Petit florilège du cauchemar et du déni.

Quelques perles récentes qui seraient burlesques si elles n’étaient pas tragiques.

Concernant la Russie tout d’abord :

Après la victoire de Vladimir Poutine aux « élections » du mois de mars, le patriarche Kirill a convoqué le 27 mars, un congrès extraordinaire du Concile mondial du peuple russe pour édicter à l’intention du pouvoir des « recommandations » sur « le présent et le futur du monde russe ».

On peut y lire cette introduction qui fleure bon le Moyen Âge :

« L’opération militaire spéciale est une nouvelle étape dans la lutte de libération nationale du peuple russe, menée depuis 2014 sur les terres du sud-ouest de la Russie contre le régime criminel de Kiev et l’Occident collectif derrière lui. Le peuple russe, les armes à la main, défend sa vie, sa liberté, son système étatique, son identité civilisationnelle, religieuse, nationale et culturelle, de même que le droit de vivre sur sa propre terre dans les frontières de l’Etat unique de la Russie. Du point de vue spirituel et moral, c’est une guerre sainte où la Russie et son peuple, en défendant l’unité de l’espace spirituel de la sainte Russie, remplissent une mission de frein, retenant le monde de la poussée du globalisme et le protégeant de la victoire de l’Occident, tombé dans le satanisme. »

Occidentaux, voici donc votre maître ! Curieusement, je lui trouve plutôt un petit air de Poutine. Et derrière lui, à l’affut, ne serait-ce pas Kirill lui-même ?

Et que dire de la fourberie des suppôts de Satan qui ne craignent pas de s’attaquer à son propre clergé !

Un prêtre ayant prononcé une oraison funèbre pour l’opposant Alexeï Navalny le mois dernier ne pourra plus conduire d’office religieux pendant trois ans, aux termes d’un décret signé par le primat de l’Église orthodoxe russe, publié récemment sur le site du Patriarcat de Moscou.

Outre cette interdiction, le prêtre, Dmitri Safronov, ne peut plus « porter la soutane et la croix », peut-on lire dans ce décret signé par le patriarche Kirill le 15 avril.

Mais le virus tragico-burlesque ne contamine pas que le clergé. L’armée aussi en subit les assauts :

On peut deviner la surprise d’Oleg Orlov lorsque l’administration pénitentiaire lui a mis entre les mains le marché suivant, mi-mars, quelques jours après sa condamnation pour « discréditation de l’armée » : plutôt que de purger sa peine de deux ans et demi de prison, s’engager dans l’armée pour combattre sur le front ukrainien.

Ni l’âge (70 ans) du défenseur des droits humains et cofondateur de la célèbre ONG Memorial, dissoute en décembre 2021, ni son statut de farouche opposant à la guerre n’ont découragé les recruteurs. La presse officielle russe, en évoquant l’anecdote, a confirmé que la procédure était parfaitement régulière, et que le contrat était proposé à chaque détenu.

Hélas, Oleg Orlov risque fort de devenir le prochain Navalny :

L’organisation russe de défense des droits humains Memorial s’inquiète de la détérioration de l’état de santé du dissident Oleg Orlov. M. Orlov, âgé de 70 ans, est en train de « perdre l’audition », rapporte l’ONG, colauréate du prix Nobel de la Paix 2022 et dissoute par la justice russe, pour laquelle travaillait le dissident.

Bien qu’il ait demandé à l’administration carcérale une aide médicale, M. Orlov « ne peut toujours pas voir un médecin de la prison à force de devoir quitter sa cellule avant le déjeuner et de n’y rentrer que tard la nuit » en raison des procédures judiciaires en cours pour l’appel de sa condamnation. Selon Memorial, le dissident est tombé malade à cause de ces déplacements au tribunal, mais la justice « exige » qu’il continue à s’y rendre de sa prison. « Ce traitement inhumain infligé à Orlov, âgé de 70 ans, a entraîné une détérioration de son état de santé. Sa santé est menacée de séquelles irréversibles », a averti l’ONG.

Selon cette organisation, M. Orlov est aussi privé de son droit à la défense, ne pouvant avoir de conversations confidentielles avec son avocat ou échanger avec lui des documents qui ne seront pas lus par les employés du tribunal.

Figure de proue de la défense des droits humains, M. Orlov a été condamné fin février à deux ans et demi de prison pour avoir dénoncé publiquement l’offensive en Ukraine. Contrairement à de nombreux autres détracteurs du Kremlin, M. Orlov avait décidé de rester en Russie pour « continuer le combat ».

