De la vérité. Qu’elle est polyphonique, comme l’humanité. À propos d’Écosse, de Tibet et autres Catalogne.

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/05/08/ecosse-les-independantistes-revendiquent-la-victoire-et-defient-boris-johnson_6079606_3210.html

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/05/09/en-ecosse-la-victoire-des-independantistes-laisse-presager-un-long-bras-de-fer-avec-londres-sur-la-question-d-un-nouveau-referendum_6079617_3210.html

« Notre époque n’est pas à une incohérence près », me rappelait  Stultitia dans le post précédent.

Et une fois de plus, la victoire d’indépendantistes – en l’occurrence écossais – confirme le caractère burlesque de l’incohérence et des contradictions des argumentations nationalistes.

(Rappelons l’indispensable distinction entre « patriotes » – ouigours, tibétains, kurdes, mais aussi écossais, catalans, corses, etc. qui revendiquent le respect de leurs cultures et de leurs droits, y compris politiques -, et « nationalistes », qui considèrent que certains États – la Chine, la Turquie, l’Angleterre, l’Espagne, la France, etc.- auraient la prérogative d’étendre ou de maintenir une domination sur des peuples sans le consentement de ces derniers).

Et puisqu’il est question de consentement, une première constatation est que ce terme qui est désormais, à juste raison, dans toutes les bouches quand il s’agit de respecter les droits des individus à l’intégrité de leur vie – sexuelle en particulier -, semble faire l’objet d’un déni quand il s’agit d’aborder des questions de géopolitique.

Fort heureusement, une relation sexuelle non consentie est désormais considérée comme une violence inadmissible.

Mais qu’en est-il d’une domination politique non consentie ? Quand ce refus de consentement se manifeste inlassablement de façon démocratique, comme dans le cas de la Catalogne, par exemple ?

Cette relation non consentie pourtant assimilable à un viol devient alors, aux yeux de certains, parfaitement admissible, voire nécessaire.

« Et une incohérence, une ! », note Stultitia.

Bien sûr, concernant la question de peuples lointains, ouïgours, kurdes ou tibétains, la condamnation du viol ne pose pas de problème : les méchants nationalistes chinois ou turcs sont « les autres ». Vite ! Dénonçons-les ! Mobilisons-nous !

Mais lorsqu’il s’agit d’écossais, de corses ou de catalans – des gens bien de chez nous, en somme -, et qui résident dans le pré carré de notre politique, le déni insurmontable mentionné ci-dessus resurgit aux yeux des mêmes « certains » : « Nous ne sommes pas des violeurs! On ne va tout de même pas comparer la question tibétaine à la question écossaise ou catalane ». Car chacun sait bien-sûr que les catalans ou autres écossais sont, eux, soit des salauds de séparatistes égoïstes qui ne pensent qu’à garder leurs richesses pour eux, soit – au choix – des assistés qui ne pourront jamais se passer de nos services. Pourquoi donc se préoccuper du sort qui leur est fait?

« Nouvelle incohérence. Et de deux ! », note Stultitia.

Prenons encore la question du respect de la démocratie.

Il est à l’évidence à géométrie variable :

Boris Johnson, dès la veille [du scrutin], avait déclaré « irresponsable » une nouvelle consultation populaire écossaise.

(…)

« Boris Johnson n’a aucun argument pour bloquer la volonté des Ecossais. Le référendum est fondamentalement une question de principe démocratique », a martelé la dirigeante.

(…)

Quel intérêt M. Johnson aurait-il à céder à Mme Sturgeon (les deux dirigeants se détestent cordialement) et à lui accorder un nouveau référendum, s’il a des risques de le perdre ? Un oui à l’indépendance de l’Ecosse signerait très probablement sa démission et marquerait sa carrière politique de manière indélébile.

À moins que la dirigeante écossaise ne réussisse à le prendre au piège de l’argument démocratique : pourquoi refuser aux Ecossais ce qu’il a revendiqué tout au long de la campagne du Brexit (le respect de « la volonté du peuple ») ?

(…)

« La position de Boris Johnson est hilarante, bien sûr que nous avons [avec le SNP- Scottish National Party, Parti National Écossais-] un mandat clair pour appeler un nouveau référendum », avait déclaré dès samedi matin Lorna Slater, la coleader des Verts écossais. (art. de Cécile Ducourtieux en lien ci-dessus).

« Tiens, me dit Stultitia. Tout cela rappelle fâcheusement les contorsions tout aussi « hilarantes »d’un certain M. Rajoy. Et de trois incohérences ! ».

On se souvient de plus que l’indépendantisme, est, toujours aux yeux de certains, une idéologie destructrice accusée de vouloir briser autant l’unité nationale que l’unité européenne (en dépit des orientations très majoritairement pro-européennes des peuples qui y aspirent).

Mais que devient ce discours dès lors que des indépendantistes veulent revenir en Europe et participer à sa construction contre ceux qui s’en séparent ?

Quelques acrobaties sont alors nécessaires, qui cachent mal l’incohérence.

« Et de quatre ! » continue Stultitia.

On pourrait bien sûr souligner que ces indépendantistes-là peuvent tout de même susciter de la sympathie, toujours aux yeux de certains, français en l’occurrence, étant donné que c’est à l’ennemi héréditaire anglais qu’ils posent problème, et que « les ennemis de nos ennemis sont nos amis ».

Mais pas question que des ploucs de basques ou de corses nous imposent les mêmes problèmes à nous autres frenchies.

« Une incohérence de plus. Et de cinq ! », ajoute Stultitia tout excitée.

On pourrait bien sûr allonger encore la liste.

Mais je préfère terminer sur une note musicale.

Une pathologie profondément enracinée dans l’Histoire semble nous faire concevoir l’unité de l’espèce humaine sous l’aspect d’une monodie dominée par la voix des puissants.

Sans doute touche-t-on là à une question fondamentale qui concerne aussi bien l’anthropologie que la psychologie, la philosophie et même la théologie : celle de la difficulté que nous avons tous, toujours et partout, à accepter l’altérité, à reconnaître et respecter l’autre comme autre.

Mais n’est-il pas scandaleux que cette réduction autoritaire à l’uniformité monodique étouffe obstinément la merveille d’un concert qui pourrait être symphonique, polyphonique ?

Et tant d’autres…

Car après tout, bien loin d’un concours mondial de grandes gueules où celui qui a la plus grosse (voix) écrase les autres, Dieu, s’il existe, ne serait-il pas lui-même polyphonie, altérité fondatrice d’écoute et de respect de l’autre ?

Mais il n’est certes pas nécessaire d’y croire pour faire l’effort de concevoir l’Europe* et le monde comme Symphonie plutôt que comme désespérante mono-tonie soumise à la loi des plus forts.

*

*PS: Et n’est-ce pas aujourd’hui le jour de l’Europe?

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