PMA. L’éthique supposerait-elle l’incohérence ?

Je précise tout d’abord – cela ne surprendra en rien les lecteurs de ce blog – que je ne « roule » pour personne, et certes pas pour des émanations soi-disant « catholiques » du type de la Manif pour tous. J’ai toujours défendu sur ce blog les revendications des homosexuels, leur droit à la reconnaissance et au mariage en particulier.

Mes remarques de ce jour se situent essentiellement au niveau d’une exigence de cohérence.

Car je dois reconnaître mon étonnement.

Même si je suis, pour ma part, partisan d’une prévalence sans ambiguïté des droits de l’enfant sur le droit à l’enfant, que l’on soit hétérosexuel comme homosexuel (cf. l’enfant l’Oréal », selon l’expression du Dr. J.P. Matot : « un enfant, parce que je le vaux bien »),

la référence à « une revendication de liberté et d’égalité dans l’accès aux techniques [médicales] pour répondre à un désir d’enfant »

http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/06/27/le-comite-d-ethique-deverrouille-le-debat-sur-la-procreation-medicalement-assistee_5151717_3224.html

par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) me paraît marquée d’une incohérence fondamentale :

Outre bien sûr des questions juridiques en suspens concernant le statut du donneur et le droit de la filiation, comment peut-on accepter, en vue de résoudre ce que le CCNE nomme une question d’égalité, de promouvoir une inégalité flagrante, puisque certains enfants vont donc se trouver dans la situation d’avoir droit à une représentation de la diversité des sexes à leur naissance (le fait d’avoir une mère et un père), alors que d’autres en seront privés ?

Les droits de l’adulte à « l’égalité » sont-ils donc à ce point à privilégier par rapport aux droits de l’enfant ?

Si une telle relativisation des droits de l’enfant constitue un choix de société, il faudrait alors l’énoncer clairement, et ne pas se contenter de quelques remarques pudiques, voire désinvoltes, concernant « les conséquences pour l’enfant », considérations qui sont bien loin d’être à la hauteur des interrogations éthiques.

 

Une deuxième incohérence est flagrante.

Car comment accepter « l’ouverture de l’IAD à toutes les femmes », et donc aux lesbiennes, sans prendre en compte  la «  souffrance induite par une infécondité résultant d’orientations personnelles » que peuvent ressentir nombre d’homosexuels hommes ? Pour pallier ce qui est présenté plus haut comme une inégalité, voilà qu’on ouvre une nouvelle inégalité, sexiste cette fois. Les hommes n’auraient-ils donc pas les mêmes droits que les femmes ?

Le fait d’accepter la PMA dans le cas des lesbiennes tout en refusant vertueusement la GPA (refus que je partage entièrement, cf. mes réflexions sur ce point sous le « mot-clef » ci-contre ) est donc au minimum une incohérence, voire une supercherie ou un « cheval de Troie » qui prépare, en dépit des artifices rhétoriques, une autorisation à terme de la GPA. Car celle-ci est bien l’unique façon de rétablir une « égalité » qui se trouve rompue par la discrimination instaurée par l’autorisation de la PMA pour toutes les femmes.

Là encore, s’il s’agit d’un choix de société, il faut l’annoncer clairement, et ne pas se cacher derrière des incohérences qui ouvrent la porte à la supercherie.

 

Enfin, ne va-ton pas un peu vite en besogne ? Car une autre question éthique fondamentale est celle de l’accès à la médecine à des fins non thérapeutiques.

Sur ce point, il peut paraître en effet bien léger d’invoquer des « souffrances induites » par des caractéristiques « résultant d’orientations personnelles ».

On le sait, l’évaluation de telles souffrances dans le cas de demandes de modifications de l’identité sexuelle fait l’objet de protocoles psychologiques et médicaux très exigeants.

Qu’en sera-t-il de l’évaluation de telles « souffrances » dans le cas de l’homosexualité féminine ? Ne risque-t-on pas de passer un peu facilement de la « souffrance » au caprice ?

Plus largement, l’utilisation de la médecine à des fins non-thérapeutiques constitue de nos jours l’une des « boîtes de Pandore » les plus problématiques en ce qui concerne l’avenir de l’humanité. Peut-être serait-il sensé de ne pas créer à la légère des jurisprudences sur lesquelles il risque d’être bien difficile de revenir.

Qu’en sera-t-il désormais des critères de la « souffrance » ? Je peux souffrir très réellement de me sentir trop petit, ou de ne pas courir aussi vite que les autres. Telle cette personne pourvue de jambes normales, mais  qui demandait à ce qu’on lui pose des prothèses de titane pour courir plus vite.

Certains envisagent avec sérieux le marché juteux – et désormais bientôt accessible – de la greffe d’utérus chez l’homme en vue de pallier la « souffrance induite par une infécondité » que ressentent certains.

La difficulté d’évaluer la « souffrance » ouvre donc la porte à une casuistique fort complexe, qui risque de donner lieu à bien des abus, et certainement des trafics.

De plus, son invocation dans le cas de l’homosexualité risque de ramener le vieux spectre dépassé de l’assimilation de celle-ci à une maladie.

Or, je ne pense pas qu’il s’agisse là d’un retour souhaitable.

 

Je pense pour ma part que la diversité des « orientations personnelles » possibles fait signe vers une incomplétude foncière caractéristique de notre condition d’être humain.

De la même façon que certaines et certains sont attirés par l’autre sexe, certaines et certains sont attirés par le même.

De la même façon que certaines ou certains sont attirés par la maternité ou la paternité, certaines ou certains ne se conçoivent pas dans cette orientation de vie.

On sait que, contre certaines idéologies, religieuses en particulier, le fait d’assumer ce refus a ouvert à des approches fécondes d’une féminité et d’une masculinité dissociées de la maternité et de la paternité. Dissociation revendiquée d’ailleurs lors des mouvements de libération sexuelle des années 70…

Or, chaque orientation de vie entraîne à la fois des richesses et des deuils. Les deux aspects constituant notre chemin d’accès à la maturité, qui passe par le fait d’assumer cette incomplétude qui est la nôtre.

L’engagement dans la voie de l’hétérosexualité entraîne pour moi le deuil de l’homosexualité, et inversement. Et même le fait d’être bisexuel ou transgenre entraîne le deuil de la voie qui permet de se réaliser dans une seule de ces orientations.

L’une des grandes « souffrances » de notre temps n’est-elle pas alors d’avoir laissé penser qu’il pourrait y avoir des « orientations » où tout pourrait se réaliser à la fois sans souffrance et sans deuil ?

L’urgence serait peut-être alors, pour lutter véritablement contre la « souffrance », de savoir dépasser l’illusion de la complétude, du « fantasme de toute puissance » qui en constitue incontestablement l’une des sources essentielles.

21 commentaires sur “PMA. L’éthique supposerait-elle l’incohérence ?

