De la promotion de la transidentité chez les enfants et les adolescents comme manifestation supplémentaire d’un fantasme infantile de toute puissance et d’un déni des limites. À propos de « La Fabrique de l’enfant transgenre ». Et de quelques rappels à propos de la Russie de Poutine.

Je terminais la rédaction du post ci-dessous lorsque j’ai appris l’invasion de l’Ukraine par le régime de Poutine.

Il en paraît du coup quelque peu déphasé.

Je le publie pourtant, car il est une illustration de ce déni que j’ai si souvent évoqué sur ce blog.

Et, dans le cas de la possibilité de la guerre à l’intérieur de notre zone de confort présumée invulnérable, qui est aussi généralement objet de déni, je rappelle une fois de plus l’opinion de J.P. Dupuy, auquel je me suis plusieurs fois référé :

« Nous tenons la catastrophe pour impossible dans le même temps où les données dont nous disposons nous la font tenir pour vraisemblable et même certaine ou quasi certaine. […] Ce n’est pas l’incertitude, scientifique ou non, qui est l’obstacle, c’est l’impossibilité de croire que le pire va arriver’’ (Pour un catastrophisme éclairé, Paris, Seuil, 2002, p. 142-143).

À défaut de mieux, je renvoie aussi à ces posts qui constataient le caractère chronique des violations de l’état de Droit par le régime en place à Moscou depuis vingt ans.

Violations qui n’embarrassaient pas un candidat de l’époque, tout comme elles n’embarrassaient nullement, jusqu’à ce matin du moins (mais on n’est pas à une acrobatie près…), Mme Le Pen, M. Zemmour ou encore M. Mélenchon.

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Sans doute cherchons-nous tous à convaincre autrui que nos intérêts, nos goûts, nos idées valent la peine d’être partagés.

N’est-ce pas ce que je fais en ce moment même ?

Et sans doute cela peut-il engendrer de réels enrichissements mutuels, lorsque ce type d’échanges amène à la connaissance par exemple d’auteurs, d’artistes, de musiciens, ou à la découverte de pratiques culturelles, sportives, d’activités diverses.

Il y a incontestablement un certain plaisir à constater que des proches, des amis peuvent partager les mêmes intérêts que moi.

Mais cette dynamique d’échange et de partage trouve ses limites dans un type de prosélytisme pernicieux, que nous connaissons tous, et qui s’apparente à de la manipulation.

Je me souviens par exemple de l’un de mes amis de jeunesse, qui, particulièrement addict au cannabis, ne pouvait se passer de m’en proposer chaque fois que je venais la voir : « Allez ! C’est léger. Ça ne te fera pas de mal ! ». Peut-être… Mais décédé des suites de ses addictions multiples, il faut croire que ça ne lui a pas fait de bien non plus.

Ainsi en va-t-il souvent aussi des alcooliques qui s’autojustifient en cherchant à entraîner les autres dans leurs dérives.

Et l’une de mes collègues me racontait qu’une de ses élèves de terminale en grosses difficultés autant scolaires que psychiques, lui avait confié que sa mère lui avait offert son premier joint à l’âge de douze ans pour son anniversaire.

Car bien sûr, telle mère se devait d’avoir telle fille.

Et c’est de ce mécanisme d’un prosélytisme retors dont il est question dans le livre impressionnant et courageux de la pédopsychiatre Caroline Eliacheff et de la psychanalyste Céline Masson intitulé « La Fabrique de l’enfant transgenre. Comment protéger les mineurs d’un scandale sanitaire » (Éd. de l’Observatoire, Paris, février 2022).

Car si les cas de « dysphories de genre » chez les mineurs (trouble qui affecte des filles ou des garçons ne se reconnaissant pas dans leur sexe de naissance et désirant appartenir au sexe opposé) ont connu une croissance extraordinaire ces dix dernières années (selon les pays, les diagnostics ont augmenté de 1000 à 4000% nous disent les auteures), la raison en est moins dans le psychisme des enfants et des adolescents eux-mêmes – car le mal-être, les interrogations et troubles identitaires font partie des passages obligés de toute vie humaine, passages plus ou moins bien réussis selon les cas – que dans une complaisance nouvelles des adultes.

Y compris dans le corps médical, certains se font les complices d’une « subculture idéologique » (op. cit. p. 6 de l’édition numérique) pernicieuse, promue, aussi bien au niveau intellectuel qu’économique, et qui constitue un fonds de commerce entretenu par les réseaux sociaux.

Depuis une dizaine d’années voire davantage, les demandes de « changement de sexe » chez les enfants et les adolescents ont connu une explosion inédite tant aux États-Unis qu’en Europe.

Selon les pays, sur une période de dix à quinze ans, le diagnostic de « dysphorie de genre », qui traduit un sentiment d’inadéquation entre le sexe de naissance et le « ressenti », a augmenté de 1000 à 4000%. Le ratio des demandes de changement de sexe s’est inversé : les jeunes filles sont majoritaires, alors qu’antérieurement, il s’agissait de garçons. Selon certains spécialistes, « le sentiment d’identité de genre apparaît généralement vers l’âge de 2 ans et demi, 3 ans, et peut être verbalisé ou exprimé clairement dans le comportement ». Aussi surprenant que cela puisse paraître, à partir de 2 ans, on pourrait donc diagnostiquer une dysphorie de genre. Pour répondre à ces demandes, des centres dédiés se sont ouverts où des professionnels de l’enfance se spécialisent dans la transidentité.

C’est ce phénomène qui nous interpelle et non les choix des adultes transgenres appelées auparavant transsexuelles : elles ont toujours existé de façon très minoritaire et pas plus que d’autres minorités, elles ne doivent faire l’objet de discriminations. Que ces personnes aient « droit à l’indifférence », c’est-à-dire le droit de vivre de façon banalisée, voilà qui est incontestable : c’est un Impératif moral de toute société démocratique.

Mais aujourd’hui, il suffit de vouloir changer de sexe avec le blanc-seing du corps médical afin de le pouvoir. Les hormones et le scalpel, au même titre d’ailleurs qu’un hashtag numérique, vous transforme un garçon ou une fille à la fois dans la chair et sur les réseaux sociaux. La différence anatomique (et génétique) entre les sexes semble être un obstacle majeur à un épanouissement supposé ; s’en affranchir serait libérateur. Sous prétexte d’interroger le binarisme, on assiste à l’émergence d’un dogmatisme qui prétend – au nom d’une certaine idéologie – que l’anatomie n’est qu’un épiphénomène : l’enfant autodéterminé devrait pouvoir choisir son sexe en fonction de ses ressentis.

Dès lors, se posent des questions éthiques : à quel âge doit-on trancher dans le vif du sujet et rendre possible, mais à quel prix, la demande faite à la médecine de changer de sexe ?

Au risque (assumé) d’être qualifiées de transphobes, car nous n’adhérons pas à la doxa ambiante, mais avec la prétention (assumée également) de défendre les mineurs, y compris contre leur souhait, nous faisons l’hypothèse, corroborée par d’autres auteurs, que la trans identité (le besoin de vivre dans un genre différent du « sexe assigné à la naissance ») relève d’une subculture idéologique contagieuse via les réseaux sociaux, se rapprochant par maints aspects de l’emprise sectaire.

[voir par exemple en p. 23 : Les transitions sont toujours présentées comme un droit à s’autodéterminer, de façon positive et sans attendre, tandis que ceux qui font obstacle à une transition précoce (avec des arguments souvent fondés) se voient frappés de l’anathème de transphobes ou sont traités de « réactionnaires » et d’« ignorants »

Ou encore p. 24 : Vidéoblogs et sites dédiés, créés par des transgenres, se diffusent à l’échelle mondiale. Des millions de jeunes les consultent ou y sont abonnés. Ils s’approprient très rapidement de nouveaux signifiants auxquels ils se raccrochent sans esprit critique].

En tant que cliniciennes, confrontées à l’impact de ces idéologies sur le corps et le psychisme des enfants et des adolescents avec qui nous travaillons depuis de nombreuses années, il nous a paru impérieux de réagir, d’autant que ce sujet fascine les médias qui s’en font complaisamment l’écho. (op. cit. p. 5-6).

Ne craignons donc pas l’accusation de « transphobie », puisque, à la suite des auteures, cette réflexion reconnaît entièrement la légitimité du choix des adultes transgenres qui posent leur décision de façon mature et responsable, et étudions quelques aspects d’une évolution inquiétante.

De cette « fascination des médias » témoigne en particulier l’accueil la plupart de temps enthousiaste qui a été réservé au documentaire « Petite fille », de Sébastien Lifshitz, diffusé sur Arte en décembre 2020.

Petite Fille raconte l’histoire de Sasha, un garçon de 8 ans qui, selon sa mère, aurait exprimé très précocement le désir de devenir une fille « comme elle » quand il sera grand parce qu’il se sent fille. Ce qui est interprété comme un désir de « devenir une femme ».

Le rêve de Sasha est exaucé sans délai : c’est la seule réponse que lui fournissent les adultes ; au nom de l‘autodétermination de l’enfant, il peut devenir ce qu’il veut (id. ibid. p. 10).

(…)

Les médias ont célébré quasi unanimement Petite Fille. Télérama, donnant le ton, y a vu « un hymne à la tolérance déchirant et magnifique de sensibilité. Une ode lumineuse à la liberté d’être soi » (id. ibid. p.14).

Mais c’est bien ici qu’apparaît le questionnement essentiel : cette autodétermination, cette « liberté d’être soi », qui est effectivement l’un des privilèges les plus extraordinaires de l’être humain et constitue l’essentiel de sa dignité, comme l’exprimait déjà Pic de la Mirandole,

Je ne t’ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, ô Adam, afin que ta place, ton visage et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. La nature enferme d’autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi, que ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t’ai placé, tu te définis toi-même (De dignitate hominis, dans: Œuvres philosophiques, PUF 2001, p. 67)

 cette autodétermination ne peut être d’une part que la prérogative de l’homme adulte, or :

On peut croire que Sasha rêve d’être une fille et se sente fille, mais il est inconcevable qu’un enfant aussi jeune ait les moyens de comprendre les enjeux du « traitement médical » de son mal-être, ni même les conséquences qui en découlent : complications et renoncements jusqu’à la fin de ses jours. Inconcevable également qu’à 8 ans, il puisse appréhender la réalité d’une ablation de son appareil génital, dont l’usage sexuel lui est encore inconnu, tout autant que la sexualité de l’adulte. Sasha est à un âge où l’on fait confiance aux adultes, surtout lorsqu’ils lui veulent du bien : n’est-ce pas le cas du médecin qui a tout l’air de l’avoir compris et de ses parents qui approuvent le médecin ? Est-ce cela qu’on appelle le consentement ? (La Fabrique de l’enfant transgenre, op. cit. p. 15).

(…)

Les médecins ne peuvent ignorer les nombreuses études montrant que la majorité des enfants qui interrogent leur identité sexuée ne persisteront pas dans leur demande de transformation après la puberté (85% d’entre eux) (op.cit.p. 16).

Faut-il donc céder d’emblée à la demande de ces derniers, même lorsqu’elle est relayée par celle des parents ?

Dit-on à un garçon qui veut épouser sa maman (ou une fille son papa), que son désir peut se réaliser ? (op. cit. p. 16).

Comment comprendre dès lors ce besoin frénétique de la part de l’entourage, familial et médical, de précipiter le « traitement » ?

D’autre part, la doxa sartrienne certes datée mais toujours reprise ou implicite de nos jours chez nombre d’intellectuels, selon laquelle chez l’être humain « l’existence précède l’essence », n’a aucune raison d’imposer son diktat. Il reste parfaitement légitime de penser, avec E. Gilson par exemple, qu’« il semble invraisemblable que cette doctrine laisse à chacun le choix d’être homme, cheval, arbre, etc. » L’Être et l’Essence, Paris Vrin, 1981, p. 362).

Comme je le rappelais il y a déjà quelques années,

Le « tu te définis toi-même » de Pic de la Mirandole

[pour plus de précisions concernant pic de la Mirandole, voir aussi :

https://stultitiaelaus.com/2015/05/21/a-propos-de-que-faire-simon-leys-ou-les-habits-neufs-du-professeur-badiou-et-quand-marcel-gauchet-gagnerait-a-lire-levinas-et-pic-de-la-mirandole/ ]

pas plus que le « ce que je fais de ce qu’on a fait de moi » de Sartre ne permettra à un être humain sans définition préalable de se vouloir raton laveur ou aigle royal. On peut bien contester « l’essence » ou la « nature », mais il est tout de même difficile de refuser ce qu’on peut alors nommer une « condition humaine », et la forme sexuée sous laquelle nous en faisons l’expérience.

Si notre enracinement, individuel ou collectif, dans la nature (cf. la problématique écologique) n’est pas la prison qu’en font les essentialistes, il semble difficile de ne pas le considérer comme une référence fondatrice, qu’il paraît dangereux d’oublier sous peine de « Meilleur des mondes ». Y compris en ce qui concerne le fait de la différence sexuelle.

« Meilleur des mondes » ou fantasme transhumaniste bien discutable, car, selon toute évidence :

L’humain est faillible, sexué et mortel. (id. ibid. p. 64)

Comme disait Freud en paraphrasant Napoléon, « l’anatomie, c’est le destin ». Autrement dit, il y a toujours un sexe que nous n’avons pas. (id. ibid. p. 42).

Mais peut-on changer de sexe ? Légalement oui, mais biologiquement non. L’être humain est une espèce qui présente un dimorphisme sexuel dont la reproduction implique l’union de deux gamètes, mâle et femme. Il n’existe que deux sexes : mâle et femelle. « Femme » et « homme » sont définis en fonction de leur sexe respectif. Le sexe fait référence au sexe anatomique (mâle/femelle), lui-même déterminé génétiquement (XY pour les hommes, XX pour les femmes), au sexe légal (H/F), et aux rôles sociosexuels (le « genre » masculin/féminin interdépendant du « sexe »). Comme tous les autres mammifères, les humains se divisent donc en deux catégories ni plus, ni moins. La nature a quelquefois des ratés et un petit nombre d’enfants viennent au monde sans que le fameux « c’est un garçon » ou « c’est une fille » puisse être prononcé avec certitude au vu de leur appareil génital (id. ibid. p.41-42).

Encore une fois, il n’est nullement question de contester le fait que, dans un petit nombre de cas, « la nature ait des ratés », ni qu’il relève entièrement du droit d’une personne adulte et responsable de pouvoir changer légalement de sexe si elle le désire, ou même de mettre en œuvre autant que la biologie le permet les mesures qui accompagneront ce changement légal.

