’islam ! Et cela, nous le refusons. Revendiquons donc haut et fort notre droit d’être islamophobes ! Cot cot cot ! » (nouveaux battements d’ailes).

    Oh ! la belle trouvaille ! Oh le scoop ! Oh ! le beau couteau !
    Les poules qui l’ont trouvé ne veulent pas se rendre compte que le même type de manipulation concerne aussi le terme « antisémitisme », dont les personnes (j’en fais partie) qui récusent la politique de certains dirigeants d’Israël se voient affublées dès lors qu’elles émettent le moindre doute sur la légitimité de telles politiques.
    Faudrait-il donc entendre: « Le vocable est utilisé par les partisans de telles politiques pour invalider toute critique d’Israël. Revendiquons donc haut et fort notre droit d’être antisémites ! »

    Il en va de même des termes d’antisionisme et de judéophobie.

    Il en irait aussi de même du terme homophobie : on ne peut dire de façon argumentée que le droit des enfants – reconnu par le droit international – devrait passer avant les fantasmes de parentalité sans être accusé de faire le jeu des homophobes.
    Faudrait-il donc entendre: « Revendiquons donc haut et fort notre droit d’être homophobes ! »
    Etc. etc. etc.

    Quelle belle trouvaille ! Et tellement originale !
    De tels caquètements devraient-ils donc dire que, parce qu’ils font l’objet de récupérations oh combien évidentes, l’homophobie, l’antisionisme, la judéophobie, l’antisémitisme, pourraient être revendiqués en vue de lutter contre ceux qui refusent toute critique des prétentions illégitimes de certain.e.s homosexuel.le.s, ou de certains dirigeants israéliens ?

    Bravo ! Nos « intellectuels » rendent enfin à l’homophobie et à l’antisémitisme ce droit de cité contre lequel notre civilisation a tant de mal à lutter !

    Or, quand on considère qu’il serait tout aussi justifié de revendiquer le terme d’islamophobie pour lutter contre le « poison du fanatisme » (cf. R. Badinter) du djihadisme violent et ses soutiens religieux ou politiques, c’est bien le même droit de cité qu’on lui confère, ne nous y trompons pas.

    Magnifique réussite de nos caqueteurs et caqueteuses ! C’est ce qu’on peut appeler une apologie du sophisme au détriment de la pensée.

    Apologie bien douteuse et dangereuse s’il en est…

    Dans ce premier parti, on peut ranger Mme Badinter (« Il ne faut pas craindre de se faire traiter d’islamophobe »), le regretté M. Valls, M. Peña-Ruiz « On a le droit d’être athéophobe, comme on a le droit d’être islamophobe, comme on a le droit d’être cathophobe », Mme Kinzler qui partage ce genre d’opinion, et bien d’autres.

    L’étonnante cécité sur leur sophisme pourtant on ne peut plus évident dès qu’on le compare à d’autres du même genre (cf. ci dessus) ne fait que conforter mon opinion : une telle attitude relève en fait d’une réelle islamophobie qui n’ose pas dire ouvertement son nom, mais qui trouve en justifiant un sophisme patent un dangereux subterfuge pour se manifester au grand jour.

    Car, comme je le disais dans mon post, une connaissance minimale de la langue française permettrait on ne peut plus facilement d’éviter – si on le voulait, mais le veut-on vraiment? – ce sophisme en distinguant tout simplement la phobie de la critique.

    La deuxième relève traditionnellement de la philosophie, et peut légitimement s’exercer au sujet de l’athéisme, de la religion, du judaïsme, de l’islam, du christianisme, etc.

    La première relève, elle, de l’obsession pathologique.

    Alors pourquoi un tel prurit en faveur de sa réhabilitation et un si constant besoin de s’en revendiquer ?

    Si ce n’est qu’on éprouve certaines affinités avec la chose et sans doute, sur certains points au moins, une certaine parenté idéologique avec celles et ceux dont c’est le fond de commerce.

    En ce qui me concerne, tout en étant radicalement critique de la politique actuelle d’Israël, je refuse tout aussi radicalement d’avoir quoi que ce soit à voir avec l’antisémitisme ou la judéophobie, ni même un antisionisme primaire.

    Tout en étant radicalement critique des prétentions illégitimes de certain.e.s homosexuel.le.s, je refuse tout aussi radicalement d’avoir quoi que ce soit à voir avec l’homophobie.