  1. Vous répétez toujours les mêmes anneries, sous prétexte qu’on accorde la PMA aux femmes lesbiennes, on devrait accorder la GPA aux hommes gays, alors que dans les 2 cas, ceux qui font le plus usage de la PMA et de la GPA sont des couples hétérosexuels (le dossier de GPA le plus emblématique est celui des jumelles Mennesson qui ont des parents hétéros). Bref votre vision hétérocentré du couple vous rend aveugle.

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  2. Bonjour,
    Je veux bien admettre qu’il s’agit « d’âneries », mais j’attends tout de même votre argumentation. N’avez-vous pas lu que je ne suis pour la GPA ni pour les hétérosexuels, ni pour les homosexuels ? Quant à la PMA, l’étendre au-delà des raisons thérapeutiques constitue à mon sens une erreur pour les raisons de cohérence exposées, qu’on peut tout de même lire, si l’on n’est pas aveugle.
    Cordialement

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  3. Bonjour.
    Merci pour votre propos, qui souligne bien les 2 incohérences du CCNE.
    Au-delà, je pense que la thèse égalitariste qui structure ces bienveillantes lois « sociétales » (mariage gay, PMA, bientôt GPA) n’est que pure idéologie, violentant et soumettant les lois du monde réel – infiniment complexes – aux simplifications binaires et aux symétries réductrices.
    L’individualisme, le nombrilisme triomphent aujourd’hui, et le « droit à l’enfant » s’est ajouté à la longue liste des revendications à satisfaire.
    Depuis 2013, les livrets de famille ont ainsi banni les termes « père » et « mère » (insupportablement connotés !) au profit d’une zone blanche, « neutre » !
    Bref, autrefois la famille créait la société ; aujourd’hui, la société décide de la famille.
    Nous n’y gagnerons rien.
    Bien à vous.

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  4. Bonjour,
    Et merci de votre commentaire.
    Je pense en effet comme vous que la « thèse égalitariste » est une absurdité « violentant les lois du monde réel », essentiellement parce qu’elle repose sur une confusion élémentaire (et hélas sans cesse renaissante), entre « égalité » et « similitude ». Cette confusion, qui amène donc à la revendication de procréation dans le cas d’un couple homosexuel est du même ordre que celle qui amènera un jour les hommes à exiger le droit à la grossesse, ou les femmes à revendiquer le port de la barbe. Or, de la même façon que les noirs et les blancs n’ont pas besoin d’être semblables pour être « égaux en droit », les couples homosexuels n’ont nul besoin de la similitude avec les couples hétérosexuels pour jouir d’une pleine égalité. J’avoue que je suis même souvent peiné d’en voir tant aspirer à une similitude platement conventionnelle et « bourgeoisement » familiale, plutôt que d’imaginer les voies fécondes et originales que peut susciter leur « dissimilitude ».
    Cordialement.

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  5. Content de voir qu’il y a encore des gens qui ont assez d’énergie pour remettre sur le métier des débats pour lesquels ils ne trouveront jamais les interlocuteurs de bonne foi qu’ils mériteraient. Face à de l’idéologie (par exemple celle qui confond égalité et similitude, comme vous le signalez) nulle argumentation rationnelle ou soucieuse d’honnêteté intellectuelle n’a jamais été possible.

    Des dystopies comme « 1984 » suggèrent comment le totalitarisme ou une hégémonie idéologique (sinon la frivolité créatrice d’une mode !) peuvent détruire le sens même des mots afin de détruire les réalités qu’ils nomment.

    On a ainsi décidé de changer la définition du mot mariage (union socialement ou religieusement encadrée et assistée de deux personnes de sexe différent censées pouvoir concevoir des enfants afin d’assurer la reproduction ou la croissance de ladite société), tout en gardant le mot pour lui permettre de nommer une union conjugale entre homosexuel(le)s, nécessairement stérile en soi.

    Deux homosexuel(le)s doivent certes fort légitimement pouvoir se dire ou accéder au statut social de conjoints (par les liens de quelque Union civile par exemple) sans qu’il faille pour autant leur accorder le statut de mari et de femme (ce qu’implique -ou impliquait naguère, devra-t-on bien tôt dire – le terme de mariage).

    Que suite à de telles fantasmagories à la fois lexicales et anthropologiques, on doive tomber d’incohérences en mensonges est fatal.

    Et vous avez bien du mérite à tenter de poursuivre des combats ainsi perdus. Mais les causes désespérées ne sont-elles pas les plus touchantes ?

    Cordialement.

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  6. Bonsoir Claustaire,

    Et une fois de plus merci pour vos remarques pertinentes.

    En fait, je suis tout aussi pessimiste que vous, en ce qui concerne le constat des « causes perdues », des glissements d’incohérences en mensonges qui paraissent en effet bien difficiles à enrayer, etc.

    Ceci en raison d’une confusion de plus en plus habituelle entre « droit » et « fait », qui relève de l’ignorance de concepts philosophiques pourtant élémentaires. Le seul « fait » en vient de plus en plus à justifier le « droit » : « c’est juste (au sens de conforme au droit) parce qu’on le fait », ici ou ailleurs – aux USA, etc. dit-on ; « c’est juste parce que cela existe » (cas des enfants nés de GPA à l’étranger, dont on se sert pour imposer un « droit », confondu avec la reconnaissance du « fait accompli », « de toute façon, ça existe déjà, tout le monde le sait », etc.) ; ou encore « c’est juste parce qu’on le désire » (PMA pour raisons non thérapeutiques, ouverture de l’IAD « à toutes les femmes », etc.).

    Voilà comment une société d’adultes régresse à l’état de cancres d’une classe de philo, avec la complicité démagogique de sa classe politique…

    Il y a là une très grave déviation dans la compréhension même de la fonction du droit dans une société, sur laquelle je reviendrai peut-être si j’ai « l’énergie » dont vous avez la gentillesse de me gratifier.

    Car on ne voit pas pourquoi la fraude fiscale, par exemple, qui est un sport national en France et ailleurs, devrait devenir un « droit » pour la simple raison qu’elle est solidement établie dans les « faits ». Ni donc pourquoi la GPA devrait être reconnue en France du « fait » qu’elle est pratiquée à l’étranger par des couples français ; ou qu’un bouleversement hasardeux des pratiques médicales d’aide à la procréation devrait avoir lieu du « fait » qu’il a cours dans des pays étrangers ou qu’il est désiré par certain(e)s..

    Sur ces sujets aussi, j’aimerais évoquer, si j’en ai l’énergie, cet étrange rituel de déculpabilisation collective qui fait que, parce que certaines orientations de vie (ici, l’homosexualité en l’occurrence) ont fait l’objet à l’évidence de graves discriminations et persécutions, on se croit tenu de justifier jusqu’aux revendications les plus aberrantes qui en émanent, par exemple lorsqu’il s’agit de questions aussi graves que celles qui touchent à la conception, à la procréation ou à la filiation.

    Ce n’est pas parce que les noirs ont été – et sont encore – discriminés chez nous, qu’il faut se déculpabiliser en considérant que n’importe quelle revendication serait légitime du simple fait qu’elle émane de personnes noires.