Ce n’est pas cela qui nous occupe ici, mais bien de dénoncer les dégâts d’un nouveau dogmatisme, d’une idéologie dont de plus en plus d’enfants font les frais dans leur psychisme et dans leurs corps de façon irrémédiable.

Idéologie qui constitue un fonds de commerce lucratif du point de vue intellectuel et médiatique comme aussi économique :

L’industrie transgenre génère d’énormes profits pour l’industrie pharmaceutique puisque ces personnes sont des patients qui nécessiteront des hormones à vie. Les organisations qui promeuvent cette idéologie sont financées par des grands groupes et de grandes fortunes. C’est un business très prolifique qui s’attaque à l’image du corps (op. cit. p.31).

Alors même qu’elle s’appuie sur des bases « philosophiques » plus que discutables (cf. plus haut) et parfaitement pseudo-scientifiques :

Quant à alléguer, comme le font certains militants universitaires, que le corps est une « construction sociale », c’est adhérer, comme l’écrit la sociologue Nathalie Heinich, « au sommet de la hiérarchie des slogans pseudo-savants » (La Fabrique de l’enfant transgenre, op. cit. p. 62).

Mais cette idéologie profite de façon indécente d’un marché inépuisable : celui du mal être réel d’enfants et d’adolescents qu’il est facile de manipuler dans une entreprise qui a beaucoup à voir avec les mécanismes classiques de l’endoctrinement sectaire.

Car sous peine de tomber sous l’accusation infamante de transphobie,

l’enfant, soutenu par ses parents, par le corps médical et par l’école avec plus de circonspection, devient le porte-parole de la cause trans face à une société tenue d’obtempérer sans coup férir aux injonctions communautaires imposées par des associations LGBT sous peine de faire entrave tant aux progrès sociaux qu’aux droits des futurs citoyens. Il est édifiant de voir que plusieurs institutions publiques ont déjà cédé par conformisme idéologique à la doxa (op. cit. p.16).

Et de plus en plus nombreux sont les médecins et les institutions qui cèdent, soit par faiblesse, soit par complicité avec cette doxa, au véritable terrorisme intellectuel qu’elle fait peser.

Il est difficile de ne pas évoquer la question de la pédophilie, et la promotion dont elle a pu faire l’objet de la part d’une certaine pensée « progressiste » prétendant libérer la sexualité des enfants alors qu’elle ne faisait que les prendre en otage dans le but de justifier un fantasme d’adultes.

La réflexion qui suit pourrait en effet s’y adapter de façon précise :

On peine à imaginer que des enfants puissent devenir des étendards brandis par des adultes pour faire valoir leur combat. C’est pourtant ce à quoi nous assistons en France et dans d’autres pays. Au nom d’un politiquement correct antidiscriminatoire et égalitariste dont les pratiques discursives sont plus que douteuses, il est de bon ton de considérer que les enfants auraient tout à gagner de ce pseudo-libéralisme (op.cit. p. 10).

Car dans le cas de la pédophilie et de l’inceste comme dans celui de la promotion de la transidentité et de la transsexualité chez les enfants et les adolescents, c’est en fait une même immaturité des adultes qui se manifeste, leur difficulté de plus en plus patente à accepter la limite, à dépasser le complexe de toute puissance qui caractérise le stade infantile ainsi qu’à assumer l’interdit qui le régule et l’apprentissage de la frustration.

Souhaitons donc que des mesures adéquates, inspirées de celles qui ont été mises en œuvre pour lutter contre l’inceste et la pédophilie, puissent voir le jour pour s’opposer à l’exploitation désastreuse de la dysphorie de genre par des personnes irresponsables ou mal intentionnées, exploitation amplifiée par les moyens de communication modernes.

Il est grand temps que nos sociétés consentent à devenir un peu plus adultes !

Rester humain, c’est se soumettre aux interdits fondamentaux et accepter de renoncer à sa toute-puissance en intériorisant des limites. Par l’éducation, des enfants de 3 ans en deviennent capables, à condition que les parents ne considèrent pas les interdits comme un frein à leur épanouissement. Les adultes qui promeuvent la transidentité n’auraient-ils jamais dépassé le stade de la toute-puissance infantile ? Ou faudra-t-il enseigner aux enfants à se méfier d’exprimer leurs désirs car ceux-ci risqueraient d’être exaucés ? (op. cit. p. 63-64).

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PS : Rappelons qu’une même campagne de propagande et de désinformation, y compris usant de l’anathème de l’homophobie – précurseur de la transphobie – contre tout opposant, a abouti à faire reconnaître, « au nom d’un politiquement correct antidiscriminatoire et égalitariste », la légitimité, puis la légalité de la « PMA pour toutes », qui ne peut pourtant se revendiquer d’aucune légitimité. En attendant comme prévu la GPA, dont la propagande a commencé dans les médias et sur les réseaux sociaux…

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Ajout:

Cet entretien avec Caroline Eliacheff et Céline Masson:

https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/caroline-eliacheff-celine-masson-l-accusation-de-transphobie-est-une-methode-d-intimidation_2167297.html

Croissance et démographie. Où l’on apprend comment les fausses promesses de la COP dissimulent de nouvelles « 30 Glorieuses » qui, cette fois, nous seront fatales.

En 2050, 151 des 195 pays du globe seront en situation de décroissance démographique. Le vieillissement des populations déjà notable en Asie et en Occident entraine pénurie de main-d’œuvre et ralentissement économique. (…)

Décideurs politiques et scientifiques ouvrent les yeux sur une réalité nouvelle : le monde est au bord du déclin, voire de l’extinction. (…)

L’Asie orientale est l’une des régions les plus touchées par l’effondrement du nombre de naissances – notamment la Corée du Sud (dont l’indice synthétique de fécondité – ISF – s’établit à 1,11), Taïwan (1,15) et le Japon (1,37) sur la période 2015-2020, selon le rapport “World Population Prospects 2019” [“Projections démographiques mondiales”] publié par les Nations unies. La population d’un pays commence à décliner lorsque la fécondité tombe en dessous du taux de remplacement de 2,1, avec, à la clé, des pénuries de main-d’œuvre, une crise des fonds de pension et la péremption des vieux modèles économiques. (…)

Christopher Murray prévoit que les taux de fécondité convergeront autour de 1,5, voire en deçà dans certains pays.  Et il ajoute:

Ce qui veut dire que l’humanité finirait par disparaître d’ici quelques siècles”

Cette donne inédite va engendrer une nouvelle dynamique – déjà visible ici ou là – dans des domaines allant de la politique monétaire aux régimes de retraite, en passant par les prix de l’immobilier et la structure du capitalisme dans son ensemble. À l’heure où la population mondiale approche de son pic, beaucoup de gouvernements se voient en effet contraints de revoir leurs orientations politiques, qui reposaient jusque-là essentiellement sur l’essor démographique pour leur croissance économique et leur poids géopolitique.

Les pénuries de main-d’œuvre viendront gripper les modèles de croissance du passé. La protection sociale, dont les retraites et l’assurance-maladie, présuppose par ailleurs une population croissante, et elle sera dès lors mise à mal. (…)

Même les pays développés qui sont devenus riches avant de subir les effets du vieillissement ne sont pas à l’abri de telles difficultés. Les systèmes de sécurité sociale du Japon, du Canada et des pays européens reposent sur le principe du soutien intergénérationnel, en vertu duquel la population active subvient aux besoins des retraités. Avec la chute du taux de natalité, la seule manière de pérenniser le système de retraite sans alourdir le fardeau pour la population est d’améliorer les retours sur investissement. Or la baisse de la population entame également les réserves de croissance de l’économie, créant un cercle vicieux qui est à l’origine de chutes historiques des taux d’intérêt.

Kazuo YansaeYohei MatsuoEugene Lang et Eri Sugiura, Nikkei Asia, Tokyo, Courrier international n°1628 du 13 au 19 janvier 2022.

https://www.courrierinternational.com/article/demographie-vers-un-monde-depeuple

« Voilà un dossier qui va conforter les arguments de tes adversaires préférés, papes et autres jésuites comme natalistes de tous poils » me dit Stultitia, tout émoustillée.

« Que nenni ! » est-t-il impératif de lui répondre.

Car de telles observations, par ailleurs connues depuis longtemps, constituent simplement le pendant démographique de l’incantation à la croissance économique tellement dénoncée, sur ce blog en particulier.

D’autres passages de ce dossier ne le cachent d’ailleurs pas :

La solution serait de soutenir la croissance économique en augmentant la productivité du travail (art. cit).

Rien de nouveau sous le soleil, donc.

La révolution industrielle fut effectivement, comme le reconnaît l’article, une « période au cours de laquelle la croissance économique était soutenue par la croissance démographique et inversement ».

On le sait, un tel cercle a été rendu possible par la surexploitation des ressources naturelles, en particulier fossiles, cause de la crise écologique actuelle désormais quasi-universellement dénoncée, du moins en paroles.

Depuis deux cents ans, une croissance démographique soutenue consume les ressources naturelles, dévaste l’environnement, engendre des guerres (art. cit).

 sont bien obligés de reconnaître les auteurs.

Mais voilà : au lieu de prendre acte de l’urgente nécessité de passer du déni lénifiant à l’indispensable mobilisation et à l’exhortation au seul programme responsable, celui qui supposerait inévitablement « du sang et des larmes », c’est-à-dire une double réduction – celle de la croissance matérielle avec l’inéluctable réduction de la consommation, du pouvoir d’achat, des retraites, et celle de la démographie -, voilà qu’on nous propose une fois de plus l’incantation magique qui accompagne la fuite en avant : « Croissons ! Augmentons la productivité du travail », indissociable du traditionnel « Croissez et multipliez ! Faites des enfants pour sauver la protection sociale et les retraites ! ».

Car on le sait, même les papes nous le serinent à l’envi, un enfant est avant tout une variable économique ayant pour but la sauvegarde de la croissance et du confort des personnes âgées.

L’exemple de la Chine, terrorisée par les effets de la baisse prochaine de sa population sur sa puissance économique, son poids géopolitique et son système de protection sociale, est des plus significatifs :

Directeur de recherche à l’université de Wisconsin-Madison, Yi Fuxian estime que les contraintes démographiques à l’œuvre en Chine malmèneront son économie.

En Chine, le PIB actuel par habitant ne représente que 16 % de celui des États-Unis. Ce qui attend la Chine, c’est une récession induite par son vieillissement. Sans relance de la natalité, le taux de croissance économique ne repartira pas et le pays ne dépassera jamais les États-Unis en termes de PIB” (art. cité).

Quelle effroyable nouvelle, en effet ! On comprend que l’ouvrage de Yi Fuxian, « Un grand pays dans un nid vide » ait été interdit en Chine : il ne faut pas désespérer le Billancourt chinois dans ses rêves exhibitionnistes d’arborer à la face du monde le plus gros fantasme infantile de toute puissance.

Trop nombreux sont encore les obsédés du déni et les partisans effrénés d’une « croissance verte » bien problématique, soutenue par de très improbables progrès techniques dont les effets sur la résolution des problèmes énergétiques et environnementaux sont selon toute vraisemblance de l’ordre du vœu pieux.

On se rassure comme on peut…

Mais les penseurs sérieux, ceux qui prennent réellement la mesure du problème, sont conscients des difficultés considérables que suppose la réduction obligatoire de la croissance économique, dont la régulation démographique constitue nécessairement une composante essentielle.

Difficultés considérables que nous ne pouvons pourtant pas manquer d’affronter si nous voulons simplement survivre.

« Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste »

 disait l’économiste Kenneth Boulding, cité par notre article.

Et j’ai moi-même plusieurs fois rappelé l’alternative évoquée par Herman Daly en 2005 dans la revue Scientific American :

Le basculement vers l’économie durable « impliquerait un énorme changement d’état d’esprit, sur le plan intellectuel comme sur le plan affectif, de la part des économistes, des décideurs politiques et des électeurs. On pourrait même être tenté d’affirmer qu’un tel projet est irréalisable. Mais l’alternative à l’économie durable –l’économie indéfiniment croissante – est une impossibilité biophysique. Si je devais choisir entre m’attaquer à une impossibilité politique et m’attaquer à une impossibilité biophysique, je jugerais la seconde comme la plus impossible des deux et tenterais ma chance avec la première ».

Pourtant, on le sait, les atermoiements, faux-semblants et pures proclamations d’intentions qui accompagnent les diverses COP s’accommodent fort bien d’un retour espéré, mieux, programmé, de « 30 Glorieuses » new style.

Car si cette période de croissance qui a vu en Occident l’explosion du consumérisme et de la démographie, entraînant le quasi-épuisement de nos ressources naturelles et la dévastation de notre environnement n’est plus concevable dans les pays de l’Ancien Monde, elle est d’ores et déjà en cours dans les pays dits « en développement » et amplement promue et bénie par ceux qui prévoient d’en tirer profit.

L’Afrique, en particulier, qui compte 1,3 milliards d’habitants et possède le taux de fertilité le plus élevé du monde avec une moyenne de 4,4 enfants par femme,

 a entamé son baby-boom : 41% de a population africaine a moins de 15 ans. D’ici à 2050, la population africaine devrait augmenter de 91% passant de 1,3 milliards en 2020 à 2,6 milliards, ce qui représentera près de 60% de la croissance démographique mondiale prévue (…). [D’après une étude] publiée en 2020 dans le journal scientifique The Lancet, l’Afrique subsaharienne devrait voir sa population tripler d’ici à 2100, passant de 1 à 3 milliards d’habitants (art. cité).

Comment dès lors s’étonner que toutes les nations industrialisées du monde rivalisent en déclarations d’amour exaltées aux pieds de cette belle capable d’assurer de nouvelles « 30 Glorieuses » qui mèneront le monde cette fois droit dans le mur ?

Mais qu’importe ? Les producteurs chinois, américains, européens, russes, turcs et autres encore disposeront là du Sacro-Saint Marché qui leur permettra de maintenir sous perfusion la Divine Croissance avant l’agonie définitive.

Routes de la soie, investissements tous azimuts en Afrique, devant de telles réalités déjà bien tangibles, à quels naïfs peut-on donc encore faire croire aux bonnes intentions vertueusement énoncées lors des COP ?

Certes, on le sait, le poids environnemental d’un africain moyen en hectares globaux (hag) est, pour le moment, de beaucoup inférieur à celui d’un américain moyen, d’un européen ou même d’un chinois.