    Et donc tout en étant radicalement critique envers une compréhension intégriste et/ou violente de l’islam, comme je l’ai souvent montré sur ce blog, je refuse tout aussi radicalement d’avoir quoi que ce soit à voir avec l’islamophobie.

    C’est aussi simple que cela !

    Le deuxième parti, c’est celui des volatiles dont je me sens proche, celles et ceux qui se permettent de contempler ces criailleries sur le fumier avec un certain effarement, tellement elles leur paraissent surréalistes, déphasées mais aussi hélas potentiellement dangereuses.

    Qu’il y ait en France islamophobie relève du constat qui ne fait pas de doute, et qui est historiquement attesté depuis bien des lustres.

    Qu’il y ait une urgente nécessité d’une critique rigoureuse et informée de l’islam, et qu’il faille soutenir en premier lieu les musulmans et les islamologues sérieux qui s’engagent sur cette voie, plutôt que certain.e.s inspiré.e.s du poulailler médiatique ne fait pas de doute non plus.

    Quant à abonder dans les caquètements phobiques de celles et ceux qui – ignorant.e.s de la langue française comme des réalités de l’islam – passent leur temps à remuer un fumier bien nauséabond, on peut se permettre de s’en passer et de prendre son vol pour regarder les choses d’un peu plus haut.
    Ou du moins d’un peu moins bas…

    Cordialement à vous !

  4. Si on admet que le terme « d’islamophobie » a été massivement utilisé par les islamistes pour piéger quiconque oserait une critique idéologique de l’idéologie islamiste, convenons que quiconque recourrait à ce terme pour interdire toute éventuelle critique de l’islamisme mériterait d’être dénoncé pour cette imposture intellectuelle (qui consiste à traiter de « malade » ou de raciste un adversaire politique), de même que quiconque revendiquerait le « droit d’être islamophobe » serait, de fait, déjà tombé dans le piège des islamistes.

    On doit pouvoir revendiquer le droit du libre examen critique de tout prosélytisme idéologique ou religieux sans se sentir malade de quelque phobie ou être accusé de l’être. Se reconnaître phobique dans un débat politique ou rationnel revient à tendre un bâton pour prendre des coups.

    Sur ce plan lexical, il aurait sans doute été plus pertinent (si l’on voulait être pertinent et non juste aveuglément militant) de recourir au préfixe « miso » (qui hait) et parler de « misislamie » pour nommer quelque haine qu’inspirerait l’islam. Mais bon, cette distinction entre légitime peur que peut inspirer l’idéologie islamiste et ses dérives djihadistes et haine d’une religion et de ses pratiquants (ou supposés tels) nous sera à jamais interdite. Comme on nous interdira de distinguer une religion ou une idéologie (dont on peut critiquer l’irrationalisme ou le rationalisme mortifère) et le croyant ou le militant qu’on respectera aussi longtemps qu’il vous respectera.

    Les islamistes (et leurs alliés d’une gauche qui siège maintenant à la droite de Dieu) ont gagné cette première bataille lexicale et médiatique. Ils n’ont pas fini d’en gagner d’autres.

    Comme ils ont déjà gagné la bataille permettant de réduire le sionisme à un racisme colonialiste et donc l’antisionisme à un légitime antiracisme.

    Ne remuons donc plus le fumier dont on nous a arrosés et (pour être aussi ‘métafort’ -sic- que vous) laissons le renard d’une nouvelle internationale idéologique totalitaire s’ébrouer dans le poulailler libéral de nos fragiles démocraties.

    De toute façon, comme cela a encore été répété au cours de la manif parisienne du 10 novembre courant : « Dieu est le plus grand ». Mektoub !

    Et il est vrai qu’entre effondrement biologique et énergétique, fin du monde et fin du mois, nous avons d’autres tombereaux de soucis et problèmes à disperser pour en engraisser notre actualité.

    Alors, pour ma part, je me résigne donc à être de ceux qui ont perdu la bataille à la fois sémantique et idéologique face à la conquête islamiste en cours. Croisade ou razzia dont sont déjà et seront une fois de plus les premières et plus nombreuses victimes les musulmans modérés ou les ‘arabes’ et maghrébins assimilés musulmans, puisque la religion serait désormais (re)devenue une ‘race’ à laquelle on pourra être assigné, même si l’on était en fait apostat, agnostique ou athée.

    Vae victis ! Et vive la fraternité laïque et humaine, seule énergie et puissance sur laquelle nous ne pouvons pourtant jamais que compter pour nous assister face à ce que peuvent nous imposer les réalités naturelles indifférentes à nos soucis. SIT HOMO HOMINI DEUS !