    Il en va de même pour ce qui est des homosexuels.
    À moins de leur refuser, par un paternalisme et une condescendance insultante, le statut d’êtres humains adultes, on ne voit pas pourquoi il faudrait considérer qu’il ne peut y avoir aussi des revendications tout simplement illégitimes de la part d’homosexuels. Noirs, blancs, jaunes, homosexuels ou hétérosexuels, fort heureusement, tout le monde peut dire des bêtises, et il ne peut y avoir de « tabou » en ce qui concerne leur dénonciation. Le refus de l’homophobie comme du racisme ne peut être synonyme d’une démission qui sacraliserait tel ou tel caprice, du moment qu’il vient d’un homosexuel etc. La peur de stigmatiser ne doit en aucun cas s’étendre à la stigmatisation de l’aberration ou de l’incohérence, qui font hélas partie des choses les mieux partagées !

    Pour ce qui est du mariage, j’aurais moi aussi préféré quelque chose comme une « union civile ouvrant aux mêmes droits que le mariage » pour qualifier l’union de personnes homosexuelles.
    Mais j’avoue que les campagnes hystériques menées contre le mariage homosexuel m’ont fait évoluer dans mes opinions, de par leur tonalité essentiellement homophobe et discriminatoire.

    Pour moi, même si je suis plutôt là-dessus du côté de Brassens


    rien n’empêche de concevoir le mariage, dans toute sa dignité, en dehors de sa signification religieuse.

    Et en particulier en le désolidarisant de la procréation.

    Je ne vois donc pas pourquoi on le refuserait aux personnes homosexuelles, y compris avec ses connotations symboliques les plus fortes, légitimement revendiquées. Sur ce point, une union homosexuelle n’a aucune raison d’être distinguée d’une union hétérosexuelle. Et je comprends parfaitement que bien des homosexuels aient été choqués par des campagnes voulant faire croire qu’ils n’étaient capables que d’un « sous-mariage », le seul, le vrai, étant réservé de droit aux hétérosexuels.

    Maintenant, comme je le disais plus haut en réponse à Bicou, je ne pense pas légitime que le fait de reconnaître la pleine dignité de l’union homosexuelle en la qualifiant de « mariage » équivale à l’acceptation de n’importe quelle aberration et incohérence en ce qui concerne la question de la procréation comme celle du droit de la filiation.

    Penser que mariage rime nécessairement avec procréation est, il faut bien le dire, un argument qui range les homosexuel(le)s qui le soutiennent parmi les plus comiques représentant(e)s d’une tradition somme toute bien conventionnellement catholique.

    Ce n’est pas l’un des moindres paradoxes de l’affaire…

    Cordialement.

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  7. Merci pour l’échange. Bien d’accord avec vous pour noter l’incohérence qu’il y a à estimer légitime et moderne de vouloir faire profiter tout le monde d’une institution (pour ne pas dire un sacrement) dénoncée depuis longtemps comme l’exemple même d’une coercition socio-religieuse, matri- ou patriarcale, dont sont victimes les libertés individuelles des impétrants.

    Sur la terminologie (mariage ou union civile/conjugale), je reste persuadé que l’on aurait pu « reconnaître la pleine dignité de l’union homosexuelle » sans la qualifier de « mariage », même si tous les mariages (hétérosexuels) ne sont pas suivis d’enfantements.

    D’accord avec vous aussi pour estimer qu’à partir du moment où des hystéries homophobes se sont publiquement manifestées contre ce projet de loi instituant le « mariage » homosexuel, il n’était plus question qu’on s’oppose à cette terminologie. Un peu comme si avec certains « alliés »… on n’avait plus besoin d’ennemis.

    Mais à partir du moment où l’on a accordé à une union homosexuelle le terme de « mariage », on pourra difficilement ensuite trouver incohérent que des « mariés » se préoccupent d’avoir… des enfants (puisqu’un « mariage » est depuis la nuit des temps destiné à cela).

    Les mots se jouent toujours plus de nous que nous croyons pouvoir jouer avec eux.

    Et quand on sait combien [dans un monde ultralibéral où les échanges sont de plus en plus dérégulés ou anarchiquement (pour ne pas dire « librement ») inter-individuellement « contractables »] l’argent est capable de peser sur les relations humaines, on ne devra pas s’étonner que des gens riches ici sachent se débrouiller pour exploiter des pauvres là-bas, que ce soit leur vie, leurs bras, ou leur ventre.

    D’accord avec vous aussi pour savoir que d’avoir été victime n’empêche pas d’être bourreau à son tour. Mais nous vivons dans une société où une fois qu’on a accédé au statut de victime (lorsqu’on est « issu d’un peuple qui a beaucoup souffert » https://www.youtube.com/watch?v=4DiolSRQWFk )
    on est richement armé pour « en faire voir » aux sociétés ou aux gens sur la culpabilité desquels on pourra longtemps jouer.

    Bien à vous.

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  8. Oui, oui. Encore une fois essentiellement d’accord sur toutes vos remarques.
    Je pense cependant que si la volonté politique y était, il serait facile, tout en gardant la terminologie du « mariage », de distinguer le droit des personnes, qui peuvent y avoir accès sans discrimination, de la question de la procréation, qui ne devrait pas être soumise aux caprices (homosexuels comme hétérosexuels) et à une douteuse banalisation de la technologie médicale.
    Mais c’est vrai que l’hystérisation du débat, qui a rendu inéluctable l’adoption du terme « mariage », a contribué à ouvrir des ambiguïtés que nul n’osera plus clarifier sous peine de se voir assimiler aux dits hystériques, dont le dogme résout les questions avant de les avoir posées.
    Dommage pour les enfants à naître.
    Mais là encore, d’autres dogmatiques nous affirment déjà qu’ils se portent le mieux du monde.
    Et c’est sans doute vrai: les capacités de résilience des enfants sont telles que beaucoup peuvent sortir indemnes des situations les plus abracadabrantesques.
    Aucune raison de se priver de leur en imposer de toujours plus sophistiquées au gré de nos fantasmes !
    Cordialement.

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  9. Bonjour Désidérius,

    En avant propos, j’ai trouvé très intéressants les éléments biographiques concernant Mohamed Talbi.

    Concernant le sujet de ta réflexion. Il ouvre pour moi un champ nouveau, une « terra incognita ».
    J’ai appris à aborder toute nouveauté avec la plus grande prudence. Je sais qu’un nouveau « sujet de réflexion » va m’interroger. Sur mes valeurs, sur mes limites. Peut-être pour les confirmer, peut-être pour les faire bouger.
    Quoi qu’il advienne, j’adopte à priori la position de l’ignorant qui a tout à apprendre. Prudence et mesure seront les guides de mon questionnement, de ma réflexion, de mes prises de positions.
    Prudence y compris par rapport à moi-même, connaissant ma propension à dire plutôt oui que non…
    Quelques questions sur ton argumentaire.