(Rappel : si le mode de vie américain était généralisé à l’ensemble de la population mondiale, nous aurions besoin de 5 planètes pour subvenir à nos besoins, 2,5 si c’était le mode de vie français. Alors que le mode de vie – actuel – d’un indien ou d’un habitant du Burundi se contente largement de cette seule planète dont nous disposons).

Cela veut dire à l’évidence que les américains, européens, chinois, etc. ont à réduire drastiquement de façon urgente leur mode de consommation ainsi qu’à réguler leur natalité afin de ne pas peser de manière scandaleuse sur l’équilibre écologique de notre pauvre Terre.

Mais cela signifie aussi qu’il serait fatal pour les africains et autres peuples en développement de revendiquer au nom de la justice un type de croissance, économique comme démographique, conçu selon le modèle du « rattrapage », qui ne pourrait être que suicidaire à moyen terme pour eux comme pour l’ensemble de l’humanité.

Ceci en dépit de nombre de discours soi-disant bien intentionnés entendus ici et là qui estiment, au nom d’une déculpabilisation à courte vue, que la justice serait de promouvoir pour les peuples qui n’en ont pas « bénéficié » le genre de développement matériel qu’a connu l’Occident.

« En vertu de quoi les occidentaux devraient-ils conseiller aux africains et pakistanais de réguler leurs naissances et leur contester le droit de rouler en SUV ? Qui sommes nous pour prétendre leur donner des leçons ? ».

C’est bien pour cela que même si le taux de fertilité des habitants des nations industrialisées effectivement en décroissance et souvent inférieur au taux de renouvellement entraînera prochainement des problèmes pour maintenir le pouvoir d’achat et équilibrer les systèmes de retraites et de protection sociale, laisser croire que la solution passerait par une politique nataliste constitue une dangereuse supercherie.

Il est de la responsabilité de l’Occident, en tant que plus gros consommateur, pollueur et gaspilleur mondial par têtes, de mettre en œuvre une rigoureuse réduction, et même inversion, de sa croissance matérielle tout en maintenant un faible taux de natalité.

Donner l’exemple est la seule façon d’être crédibles si l’on veut inciter les pays en développement à ne pas suivre la voie fatale que nous avons suivie en entrant dans le cercle infernal qui lie croissance économique et croissance démographique.

Supposons […] -de façon purement théorique -que le monde entier adopte demain une politique de l’enfant unique. À la fin de ce siècle, nous serions de nouveau 1,6 milliard d’habitants. Le chiffre de 1900. [contre 9,7 milliards en 2064 selon la dernière étude de l’Université de Washington, citée dans l’article. Il faudrait cependant tenir compte de l’effet catastrophique des changements environnementaux sur la population mondiale]

Nous dit Alan Weisman.

Un tel chiffre étant considéré comme le plus conforme aux ressources dont nous disposons, le plus respectueux pour notre environnement et donc le plus approprié au maintien durable de l’espèce humaine sur notre Terre.

À partir de ce moment, bien sûr, la politique de l’enfant unique pourrait être abandonnée et la régulation démographique pourrait se baser sur le taux de remplacement, d’environ 2,05 enfants par femme.

(Rappelons qu’une telle politique a été suivie par l’Iran, de façon incitative et non coercitive à la différence de la Chine ou de l’Inde, avec des résultats remarquables, avant que M. Ahmadinejad y mette fin de façon catastrophique pour l’avenir de ce pays, d’ores et déjà en stress hydrique du fait de sa surpopulation).

Cette politique, qui ferait certes le bonheur de notre climat et de notre biodiversité, a bien évidemment toutes les chances de ne pas être du goût des capitalistes qui gouvernent notre monde et de leur recherche d’un profit optimal grâce à un nombre maximal de consommateurs.

Il y a donc hélas peu de chances de la voir mise en œuvre…

Pourtant, l’urgence est donc, bien loin des politiques natalistes qui font hélas leur retour dans des programmes électoraux, de conjuguer une indispensable décroissance économique des plus riches, sélective en fonction de la pression environnementale exercée, avec une croissance maîtrisée des plus pauvres, elle aussi sélective en fonction des retards de développement et d’équipements essentiels qui s’observent dans certaines nations.

Mais dans tous les cas, la persistance ou le développement de la régulation démographique doit demeurer, elle, un objectif partagé.

Cela passerait, bien évidemment, par des mesures aptes à réduire le scandale de la répartition inégalitaire des richesses et des ressources, au niveau des nations comme au niveau international.

Ainsi que par la mise en place de politiques migratoires rationnelles, enfin débarrassées des dangereuses stupidités démagogiques en vogue, et capables d’opérer les rééquilibrages démographiques qui s’imposent au niveau international.

Notre étude le reconnaît :

La réponse, dans bien des cas, a été de recourir à l’immigration, qui a contribué à la croissance des pays développés après le ralentissement de la croissance démographique (…).

Nécessité du recours à l’immigration

Sans l’immigration, bon nombre d’économies développées ne sont déjà plus en mesure de satisfaire leurs besoins en main-d’œuvre. Dans le Royaume-Uni post-Brexit, la combinaison des barrières à l’immigration et des restrictions sanitaires a entraîné une grave pénurie de travailleurs. Avant la pandémie, seuls 12 % des chauffeurs routiers étaient originaires de l’Union européenne. Or, en vertu des nouveaux règlements britanniques, il est désormais interdit d’embaucher des chauffeurs à l’étranger (…)

Concurrence pour séduire les travailleurs étrangers

Certains pays se mettent désormais en quête de main-d’œuvre. L’Allemagne accepte davantage de travailleurs non européens depuis 2020. En 2019, l’Australie a allongé la durée maximale des visas vacances-travail de deux à trois ans, à la condition que les personnes concernées travaillent pendant un temps donné dans des secteurs victimes de pénuries de main-d’œuvre, comme l’agriculture. Le Japon fait également entrer plus de travailleurs étrangers au titre de son programme Specified Skilled Worker [ouvert aux travailleurs qualifiés dans certains secteurs spécifiques].

Les forces économiques à l’œuvre pourraient bien faire naître une concurrence nouvelle entre les pays pour séduire les travailleurs étrangers. L’objectif est de devenir un pays de prédilection. Keizo Yamawaki, spécialiste des politiques migratoires à l’université Meiji de Tokyo ajoute:

Si l’on veut attirer les travailleurs étrangers, il faut leur donner la possibilité de s’installer à demeure dans le pays.” (art. cité).

Politique indispensable, certes, mais dont l’évocation ne semble pas prête à figurer dans les programmes électoraux aussi étriqués qu’irréalistes que nous subissons.

Terminons par un peu d’humour, en évoquant l’un des arguments les plus burlesques des natalistes :

Dans une étude de 2020, l’économiste Charles I Jones, de l’université de Stanford, explique « qu’à long terme, tout effet économique positif découlant d’une diminution de la population pourrait être annulé par la réduction de la capacité créative de l’humanité ». Les idées étant le moteur de la croissance, « une baisse du nombre absolu de cerveaux pourrait freiner sérieusement l’innovation, et donc les perspectives de croissance » (art.cit).

Ce monsieur ignorerait-il donc qu’Einstein, Platon et autres Jean Sébastien Bach ou Descartes, sans parler des inventeurs du feu, de l’agriculture, ou des peintres de Chauvet et de Lascaux, ont vu le jour dans un monde qui comptait six ou sept milliards d’habitants de moins que le nôtre ?

Et que l’augmentation « du nombre absolu de cerveaux » qu’il appelle de ses vœux risque hélas de faire, en raison des crises probables et des guerres dues à la pression démographique insupportable et à la raréfaction des ressources, que le nombre absolu des cerveaux de djihadistes, terroristes et autres dictateurs dépasse amplement le nombre de cerveaux d’Einstein ?

*

Ajout du 10/02 :

Ce lien à l’article fort instructif de Sylvestre Huet, qui montre de façon chiffrée à quel point nous ne sommes pas égaux en ce qui concerne la pollution et la production de gaz à effet de serre.

Au niveau national comme international (cf. ci dessus la comparaison des poids environnementaux en hectares globaux (hag) ) les riches sont beaucoup plus nocifs que les moins riches et bien sûr que les pauvres.

Pour être crédible et donc efficace, l’indispensable politique de sobriété écologique doit avant tout s’attacher à la réduction des inégalité sociales.

Une politique climatique efficace suppose donc la réduction drastique des écarts d’émissions entre groupes sociaux classés par revenus et patrimoines. Or, le seul moyen efficace d’y parvenir est de s’attaquer à la cause de cet écart… qui est justement l’inégalité de revenus et de patrimoine.

Donc, la France a besoin d’un Président qui ne souhaite pas que « plus de jeunes rêvent de devenir milliardaires« , mais d’un Président qui se fixe l’objectif de réduire drastiquement cet écart en confisquant les plus gros revenus et patrimoines au bénéfice de programmes d’action climatique collectifs. Après, il lui sera possible de s’adresser au reste de la population, notamment aux classes moyennes, pour lui demander la sobriété.

Qu’on se le dise !

À propos de Miles Davis, Desmond Tutu, Jean-Marie, et de bien d’autres, pour une bonne fin d’année.

Une Pensée de Pascal m’a opportunément fourni matière à réflexion pour cette fin d’année :

« Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. » (Éditions de Port-Royal : Chap. XVIII).

Sans doute l’intention de Pascal est-elle essentiellement religieuse et veut-t-il laisser entendre que celui qui désire voir Dieu et son œuvre dispose de suffisamment de signes pour en déceler la trace dans l’indéniable noirceur de notre monde.

Mais il me semble qu’on peut aussi faire de ce magnifique petit texte une lecture plus « laïque ».

Oui, ce monde rempli d’obscurité est terrible, révoltant. C’est un fait.

Le constat quotidien de son insupportable cruauté ne semble laisser place qu’au découragement, au désespoir.

Et pourtant, « pour ceux qui ne désirent que de voir », il existe des porteuses et des porteurs de Lumière qui montrent qu’au cœur même de cette obscurité, autre chose est à l’œuvre, quelque chose que l’apparente victoire des ténèbres ne peut arrêter.

Ainsi en est-il, parmi tant d’autres, du témoignage de Desmond Tutu, infatigable défenseur de la Lumière et de la Justice, dont, mieux que les mots, la musique traduit l’éblouissant rayonnement.

Ainsi en est-il aussi des militants de Memorial qui maintiennent vive l’exigence de la Liberté dans un univers gangréné par la lâcheté et la corruption.

Ainsi en est-il de tant d’anonymes, ferments de Lumière à Hong-Kong, en Birmanie ou ailleurs.

Une petite pensée encore pour un artisan de Justice et de Paix, récemment disparu dans la discrétion, et dont la persévérance a permis de changer quelque peu le visage de notre monde.

À ces moments lumineux de nos rencontres passées !

Effectivement, grâce à vous, « il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir ».

Merci.

Et bonne fin d’année à toutes et à tous !

Une fois de plus, d’un déni à l’autre. De quelques oubliés des COP et des emballements médiatiques.

Depuis une dizaine d’années que je tiens ce blog, je constate avec plaisir que certains des sujets que j’ai tellement évoqués (écologie, réchauffement climatique, décroissance, question énergétique, etc.) ont désormais acquis une place dans les consciences ainsi que dans l’univers médiatique.

Je n’ai certes pas la prétention d’y être pour grand-chose, mais il y a tout de même une satisfaction à avoir l’impression d’aller dans le sens de ce qui doit être fait.

Non que cela atténue en quoi que ce soit mon « pessimisme de l’intelligence », que j’essaie toutefois de concilier, comme le disait Gramsci, avec « l’optimisme de la volonté ».

Car, une nouvelle fois, je ne peux qu’adhérer à l’opinion exprimée par Jean Marc Jancovici lors d’une récente interview accordée à l’hebdomadaire allemand « Die Welt » :

Qu’est-ce que vous vous attendez de Glasgow ?

Rien.

Réponse courte et claire. Pourquoi êtes-vous si pessimiste ?

Si vous regardez le passé, vous réalisez que les COP n’ont rien changé dans le monde réel. Après l’entrée en vigueur de la convention climat, les émissions ont continué à croître exactement comme avant. Aucune inflexion. Les Nations Unies ne font que prendre acte de ce que les pays sont déjà prêts à faire, et pour le moment ils ne sont pas prêts à entraver leur économie au nom du climat.

Succession de vœux pieux et de déclarations démagogico-médiatiques, étalage effréné d’un green washing prompt à remplacer l’économie carbone par une économie lithium tout aussi dévastatrice mais prometteuse de belles plus-values, comme l’attestent les actuelles envolées des bourses du monde entier dopées à la « croissance verte », etc. etc.

La relative prise de conscience et l’emballement médiatique sont encore très, très loin d’influer sur l’évolution réelle de nos économies.

De plus, bien des thématiques essentielles et bombes à retardement sont pudiquement occultées, comme celle de la démographie, ou bien discrètement laissées de côté, comme celle de la persistante inégalité de la répartition des richesses, que ce soit au niveau des nations comme au niveau international.

Mais je m’étonne d’un paradoxe : alors que l’écologie et la question du climat font désormais, pour le meilleur et pour la pire, la « Une » des médias et suscitent COP, sommets et rapports divers, une autre question, reconnue comme tout aussi importante pour l’avenir de notre humanité, continue à n’apparaître dans les agendas politiques qu’à titre de réactions de dernières minutes -dernières minutes qui se répètent depuis vingt ans… – à l’occasion de naufrages ou autres catastrophes qui émeuvent nos sensibilités, sans lendemains -sans lendemains depuis vingt ans… – et se voit traitée avec un amateurisme en total décalage avec son importance et sa gravité.

Il s’agit de la question des migrations.

On le sait, les mouvements migratoires constituent déjà et constitueront inévitablement l’un des problèmes essentiels du XXIème siècle.

Mais outre les réactions de dernière minute mentionnées, où sont donc les COP, les engagements internationaux et les mobilisations de masse, les Greta Thunberg et les manifestations régulières de jeunes ou de moins jeunes consacrées à ce sujet ?

Échapperait-il à la versatilité des modes médiatiques et des exhortations militantes aux bonnes intentions ?

Nos principaux enjeux contemporains ne sont-ils pas d’importance équivalente, et un drame profondément humain ne serait-il pas à considérer avec le même sérieux que le drame écologique ?

