Étonnant : Avec la complicité de leur gouvernement et de ses complices internationaux, des citoyens israéliens qui se prétendent juifs réactualisent la pratique des pogroms.
Dans une lettre ouverte à la hiérarchie militaire, rendue publique lundi 16 mars, quatre anciens majors et brigadier généraux, membres de Commandants pour la sécurité d’Israël, une organisation qui rassemble plus de 550 officiers retraités, dénoncent la « violence et le terrorisme » des colons juifs qui multiplient les attaques, parfois mortelles, contre des Palestiniens.
(…)
« Il ne s’agit pas ici de quelques émeutiers ou de “mauvaises herbes”. Ces actes de violence s’appuient sur un système organisé comportant plusieurs niveaux hiérarchiques institutionnels. Ce système a des objectifs clairs : vider de larges zones de toute présence palestinienne par le biais de menaces, d’atteintes graves à la vie et aux biens, ainsi que d’émeutes et de pogroms purs et simples » [c’est moi qui souligne], ajoutent les anciens militaires, reprenant les constats déjà formulés par des ONG et des organisations internationales.
Par exemple :
https://news.un.org/fr/story/2026/03/1158573
Fort heureusement, il existe encore des gens intègres, parmi lesquels des juifs authentiques, pour dénoncer ce scandale.
Cisjordanie : le chef d’état-major israélien juge les attaques des colons contre les civils palestiniens « moralement et éthiquement inacceptables »
Le lieutenant-général Eyal Zamir appelle « toutes les autorités du pays à s’opposer à ce phénomène et à l’éradiquer avant qu’il ne soit trop tard ». Les agressions contre les Palestiniens dans ce territoire occupé par Israël depuis 1967 se sont encore renforcées depuis le début de la guerre menée par l’État hébreu et les États-Unis contre l’Iran.
De même, « Une ex-ministre et députée centriste, Meirav Cohen, a dénoncé au Parlement [israélien] la résurgence d’un « terrorisme juif ». « La réalité est qu’en ce moment même, des villages sont attaqués, des communautés sont délibérément expulsées de leurs foyers, des moutons sont abattus, des vergers sont incendiés, des gens sont attaqués simplement parce qu’ils sont arabes, sans qu’ils aient recours à la violence », a déploré Mme Cohen.
« Et récemment, c’est devenu de plus en plus violent, de plus en plus public. Aussi douloureux et honteux que cela soit à admettre, il s’agit bien de terrorisme, et de terrorisme juif » » [c’est moi qui souligne], a-t-elle dénoncé. « Avec le temps, ce terrorisme a acquis une impunité croissante. Il est devenu plus répandu, plus organisé, plus dangereux ».
Cf. encore :
Et cette honte n’étant pas suffisante, il a fallu encore en ajouter une autre, par l’instauration d’une loi rétrograde et totalement discriminatoire :
Israël instaure la peine de mort pour les Palestiniens accusés de meurtre « terroriste » : « Avec l’aide de Dieu, nous tuerons nos ennemis »
La loi, adoptée par 62 députés, contre 48, marque un tournant dans la politique pénale et affaiblit un peu plus l’Etat de droit dans le pays.
Qu’en est-il alors des milliers de crimes commis par des israéliens contre des palestiniens ? La question ne paraît pas mériter d’être posée.
Il s’agit « d’un bouleversement dans l’histoire de l’État hébreu qui, depuis l’exécution du criminel nazi Adolf Eichmann en 1962, avait renoncé à l’usage de la peine capitale dans son système judiciaire civil ».
Outre la dramatique démission éthique qu’ils manifestent est-il exagéré de penser que de tels scandales interrogent gravement le type de religion que certains prétendent défendre ou professer ?
Le judaïsme peut-il se réduire à l’interprétation littérale de textes hors de leur contexte historique, ou bien doit-il faire l’objet – comme toute religion – d’une herméneutique qui en dégage l’Esprit, les valeurs le plus profondes, herméneutique qui est le fondement du Midrash, qui définit l’essence même de la foi juive, en particulier dans sa dimension irréductiblement éthique ?
[Ajout : l’œuvre d’Emmanuel Lévinas illustre de manière incomparable ce rapport intrinsèque du judaïsme à l’éthique. En témoignent ces quelques citations de « Difficile Liberté », Le Livre de Poche, Paris 1976 :
« L’éthique n’est pas le corollaire de la vision de Dieu, elle est cette vision même. L’éthique est une optique. De sorte que tout ce que je sais de Dieu et tout ce que je peux entendre de Sa parole et Lui dire raisonnablement, doit trouver une expression éthique » op.cit. p. 33 ; « Que le rapport avec le divin traverse le rapport avec les hommes et coïncide avec la justice sociale, voilà tout l’esprit de la bible juive. Moïse et les prophètes ne se soucient pas de l’immortalité de l’âme, mais du pauvre, de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger » op.cit. p. 36.