    « comment peut-on accepter, en vue de résoudre ce que le CCNE nomme une question d’égalité, de promouvoir une inégalité flagrante, puisque certains enfants vont donc se trouver dans la situation d’avoir droit à une représentation de la diversité des sexes à leur naissance (le fait d’avoir une mère et un père), alors que d’autres en seront privés ?
    Les droits de l’adulte à « l’égalité » sont-ils donc à ce point à privilégier par rapport aux droits de l’enfant ?
    Si une telle relativisation des droits de l’enfant constitue un choix de société, il faudrait alors l’énoncer clairement, et ne pas se contenter de quelques remarques pudiques, voire désinvoltes, concernant « les conséquences pour l’enfant », considérations qui sont bien loin d’être à la hauteur des interrogations éthiques. »
    Le fait d’avoir un père et une mère serait un droit pour l’enfant ?
    Le fait de naître et grandir avec deux femmes priverait l’enfant de ce droit ?
    On voit bien que les évolutions scientifiques (la PMA) et les évolutions sociétales (l’homosexualité) nous oblige à de nouvelles réflexions.
    Ce qui était jusqu’à présent une loi indépassable de la nature, doit elle devenir une loi humaine ?
    Si oui pour quelles raisons ?
    Il existe dans les différentes cultures du monde plusieurs approches de ce qu’est « la famille ». Il existe au sein de notre culture, de multiples réalités « familiales ». Il y en aurait des bonnes ? Des mauvaises ?
    Prudence dans nos réponses, les dérives totalitaires ne sont pas loin…
    Une femme quelque soit son « orientation sexuelle » (ce terme ne me convient pas) peut si elle le désire avoir naturellement un enfant. Elle peut faire naître et s’occuper de cet enfant :
    A/ seule,
    B/ avec un autre homme que le père biologique,
    C/ avec une autre femme.
    L’enfant pouvant connaître ou non son père biologique (la mère également…).
    Cet enfant, dans le cas A et C se retrouverait privé d’un droit ? Faut-il alors condamner la mère ?
    « Le fait d’accepter la PMA dans le cas des lesbiennes tout en refusant vertueusement la GPA (refus que je partage entièrement, cf. mes réflexions sur ce point sous le « mot-clef » ci-contre ) est donc au minimum une incohérence, voire une supercherie ou un « cheval de Troie » qui prépare, en dépit des artifices rhétoriques, une autorisation à terme de la GPA. Car celle-ci est bien l’unique façon de rétablir une « égalité » qui se trouve rompue par la discrimination instaurée par l’autorisation de la PMA pour toutes les femmes.
    Là encore, s’il s’agit d’un choix de société, il faut l’annoncer clairement, et ne pas se cacher derrière des incohérences qui ouvrent la porte à la supercherie. »
    Effectivement autoriser la PMA pour toutes les femmes, c’est ouvrir le débat sur la GPA au nom du principe d’égalité.
    L’ouvrir ne veut pas forcément dire l’autoriser. On peut en effet imaginer, que collectivement, on puisse interdire la GPA, et donc rompre le principe d’égalité au nom de principes que l’on aura estimés supérieurs.
    Pour autant ce débat sur la GPA est légitime.

    « Plus largement, l’utilisation de la médecine à des fins non-thérapeutiques constitue de nos jours l’une des « boîtes de Pandore » les plus problématiques en ce qui concerne l’avenir de l’humanité. Peut-être serait-il sensé de ne pas créer à la légère des jurisprudences sur lesquelles il risque d’être bien difficile de revenir. »
    La science nous ouvre effectivement des « champs de possibles » qui peuvent être
    porteur de progrès et/ou de dangereuses dérives. Il est vrai qu’il faut être prudent.
    Ouvrir de vrais débats publics et pour cela faire en sorte que chaque citoyen aient les moyens de s’en emparer, ce qui n’est malheureusement pas encore le cas. Mais parfois la fonction ne crée-t-elle pas l’organe ?
    « La difficulté d’évaluer la « souffrance » ouvre donc la porte à une casuistique fort complexe, qui risque de donner lieu à bien des abus, et certainement des trafics. »
    N’est-ce-pas l’interdiction elle-même, si elle n’est pas « juste », si elle ne correspond plus à ce que nous sommes, qui risque d’engendrer le plus d’abus et de trafics ?
    La question n’est-elle pas de savoir si l’interdit est juste ?
    « Or, chaque orientation de vie entraîne à la fois des richesses et des deuils. Les deux aspects constituant notre chemin d’accès à la maturité, qui passe par le fait d’assumer cette incomplétude qui est la nôtre. »
    Je suis entièrement d’accord avec cette vision de la vie. Pour autant, la mesure de l’acceptabilité de son incomplétude n’est-elle (en dehors de la loi) pas purement individuelle ? Peut-on imposer les limites de son incomplétude aux autres ? Le seul repère (un peu comme dans le débat sur la laïcité) légitime pour refuser une incomplétude différente de la sienne n’est-il pas « le trouble à l’ordre public ?

    Pour ma part, je ne souhaite pas aborder le débat sur la PMA pour toutes les femmes en parlant « d’orientation sexuelle », de « souffrance ».
    Je préfère l’aborder, en pensant à deux individus, deux humains qui éprouvent l’un pour l’autre une attirance, un désir, une complicité, des sentiments amoureux qui les amènent à former un couple. Ce couple a, à un moment de son histoire pour des raisons qui lui appartiennent un désir d’enfant.
    Ce couple peut être composé d’un homme et d’une femme, de deux hommes, de deux femmes.
    Je ne me permettrai pas de juger, si cette envie est un « caprice », un « fantasme de toute puissance ».
    Je ne me permettrai pas de juger de la légitimité d’un tel désir. Il leur appartient.
    Je suis plutôt favorable, tu l’auras sans doute compris, à la PMA pour toutes les femmes. Mais si l’on me prouve que la PMA pour toutes les femmes peut mettre en danger des enfants, alors je serai contre.
    En ce qui concerne la GPA, ma position n’est pas définie. Je vais commencer par lire entre autre, les articles que tu y consacres. Mais sur ce sujet aussi, seule la possible mise en danger d’un enfant, et (c’est une des grosses différences avec la PMA) le rôle/statut/dignité de la mère porteuse seront mes repères.
    Amicalement,
    Thierry

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  10. Bonjour Thierry,

    Merci pour ce long commentaire que je découvre en descendant de montagne.
    Je prends un peu de temps pour le lire avant d’y répondre à tête reposée.
    Amicalement à toi, et à bientôt donc.
    Desiderius

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  11. Bonsoir Thierry,

    Ton questionnement est en effet très pertinent, et il soulève des questions que je me suis posées bien des fois.
    « Le fait d’avoir un père et une mère serait un droit pour l’enfant ?
    Le fait de naître et grandir avec deux femmes priverait l’enfant de ce droit ?
    »

    J’aurais dû d’abord, dans un premier temps, mieux distinguer la question de l’égalité de celle de la similitude, sujet sur lequel je reviens dans les « commentaires ».

    Ma première remarque concerne surtout la cohérence formelle.