Mais hormis quelques indignations passagères autant qu’éphémères, les migrants ne semblent pas faire recette. On s’habitue, on se lasse. Naufrages, maltraitances, violence répressive, tout cela est tellement répétitif…

Pire, l’indifférence de l’opinion et le cynisme des dirigeants laisse le champ libre à celles et ceux qui ne sortent du déni que pour cultiver l’hystérisation. Car la façon la plus fréquente d’aborder la question manifeste hélas – on le constate à l’évidence de plus en plus en périodes électorales – outre une indéniable lâcheté politique, une xénophobie endémique quoique furtive, une peur, voire un racisme implicite qui ne demande qu’à se désinhiber. C’est bien ce dont témoignent les lamentables exhibitions de quelques abjects trublions cherchant à rassembler les foules et prescrivant désormais leurs programmes à des partis autrefois respectables. Tout ceci constituant une menace réelle pour la démocratie et les valeurs fondatrices de l’Europe en particulier.

Il faudrait donc enfin réfléchir aux raisons de nos incohérences et de nos ambivalences à propos de la question des migrations.

À l’image de la croissance démographique, dont le caractère dramatique fait lui aussi l’objet d’un déni largement partagé et dont les conséquences désastreuses sont loin de mobiliser les foules parce qu’une réflexion sur le sujet nécessiterait une remise en question de quelques uns des réflexes et désirs enracinés dans nos affects les plus fondamentaux, la question migratoire semble éveiller chez nous quelque chose qui relève avant tout du « tripal » le plus profond et perturbe, voire empêche toute approche raisonnable.

Il serait difficile de le nier.

Avant toute perception des découvertes et richesses possibles qui accompagnent tout échange, la personne migrante est perçue comme l’autre, l’inconnu, celle ou celui qui nous bouscule dans notre zone de confort et suscite le malaise du fait de sa différence, de langue, de couleur de peau, de culture, de religion.

Malaise qui, on le sait, on le constate tous les jours, lorsqu’il ne suscite pas le déni, peut aller jusqu’à la peur, au rejet.

Ressentis ô combien récupérés et exploités par celles et ceux qui font leur profit de la désinhibition de nos pulsions les plus obscures.

Car l’accueil d’une diversité humaine bien réelle et concrète dans notre quotidien exige beaucoup plus que la défense désormais quasi unanime d’une biodiversité souvent abstraite ou se limitant aux images débonnaires des oiseaux de nos jardins ou autres documentaires animaliers.

Pour répondre à une telle exigence, il serait donc capital et urgent de promouvoir enfin une approche rigoureuse, positive et dédramatisée de la question migratoire.

Tout comme, si nous ne nous efforçons pas de les maîtriser, nous devrons subir de façon catastrophique le changement climatique et ses conséquences environnementales, les problèmes liés à l’inéluctable raréfaction des énergies fossiles ou ceux imposés par une croissance démographique non régulée, les bouleversements liés à des phénomènes migratoires qui n’ont jamais pu être empêchés dans l’Histoire de l’humanité par quelques murs ou barbelés que ce soit doivent être envisagés avec lucidité, rigueur et détermination si nous voulons éviter les graves troubles qu’ils peuvent susciter.

Parmi d’autres approches développées en particulier par des associations (voir par exemple le remarquable Manifeste de France Terre d’Asile), ce texte de Filippo Grandi, haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, pourrait aller dans le sens de cette indispensable dédramatisation d’un phénomène que nous nous devons de réguler avec le plus d’intelligence et d’humanité possible en vue de le transformer en chance aussi bien pour les accueillis que pour les accueillants.

Il importe d’insister en premier lieu sur le caractère inconditionnel du droit d’asile, caractère dangereusement remis en question par les rodomontades des va-t-en-guerre mentionnés plus haut :

Des courants politiques poussent pour restreindre l’espace d’asile en prenant comme justification ce qui se déroule aujourd’hui à la frontière polonaise. Cette érosion et la restriction de l’accès à des personnes réellement en demande de protection internationale sont très inquiétantes et contraires aux valeurs proclamées par l’Union. Cela peut avoir un énorme retentissement dans le monde, où beaucoup de pays, nettement moins riches, sont, bien davantage que nous, frappés par l’afflux de réfugiés. Cela pourrait donc influer fortement sur la pratique du droit d’asile un peu partout (art. cité).

Même si le secours et l’assistance sont dus sans conditions aux migrants en danger, ce droit d’asile dont doivent bénéficier de façon inconditionnelle toutes les personnes persécutées et menacées doit être nécessairement distingué de la situation des migrants économiques qui ne peut, elle, relever de l’inconditionnalité. Ceci contre un « bisounoursisme » des bonnes intentions qui, en étendant cette inconditionnalité à tout type d’accueil, risque de diluer et de perdre le caractère spécifique, indispensable et urgent de l’asile, et susciter incompréhensions et tensions dans les pays d’accueil.

La migration économique elle-même devant être réglementée et répartie en fonction des possibilités réelles rigoureusement évaluées des pays riches,

  • (le fait que 97% des français et plus largement des habitants des nations privilégiées appartiennent aux 30% les plus riches du monde ne devrait-il pas nous inciter, nous et nos semblables, à un peu moins de cécité quant à l’urgence d’un développement économique plus solidaire en ce qui concerne la répartition des richesses et le cas échéant du travail ?)

 et non des fantasmes populistes propagés par des théories xénophobes ou racistes (« grand remplacement », « parasitisme » etc.), tout en évitant de favoriser un « néo-colonialisme migratoire » privant les pays de départ de ressources humaines indispensables à leur propre développement politique, culturel autant qu’économique.

Un véritable débat de fond sur la migration est-il encore possible aujourd’hui ?

La politisation et la stigmatisation l’ont rendu toxique. On n’admet plus que la migration est nécessaire, pour différentes raisons. La migration économique doit être réglementée, et plus elle sera gérée, plus la migration irrégulière se réduira. Cette bonne gestion ferait aussi que le canal de l’asile ne serait plus le seul que des gens voulant migrer pourraient utiliser. Il doit être préservé pour les personnes qui fuient des guerres et des discriminations. Enfin, n’oublions pas la question du changement climatique qui peut, si elle n’est pas résolue, créer de véritables « bombes migratoires » (art. cité).

Face aux insuffisances manifestes de nos politiques migratoires, écoutons encore les recommandations pertinentes de Pascal Brice, Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil :

Il est temps que l’Union et ses États membres se dotent d’une politique migratoire et d’asile conforme aux valeurs et aux nécessités de l’accueil et qui nous mette à l’abri des chantages.

Il est temps de cesser de reculer devant l’inacceptable. L’accueil des personnes étrangères sur le continent européen est une double réalité, une double nécessité, du point de vue du respect du droit d’asile comme de celui des besoins de nos économies. Il doit se faire dans la maîtrise pour prendre pleinement en compte les inquiétudes sociales et culturelles qui taraudent l’Europe.Il passe par un contrôle des frontières extérieures de l’Union, ne serait-ce que pour se prémunir contre la menace terroriste extérieure.

[une fois encore contre le  « bisounoursisme » d’un accueil inconditionnel de tous…]

Cela suppose de la part de l’Union et des États membres une politique migratoire et d’asile fondée sur un accueil digne, organisé et maîtrisé et la fin de politiques dissuasives qui ne dissuadent de rien et entretiennent le désordre, de Moria, en Grèce, jusqu’à Briançon (Hautes-Alpes) et Calais (Pas-de-Calais). Cela passe également par une politique d’intégration active pour l’apprentissage des langues européennes, la formation professionnelle, l’emploi, le logement, la connaissance et le partage des valeurs fondamentales de la démocratie.

C’est ainsi que nous aurons répondu à l’urgence de la survie d’hommes, de femmes et d’enfants à nos frontières, et reconquis notre liberté de décision en tant qu’Européens, en tournant enfin le dos aux peurs organisées par les despotes et les semeurs de haine.

En se souvenant que jamais dans l’Histoire les peurs et les haines, les barricades ni aucun moyen violent n’ont été capables d’arrêter le mouvement inéluctable des migrations, et qu’il importe donc à un État de Droit de traiter le problème dans la justice, la décence et l’humanité, pour le bien de tous.

*

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Ajout du 01/12:

Quelques extraits d’une tribune aussi nécessaire que courageuse:

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/12/01/ce-sont-bien-les-etats-qui-tuent-des-migrants-aux-frontieres-de-l-europe_6104242_3232.html

Dans les heures qui ont suivi le repêchage de plusieurs corps sans vie au large de Calais, on a assisté à un véritable déferlement de déclarations émanant d’élus et de représentants d’institutions publiques, se défaussant de toute responsabilité dans les conséquences dramatiques d’une politique migratoire meurtrière, qu’ils ont pourtant choisie et rendent opérationnelle tous les jours. A les entendre, les « passeurs » seraient les seuls et uniques criminels dans cette « tragédie humaine », épaulés, selon certains, par les associations non mandatées par l’Etat, qui auraient « du sang sur les mains », selon les propos tenus par Pierre-Henri Dumont, député [LR]du Pas-de-Calais, sur Franceinfo, le soir du drame. Ce retournement des responsabilités est odieux et inacceptable.

Rhétorique éculée

Le dédouanement des politiques en France et au Royaume-Uni fait tristement écho à la situation dramatique dans le canal de Sicile, où, depuis maintenant plus de vingt ans, des bateaux chavirent et des exilés se noient dans l’indifférence. Il fait écho aussi au traitement de la situation en cours à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, où quelques milliers de migrants sont pris au piège entre les forces armées biélorusses et polonaises, poussés en avant par les premières et repoussés par les secondes. N’y voir que le machiavélisme de la Biélorussie épaulée par la Russie, c’est occulter la responsabilité de l’Union européenne (UE) dans ce refus obstiné d’accueillir celles et ceux qui fuient leur détresse.

C’est bien avec l’assentiment de tous les Etats membres que les gardes-frontières polonais repoussent à coups de grenades lacrymogènes et de lances à incendie des familles afghanes, syriennes et d’autres nationalités, dont la vie est chaque jour mise en danger dans des forêts marécageuses, par des températures glaciales. Ce sont bien les Etats qui tuent aux frontières européennes.

(…)

Face à ces drames, il est urgent que l’UE et les Etats européens, y compris le Royaume-Uni, reconnaissent leurs responsabilités et changent radicalement de cap : il n’est pour nous ni concevable ni acceptable que les institutions poursuivent dans leur entêtement à traiter les personnes migrantes comme des criminels, pour ensuite regretter hypocritement les morts que les mesures sécuritaires contribuent à produire.

*

Ajout du 14/12:

Une réflexion pertinente à propos du caractère inadéquat de l’utilisation du terme « crise » pour qualifier ce qu’on a laissé devenir une routine.

https://theconversation.com/debat-peut-on-en-finir-avec-la-crise-des-migrants-dans-les-medias-172976

Ce que je constate surtout, c’est que les interactions entre médias et « spécialistes » sont pernicieuses car elles renforcent paradoxalement le climat de « crise » qui caractérise la perception des migrations.

En ce qui me concerne, j’expliquerais volontiers qu’un naufrage comme celui de Calais ne relève pas d’une « crise », mais d’une forme de routine – une routine certes tragique et inacceptable, mais une routine quand même. Cette routine est la conséquence directe de la manière dont les États gouvernent les migrations, et il ne faut donc pas s’en étonner. C’est là le travail des universitaires (et des sciences sociales) : prendre du recul par rapport à l’actualité brûlante, mettre l’événement en perspective, rappeler des précédents historiques, etc.

Mais comment exposer de tels arguments si, précisément, on ne parle des migrations qu’à l’occasion de naufrages ? En matière de communication, la forme prend souvent le pas sur le fond. Et naturellement, plus on évoque les migrations sous l’angle d’une crise, plus les responsables politiques seront fondés à ne présenter les naufrages que comme des événements imprévus et tragiques, et à les traiter à grands coups de réunions d’urgence et de mesures ad hoc – perpétuant ainsi un cycle de crise et d’urgence qui dure depuis près de trente ans.

On objectera que les lamentations sur les biais médiatiques sont aussi anciennes que les médias eux-mêmes, et que face à l’urgence il faut se lancer dans l’arène sans hésitation ni cynisme, et avec toute l’indignation qui sied aux circonstances. Éternel débat, auquel il n’existe probablement aucune réponse satisfaisante. Mais tout de même, comment se fait-il qu’en 2021, alors que la barre des 20 000 décès de migrants en Méditerranée a été franchie depuis 2020 déjà, on continue à solliciter en urgence des « spécialistes » à chaque naufrage, pour qu’ils interviennent le soir même et commentent un événement qui, hélas, n’en est pas un ?

Enfant de Bernadette contre enfant de Pétain. Quand Pierre Birnbaum donne des leçons d’histoire à un certain Eiríkr Zemmour.

(Éric est un prénom masculin scandinave, dérivé du vieux norrois Eiríkr (ou Eríkr) ). Wikipedia..

cf. une réflexion qui date d’il y a déjà cinq ans …

Lors d’une conférence récente donnée dans le cadre du Salon du Livre Pyrénéen de Bagnères de Bigorre à propos de son livre La leçon de Vichy (Paris, Seuil 2019), Pierre Birnbaum, historien et spécialiste internationalement reconnu de sociologie politique – se présentant volontiers comme « enfant de Bernadette » du fait de sa naissance à Lourdes et de son enfance cachée au village d’Omex à quelques kilomètres de cette ville – a livré quelques réflexions amplement documentées qui remettent à leur juste place les allégations abjectes d’un personnage qui fait actuellement le buzz en tirant sur les pires ficelles du populisme et du racisme.

On gagnera bien sûr à se référer à l’intégralité de la conférence (voir les liens ci-dessous), mais concernant le sujet qui nous occupe, on se rapportera en particulier à la fin de cette vidéo, vers 13mn, où il est question de la politique systématique d’arrestation et de destruction mise en place à l’instigation de Pétain qui, loin d’être un « bouclier » comme le prétend M. Zemmour, se montre acharné dans la rédaction et l’exécution des décrets qui traquent les français juifs.

Cette mise en garde contre toute réhabilitation de Vichy s’accompagnant d’une interrogation urgente en ce qui concerne nos capacités de démission et de collaboration, en particulier celle de la haute fonction publique : car l’expérience de Vichy – dont les séquelles ont été et demeurent encore bien présentes dans notre vie politique récente a largement démontré que les valeurs de la République ne pèsent pas lourd lorsque « dans certaines circonstances favorables » des individus s’emploient sciemment à éveiller et désinhiber ce fond obscur dans lequel s’enracinent la haine de l’autre, le racisme et la xénophobie, et à démasquer « sous l’homme la bête sauvage qui perd alors tout égard pour sa propre espèce » (S. Freud, Malaise dans la civilisation).