Faudrait-il donc exclure le Palestinien de ces critères ?
« Qu’est-ce qu’un individu — l’individu solitaire — sinon un arbre croissant sans égards pour tout ce qu’il supprime et brise, accaparant la nourriture, l’air et le soleil, être pleinement justifié dans sa nature et dans son être ? (…) Que signifie l’avènement de la conscience — et même la première étincelle de l’esprit — sinon la découverte des cadavres à mes côtés et mon effroi d’exister en assassinant ? Attention aux autres, et par conséquent, possibilité de me compter parmi eux, de me juger — la conscience, c’est la justice. Être sans être meurtrier. On peut s’arracher à cette responsabilité, renier le lieu où elle m’incombe, rechercher le statut d’anachorète. On peut choisir l’utopie. Mais on peut au contraire ne pas fuir, au nom de l’esprit, les conditions où son œuvre puise son sens, rester ici-bas. Et cela veut dire — choisir l’action éthique » (id. ibid. p.144-145)].
Le contre-sens sur l’interprétation du judaïsme éclate dans cette illustration tragiquement caricaturale donnée par ces jeunes filles persuadées d’être élues par Dieu pour occuper la terre d’Israël :
Fondé en février 2024 par cinq adolescentes âgées de 15 à 20 ans, Or Ahuvia est aujourd’hui le seul avant-poste exclusivement féminin en Cisjordanie occupée. « L’important n’est pas que nous soyons des femmes, mais qu’en tant que juives, nous respections le commandement d’occuper la terre d’Israël », explique Myriam.
La réduction du judaïsme à une idéologie colonialiste prétendument fondée sur quelques textes archaïques et à une justification du crime d’État est une perversion portée par des apostats que le peuple d’Israël ne devrait pouvoir tolérer.
Car la confusion entre religion et une politique de la force jusqu’au terrorisme constitue un dévoiement qu’illustrent hélas les affrontements mortels que nous constatons.
Ira-t-on alors, au nom du respect de la promesse divine, jusqu’à justifier les meurtres d’enfants, hélas si nombreux, par les paroles du psalmiste ?
« Fille de Babel, qui dois périr,
Heureux qui te revaudra
Les maux que tu nous a valus,
Heureux qui saisira et brisera
Tes nourrissons contre le roc !
(Psaume 137-136).
Il est plus que temps pour Israël de revenir à ses sources :
« Dans la mesure où l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, l’humanité en général et le peuple juif en particulier sont censés vivre en conformité avec la justice, une justice tempérée par la miséricorde. En Deutéronome 16,20, Moïse dit au peuple : ‘’C’est la justice, oui la justice que tu dois chercher ! ». Cette injonction fonctionne comme un leitmotiv chez les prophètes et dans la littérature rabbinique. C’est elle qui dicta les décisions des docteurs de la Loi. Le mot « justice et le mot « droiture » sont d’ailleurs formés sur la même racine hébraïque. Le concept de justice et l’idée que le monde repose « sur la vérité, la justice et la paix » ont marqué d’une profonde empreinte la pensée et les pratiques d’Israël ». (Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Bouquins, Robert Laffont, Paris 1996, p. 551. Terme « Justice » (Tsedek).
Pour l’honneur et la survie d’Israël, et pour la justice et la paix au Moyen Orient, il est donc urgent que se manifeste enfin la fidélité à cette pensée et ces pratiques.
*
Ajout :
Après avoir terminé la rédaction de ce post, j’ai pu voir ce « 28 minutes » d’Arte, que je recommande fortement, en particulier pour les interventions de Rony Brauman :
https://www.arte.tv/fr/videos/132390-002-A/israel-une-democratie-illiberale/
Le « journal » qui précède aborde aussi le sujet de façon intéressante:
https://www.arte.tv/fr/videos/129042-065-A/arte-journal-31-03-2025/
*
Ajout du 03/04 :
En accès libre, cet article salutaire du rabbin Ruben Perez :
Par sa nature arbitraire et discriminatoire, ce texte heurte la dignité humaine et trahit l’idée même d’État de droit que les fondateurs d’Israël entendaient placer au cœur du projet sioniste.
(…)
Ce vote déshonore l’État et met en péril son essence même.
(…)
Les jubilations d’Itamar Ben Gvir, ses ricanements et la mise en scène triomphale de cette adoption jusque dans l’enceinte de la Knesset offrent un spectacle pitoyable.
Elles donnent à voir un courant politique qui, à rebours de la sacralité de la vie humaine prônée par le judaïsme, instrumentalise le religieux pour autoriser l’injustifiable. La jubilation d’un homme arborant à la fois une kippa et un pin’s en forme de corde de potence condense à elle seule l’oxymore d’une religion politisée : celle qui prétend s’ériger en force morale tout en célébrant la violation du droit et de l’éthique.
Pour reprendre les mots de Robert Badinter, ils nous font honte.