    Reprenons :
    La revendication du « droit à l’enfant » des couples de lesbiennes est, à mon sens, une revendication de similitude, et non d’égalité.
    Tout comme l’est et le sera de plus en plus la revendication du droit à l’enfant par GPA des couples gays.
    Il me paraît donc très étrange et incohérent que, sur la base d’une revendication à la similitude, le CCNE en vienne à instaurer, pour soi-disant corriger une dissimilitude, une nouvelle, et à terme de nouvelles dissimilitudes, non plus du côté des couples d’adultes, mais du côté de la situation des enfants :
    car, de fait, on va se retrouver en situation de dissimilitudes puisqu’on aura des enfants en situation d’avoir deux mères, d’autres en situation d’avoir deux pères, et d’autres en situation d’avoir une mère et un père.

    Sans même qu’il soit question encore d’égalité, il y a dans la position de la CCNE une incohérence formelle, puisque son intention de « corriger » une dissimilitude ressentie par certain(e)s au niveau des couples aboutit à en créer de nouvelles, mais au niveau des enfants, dont on ignore sciemment le ressenti possible.

    C’est bien pourquoi je pose la question. Que veut-on privilégier: le désir du couple et son « ressenti », ou la situation et le « ressenti » de l’enfant ?

    Et c’est la réponse à cette question qui me semble poser un réel problème de choix de société. Encore faudrait-il qu’on nous la présente telle qu’elle est, plutôt que de l’escamoter plus ou moins consciemment, pour que nous puissions vraiment en décider de façon responsable.

    Pour ce qui est maintenant de savoir si le fait d’avoir un père et une mère serait un droit pour l’enfant, je ne vois pas qu’il puisse y avoir de réponse plus pertinente que de poser une autre question : en quoi le fait de priver délibérément un enfant d’avoir un père et une mère devrait-il être considéré comme un droit évident pour les parents ?

    Il me semble que le fait d’occulter quasi systématiquement cette question essentielle témoigne déjà de l’évolution d’une société qui manifeste un usage un peu trop « à géométrie variable » du principe de précaution, sur un sujet pourtant décisif pour l’avenir de tous.

    Tout porte à croire que le fantasme (ou le principe de plaisir) prévaut désormais sur le principe de réalité.
    Car on est bien d’accord qu’il y a, comme tu le soulignes, des « évolutions scientifiques (la PMA) et [d]es évolutions sociétales (l’homosexualité) » (même si c’est surtout la reconnaissance et la déculpabilisation de cette dernière – qui a toujours existé – qui constitue une « évolution sociétale »).

    Seulement, c’est bien là qu’il faut veiller à bien distinguer le « fait » sociétal du « droit ».
    Le fait qu’il y ait des « évolutions scientifiques » justifie-t-il nécessairement qu’on se donne le droit de les appliquer au gré de chacun ? La PMA a été déjà utilisée avec succès pour satisfaire le « droit à l’enfant » de femmes ménopausées (le record dépasse déjà largement les 70 ans, je crois, la richesse ayant bien sûr fort à voir dans l’affaire), la greffe d’utérus chez l’homme devient envisageable, le clonage reproductif aussi, et là encore, il est à prévoir que l’argument financier risque fort de malmener les velléités de régulation juridique.

    Car il y a aussi, et depuis bien longtemps, un « totalitarisme » de l’argent…
    Que chacun utilise son argent comme il le veut, c’est un choix qui concerne l’individu, et dans lequel la loi ou l’interdit n’a pas forcément à entrer.

    Le problème, c’est que l’éthique, la morale, et le droit ne peuvent se taire lorsque le rapport à autrui est en jeu, et essentiellement lorsqu’il s’agit de l’autrui le plus « fragile et vulnérable » que constitue l’enfant.

    http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2015/06/25/lethique-souci-de-lautre-ou-satisfaction-de-soi-qui-donc-est-le-sujet-de-la-gpa/

    Et il semble urgent de le préserver du fantasme d’une parenté sans limites.
    Là se termine le règne du « purement individuel ». Il me semble indispensable de continuer à l’affirmer contre, oui, j’assume, le fantasme et le caprice. La procréation ne concerne pas que l’individu : elle met en jeu autrui, et le bien de cet autrui relève aussi de la préservation de « l’ordre public ».

    Certes, dans l’ordre du « fait », il y a bien des manières de faire des enfants : « seule, avec un autre homme que le père biologique, avec une autre femme », etc.

    Mais, encore une fois, le « fait » n’ouvre pas nécessairement un « droit ». Comme je le disais dans un autre post sur la GPA, la résilience fait que beaucoup d’enfants (pas tous hélas), se tireront des situations les plus invraisemblables. Ce qui, en passant, souligne l’inanité des pseudo « enquêtes » sur le développement des enfants d’homosexuels, comme sur celui des enfants d’hétérosexuels, d’ailleurs. Le mystère de la résilience fait qu’elle peut faire un génie d’un enfant d’alcoolique comme d’un orphelin, d’un enfant de parents indignes (hétéros ou homos), comme d’un enfant d’octogénaires ou d’un enfant ayant grandi à Auschwitz.

    Mais le « droit » exige de nous que nous leur imposions au départ le moins de difficultés possibles.

    Il y a un « chantage à la résilience » qui relève de l’obscénité : je me fais plaisir en concevant un enfant à 80 ans. À moi le plaisir. À lui ensuite à faire tout le boulot…

    Tu poses, à juste raison, la question du rapport à la nature et à la culture.
    Pour ce qui est de la nature, il est évident (contre un certain « naturalisme » qui permane dans divers milieux) qu’elle n’a, pas plus que le fait, à décider du droit.

    On peut cependant légitimement se demander, me semble-t-il, si l’homme « créateur de lui-même », et de ses normes, au sens où l’entend par exemple Pic de la Mirandole (j’avais développé quelques réflexions le concernant par exemple vers la fin de ce post :
    http://desideriusminimus.blog.lemonde.fr/2014/02/05/a-propos-de-la-theorie-du-genre-3-pour-prolonger-la-reflexion-avec-berenice-levet-eric-fassin-et-serge-hefez/

    n’est pas, sous peine de délire et de « meilleur des mondes », tenu d’assumer son inscription dans certaines limites qui lui sont données, et dont l’altérité des sexes fait partie entre autres de façon paradigmatique.

    Toute création s’opère sur un « donné » préalable, dont il peut sembler bien prétentieux et dangereux de vouloir s’extraire.

    Engendrer des enfants à 90 ans et grâce à un utérus greffé sur un homme ne fait peut-être pas partie des lendemains qui chantent, pas plus que l’utérus artificiel, quoiqu’en disent certains ou certaines (cf. post mentionné ci-dessus). Rien n’indique que nous ne soyons pas dans le même cas de figure en ce qui concerne la GPA et la PMA non thérapeutique.

    Pour ce qui est de la culture, là aussi, il faut se méfier des angélismes faciles.