    Amen !

  5. Bonsoir Claustaire.

    Comme souvent, je suis d’accord avec vous sur bien des points :

    « On doit pouvoir revendiquer le droit du libre examen critique de tout prosélytisme idéologique ou religieux sans se sentir malade de quelque phobie ou être accusé de l’être. Se reconnaître phobique dans un débat politique ou rationnel revient à tendre un bâton pour prendre des coups »

    Cela me paraît tout à fait pertinent en effet.

    D’où mon étonnement : pourquoi donc tant d’intellectuels revendiquent-ils le droit à la « phobie » maladive plutôt que de se réclamer d’une saine « critique », voire de l’ironie ou de la satire, qui ont toujours été les armes des penseurs contre toutes formes de dogmatismes, fanatismes, intolérances, etc..

    « Sur ce plan lexical, il aurait sans doute été plus pertinent (si l’on voulait être pertinent et non juste aveuglément militant) de recourir au préfixe « miso » (qui hait) et parler de « misislamie » pour nommer quelque haine qu’inspirerait l’islam ».

    Je ne vois pas en quoi on gagnerait alors à remplacer « phobos ou phobia » par « misos », les deux racines qualifiant des attitudes émotives irrationnelles potentiellement dangereuses, la « peur morbide » (phobie) appelant la peur morbide, et la « haine » (de misos, «Sentiment de l’âme qui la pousse à fuir, à repousser ce qui en est l’objet, ou même à l’attaquer pour le détruire » nous dit un dictionnaire) appelant la haine en retour, qui « attaque l’autre pour le détruire ».

    À moins que de tels termes soient nécessaires à une compréhension de la « laïcité » qui considère que toute pensée religieuse est à combattre en tant que telle comme d’autres considèrent que tout athéisme relève du péché qui doit être éradiqué. Dieu nous en garde ! 😉

    Encore une fois, pourquoi ne pas privilégier le terme « critique » qui lui, est inséparable du « logos » de l’argumentation rationnelle, celle à laquelle s’efforcent, entre autres, des théologiennes et théologiens musulmans « critiques » en nombre toujours croissant, en particulier chez nous ? La peur, la haine et l’irrationnel caractérisent suffisamment le climat socio-politique actuel, aux USA, au Brésil, au Moyen-Orient comme en Europe, etc. pour qu’on essaie de promouvoir autre chose !

    Quant à « la conquête islamiste en cours » , l’expression me fait fâcheusement penser au « grand remplacement » !

    Certes, si on n’a à répondre aux provocations d’une frange minoritaire de musulmans que par une peur et une haine irrationnelles, il y a de quoi attiser les tensions, ce que souhaitent tout autant les djihadistes violents que les antimusulmans phobiques que l’on sait.

    Mais quand on sait qu’il y a en France moins de 5 millions de musulmans, dont l’immense majorité, consciente du danger d’un extrémisme dont leurs coreligionnaires sont dans le monde les premières victimes, ne souhaite que vivre en paix dans leur pays, alors qu’un parti d’extrême droite dont le racisme à peine dissimulé menace à chaque occasion de remporter des élections majeures – comme c’est aussi le cas en Allemagne et ailleurs – on se sent tout de même incités à ne pas se tromper de combat. En dépit des efforts conjugués de la dite extrême droite et d’une certaine « gauche » bien mal avisée (et d’autres récupérateurs tout aussi déplorables…) pour nous faire tomber dans le piège.

    Pour moi, si « défaite » il y avait, ce serait bien celle-là qui serait le plus à craindre.

    Et hélas la plus probable…

    Cordialement.

  6. Bonjour. Et merci pour votre rapide réponse.

    Juste encore quelques mots sur une défaite. Ou (vu notre sujet) ceux d’un pécheur faisant sa confession…

    Car j’observe que fort diligemment ici aussi on (quel on ? Vous !) me renvoie à l’extrême droite qui fantasmerait sur le « grand remplacement » lorsque je me contente d’observer la virulence du prosélytisme islamiste en cours (qui relève pour moi d’un militantisme d’identitaires d’extrême droite, hélas soutenus par une internationale riche en pétrodollars) partout où il se voit soit au pouvoir (comme en Turquie par exemple) soit en pouvoir de se trouver de possibles alliés (comme dans beaucoup de pays du Sahel, ou en France, pays d’Europe comptant à la fois, selon eux, le plus possible adeptes à mobiliser et d’idiots utiles d’une intelligentsia -?- déjà mobilisée).