*

On peut visionner la quasi-totalité de cette conférence de Pierre Birnbaum, présentée par M. José Cubero, en utilisant dans l’ordre les liens suivants :

https://www.youtube.com/watch?v=ItYUUN2zHOE

https://www.youtube.com/watch?v=kYkgw-bbR_4

https://www.youtube.com/watch?v=lwI8Ji-bJMk

et le lien mentionné ci-dessus :

https://www.youtube.com/watch?v=5fpFGsInx3o

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Ajout du 06/11

Et toujours à propos d’une scandaleuse réhabilitation et « normalisation » de Vichy, cet article, parmi d’autres, qui rappelle quelques fondements essentiels de notre République, mais aussi tout simplement de notre humanité, qu’il conviendrait de ne pas prendre à la légère:

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/11/06/la-tentative-d-eric-zemmour-de-normaliser-vichy-vise-a-masquer-son-veritable-projet-mettre-a-bas-la-republique_6101147_3232.html

Ajout du 02/12:

En lien, cet interview essentielle du grand historien américain Robert Paxton:

https://www.lemonde.fr/societe/video/2021/12/02/vichy-et-les-juifs-l-historien-robert-o-paxton-repond-a-eric-zemmour-dans-un-rare-entretien-au-monde_6104444_3224.html

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Ajout du 12/01/2022:

Un complément d’information utile dans le dernier ouvrage de Jacques Semelin (avec Laurent Larcher): Une énigme française. Pourquoi les trois quarts des Juifs en France n’ont pas été déportés, Paris, Albin Michel, janvier 2022.

Du même auteur, voir aussi l’article du Monde:

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/12/02/m-zemmour-votre-rhetorique-est-celle-de-l-entrepreneur-identitaire-qui-peut-entrainer-un-pays-au-massacre_6104376_3232.html

Promesses démagogiques ou annonce de sang et de larmes ? D’une écologie de la conviction à une écologie de la responsabilité.

Tranquillisez-vous : je n’ai aucune envie de rentrer dans le débat tragico-burlesque autour de la candidature ou pas d’un certain pluri-condamné pour incitations à la haine raciale ou autres délits, qui se voit propulsé au zénith des médias du fait de la complicité honteuse de journalistes méprisables qui ne devraient pas mériter ce nom. Ne faudrait-il pas sanctionner la publicité en faveur de la délinquance ?

Ni même de ratiociner sur la surenchère d’une certaine droite – et pas que… – qui s’empare des thèmes les plus nauséabonds de l’extrême droite en vue de peaufiner son profil de va-t’en guerre.

Non. Mon propos concerne une autre supercherie, peut-être plus grave – qui sait ? – car elle n’émane pas de quelques bouffons grotesques autant que dangereux, mais de personnages qui devraient être dignes de confiance de par leur appartenance à ce courant hautement respectable qui est celui de l’écologie, courant que je partage tout en désespérant de le voir un jour « responsable » au sens où Max Weber emploie ce terme (cf. ci-dessous).

Car ne voilà-t-il pas que la démagogie vient prendre possession de la réflexion écologique, alors même que celle-ci, face aux urgences de notre époque, devrait s’astreindre à la plus grande rigueur et la plus grande honnêteté ?

Rigueur et honnêteté qui devraient accorder toute sa part à une exigeante éthique de responsabilité, plutôt que de céder aux facilités trompeuses d’une pure éthique de conviction.

[Rappelons que pour le philosophe et sociologue Max Weber (1864-1920) « l’éthique de conviction » repose sur le pur principe du devoir, « la flamme de la pure doctrine » : il faut agir en fonction des valeurs supérieures et des principes auxquels on croit. « L‘éthique de responsabilité » si elle relève elle aussi de principes et de valeurs, fait en revanche une part déterminante au pragmatisme : l’action motivée par des valeurs ne peut faire abstraction des effets concrets tels que la raison permet de les prévoir « Nous devons répondre des conséquences prévisibles de nos actes ». Voir : Le savant et le politique, Plon, Paris 1959, p. 172ss].

Ainsi est-on étonné de constater par exemple qu’ignorant toute approche scientifique rigoureuse, une prétendante à la fonction de candidate écologiste à la présidence de la République se permet d’assurer qu’il est possible de « sortir des engrais chimiques en cinq ans ».

« Conviction », bons sentiments certes, mais qui risquent d’engager un pays, voire le monde, sur des voies bien douteuses et bien dangereuses sous le seul prétexte de « veiller sur la flamme de la pure doctrine » (M. Weber, op. cit. p. 173).

Allons tout de suite à la conclusion [de l’étude de l’INRAE: L’azote : un élément clé pour le développement de l’agriculture biologique] :

Oui, il est possible d’aller vers une généralisation du bio, mais à de nombreuses et très sévères conditions techniques et sociétales. En effet, lorsque le modèle est utilisé avec des scénarios de 20%, 30%, 40% et jusqu’à 100% de bio, si l’on conserve les pratiques d’élevages, de cultures et de consommation alimentaires actuelles, c’est la catastrophe. Au sens où la baisse de rendement des cultures due au déficit en azote ne permet plus de nourrir les 7,5 milliards d’êtres humains actuels et encore moins les 8,6 milliards envisagés. Et le manque n’est pas anecdotique. Si l’on prive l’agriculture des engrais azotés sans rien changer par ailleurs, à 20% de bio on peut nourrir 6 milliards d’êtres humains. Et à 60% de bio, le chiffre chute à 3,6 milliards.

(…)

Donc, si l’on veut élever le niveau du débat politique et électoral, on arrête les slogans ineptes sur « la sortie du … en 5 ans » – une durée calée sur celle du mandat politique du Président de la République et non sur une analyse technico-économico-sociale – et on s’occupe plus sérieusement du sujet. Parce que réaliser les conditions citées par les auteurs de l’article de Nature Food, à l’échelle de la France (si tant est qu’il soit possible de le faire de manière complètement indépendante d’un monde qui ne s’engagerait pas dans la même voie), en cinq ans relèverait tout simplement de l’opération du Saint Esprit, mais pas de la politique. (S. Huet. Article cité en lien).

De même, sans être hélas surpris, constate-t-on que bien que le problème de l’intermittence des « énergies renouvelables » soit souligné depuis au moins deux décennies, une sortie du nucléaire « à l’allemande » continue d’être prônée sans plus de réflexion par l’ensemble des prétendants écologistes à la présidence de la République alors même que l’Angleterre vient de connaître l’une des pires crises de son histoire énergétique du fait de l’absence de vent, entraînant une hausse sans précédent du prix du gaz dans l’Europe entière tout en obligeant le recours au charbon, et que l’Allemagne confirme sa dépendance périlleuse au gaz russe, quitte à se doter d’un parc de centrales à gaz d’une puissance supérieure au parc nucléaire français. Bel exemple « d’usine à gaz » qui ne témoigne pas spécialement d’une remarquable réussite écologique.

Là encore, une pure « éthique de conviction » en arrive à des résultats qui peuvent être catastrophiques du point de vue écologique.

L’été s’achève en pente douce en cette mi-septembre. Les températures restent clémentes et les terrasses bien remplies. Alors pourquoi se soucier de l’hiver ? Peut-être parce qu’il faut écouter les marins qui se méfient du calme plat. Face aux côtes écossaises et anglaises, le vent faible n’est pas de bon augure. Surtout depuis que ces mers agitées se sont hérissées de milliers d’éoliennes équivalant à la production électrique de plus de huit tranches nucléaires. La plus grosse capacité au monde. A elles seules, elles fournissent le quart de l’électricité consommée par le Royaume-Uni…, quand le vent souffle.

Et en ce début septembre, les machines se sont mises à l’arrêt. Cet évènement climatique anodin a plongé le monde de l’énergie dans l’inquiétude. Quand les éoliennes s’arrêtent, il faut compter sur les autres sources de production d’électricité pour alimenter le pays. Dans les îles Britanniques, c’est le gaz, le nucléaire et le charbon. On peut enfin puiser dans les réserves. Mais celles-ci sont au plus bas, tandis que les centrales nucléaires sont en maintenance ou à l’arrêt. Reste le gaz et le charbon. Le gestionnaire du réseau britannique a demandé en urgence à EDF de rouvrir une des dernières centrales à charbon.

Résultat, en faiblissant, le vent du Nord à fait s’envoler les cours du charbon et surtout du gaz. Pour ce dernier, les prix atteignent des niveaux jamais vus depuis vingt ans. Car, à la météo, s’est ajoutée la reprise de la demande, plus forte que prévu. Le phénomène ne se limite pas au Royaume-Uni, et c’est toute l’Europe qui s’inquiète de la situation. De passage sur le Vieux Continent, un envoyé officiel du département américain de l’énergie a fait part de sa vive inquiétude au regard des très faibles réserves européennes et de l’insuffisance des fournitures de gaz. Les Américains sont au maximum de leur capacité et les Russes peinent à fournir la demande. On comprend mieux l’empressement des Allemands à achever la construction du gazoduc Nord Stream 2dans la mer Baltique.

https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/09/14/gaz-les-prix-atteignent-des-niveaux-jamais-vus-depuis-vingt-ans_6094586_3234.html

(voir aussi l’article important de Stéphane Lauer : https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/09/27/entre-deux-maux-le-recyclage-des-dechets-nucleaires-et-le-rechauffement-climatique-l-europe-doit-trancher_6096121_3232.html  )

De même continue-t-on d’entendre de la part de dits « écologistes » des discours semblant ignorer les graves conséquences environnementales d’un passage généralisé à la mobilité électrique ainsi que les ordres de grandeur qu’elle supposerait en ce qui concerne l’augmentation démesurée de la production d’électricité, ou autres apologies sans nuances du « passage à l’hydrogène » alors même qu’en dehors de quelques applications spécifiques, celui-ci a toutes les chances de constituer une « solution » aussi coûteuse qu’illusoire.

En fait, la physique est impitoyable : l’énergie nécessaire pour séparer l’hydrogène de l’oxygène – auquel il est solidement « cramponné » – est exactement égale à l’énergie que l’hydrogène fournira quand il brûlera, c’est-à-dire… s’associera de nouveau à de l’oxygène (par combustion ou dans une pile à combustible) pour reformer de l’eau !

(…)

Pour que l’hydrogène soit « vert », il faut électrolyser de l’eau avec de l’électricité bas carbone (nucléaire, éolien, hydraulique ; le solaire est déjà presque trop carboné à cause de la fabrication du panneau). Mais il y a un petit problème d’ordre de grandeur : en France, pour remplacer tous nos carburants par de l’hydrogène obtenu par électrolyse à partir d’électricité éolienne, il faudrait multiplier par 15 la puissance installée dans l’Hexagone en moulins à vent modernes, et doubler la production électrique totale…

(…) La consommation totale de produits pétroliers dans le monde avoisinant les 4,5 milliards de tonnes en 2019 (merci le covid après !), et les carburants faisant à peu près les 2/3 du total, ça fait donc environ 3 milliards de tonnes de carburant.

Pour avoir le même contenu énergétique en hydrogène, il faudrait environ 1 milliard de tonnes, demandant plus du doublement de la production électrique mondiale pour être produits…

Sans évoquer l’absence récurrente de réflexion proprement écologique sur l’urgence de la question démographique

Etc. etc. etc.

Il serait donc grand temps d’inclure, au-delà des incantations relevant de la pure « conviction », une bonne dose de « responsabilité ».

Certes, la démagogie y perdra, ainsi que le pouvoir de séduction de certains discours sur l’électeur potentiel.

Mais ne serait-ce pas l’honneur d’une écologie digne de ce nom que de nous mettre enfin clairement face aux difficultés et aux efforts qui nous attendent, plutôt que de nous engager dans des illusions que la réalité ne pourra que dissiper, probablement de façon tragique, à force de dégâts écologiques et de coûts économiques considérables ?

Supercherie et duplicité ont fait suffisamment de mal en politique pour qu’on ne s’efforce pas d’y trouver une alternative.

Celle-ci passe nécessairement par « du sang et des larmes », et le courage de ce « parler vrai » auquel fait allusion Daniel Cohn-Bendit :

Si la révolution verte est en marche, son image irénique se brouille. « La transition écologique en douceur, ça n’existe pas », tranchait Daniel Cohn-Bendit dans Les Echos du 24 août, à l’attention des Verts. S’ils parlaient vrai, poursuivait l’ancien député européen, ils devraient dire « votez pour nous, et tout sera plus difficile ». Mais qui est prêt à promettre du sang et des larmes ?

[voir dans l’article de J.M. Bezat cité en lien ci-dessus une liste impressionnante des limites du « grand basculement« : problèmes écologiques liés à l’exploitation des métaux rares; raréfaction et renchérissement du cuivre indispensable pour l’électrification de la planète; production de l’aluminium, des éoliennes et des panneaux photovoltaïques dans des usines chinoises alimentées au charbon; « pollution numérique colossale », etc.]

En dépit de la pertinence des observations qui suivent, un tel « parler vrai » ne suppose pas nécessairement « de rompre avec les libertés individuelles, voire avec le pacte démocratique », mais de faire comprendre que la Liberté ne se confond pas, on l’a vu, avec un fantasme libertarien. Qu’elle ne peut se concevoir que dans un modèle social et politique « où les intérêts particuliers » cessent « d’empiéter sur l’intérêt commun ».

Quel que soit son bord politique, le nœud du problème pour l’État est triple : d’abord, il lui faudrait prendre, pour décarboner l’économie, des mesures extrêmement dures, voire liberticides ;on pourrait évoquer une « économie de guerre » ; ensuite, il ne peut agir seul dans ce domaine, il faut nécessairement une coordination à l’échelle mondiale ; enfin, il lui faut lutter contre l’atomisation croissante des sociétés, où les intérêts particuliers tendent à empiéter sur l’intérêt commun qui présiderait à de telles mesures. (…)

Interdictions et obligations

Envisageons toutefois la décarbonation seule. L’objectif pour la France serait d’atteindre une empreinte carbone par habitant de 3,7 tonnes de CO2e (équivalent CO2) en 2030, soit le tiers de ce qu’elle était en 2017.

Pour ce faire, les mesures à prendre toucheraient aussi bien le bâtiment (résidentiel ou tertiaire) que les mobilités, l’agriculture, l’énergie, la consommation ou encore l’aménagement du territoire.