    Certes, il y a eu et il y a des conceptions diverses de la famille. Il y a aussi la polygamie, la vente instituée des enfants ou le viol systématique des adolescentes qui s’approchent trop près de la « maison des hommes » chez les « bons sauvages » que seraient pour certains les bororos (cf. C. Levi-Strauss, Tristes Tropiques, Plon, Paris 1955, p. 264).

    Évoquer à la légère le « bon sauvage » pour justifier certaines pratiques est trop souvent bien sélectif et bien idéologique (cf. « enquêtes » comparatives douteuses sur les enfants d’homosexuels, etc.). Dans la vraie vie, les choses sont beaucoup plus compliquées et ne justifient pas qu’on laisse tomber la proie pour l’ombre ou qu’on jette par-dessus les haies le principe de précaution au nom de quelque incantation à la résilience.

    Certes, nul ne peut se faire « juge » des intentions d’un couple, qu’il soit homosexuel ou hétérosexuel.

    Mais, dans les deux cas, si le désir réciproque de personnes ne concerne qu’elles seules, dès qu’il y a désir d’enfant, un troisième terme est impliqué.

    Un couple d’amis de jeunesse a refusé de procréer parce que, alpinistes de haut niveau, ils ne voulaient pas prendre le risque d’engendrer de petits orphelins. J’ai eu un temps du mal à les comprendre, mais, quand ils se sont un beau jour envolés ensemble vers d’autres sommets, j’ai admiré leur maturité et leur responsabilité.

    Nombre d’homosexuel(le)s sont opposés à la GPA et/ou à la PMA pour toutes, pour des raisons proches de celles que j’ai essayé d’évoquer.

    Je pense que leur position peut présenter ce même caractère de responsabilité. Et je me permets de l’estimer tout aussi admirable.

    Voilà quelques réflexions rapides pour alimenter la discussion.

    Amicalement à toi,
    Desiderius

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  12. Bonjour Désidérius,
    Je te remercie pour ta réponse.
    Quelques remarques pour continuer d’alimenter la discussion. Je me contenterai dans ce commentaire de la PMA pour toutes les femmes.
    Sur le sujet de la PMA , le « droit de l’enfant » doit rester supérieur au « droit à l’enfant », il me semble d’ailleurs que le CCNE observe la même priorité.
    La société n’a pas pour objectif de satisfaire toutes les demandes exprimées, elle a pour objectif de permettre le « vivre ensemble ». Pour réfléchir à ce « vivre ensemble », elle a des repères, sur cette question, il s’agit de « l’intérêt supérieur de l’enfant » tel qu’il est évoqué dans la convention internationale des droits de l’enfant.
    Que se passe-t-il ?
    Notre société est interpellée par une partie de ces membres pour élargir le droit à la PMA pour toutes les femmes.
    Cette demande est nouvelle.
    Effectivement le « fait » ne doit pas nécessairement devenir le « droit ». Sinon, le vivre ensemble ne serait plus possible.
    Par contre le fait interroge le droit.
    Notre « lecture » des faits nous interroge sur « l’écriture » du droit. Et cette lecture, son interprétation évolue, faisant évoluer le droit.
    Quelques exemples : le droit à l’IVG, le droit à la contraception, la requalification d’un viol d’un délit en crime.
    Actuellement, la consommation de cannabis, un fait, nous interroge sur la pertinence de sa dépénalisation.
    Le fait qu’il y ait eu une évolution et qu’il existe actuellement une diversité dans les formes familiales( mono, hétéro, homo) et dans les législations d’autres pays, n’ouvre pas automatiquement de nouveaux droits. Par contre ces faits interrogent notre droit.
    Un autre fait qui à mon sens n’est pas à négliger dans la réflexion, c’est que rien n’empêche une femme, seule ou en couple avec une autre femme, de procréer naturellement, en « réduisant » le rôle de l’homme à celui de donneur de sperme y compris à son insu.
    Enfin, il faut avoir à l’esprit que le législateur ( c’est à dire nous) a déjà estimé qu’un couple de femme ou une femme seule peut adopter un enfant.
    Il a en outre considéré en autorisant la PMA pour des couples hétérosexuels infertiles, qu’un enfant pouvait – sans bafouer son intérêt supérieur- être procrée en utilisant le sperme d’un individu anonyme qui n’aura aucune existence pour lui (l’enfant).
    Réfléchir à la possibilité d’étendre la PMA à toutes les femmes, pose des questions.
    La plus importante d’entre-elles :
    La procréation d’un enfant en dehors de la norme légale actuelle « un homme/une femme » entraîne-t-il la négation de l’intérêt supérieur de l’enfant ?
    Mais cette question n’a-t-elle pas déjà sa réponse légale ? A partir du moment ou on autorise un couple hétérosexuel à avoir recours à une insémination avec donneur (IAD), ne considère-t-on pas que le donneur n’a pas d’influence sur le développement psychique de l’enfant ainsi conçu ?
    Où se situe pour l’enfant ainsi conçu (PMA avec IAD) la différence entre un couple hétérosexuel et un couple homosexuel ? Assurément pas dans la procréation, mais bien dans la composition de la famille dans laquelle il va grandir. Or sur cette composition , le législateur a déjà répondu – cf loi sur l’adoption-.
    Donc, il me semble qu’interdire la PMA pour toutes les femmes c’est s’interroger sur la validité des lois suivantes :
    – PMA avec IAD pour un couple hétérosexuel,
    – loi sur l’adoption.
    En ce qui me concerne, j’estime donc que la PMA pour les couples de femme (en ce qui concerne les femmes seules, ma réflexion est en cours…) ne bafoue pas l’intérêt supérieur de l’enfant.
    Mais la PMA pour toutes les femmes posent (tu les a d’ailleurs pointés) d’autres questions.
    – l’utilisation de la médecine a des fins non thérapeutiques,
    – le risque de la marchandisation du corps humains.
    – la légalisation de la GPA.
    J’y reviendrai dans de futurs commentaires.
    Amicalement,
    Thierry

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  13. Bonjour Thierry,

    Quelques éléments de réponse, encore rapides, car le Monde prévoit une maintenance du site pour aujourd’hui, qui va bloquer les commentaires.

    D’accord bien sûr avec tes premières remarques :
    « La société n’a pas pour objectif de satisfaire toutes les demandes exprimées, elle a pour objectif de permettre le « vivre ensemble ». Pour réfléchir à ce « vivre ensemble », elle a des repères, sur cette question, il s’agit de « l’intérêt supérieur de l’enfant » tel qu’il est évoqué dans la convention internationale des droits de l’enfant ».
    Et aussi sur le fait que « le fait interroge le droit ».

    Mais il ne devrait en aucun cas lui dicter autoritairement la réponse !

    Je crois que les exemples que tu prends ne sont pas tous adéquats :

    La question de l’IVG est complexe, et on sait que le droit à l’IVG a été conçu comme un « moindre mal », ce qu’il devrait demeurer, me semble-t-il, afin de pallier les défauts en ce qui concerne la pratique et l’information sur la contraception.
    Or la PMA pour toutes, ou plutôt l’IAD pour toutes comme tu le précises à juste raison, n’a rien à voir avec un « moindre mal » : il ne s’agit en rien de « corriger » une carence quelconque, mais d’instituer au niveau du droit une pratique qui consiste à légaliser l’effacement de la paternité.