    Sur le « miso », j’avais écrit qu’il « aurait été plus pertinent »… si l’on se souciait de distinguer « phobie » (peur éventuellement irrationnelle, en tout cas sentiment explicable) et « haine » (passion toujours à proscrire). Mais si vous-même estimez qu’on ne gagne rien à remplacer un mot par un autre même si l’un signifiait, dans la langue courante, bien autre chose que l’autre… Et pouvez-vous encore ignorer que même la légitime « critique » que vous suggérez vous vaudra (et a déjà valu à bien de ses victimes) rejet et condamnation (à mort) pour blasphème de la part des islamocrates et pour racisme de la part de nos islamo-gauchistes aussi anti-occidentaux qu’antisionistes et donc ‘légitimement’ antisémites parce que anticolonisateurs ?

    Je sais que la peur est presque toujours mauvaise conseillère, en effet, et l’un des principaux ressorts de l’agressivité entre gens (et animaux), et que le geste de répulsion inspiré par la peur n’est pas loin du geste offensif que peut inspirer la haine.

    Quel dommage donc, quel drame que l’islam(isme), du moins ce que les musulmans les plus prosélytes ou militants ostensibles nous en donnent à voir de par le monde ne soit pas plus engageant ni plus aimable… et inspire plus la peur, voire la répulsion que la sympathie.

    Que ne se demande-t-on jamais pourquoi l’islam(isme) fait si peu envie ? Sauf bien sûr lorsque quelque radicalisation révoltée (Cf. Olivier Roy) y trouverait sa voie ? Pourquoi l’islam fait-il peur… ou de nouveau peur ? Depuis quand ? Depuis quand nous exposons-nous de nouveau, en Occident, à cette accusation d’islamophobie ? Et qui donc nous fait ce procès ? Voilà quelques questions dont les réponses pourraient éclairer nos débats.

    Pourquoi, moi, qui ai vécu deux ans au Maroc en y fréquentant de nombreux collègues marocains (qui me semblaient plus marocains et collègues que ‘musulmans’) et ai toujours été fasciné tant par l’art mudéjar que par l’art mozarabe en Espagne, pourquoi dois-je confesser que depuis quelque temps l’islam, tel qu’on me le montre, tel qu’il se montre – j’insiste sur le « se mon(s)tre », m’est devenu aussi antipathique ? Sinon parce que j’y vois un nouveau totalitarisme d’abrutissement populaire à l’oeuvre ? Et que puis-je dire lorsque, avec tant d’autres personnes (dont beaucoup de musulmans ou assimilés) critiques de l’islamisme, on est renvoyé à l’extrême droite, alors qu’on aura passé sa vie à la combattre ?

    Je sais bien que l’immense majorité de nos millions de compatriotes musulmans (ou assimilés tels ‘par faciès’, même s’ils sont éventuellement non pratiquants ou athées, pas plus que moi qui suis censé être chrétien au vu de mon origine ou mon prénom ne le suis plus) ne demandent qu’à vivre en paix, entre compatriotes. Mais lorsque la gauche renverrait à l’extrême droite quiconque se soucierait de ne pas laisser le totalitarisme islamiste tenter de s’emparer de cette population, faut-il s’étonner qu’on ne vote pas ou plus à gauche ? Et que l’abstention aidant, l’extrême droite gagne en puissance ? Est-il étonnant que devant tant d’aveuglement à gauche, des gens finissent par suivre à l’extrême droite le mouvement créé par un borgne ?

    Pourquoi ces compatriotes musulmans devraient-ils davantage se mobiliser pour dénoncer une ‘islamophobie’ de propagande et le développement de l’extrême droite qui s’en nourrit à travers l’Europe et non se mobiliser prioritairement contre l’islamisme d’extrême droite qui dès maintenant pourrit leur quotidien par ses prêches, ses militants, ses interdits et sa mauvaise foi ?