Elles concerneraient la vie quotidienne de chacun d’entre nous : augmentation du renouvellement des équipements de chauffage, interdiction de construction de nouvelles maisons individuelles (toute construction neuve étant réservée à l’habitat collectif), mise en place d’un couvre-feu thermique dès 2025, interdiction des voitures thermiques dans les centres urbains dès 2024 (les villes devenant dédiées au vélo et aux transports en commun), limitation généralisée des températures dans les logements et les bureaux, obligation pour toute parcelle de jardin de devenir productive, fin de l’artificialisation des sols, interdiction de tout vol hors Europe non justifié (donc de confort ou non nécessaire), division par trois du flux vidéo consommé (moins de vidéos en ligne, jeux vidéo, réseaux sociaux), limitation à 1 kg du nombre de vêtements neufs mis sur le marché par personne et par an (contre 40 kg en 2017), limitation drastique de la consommation de viande, instauration de quotas sur les produits importés (chocolat, café, thé…), et bien entendu, reconversions et créations massives de nouveaux emplois.

(…)

Car c’est bien d’un changement de mode de vie qu’il s’agirait, et d’un changement piloté par l’État, assorti de contrôle et de surveillance des populations. Car, sans cela, comment s’assurer que les jardins particuliers ont bien tous un potager, et que personne n’a pu se procurer plus de vêtements ou de café qu’autorisé ?

(…)

C’est ici qu’apparaît le problème des gouvernants : décarboner vraiment, c’est rompre avec les libertés individuelles, voire avec le pacte démocratique.

(…)

Nous sommes aujourd’hui au pied du mur : entre l’importance croissante, voire suprême, de la liberté individuelle, et le besoin d’État fort que la crise climatique va nécessairement engendrer dans un objectif de survie collective, qu’allons-nous choisir ? Je n’ai pas la réponse. Mais il est plus que jamais nécessaire de regarder la question en face.

Voilà bien le défi auquel doit répondre une politique digne de ce nom.

ll nécessite de passer de la stérilité de proclamations et de convictions purement incantatoires à la construction rigoureuse d’une éthique et d’une politique de la responsabilité.

Sans doute, effectivement, « regarder la question en face » fera que « tout sera plus difficile ».

Mais quel défi n’est pas plus difficile que la résignation inerte à l’inacceptable ?

Et, de toute façon, nous n’avons plus désormais le temps d’avoir le choix.

*

Ajout du 04/10 :

Et à propos de Yannick Jadot, cet autre article de Sylvestre Huet dénonçant un bien pitoyable « festival »:

« La mort de Napoléon ». Simon Leys ou l’horreur de la politique.

Bien sûr, outre le rapport du GIEC et les catastrophes climatiques (cf. post précédent), bien des sujets demanderaient une réflexion urgente.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/08/27/gael-perdriau-emmanuel-macron-fait-preuve-d-un-cynisme-sans-borne-sur-l-accueil-des-afghans_6092471_3232.html

Mais une lecture récente me donne envie de traiter d’un thème qui me surprend moi-même, car je suis loin d’être un fan de … Napoléon.

Comment donc ai-je pu me décider à lire un livre consacré à ce rebutant despote, même (et surtout…) en cette année de commémoration de son décès ?

Il a bien fallu tout le génie, l’élégance et la profondeur de Simon Leys pour me séduire.

J’ai fait plusieurs fois référence à cet auteur que je considère comme un maître de discernement, de courage et d’intelligence, en particulier pour ce qui est de l’analyse de quelques affaires essentielles de notre XXème siècle.

Simon Leys est le pseudonyme de Pierre Ryckmans (1935-2014). Historien d’art, sinologue et essayiste internationalement reconnu, il est notamment l’auteur de: Les Habits neufs du Président Mao (1971), Ombres chinoises (1974). Protée et autres essais (2001) et Les Naufragés du Batavia, suivi de Prosper (2003). La Mort de Napoléon (1986) est son seul texte de fiction.

Nous dit la quatrième de couverture.

Ajoutons que

« traducteur, calligraphe, écrivain et grand lecteur, Simon Leys, décapita définitivement le maoïsme parisien tout en conspuant ses ambassadeurs de la mondaine intelligentsia de salon, et fit son entrée au panthéon des humanistes et des hommes honnêtes au sens confucéen du terme » (France Culture. Une vie, une œuvre).

« La mort de Napoléon » récemment rééditée (Espace Nord, Bruxelles, 2021), date déjà de 35 ans. Comment donc, grand lecteur de Simon Leys, ai-je pu laisser passer un tel bijou ?

Peut -être Françoise Chatelain, auteure d’une stimulante postface, peut-elle me mettre sur la voie :

Leys fait preuve ici d’une audace qui aura des conséquences sur la notoriété en France de sa seule œuvre de fiction : « Dans l’ensemble, les commentaires anglais, américains et australiens sur The Death of Napoléon m’ont paru (à l’une ou l’autre exception près) plus subtils et intéressants que les commentaires français. (Je soupçonne que beaucoup de Français considèrent encore Napoléon comme un sujet tabou…) ».

Cette attitude devait laisser trop longtemps dans l’ombre un texte d’une grande richesse qu’il est urgent de redécouvrir avec un regard débarrassé des préjugés des années 1980.

(« Lecture » de la précédente édition de La mort de Napoléon, dans la collection Espace Nord, Labor, Bruxelles, p. 133), Françoise Chatelain, Postface à La mort de Napoléon, op.cit. p.144.

« Audace » qui est celle de l’humilité, de « l’insignifiance », liberté d’esprit qui caractérise à la perfection notre auteur, autant dans la dénonciation des ravages du maoïsme et de ses dévots ineptes que dans la satire sacrilège de quelque « tabou » bien français, et qui sont l’un des aspects attachants de cette « belgitude » qu’il reconnaît au poète Henri Michaux son concitoyen :

S’il est une chose dont le Belge est pénétré, c’est de son insignifiance. Cela, en revanche, lui donne une incomparable liberté — un salubre irrespect, une tranquille impertinence, frisant l’inconscience. [La fourmi n’a aucun scrupule à marcher sur le pied de l’éléphant ; et il y a des petits oiseaux qui viennent picorer dans la gueule ouverte des crocodiles (ces derniers leur font d’ailleurs bon accueil : ça les dispense de se brosser les dents)]. Ou encore, le Belge est une sorte de fou du roi : comme ce qu’il dit ne saurait tirer à conséquence, il peut tout dire. (S. Leys, « Belgitude de Michaux », in Le Studio de l’inutilité, Paris, Flammarion Champs, 2014, p. 43-44. Cité par F. Chatelain, postface à La mort de Napoléon, op.cit. p. 142. Je me suis permis de compléter la citation. La partie entre crochets, omise par Mme Chatelain, me paraissant pleine d’un humour et d’un charme bien caractéristique de Simon Leys).

Me refusant à déflorer le remarquable petit conte philosophique de ce « fou du roi » afin de garder intacte la délectation du lecteur, je n’en révélerai que ce qui est accessible à tout curieux, en l’occurrence la quatrième de couverture :

« Messieurs-dames, hélas ! l’Empereur vient de mourir !» La nouvelle se répand rapidement à travers toute l’Europe. Pourtant, Napoléon n’est pas mort. Après une ingénieuse évasion, il a réussi à regagner la France, laissant un sosie occuper sa place à Sainte-Hélène – et ce n’est que ce dernier qui vient de trépasser. Mal ajusté à son incognito, Napoléon va traverser une série d’étranges épreuves. Confronté à son propre mythe, saura-t-il recouvrer son identité ? Et qui est-il donc, maintenant que l’Empereur est mort ?

« On ne sait plus depuis deux siècles écrire de contes philosophiques de cette tenue-là. » (François Nourissier, Le Point).

« La Mort de Napoléon repose sur une idée époustouflante… et est écrit avec la grâce d’un poème. » (Edna O’Brien, Sunday Times).

« Un livre extraordinaire… Simon Leys est un fabuliste expert. » (Pénélope Fitzgerald, The New York Times).

Ainsi que l’exergue, tiré des Mauvaises pensées et autres, de Paul Valéry :

C’est pitié de voir une forte tête, comme celle de Napoléon, vouée aux choses insignifiantes, comme sont les empires, les événements, les tonnerres du canon et de la voix, croire à l’histoire, à la gloire, à la postérité, à César, – s’occuper des masses mouvantes et de la surface des peuples… Il ne sentait donc pas qu’il s’agit de bien AUTRE CHOSE ? (Simon Leys lui-même a mis ces derniers mots en majuscule).

Cet exergue dit déjà beaucoup sur ce que sera l’esprit du conte.

Il se trouve qu’ une émission de télévision intitulée « Gorbatchev en aparté », visionnée alors que je terminais juste ma lecture du Napoléon de Simon Leys m’a amené à opérer un rapprochement que je vous propose.

Car le propre de cet homme lui aussi extraordinaire qu’est Gorbatchev n’est-il pas d’avoir représenté le parfait anti-Napoléon, celui-là même « qui a senti qu’il s’agissait de bien AUTRE CHOSE » que ces babioles grotesques et insignifiantes que sont les empires, les tonnerres du canon, la gloire, la postérité, César et autre balivernes ?

Perestroïka, élections libres en Russie, « révolutions de velours » dans les pays de l’Est, sortie du totalitarisme et mise en place d’institutions démocratiques, chute du mur de Berlin, fin de l’exil de l’éternel opposant Sakharov, fin de la Guerre Froide, des essais nucléaires, initiative des traités de désarmement malgré les résistances américaines …, tout ceci et bien d’autres choses encore – en dépit bien sûr de quelques erreurs et faiblesses – ne caractérise-t-il pas l’extraordinaire aventure d’un « défaiseur d’Empire », à l’inverse des prétentions aussi grotesques que tragiques des si nombreux « faiseurs d’Empire » passés ou contemporains ?

Mesure-t-on la chance que le monde a connue, lors de la chute du mur de Berlin, de ne pas vivre un nouveau « coup de Prague » ou de Budapest ?

Et lorsque nous assistons aujourd’hui, entre autres résurgences impériales, à des annexions de la Crimée, à des menaces sur Hong-Kong et Taïwan, ne devons-nous pas souhaiter l’apparition de nouveaux -et hélas si rares – « défaiseurs d’Empires » plutôt que de voir prospérer l’engeance si commune et si vulgaire des séides de Napoléon ?

Et pourtant, la popularité de Gorbatchev est moins forte en Russie que celle de Poutine, et même de Staline…

Ainsi en va-t-il sans doute de nombre de ceux qui sentent « qu’il s’agit de bien AUTRE CHOSE ».

En fait, ce qui constitue le fond de la pensée de Simon Leys dans son conte et la raison pour laquelle il a écrit en majuscule ces derniers mots de son exergue me semble devoir être recherché dans cette attitude qu’il partage avec George Orwell son modèle, celle de « l’horreur du politique », aspect souligné à juste titre par Françoise Chatelain dans sa postface :

« C’est cette dimension humaine qui donne à l’œuvre d’Orwell une place à part dans la littérature politique de notre temps. Plus spécifiquement, ce qui fonde son origi­nalité supérieure en tant qu’écrivain politique, c’est qu’il haïssait la politique. […] si la politique doit mobiliser notre attention, c’est à la façon d’un chien enragé qui vous sautera à la gorge si vous cessez un instant de la tenir à l’œil.» (Simon Leys, Orwell ou l’horreur de la politique, Paris, Plon 2006, p 55-58, et Flammarion Champ, 2006, p. 48-49. 50, cité dans la postface de F. Chatelain à La mort de Napoléon, op. cit. p. 116.

Car toute l’œuvre de Leys, comme celle d’Orwell, est marquée par la recherche exigeante de ce « bien AUTRE CHOSE ».

Recherche dont témoigne peut-être encore un autre rapprochement qui m’a semblé possible entre son Napoléon et l’existence de Gorbatchev, entre la place qu’a occupée dans la vie de ce dernier son épouse Raïssa, porteuse d’un « AUTRE CHOSE » qu’on perçoit si essentiel dans le témoignage de la vidéo en lien ci-dessus, et la place même de cette « Autruche » qui aurait pu, s’il l’avait voulu, s’il l’avait simplement regardée, changer la vie et la mort de Napoléon.

Je n’en dirai pas plus. La réponse à cette énigme étant réservée comme il se doit aux lectrices et lecteurs de La mort de Napoléon.

Moi qui ai terminé ce petit chef-d’œuvre, je les envie.

Bonne lecture, donc !

Pandémies, dérèglements climatiques, transitions énergétiques, « libertés individuelles »… Vers la fin du mirage de « l’effet cliquet ».

« Encore à jouer les oiseaux de mauvais augure ! », dirait une fois de plus Stultitia.

Ce n’est certes pas de gaîté de cœur, mais il faut bien avouer qu’il y a de quoi…

Cela fait tout de même un certain temps que je m’étonne … d’un étonnement largement partagé.

En quoi devrait-il être étonnant, en effet, qu’une pandémie s’éternise en prenant des formes nouvelles qui mettent à mal nos capacités sanitaires ?

On le sait depuis longtemps, un poulailler ou un clapier surpeuplé, tout comme les élevages intensifs, constituent le milieu idéal pour la transmission de maladies de toutes sortes.

Or notre humanité n’arrête pas d’entasser les individus dans ce clapier grouillant que devient notre pauvre Terre. En vertu de quel miracle devrait-elle échapper à cette logique que connaît tout éleveur, contraint de recourir de plus en plus à une permanente médicalisation de son cheptel, faute de pouvoir ou de vouloir adopter des méthodes d’élevage plus extensives qui supposent plus de place pour moins d’animaux ?

Mais peut-être la fréquentation de l’ENA ainsi que la perte de contact avec notre Terre nourricière empêchent-elles de percevoir des vérités aussi simples et évidentes ?

Certains pourtant s’efforcent de rappeler de telles évidence, ainsi que leurs conséquences inévitables sur ce que d’aucuns nomment la « restriction des libertés individuelles » :

« Il est probable que nous ayons à faire face à d’autres restrictions dans l’avenir. Pas parce que cela crée un précédent car les mesures liées aux pandémies sont réversibles. Mais parce que les situations qui créent les conditions de propagation des virus sont amenées à se reproduire », déclare par exemple François Saint-Bonnet, professeur en histoire du droit à Paris 2.

Rapidité des communications tous azimuts, fonte du permafrost, déforestations en Afrique ou en Amazonie qui vont incessamment libérer, comme le souligne par exemple le grand photographe Sebastião Salgado (vers 7mn) quantité de virus encore inconnus, tout cela indique que des mesures qui nous paraissent encore « d’exception » ont de fortes chances de constituer la règle de notre quotidien dès les années à venir.