    Cela n’a rien de comparable non plus avec la nécessaire requalification du viol en délit.

    Quant à l’éventuelle dépénalisation du cannabis, elle n’aurait de sens que dans la perspective d’une meilleure régulation d’une pratique qui, tout comme le tabagisme ou l’alcoolisme, n’a aucune raison d’être encouragée par la loi du fait d’une nocivité qui, quoique discutable dans ses effets par rapport au tabac et à l’alcool, n’est pas pour autant anodine (crois-en un ancien enseignant quotidiennement confronté à des pathologies de la concentration et de l’attention dont l’origine n’est que trop évidente… !).

    La question, que tu évoques, de la « réduction du rôle de l’homme dans la procréation » à la fonction de donneur de sperme anonyme, qui relève bien de l’ordre du « fait, est en effet centrale.
    Une telle « réduction » peut-elle en effet se voir justifiée et banalisée par son acceptation par le droit ?

    On peut penser – c’est mon cas – que la question de la paternité (en dépit de tous les défauts qui la grèvent dans le « fait »), demeure essentielle en ce qui concerne « l’intérêt supérieur de l’enfant », tout comme la question de la maternité pour ce qui est de la pratique de la GPA par des couples gays.

    Il n’y a rien d’anodin, ni pour le droit ni pour la psychologie de l’enfant (et pas non plus pour celle des parents dont on avalise le fantasme), dans l’effacement de la paternité ou de la maternité dans le cas de la GPA des couples gays.

    [en passant, les exemples « culturels » évoqués de façon toujours idéologique pour justifier d’autres pratiques de la paternité ou de la maternité n’impliquent jamais l’effacement de celles-ci. Il y a là une invention inédite que rend désormais possible « le progrès » de nos techniques de procréation)].

    Cela n’a rien de comparable non plus avec l’utilisation de la PMA ou de l‘IAD dans le cas d’un couple stérile.
    Dans ce cas, la paternité n’est pas effacée : le père stérile devient le père légal (et « psychologique »), un peu comme dans le cas fréquent d’une mère qui fait reconnaître son enfant par un autre que par le père biologique, ou comme dans le cas d’une adoption plénière.
    Il n’y a dans ces cas nulle atteinte au droit de la filiation, ni à celui de l’enfant d’avoir un père, même si on peut discuter de la pertinence de conserver l’anonymat du donneur – ou des parents biologiques dans le cas de l’adoption.

    Le cas de l’adoption par une personne célibataire, qui me paraît être une aberration juridique, a, je crois, une origine particulière (à vérifier : le nombre d’orphelins en période de guerre, où les hommes étaient absents ou prisonniers a justifié d’avoir recours à cette pratique).
    Mais, en dépit de son caractère à mon sens aberrant, il n’efface en aucun cas la paternité : tout comme dans le cas des autres adoptions (ou dans le cas du veuvage) : l’enfant sait très rapidement qu’il a une « histoire » dans laquelle le père – ou les parents biologiques – occupe(nt) un rôle essentiel, même si les accidents de la vie ont fait que le père ou les parents biologiques ne sont plus présents.

    Cela n’a rien à voir avec le fait de concevoir un enfant pour l’abandon, comme dans le cas de la GPA, ou dans l’objectif d’occulter le père (IAD « pour toutes ») ou la mère (GPA).

    Pour toutes ces raisons (et d’autres encore qu’on pourra évoquer), je continue à penser que « l’IAD pour toutes », pas plus que la GPA pour les couples gays, qui est son pendant obligatoire (et la GPA de façon générale), ne vont aucunement dans le sens du « bien supérieur de l’enfant ».

    Entièrement d’accord cependant avec le caractère problématique des questions que tu évoques en conclusion (l’utilisation de la médecine à des fins non thérapeutiques, le risque de la marchandisation du corps humains, la légalisation de la GPA).

    Cordialement,

    Desiderius

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  14. Bonjour Désidérius,
    Je te rejoins sur de nombreux points.
    Tu m’indiques: « Je crois que les exemples que tu prends ne sont pas tous adéquats ».
    Tu as raison. Je ne voulais d’ailleurs pas les utiliser pour justifier la PMA pour toutes mais uniquement pour éclairer la relation entre un « fait » et le « droit ».
    « Le cas de l’adoption par une personne célibataire, qui me paraît être une aberration juridique, a, je crois, une origine particulière (à vérifier : le nombre d’orphelins en période de guerre, où les hommes étaient absents ou prisonniers a justifié d’avoir recours à cette pratique). ». C’est également l’information que je possède.
    Tu évoques « l’effacement de la paternité » et ses conséquences sur l’enfant, pour justifier ton refus de la PMA pour toutes les femmes.
    C’est bien sur cette question que se situe le questionnement. C’est également sur cette question qu’il y a une divergence de point de vue au sein du CCNE.
    Je précise, comme tu l’a fait en préambule de ta réflexion, que « je ne roule pour personne ». Je ne suis pas personnellement concerné par cette question. Comme toi, c’est en citoyen que je réfléchis.
    Reparlons du CCNE. Si je me retrouve dans sa conclusion, j’estime que celle-ci est trop hâtive. En effet les arguments des « minoritaires », tout comme les tiens, ne sont pas dictés par un « parti pris » idéologique ou une vision aveugle car « hétéro centrée du couple ».
    Je ne vois que deux façons de sortir de cette divergence.
    – S’appuyer sur des connaissances scientifiques, qui fassent consensus, du développement psychique d’un enfant. Je constate que dans le rapport du CCNE, aucune des deux parties ne les évoque. Les a-t-on ?
    – S’appuyer sur une observation fiable, dont la méthodologie et les conclusions feraient consensus. On ne les a pas.
    Alors que fait-on ?
    Sur une question aussi fondamentale, en l’absence de certitudes, j’aurai préféré que le CCNE, invite à poursuivre le débat entre « pro » et « anti ».
    En ce qui concerne la GPA, la lecture du rapport du CCNE me range pour l’instant dans les « anti ».
    J’estime que l’on est dans une problématique très éloignée de celle de la PMA pour toutes.
    Suffisamment éloignée, pour qu’elle puisse justifier une « rupture d’égalité de droit », entre un couple de femmes et un couple d’hommes. Ceci dit je comprends ton inquiétude, elle est légitime, eu égard aux conséquences humaines très inquiétantes qu’entraîneraient la légalisation de la GPA.
    Ce débat sur la PMA ouvre une question annexe : celle du niveau adéquat de législation.
    Par exemple en France, finalement, la législation sur la PMA ne concerne que celles et ceux qui n’ont pas les moyens de se rendre en Espagne, en Belgique…
    Sur ce sujet, comme sur bien d’autres, il est urgent de se doter d’institutions internationales capables de prendre des décisions qui s’imposent à tous.
    Amicalement,
    Thierry

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  15. Bonsoir Thierry,

    Assez d’accord sur pas mal de points, cette fois.