    Pour illustrer à quel point brille l’aveuglement de cette mauvaise foi, il n’y a qu’à voir comment, ces jours-ci, Finkielkraut (le « vieux réac islamophobe » des « territoires perdus »), rejetant la complicité pour viol qu’on lui imputait parce qu’il ne dénonçait pas Polanski, en prononçant, pour les conjurer, les accusations qu’on lui imputait prononce de fait les mots rejetés (mais enregistrés) et peut donc être poursuivi, avec la mauvaise foi la plus absolue, la plus ignominieuse, pour appel au viol par le néoféminisme intersectionnel et racisé et la France insoumise ou indigène de la république. Et voir ensuite une ministre et le CSA s’inquiéter de cette prétendue dérive criminelle de notre vieil académicien qui aura pourtant si souvent rappelé à quel point notre brillante et courtoise culture moderne était née entre autres des salons et des savantes intellectuelles qui les cultivaient au 18e…

    Ne doit-on pas, alors, se résigner à estimer avoir perdu le combat ? Et peut-on ignorer à quelles extrémités peut ensuite conduire le ressentiment d’avoir été rangé à l’extrême droite par l’aveuglement de prétendus bien-pensants, alors qu’on ne se souciait que de promouvoir l’idéal universaliste prônant les droits de l’Homme avant ceux de sa tribu, communauté ou nation ? Avant ceux de Dieu (et des imposteurs qui prétendent faire entendre la voix de cette mystérieuse et pourtant inenregistrable Entité) ?

    En tout cas, me relisant, je me rends compte à quel point tout cela me met de mauvaise humeur…

    Et ce n’est qu’en guise de navrante voire inquiétante illustration de ce jusqu’où « ça » peut aller que je vous la livre. Juste pour que vous sachiez de quel état de péché mortel je m’inquiète.

    « Nous sommes morts, âme ne nous harie
    et priez Dieu que tous nous veuille absoudre »

  7. Bonsoir Claustaire.

    Rassurez-vous ! Tout comme vous « j’observe la virulence du prosélytisme islamiste en cours » sans pour autant accepter de me voir « renvoyé à l’extrême droite ».

    Mais ce que je veux dire, c’est qu’il y a deux stratégies possibles dans notre rapport à la montée de l’influence djihadiste et aussi islamiste dans un sens plus large quoique pas forcément violent.

    Et je crois pouvoir prétendre que je parle ici d’expérience, ayant eu la chance, au cours de ma carrière d’enseignant, d’avoir de nombreuses et nombreux élèves musulmans avec lesquels j’ai pu échanger sur ce sujet et observer longuement les comportements et réactions.

    La première stratégie, partagée donc par l’extrême droite et par une certaine vision de la « laïcité », et qui se croit peut être bien intentionnée dans son désir de lutter contre l’extrémisme violent, de « libérer la femme », de promouvoir la liberté de penser, etc., est celle qui insiste autant sur la « phobie » que sur le « misos ».

    Mais je peux vous garantir que lorsque des gens qui se prétendent de gauche soutiennent « qu’il ne faut pas craindre de se faire traiter d’islamophobe » ou « que l’islam est la religion la plus con », c’est la meilleure façon de créer des petits djihadistes sur notre territoire.

    Encore une fois, expérience et preuves à l’appui, hélas.

    Ce genre de discours intolérable, d’où qu’il vienne, mène tout droit à l’exaspération et à la violence incontrôlable.

    Il en va tout autrement lorsqu’on essaie de mener un discours respectueux, informé quoique critique quand c’est nécessaire, qui se fonde sur les travaux, par exemple de Jacques Berque, de Rachid Benzine, d’Abdennour Bidar, de Mohamed Talbi, de Youssef Seddik, de Tarek Oubrou, de Malek Chebel, de Leila Ahmed, de Louis Gardet, d’Abdelwahab Meddeb, d’Ali Abderraziq etc.etc. etc.

    Faut-il en citer encore 50 autres pour monter à quel point les ressources sont considérables pour qui veut bien parler de l’islam d’une façon qui n’incite pas au rejet violent de part et d’autre, à la « phobie » et au « misos », mais à une approche, difficile certes, mais qui incite à un regard rationnel, critique, mais en même temps accueillant, intelligent et pacifié ?

    Encore une fois, expérience et preuves à l’appui.

    Je suis donc moi aussi exaspéré par une paresse intellectuelle et politique devenue mode, qui fait tout pour conduire aux catastrophes et aux confrontations (qui font certes les affaires de quelques-uns) ; paresse abondamment relayée et servie par quelques « idiots utiles » en effet, qui, à leur décharge peut-être, ne se rendent pas compte des dégâts qu’ils causent, mais qui n’en sont pas moins responsables.

    Encore une fois preuves à l’appui, je pense pour ma part qu’il y a autre chose à faire tant qu’il en est temps encore.

    Cordialement à vous.

  8. Bonjour,

    Déjà hier soir, je vous avais rédigé une réponse qui s’est perdue dans les limbes d’une coupure internet au moment de l’envoi.