Mesures d’exception qui ne seront pas seulement dictées par les pandémies, mais aussi, et simultanément, par les divers cataclysmes – incendies géants, inondations massives, etc. – provoqués par cette « surexploitation de la Terre » régulièrement dénoncée, hélas sans grand effet, par des milliers de scientifiques de premier plan.

Les « signes vitaux » de la planète s’affaiblissent face à la surexploitation générée par l’économie mondiale, ont mis en garde des scientifiques de premier plan, mercredi 28 juillet. Auteurs d’une étude publiée dans la revue BioScience, ils s’inquiètent de l’imminence possible de certains « points de rupture » climatiques.

Ces chercheurs font partie d’un groupe de plus de 14 000 scientifiques ayant plaidé pour la déclaration d’une urgence climatique mondiale. Ils estiment que les gouvernements ont, de manière systématique, échoué à s’attaquer aux causes du changement climatique : « la surexploitation de la Terre ». Depuis une évaluation précédente en 2019, ils soulignent la « hausse sans précédent » des catastrophes climatiques, des inondations aux canicules, en passant par les cyclones et les incendies.

(…)

Avec plus de quatre milliards d’animaux, notamment vaches et moutons, la masse du bétail dépasse, désormais, celle des humains et des animaux sauvages combinés, selon l’étude. « Nous devons réagir face aux preuves qui montrent que nous allons vers des points de rupture climatiques, en prenant des mesures urgentes pour décarboner l’économie et en commençant à restaurer la nature plutôt que la détruire », a déclaré l’un des auteurs, Tim Lenton, de l’université britannique d’Exeter.

La menace de l’irréversibilité

Les auteurs estiment qu’il existe, en effet, « de plus en plus de preuves que nous approchons, voire avons déjà dépassé » certains des points de bascule qui pourraient entraîner le système climatique vers un changement dramatique et irrémédiable. Cela inclut la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique, qui pourrait être irréversible à l’échelle de plusieurs siècles, même si les émissions de CO2 étaient réduites. Pour les récifs coralliens, menacés notamment par le réchauffement, et dont dépendent un demi-milliard de personnes, l’atteinte d’un point de non-retour est également possible.

Les auteurs réclament des actions rapides et radicales dans plusieurs domaines : éliminer les énergies fossiles, réduire la pollution, restaurer les écosystèmes, opter pour des régimes alimentaires basés sur les plantes, s’éloigner du modèle de croissance actuel et stabiliser la population mondiale.

Stabilisation – mieux, décroissance – de la population mondiale sur laquelle je revenais dans mes derniers posts, en réponse à la permanence du déni…

Tout cela nous montre, s’il en était encore besoin, que l’humanité a mangé son pain blanc et que nous sommes au pied du mur.

Que les modélisations de Meadows qui étaient, dans les années 1970, de l’ordre de la prévision, sont désormais, incontestablement, de l’ordre des faits.

Là encore, on ne peut que s’étonner de l’étonnement que peuvent susciter chez certains de tels constats, et des incantations réitérées à un « retour de la croissance » voué à être désormais indéfiniment différé, du simple fait des capacités physiques d’une Terre qui ne peut fournir plus de ressources – en énergie, en matières premières, etc.- qu’elle n’en a, et du fait des phénomènes climatiques – sécheresses, inondations, incendies, etc.- appelés à peser de plus en plus lourd sur les économies tout comme pèsera l’inéluctable succession des pandémies.

Dettes abyssales, crises financières plus que probables, il n’empêche : le « retour de la croissance » est guetté du haut de leurs tours d’ivoire par les économistes : « Sœur Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? ».

Car depuis deux siècles l’humanité a vécu dans la croyance, en Occident du moins, qu’un accroissement permanent de nos possibles était garanti de façon magique par un « effet cliquet » rendant impossible tout retour en arrière.

Que la possibilité d’augmenter sans cesse notre consommation d’énergie, de se déplacer où l’on veut, quand on veut, en voiture, en avion, de circuler aux quatre coins du monde sans précautions particulières, d’accroître indéfiniment notre niveau de vie, de richesse, de santé, notre durée moyenne de vie, constituaient des acquis incontestables, érigés au rang de « droits » sur lesquels il était impossible de revenir.

Que tout cela faisait partie d’une sorte de dynamique inéluctable, un sens millénariste de l’histoire, voire une théologie laïque qu’il s’avérait sacrilège de remettre en question.

Et beaucoup ne sont toujours pas sortis de ce genre de vision, comme le prouvent encore une résistance forcenée du déni, ainsi que les promesses délirantes d’un transhumanisme des lendemains qui chantent – pour ceux du moins qui en auraient encore les moyens-.

En dépit du nombre croissant, fort heureusement, de ceux qui se rendent compte, comme le chantait Alain Souchon, qu’on commence sérieusement « à voir le vide à travers les planches ».

Or, si ce n’est pour un libertarianisme à courte vue, la Liberté ne se réduit pas à l’infinie poursuite de tous les possibles suscités par nos fantasmes infantiles de toute puissance.

Nombre de nos « acquis » ou de nos « libertés » prétendument intangibles relèvent en fait d’agréments qu’a permis un certain développement économique, mais qui n’ont aucun caractère essentiel, encore moins pérenne.

Et il serait bien illusoire de croire que ces « acquis », ces « libertés », ces « droits » pourraient eux aussi bénéficier de « l’effet cliquet » abusivement attaché aux autres aspects de la soi-disant « croissance ».

N’en déplaise aux libertariens de toute sorte, ce genre de croyance est déjà, et sera de plus en plus, battue en brèche par le principe de réalité qui accompagnera nécessairement l’évolution de nos conditions d’existence.

Fort heureusement, le plaisir grisant de rouler à la vitesse qu’on veut sur les réseaux routiers publics après un repas bien arrosé a bien dû céder devant le nombre de morts dont cette « liberté » était la cause. En dépit des contestations récurrentes (rien de nouveau sous le soleil…) des défenseurs de la « liberté de vitesse », la limitation de ce genre de « liberté » – limitation qui, rappelons-le, a divisé par six le nombre de victimes de la route – est désormais majoritairement acceptée.

Cela devrait nous faire prendre conscience qu’il existe une dimension bien plus essentielle de ce que nous nommons « liberté », et qui en appelle à une compréhension moins superficielle.

Si, comme le dit Paul Ricoeur que j’ai souvent cité sur ce blog, « on entre en éthique quand, à l’affirmation par soi de sa liberté, on ajoute l’affirmation de la volonté que la liberté de l’autre soit », alors la Liberté s’inscrit dans la dimension d’une solidarité collective nécessairement médiatisée par la Loi.

Car si « l’impulsion du seul appétit est esclavage », « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite –[collectivement]-est liberté », nous dit encore Rousseau.

Les événements actuels, et ceux à venir, vont désormais nous obliger quotidiennement à mieux distinguer ce qui appartient aux seuls « appétits » et conforts individualistes dont nous sommes bien souvent les esclaves, de ce qui relève d’un Bien Commun que le Politique se doit de préserver afin que chacun puisse jouir de la Liberté authentique qui lui revient de droit.

Travail de discernement et de vigilance, autant en ce qui concerne les abus possibles du politique que ceux qui émanent des caprices des citoyens en ce qui concerne la distinction entre de futiles « libertés d’agrément » et la Liberté en tant que telle.

Et dans un monde dont « l’ordre » se révèle de plus en plus éloigné de ce que voudraient lui imposer nos caprices et nos fantasmes prétentieux, il devient urgent de renoncer à nos ambitions prométhéennes de croissances infinies pour revenir à l’antique sagesse stoïcienne dont témoignait le vieux Descartes lorsqu’il conseillait de « changer nos désirs plutôt que l’ordre du monde ».

Ou peut-être faudrait-il parler d’une urgente conversion de ces désirs vers la poursuite d’objectifs plus en accord avec ce qui constitue la dignité de notre humanité.

Le temps est sans doute révolu des rêves de toute puissance et de triomphe d’un bien être purement individualiste par une « levée des inhibitions » quelque peu adolescente.

Car c’est bien la survie collective d’une humanité digne de ce nom qui est en jeu.

Et notre époque exige un engagement adulte de notre Liberté, au-delà des revendications puériles d’un simple confort désormais obsolète et d’un certain nombre de facilités accessoires dont les circonstances exigent d’ores et déjà d’accepter, qu’on le veuille ou non, la disparition.

Même lorsque la démagogie de politiques irresponsables continue à entretenir le mirage funeste de « l’effet cliquet ».

*

Ajout du 28/08:

Bien évidemment, le dernier rapport du GIEC ne fait que confirmer les propos qui précèdent.

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/08/09/la-crise-climatique-s-aggrave-partout-a-des-niveaux-sans-precedent-alerte-le-giec_6090961_3244.html

Ainsi que cet article qui pose bien la question de la nécessaire distinction entre l’affirmation du « principe » et la confrontation à la réalité lorsqu’il s’agit de liberté :

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/08/26/covid-19-sur-la-question-des-libertes-nous-confondons-le-principe-et-la-realite_6092363_3232.html

Encore et encore sur la démographie. Et sur la mauvaise foi que semblent affectionner ceux qui font pourtant profession de cultiver la bonne.

« Mais tu passes ton temps à te répéter », me dit Stultitia, « tu as déjà tant de fois parlé de démographie ».

Soit.

Mais le déni se répète lui aussi. Et c’est bien là le problème : il faut donc se répéter pour tenter de lutter contre la répétition du déni.

J’avais en effet déjà relevé quelques incohérences de Gaël Giraud, en dépit de l’intérêt que je peux porter à nombre de ses idées, en matière économique en particulier.

Et voilà que je me sens obligé de revenir sur des affirmations concernant la démographie qu’il réitère lors du « 28 Minutes » d’Arte du 23 de ce mois (Vers 9mn 18).

À la question d’Élisabeth Quin : « Est-ce que la notion de décroissance démographique est quelque chose qui est tabou pour vous », Gaël Giraud répond :

« Ma réponse à ceci, c’est ‘’Ne nous voilons pas la face’’. J’entends dans les salons parisiens des amis qui me disent : ‘’J’arrêterai de rouler en SUV le jour où les femmes maliennes arrêteront d’avoir six enfants’’. La réponse à ceci c’est premièrement : ce n’est pas les femmes maliennes qui sont responsables des émissions de co2 sur la planète ».

Certes. C’est bien là ce que se tuent à dire tous les partisans de la décroissance démographique, comme les 15 364 scientifiques de 184 pays, signataires de l’appel du 13 novembre 2017 de la revue « BioScience », suivis des 11 000 de 153 pays, dont 1500 français, le 05 novembre 2019, tous parfaitement au courant que l’empreinte écologique en hectares globaux (hag) d’un habitant des États-Unis est plus de 11 fois supérieure à celle d’un habitant du Burundi, et que si tous les humains consommaient comme cet Américain, il faudrait disposer de 4,97 planètes, ou de 2,79 planètes s’ils consommaient tous comme un français.

Ce genre de documentation est désormais connu de tous, et la responsabilité des nations occidentales dans le réchauffement climatique est effectivement écrasante.

En plus d’une radicale cure d’austérité en vue de réduire leur consommation, c’est donc logiquement aux occidentaux qu’il appartient d’abord de maîtriser leur démographie.

Ce n’est pourtant pas, on l’a vu,  ce que prône le pape, complice et grand inspirateur des thèses du père Giraud, lorsqu’il incite les italiens (dont l’empreinte écologique est proche de celle des français et plus ou moins conforme à la moyenne européenne et sa consommation de près de 3 planètes donc…) à une « explosion des naissances » en vue d’assurer la reprise économique.

Bien sûr, la femme malienne et ses enfants dont parle Gaël Giraud ne sont en rien responsables d’une telle surconsommation dont le pape se fait implicitement l’avocat en encourageant la natalité italienne.

Mais comment donc un pape et un père jésuite peuvent-ils être aveugles au point de ne pas se rendre compte que les plus de deux milliards d’africains seront en 2050 plus proches, du fait d’une croissance économique inéluctable, de l’empreinte écologique de la Chine, qui consomme plus de deux planètes, que de celle du Burundi actuel ?

On le sait, la Chine, qui est passée d’une empreinte écologique de type Burundi à l’époque de Mao à celle que nous lui connaissons aujourd’hui, met tout en œuvre pour que le continent Africain connaisse une croissance du même type, et l’augmentation de sa population de consommateurs fera à l’évidence l’affaire de ses marchés, comme de ceux des nations qui lui disputent la place.

Nos ecclésiastiques sont-ils donc naïfs au point de penser que, seuls dans notre monde de l’hyperconsommation, le milliard d’africains supplémentaire dans un horizon proche, assailli de tous côtés par les incitations à la sainte « croissance », parviendra à maintenir cette vie austère et frugale ne consommant qu’une seule planète qui devrait être notre modèle à tous ?

Mauvaise foi ?

Peut-être faut-il le reconnaître, car une « foi » ne peut être estimée « bonne » du seul fait qu’elle obéit à l’autorité de papes ou d’une tradition qui prône continûment l’adhésion à des thèses démographiques hautement discutables dans notre contexte écologique actuel.

Dans ce contexte, la parole juste et de simple bon sens est bien plutôt celle d’un Kako Nubukpo qui affirme dans son livre L’urgence africaine. Changeons de modèle de croissance, Odile Jacob, Paris, 2019, que « l’Afrique doit passer d’une démographie subie à une démographie choisie » ; « qu’il ne peut y avoir d’émergence sans maîtrise démographique ».

Est-ce à dire, contrairement à ce que prétend M. Giraud dans son troisième point (« la démographie ne se commande pas d’en haut » – je reviendrai sur le deuxième point pour finir -), qu’il est possible d’agir sur la croissance de la population et de la maîtriser ?

La réponse doit être affirmative.

Car à l’opposé de la croissance économique dont la dynamique, à l’origine des troubles écologiques que nous expérimentons de nos jours, ne s’est jamais radicalement inversée depuis les débuts de l’ère industrielle (à part sur de courts laps de temps – crises, guerres, etc.), le taux de fécondité a connu, lui, depuis deux siècle déjà un déclin significatif, constant sur le long terme, en Occident du moins.

Voir par exemple, parmi d’innombrables études allant dans le même sens : Anne Salles, Le contrôle des naissances en Europe du XIXe au XXIe siècle, Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe.