    Précision à propos de l’adoption par une personne célibataire : la loi date de 1923. À cette époque, le carnage de 14-18 ayant considérablement réduit le nombre d’hommes (et donc de couples possibles), la charge des orphelins a été confiée à des femmes célibataires. La possibilité d’adoption par un homme célibataire a dû venir plus tard, mais je n’ai pas vérifié la date.

    L’information me semble intéressante car elle montre que le législateur a cherché à assurer le bien de l’enfant orphelin.

    Par contre, on se demande si une telle loi garde une pertinence à une époque où les enfants à adopter sont beaucoup plus rares. Elle paraît désormais plus utilisée de diverses manières pour les besoins de celles et ceux qui revendiquent le « droit à l’enfant » plutôt que pour assurer le droit de l’enfant…

    Je suis d’accord aussi pour dire que, étant données les divergences de vue au sein même du CCNE concernant la question cruciale de « l’effacement de la paternité » dû à « l’IAD pour toutes », la meilleure chose à faire serait de « poursuivre le débat entre « pro » et « anti ».

    Hélas, il est à prévoir que sur ce sujet, les promesses démagogiques et les positions idéologiques risquent de prévaloir sur la qualité de l’argumentation.

    Il n’y a pas de « connaissances scientifiques, qui fassent consensus » concernant le « développement psychique d’un enfant » en fonction de son environnement familial, et il n’y en aura jamais, du fait des raisons que j’ai avancées à propos de la résilience : les enfants (certains du moins…) ont une capacité extraordinaire à s’adapter aux situations les plus invraisemblables et à s’en tirer sans trop de casse.

    Prétendre donc que des enfants d’homosexuel(le)s ne présentent pas de trouble particulier (sur la base d’études en général menées par des « pro » IAD pour toutes ou des pro GPA) est donc nul et non avenu.

    La seule chose qu’on puisse raisonnablement affirmer est que la résilience des enfants permet à certains de surmonter les situations qu’on leur impose, que ce soit dans le cadre des familles hétérosexuelles comme des familles homosexuelles. Point.

    C’est alors un sophisme grave que de miser sur cette résilience pour justifier l’effacement du père ou de la mère.

    Le devoir de la société, des parents, de l’éthique, du droit et de la politique est de procurer aux enfants les conditions les plus favorables à leur épanouissement.

    Or absolument rien ne peut laisser supposer que leur imposer l’effacement d’un père ou d’une mère puisse aller dans le sens de cet épanouissement.

    « Dans le doute s’abstenir » dit l’adage.
    Peut-être serait-il sage de s’en tenir là.

    Je ne pense pas non plus que la problématique de la PMA ou de l’IAD pour toutes soit foncièrement différente de celle de la GPA.

    Si la « logique » du CCNE est de rétablir « l’égalité » entre les couples hétérosexuels et les couples homosexuels en légalisant l’IAD pour toutes, alors il est gravement incohérent et proprement scandaleux d’exclure de cette « égalité » les couples gays.
    Au nom de quoi justifier une telle discrimination ?

    Soit on autorise l’IAD pour les couples de lesbiennes et la GPA pour les couples gays.
    Soit on refuse les deux.

    Autoriser l’un sans l’autre relève de l’imposture ou de la farce, tellement une telle « rupture d’égalité de droit » est injustifiable.

    (Même si, encore une fois, l’ensemble de la problématique est entièrement faussé par une confusion entre « égalité » et « similitude »).

    En fait il s’agit bien plus probablement de faire entrer à terme le cheval de Troie de la GPA par la petite porte…

    Cordialement,
    Desiderius

    J'aime

  16. Bonjour Thierry,

    J’avais moi aussi lu ce témoignage – et les « commentaires » – qui sont loin de me faire changer d’avis, certes…
    Tout cela interroge sur la banalisation « soft » d’un narcissisme égocentrique qui ne semble même plus disposer des moyens de se percevoir comme tel. L’affaire relèverait d’une véritable « psychanalyse sociétale »: comment a-t-on pu en arriver à désinhiber une telle idolâtrie du moi, pour laquelle la réalité de l’autre devient accessoire, voire quantité négligeable ?
    L’égocentrisme narcissique n’a certes rien d’une nouveauté, mais il est très inquiétant de constater qu’une telle immaturité pathologique se voit désormais entérinée par ce qui paraît être une majorité, et encore bien pire, qu’elle risque de l’être par le droit !

    Amicalement à toi,
    Desiderius

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  17. Merci pour ce texte et ce blog. Les mots me manquent.

    Pour notre part sous sommes hétéros mariés avec un problème d’infertilité. Famille dite « de gauche » pour ma part pour qu’on me situe, hein. Quand j’ai vu que n’importe qui allait peut-être pouvoir obtenir la PMA bientôt. Je me suis dit (après des années de pause traitements médocs opérations etc.) que j’allais alors relancer le parcours du combattant de la PMA en espérant qu’on me propose enfin une FIV. Pourquoi devrais-je me priver quand d’autres réclament un accès sans avoir à justifier d’aucune maladie?

    En tout cas, si la pma pour tous passe, cela aura sans doute des conséquences sur les conditions d’accès à la pma pour les hétéros. Il n’y aurait alors plus aucune justification à donner.

    Possible de m’abonner à votre blog ? Merci.

    J'aime

  18. Merci Éloise pour votre commentaire.
    Il est en effet évident pour moi que la PMA – et la médecine de façon générale ! – devraient être réservées pour ce pour quoi elle sont faites: les indications thérapeutiques.
    Je doute que l’accès à la PMA pour toutes améliore les conditions d’accès de celles qui la demandent pour raisons thérapeutiques.
    Au moins devraient-elles être dans tous les cas prioritaires.

    Cordialement à vous.

    PS: Bien sûr, vous pouvez vous abonner à ce blog. Mais pour tout dire, je ne connais pas la procédure !

    J'aime

  19. Merci, une fois de plus, pour la manière dont ce blog prouve que des gens qui ne sont pas d’accord sur tout peuvent intelligemment échanger et (se) donner à réfléchir.

    Reste qu’il faudrait sans doute voir ce que pourrait donner un échange (?) entre un militant pro GPA convaincu de lutter pour un des droits les plus élémentaires de l’Homme et notre desiderius pour pouvoir juger de la vraie patience de notre hôte…
    🙂

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  20. Bonjour Claustaire.
    Content de vous retrouver !
    Bon, un tel « échange » avait un peu eu lieu – non pas sur la GPA, mais sur l’IAD et la PMA pour toutes, il est vrai – avec Quear dans les « commentaires » qui précèdent. Il me semble qu’il était resté dans une saine courtoisie.
    Sur la GPA, il en serait, je l’espère, de même…
    Avis aux amateurs, donc !
    Cordialement.

    J'aime

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