    C’était pour vous dire que j’étais bien conscient que provocation ou agressivité ne pouvait que déclencher réaction ou surréaction identitaire agressive. Je l’observe d’ailleurs en sentant monter en moi-même une ‘insupportation’ de plus en plus grande face à ce que j’appelle l’aveuglement de mes (ex) camarades ‘islamo-gauchistes’ et les provocations de l’islamo-communautarisme. Et, je vous avoue (autant qu’à moi) que mon évolution m’inquiète autant qu’elle me semble légitime voire nécessaire.

    Sur le fond, j’ai toujours estimé que c’étaient à nos compatriotes musulmans (s’identifiant comme tels – point essentiel) de prendre en charge les problèmes que leur (et nous) pose le prosélytisme islamiste et les crispations identitaires quasi sécessionnistes qu’il voudrait figer ou créer.

    Je connais (par lectures) la plupart des personnes d’origine, de confession ou de culture musulmane que vous évoquez, mais on voit aussi que ce sont pour la plupart des personnes nées avant la diffusion internationale de l’idéologie islamiste. Alors que les militants ‘musulmans’ (ou assimilés tels par leur origine) les plus médiatisés de nos jours sont plus souvent du côté de la crispation communautaire ou identitaire, de la dénonciation de quelque racisme d’Etat ‘néocolonial’ que de la résistance au retour de l’obscurantisme théocratique.

    Il est vrai que dans l’engagement anti-islamiste ou anti-théocratique, il faut beaucoup plus de courage (Daoud) ou d’inconscience (Zineb) à des ‘musulmans’ (ou présumés tels), rapidement reniés comme non-musulmans ou apostats (au risque de leur vie) qu’à nous qui ne risquons que d’être renvoyés à l’extrême-droite… (mais aussi parfois pire, quand on pense à Charlie).

    Sur le fond, la manière dont E. Macron n’hésite plus à stigmatiser le « communautarisme » et « l’islam politique » permet soit d’estimer qu’il drague juste à droite soit qu’il aurait pris conscience à quel point cette question préoccupe nos compatriotes et qu’il est temps d’y répondre avant que les choses ne s’aggravent.

    Le plus terrible, sur ce sujet comme sur tant d’autres, c’est de se sentir totalement impuissant à prévenir ou empêcher le malheur appréhendé. En attendant rien n’interdit de relever les moindres signes un peu plus rassurants sur ce qui nous attend (comme vous le faites, question démographie dans votre dernier post).
    Bien à vous.

  9. Bonjour Claustaire.

    Merci pour votre réponse 🙂 . Je craignais de vous avoir fâché …

    Une fois de plus, je suis d’accord pour l’essentiel:

    Sur le fond, j’ai toujours estimé que c’étaient à nos compatriotes musulmans (s’identifiant comme tels – point essentiel) de prendre en charge les problèmes que leur (et nous) pose le prosélytisme islamiste et les crispations identitaires quasi sécessionnistes qu’il voudrait figer ou créer.
    (…) Il est vrai que dans l’engagement anti-islamiste ou anti-théocratique, il faut beaucoup plus de courage.

    Entièrement d’accord. Je pense cependant que le courage et le discernement sont nécessaires de notre côté aussi, pour seconder et encourager celles et ceux qui s’engagent dans cette voie, en particulier par une attitude d’accueil et d’ouverture aux valeurs réelles de l’islam et à l’approche herméneutique qu’ils s’efforcent de promouvoir. C’est pourquoi ce qui relève de la « phobie » et du « misos » me semble dangereusement contre-productif.

    les militants ‘musulmans’ (ou assimilés tels par leur origine) les plus médiatisés de nos jours sont plus souvent du côté de la crispation communautaire ou identitaire, de la dénonciation de quelque racisme d’Etat ‘néocolonial’ que de la résistance au retour de l’obscurantisme théocratique.

    Entièrement d’accord, hélas! D’où l’importance de soutenir les autres contre un système médiatique qui privilégie le spectaculaire et les discours sommaires. Il y a du travail!

    Sur le fond, la manière dont E. Macron n’hésite plus à stigmatiser le « communautarisme » et « l’islam politique » permet soit d’estimer qu’il drague juste à droite soit qu’il aurait pris conscience à quel point cette question préoccupe nos compatriotes et qu’il est temps d’y répondre avant que les choses ne s’aggravent.

    Sur ce point, j’ai l’impression qu’échéances obligent, il faille répondre « les deux mon général ». Enfin… Wait and see, au bénéfice du doute…

    Cordialement à vous !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s