Alors que domine jusqu’au xviiie siècle en Europe l’idée qu’il faut accepter stoïquement toute grossesse, le contrôle des naissances se généralise à partir du xixe siècle et devient progressivement une pratique répandue, en dépit de l’opposition de l’Église et des responsables politiques. Celui-ci apparaît en effet comme un moyen d’ascension sociale, puis, à partir des années 1960, de manière croissante, comme un instrument de liberté. Les politiques, après avoir longtemps condamné cette évolution, finissent par s’y adapter, y contribuant par la libéralisation de la contraception.

En France, le taux de natalité passe, de 1900 à 2020, de 22,7 enfants pour 1000 femmes à 10,7, le taux de fécondité passant dans la même période de 2,80 à 1,80, etc. etc.

La baisse de la natalité résulte de divers facteurs (développement, progrès dans l’éducation des femmes en particulier, information sur les moyens contraceptifs féminins et masculins…) contribuant à un changement des mentalités qui s’émancipent de l’emprise d’habitudes liées le plus souvent à des idéologies traditionnelles, religieuses en particulier.

Dans ce genre de changements, le rôle du politique peut être déterminant, comme le montre aussi par exemple la lutte contre l’excision qui, partie de prises de conscience et de revendications de la base, a été relayée en de nombreux pays par des décisions politiques fortes, en dépit des résistances ancrées dans les traditions et les cultures.

Il n’y a donc aucune raison pour que la question démographique échappe à tout contrôle possible « d’en haut », comme M. Giraud essaye de nous le faire croire, de façon d’ailleurs tout à fait paradoxale quand on constate les efforts acharnés du pape, son mentor, lorsqu’il cherche lui-même à « commander d’en haut » « l’explosion démographique » dont il rêve et à laquelle il incite les italiens.

L’attitude du politique et des instances – traditionnelles, religieuses, etc. – qui influent sur l’opinion peut donc jouer un rôle essentiel dans les orientations démographiques.

Laisser penser que ces dernières pourraient y échapper revient à consacrer le statu quo, en l’occurrence la dérive qu’on veut nous faire croire inéluctable vers un monde à 10 milliards d’habitants dans un futur proche.

Dérive qui, outre qu’elle sert les intérêts idéologiques bien ambigus de religions incapables de mettre en question un dogmatisme nataliste anachronique et d’ores et déjà funeste, fait le jeu d’économies cultivant le mythe de la croissance.

Car si la Chine en particulier renonce à une limitation des naissances, ce n’est pas à cause de l’impossibilité de celle-ci – on verra plus bas qu’elle peut avoir une efficacité tout-à-fait avérée lorsqu’elle est appliquée de façon intelligente – mais avant tout pour des raisons économiques, pour fournir la main d’œuvre nécessaire au maintien d’une croissance qui assure son statut d’usine du monde ainsi que sa position dominante dans la géopolitique de l’Extrême Orient et du monde. Nécessités qui exigent une puissance démographique forte et une augmentation du nombre des consommateurs qu’elle veut séduire.

Mais rien n’empêche des politiques alternatives de décroissance démographique d’être opérantes et rapides, comme en témoigne l’expérience de l’Iran, hélas abandonnée elle aussi pour des raisons de domination géopolitique, en dépit de son urgence écologique.

Je reprends ici avec de minimes remaniements un de mes commentaires suite à un article d’Anne-Bénédicte Hoffner :

***

Marie Ladier-Fouladi souligne que l’Iran a connu « l’une des transitions démographiques les plus rapides de l’histoire ». La fécondité y est passée de 6,4 enfants par femme en 1986 à 2 en 2003, soit une baisse de près de 70 % en l’espace de dix-sept ans, « un résultat que la France a mis cent cinquante ans à obtenir ».

Contrairement aux exemples de la Chine et de l’Inde, cette transition s’est opérée en Iran de façon uniquement incitative et non coercitive, y compris en ce qui concerne l’incitation recommandée à l’enfant unique, qui a largement contribué au résultat, en plus d’autres moyens parmi lesquels la gratuité de la contraception féminine comme masculine, la stérilisation volontaire après le premier enfant, des mesures fiscales appropriées et bien évidemment l’éducation et le travail des femmes.

Ajoutons que la conscience des effets catastrophiques de la surpopulation sur un pays d’ores et déjà en stress hydrique et en risque alimentaire y était pour beaucoup avant que M. Ahmadinejad ne mette fin à l’expérience pour cause de compétition démographique insensée avec ses concurrents moyen-orientaux.

Mais cette expérience apporte encore d’importants enseignements.

D’abord qu’il est donc effectivement possible d’influer sur les comportements avec efficacité et rapidité, sans pour autant mettre en œuvre des mesures autoritaires. Ceci pourrait constituer un exemple pour le reste du monde, à condition que la politique et les croyances suivent.

Puis qu’il est sans doute plus rapide, efficace et facile de réduire la population que de prêcher de façon platonique la sobriété et la frugalité, même si cela reste bien sûr indispensable. Une réduction du niveau de vie et de consommation ne s’est jamais produite au cours de l’histoire de l’humanité que sous la contrainte de guerres ou de crises majeures, alors que nous avons eu en Iran l’exemple d’une décroissance démographique réelle, volontaire et non violente.

Rappelons qu’une politique généralisée de l’enfant unique pourrait ramener à la fin du siècle la population mondiale à 1,6 milliards d’habitants. Même si le chiffre reste théorique, on est en droit de penser qu’y tendre serait l’un des moyens les plus réalistes de réduire autant que possible les catastrophes qui nous menacent. Bien entendu, l’affaire n’irait pas sans crises, mais on peut raisonnablement concevoir qu’elles seraient sans commune mesure avec celles qui attendent 10 milliards de personnes dans le monde surchauffé et assoiffé que nous avons préparé, à l’énergie raréfiée et aux matières premières drastiquement réduites.

***

Ce n’est donc que pour des raisons idéologiques, économiques ou géopolitiques, que la thèse de l’impossibilité d’une alternative à la croissance démographique que connaît une partie du monde nous est complaisamment présentée comme une fatalité.

Et il est grand temps de dénoncer clairement le discours infondé de ceux qui en font un mantra inlassablement répété dans le but, conscient ou inconscient, de faire valoir leurs propres intérêts, en contradiction de plus en plus flagrante avec ceux de la planète et de ses habitants présents et à venir.

Reste le deuxième argument de M. Giraud, autre mantra psalmodié dans l’intention de susciter la terreur devant la perspective d’une « planète qui n’est composée que de vieux ».

Outre la fausseté de l’argument – car une politique de l’enfant unique, si elle accroîtra effectivement dans un premier temps la proportion des personnes âgées dans les populations, amènera à plus long terme à un nouvel équilibre entre jeunes et vieux, simplement avec une population réduite – de telles affirmations condamnent toutes les transitions possibles, en réduisant tout discours en particulier écologiste à une simple incantation bienpensante, si tant est que sa mise en œuvre suppose quelques inconvénients et renoncements : « on veut bien être écolos, mais avec la 5G, Netflix, la croissance du pouvoir d’achat et une planète de jeunes ».

Le beurre et l’argent du beurre, pour ne pas changer.

Il faut pourtant se résoudre à admettre que toute transition, qu’elle soit écologique, économique ou démographique, comportera nécessairement des difficultés, dont il ne faut pas minimiser l’ampleur, avant que nos petits enfants ou arrières petits-enfants retrouvent des conditions de vie plus équilibrées.

Prétendre restaurer notre situation sans avoir à affronter ces difficultés considérables est faire preuve de démagogie et d’irresponsabilité.

À cela, je ne vois qu’une réponse possible, que j’ai déjà plusieurs fois évoquée.

Celle que donne Herman Daly en 2005 dans la revue Scientific American :

Le basculement vers l’économie durable, et il en va bien sûr de même de la démographie durable, « impliquerait un énorme changement d’état d’esprit, sur le plan intellectuel comme sur le plan affectif, de la part des économistes, des décideurs politiques et des électeurs. On pourrait même être tenté d’affirmer qu’un tel projet est irréalisable. Mais l’alternative à l’économie durable –l’économie indéfiniment croissante [ou une croissance démographique exigeant plusieurs planètes Terre pour la supporter]– est une impossibilité biophysique. Si je devais choisir entre m’attaquer à une impossibilité politique et m’attaquer à une impossibilité biophysique, je jugerais la seconde comme la plus impossible des deux et tenterais ma chance avec la première » (Cité par A. Weisman, Compte à rebours. Jusqu’où pourrons-nous être trop nombreux sur terre, Flammarion, Paris 2014, p. 302).

L’humanité a l’expérience toute proche d’une Terre à deux milliards d’habitants. C’était celle des années 1950 et d’un début du XXème siècle qui a produit sa dose d’immenses génies et de réussites scientifiques comme culturelles considérables, sans encore mettre en danger notre environnement de façon irrémédiable. Pourquoi devrions-nous donc craindre de revenir, avec nos connaissances actuelles, à un cadre de vie de ce genre ?

Ce que nous n’avons pas, par contre, c’est l’expérience d’une planète obligée de supporter pendant les siècles à venir une population de 10 milliards d’habitants – car sans politiques démographiques fortes le pic ne va pas s’effondrer du jour au lendemain – dans des conditions environnementales dont nous connaissons désormais le caractère d’ores et déjà catastrophique qui a toutes les chances de devenir sans cesse plus générateur de fléaux divers, de violences et de guerres (le dernier rapport du GIEC est là-dessus sans équivoques).

Où donc se situe la voie – et la voix – de la raison ?

L’énorme changement d’état d’esprit auquel Herman Daly fait allusion n’est-il pas la condition sine qua non de notre survie ?

On attend les projets politiques susceptibles de le promouvoir et de le mettre en œuvre.

Je suis donc une fois de plus choqué de constater combien cette voie, et cette voix, sont occultées par des argumentations dont la rationalité abdique lâchement devant les diktats suicidaires de l’idéologie, de l’économie, et le fantasme infantile de croissances non maîtrisées.

Censure soft* ? Brève à propos de PMA.

Petite expérience amusante et révélatrice que me réserve « Le Monde ».

Je n’ai jamais fait mystère de mon opposition à la PMA pour toutes, sujet sur lequel je n’ai pas manqué d’envoyer quelques « commentaires » à des articles, du Monde en particulier.

M’apprêtant à faire de même à propos d’une vidéo particulièrement sommaire et puérile, une fois de plus grevée par trop de non-dits (mais n’a-t-il pas fallu attendre bien des années pour se rendre compte, par exemple, que des lobbies qui prônaient la consommation du tabac, du sucre, des statines, etc.  étaient à la fois juges et parties, sans pour autant hésiter à se revendiquer de la « science » ?) je m’aperçois que je ne peux déposer mon commentaire.

Car il se trouve que mon « quota » est atteint… alors que je n’ai encore rien publié !

J’essaie donc sur un autre article. Pas de problème de quota.

Étant connu pour être mauvais penseur notoire sur les questions de PMA GPA, Le Monde me ferait-il donc l’honneur de m’inscrire sur sa liste rouge concernant de tels sujet ?

Je m’interroge. [Erreur de ma part. Voir le correctif ci-dessous].

J’ai tout de même pu instiller mon venin en utilisant la « réponse » à un autre commentaire.

Le voilà donc :

PMA : un enfant a-t-il vraiment besoin d’avoir « un papa et une maman »

Étrange: on me signale « quota atteint » alors que je n’ai pas encore contribué! Serais-je donc fiché? Alors j’utilise cette « réponse ». Je veux simplement dénoncer une succession de sophismes toujours aussi puérils et dangereux lorsqu’il est question de ce sujet. Bien sûr qu’un enfant n’a pas besoin d’un papa et d’une maman! Il n’a même pas besoin de parents du tout. J’ai connu des orphelins de guerre et je connais des orphelins de migration. J’ai connu une petite fille élevée en camp de concentration qui a eu une vie extraordinaire. J’ai une parente née sans bras qui est une mère magnifique pour ses 3 enfants. Le biais épistémologique de ce genre de vidéo consiste à ignorer délibérément le facteur résilience qui fait que des enfants sont capables de surmonter les pires conditions. Mais c’est surtout un grave biais éthique qui considère que puisque le hasard ou le malheur imposent à des enfants ce genre de situations, alors l’être humain serait en droit de faire de même. Minable.

Car un tel biais éthique est effectivement scandaleux.

Pensez : un commentaire à cette vidéo, qui est lui passé sans aucun problème de « quota », se permet d’affirmer :

« Après la guerre 14-18 des millions d’enfants ont vécu sans père et cela n’a pas changé la face du monde ».

Effectivement. Mais est-ce donc parce que des malheurs abominables ont frappé et frappent encore des millions de familles et d’enfants que nous devons estimer légitime de provoquer le même genre de situations en créant sciemment des enfants sans pères ou autres orphelins ?

On atteint là le degré zéro de l’éthique, où un fantasme purement égocentrique de maternité (et bientôt de paternité), un aberrant « droit à l’enfant » vient supplanter le droit de l’enfant.

Degré zéro qui se voit désormais inscrit dans la Loi et dans le Droit, entre autres promesses de lendemains qui chantent.

On n’a donc pas lieu de s’étonner si cette lamentable démission éthique et politique se redouble d’une autre démission : celle qui consiste à lâchement occulter toute parole dissidente.

[Ajout: malgré mon correctif, je conserve ces lignes, car si la « parole dissidente » n’est pas nécessairement occultée, certains préfèrent toutefois qu’elle aille se faire entendre ailleurs].

Ne nous illusionnons donc pas trop sur le « monde qui vient ».

Sans surprise, Big Brother n’est pas resté confiné en URSS, en Allemagne ou au Cambodge.

Ni même en Chine ou aux États-Unis de Trump.

Comme toujours, il est là, bien présent au cœur de chacun.e de nous, à l’affût de la moindre occasion.

Alors Bon Courage ! Et ne baissons pas la garde.

*

Correctif:

Erreur de ma part. Toutes mes excuses. Je ne me suis pas aperçu que Le Monde avait ressorti pour les besoins de la cause une vidéo vieille de près de 2 ans! Et je ne me suis pas souvenu que j’étais en effet intervenu le 11/10/2019 à propos de cette vidéo, ce qui explique le dépassement du quota pour mon commentaire d’aujourd’hui. Mais cela n’en affecte que marginalement le contenu.

Je retire toutefois mes insinuations trop catégoriques en ce qui concerne « l’occultation de la parole dissidente » même si à l’évidence (cf. lien plus haut) elle est loin d’être bienvenue dans certains partis …

Mais quand il représente le même article près de 2 ans après, Le Monde pourrait tout de même ouvrir un nouveau fil de discussion, pour éviter de piéger ses lecteurs.