D’autres ont déjà payé de leur vie leur courageux engagement :

https://www.lemonde.fr/international/article/2024/04/10/la-mort-en-prison-du-russe-alexandre-demidenko-qui-aidait-les-ukrainiens-a-rentrer-chez-eux_6226988_3210.html

Pour celles et ceux qui voudraient aller plus loin :

https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/04/21/comment-soutenir-l-opposition-ordinaire-en-russie_6229020_3232.html

*

Je ne veux pas m’appesantir sur le conflit israélo- palestinien. Les actuelles récupérations idéologiques à des fins d’intérêts politiques ambigus me paraissent envenimer dangereusement la situation.  J’ai déjà souligné dans des posts précédents combien il était essentiel d’en reconnaître lucidement les composantes essentielles si on l’on veut sortir d’un stérile déni : déni de l’évidente réalité coloniale d’un côté ; déni de l’impossibilité d’une solution par la remise en cause de l’existence d’Israël et par un terrorisme aveugle de l’autre (1).

Avec entre autres Martin Buber, Judah Leon Magnes, Zeev Sternhell, Dominique Eddé ou même Moshé Dayan, la solution pour sortir de l’impasse réside essentiellement dans une large prise de conscience populaire en Israël.

Or le fait est que nous sommes encore bien loin d’une telle prise de conscience qui serait seule à même de rétablir un dialogue capable de dépasser la violence.

En témoigne ces remarques saisissantes tirées d’un récent article du Courrier International :

Dans un sondage réalisé en janvier, une majorité écrasante (88 %) de Juifs israéliens estimait que le nombre stupéfiant de victimes palestiniennes (le bilan avait déjà dépassé les 25 000 morts, il est désormais à plus de 33 000 morts) était justifié.

Une grande majorité de l’opinion publique juive pense également que l’armée israélienne fait un usage de la force approprié, voire insuffisant, à Gaza. L’idée que le Hamas a imposé cette “guerre de non-choix” à Israël et à la population de Gaza et que la survie même de l’État hébreu passe nécessairement par la destruction du Hamas est si bien ancrée que le spectre d’une famine imminente dans la bande de Gaza n’a même pas suffi à soulever la moindre opposition à la campagne militaire.

De plus, près de deux tiers des Juifs (63 %) interrogés en février par l’Institut israélien de la démocratie déclaraient être opposés à la proposition qui pousserait Israël à accepter le principe de la création d’un État palestinien indépendant et démilitarisé.

(…)

Il n’y avait pas besoin de sondage pour savoir que le soutien des Juifs israéliens à une solution à deux États, et a fortiori aux droits fondamentaux des Palestiniens, à la liberté et à l’autodétermination, n’a cessé de s’éroder ces dernières années, et qu’il n’a probablement jamais été plus faible qu’aujourd’hui.

Déni proprement cauchemardesque par lequel Israël s’abreuve « à la coupe de la duperie ».

(Martin Buber, Esprit d’Israël et monde d’aujourd’hui, conférence de 1947, dans Judaïsme, Verdier 1983, p. 148-149).

Notre souhait national de reprendre la vie du peuple d’Israël dans son territoire ancestral n’est toutefois pas dirigé contre un autre peuple. Au moment où nous réintégrons l’histoire mondiale, et où nous redevenons les porte-drapeaux de notre propre destin, le peuple juif, qui fut lui-même une minorité persécutée dans tous les pays du monde pendant deux mille ans, rejette avec horreur les méthodes de domination nationaliste dont il a lui-même si longtemps pâti. Nous n’aspirons pas à regagner la terre d’Israël avec laquelle nous avons d’indissolubles liens, historiques et spirituels à la fois, avec l’intention d’éliminer ou dominer un autre peuple (Martin Buber au XIIe Congrès sioniste, Karlsbad 1921).

*

(1) Ajout du 02/05 :

À l’intention de ceux qui en Occident croient servir la Palestine en identifiant sa cause à la « stratégie » du Hamas :

“Les gens [à Gaza] traitent Sinwar [chef du Hamas à Gaza] de tous les noms, mais ça, les articles de presse ne le disent pas.”

Nous l’avons eu plusieurs fois au téléphone, et ce jour-là, [Basel (jeune palestinien dont le nom a été changé)] raconte cette anecdote : “Il y a quelques jours, un vieil homme, au beau milieu du marché, a maudit tout haut Ahmed Yassine de nous avoir donné le Hamas.” Le fondateur de l’organisation faisait partie des dirigeants du Hamas assassinés par Israël en 2004. “J’ai salué le courage de ce vieil homme en lui envoyant un baiser. Je ne suis pas pour qu’on injurie les morts, mais ça fait du bien quand les gens se rebellent.”

Je ne connaissais pas Basel avant le début de ces échanges téléphoniques. C’est lui qui a pris contact, soucieux de pouvoir dire sa colère devant “la confiscation de notre histoire par le Hamas”. Il est furieux que les Palestiniens hors de Gaza, et leurs soutiens, attendent des Gazaouis qu’ils se taisent et ne critiquent pas le Hamas sous prétexte que la critique ferait le lit de l’adversaire. Pour lui, douter des décisions et des actions du groupe armé, et le faire publiquement, n’est pas un acte de trahison.

“J’ai le droit de leur faire savoir ce que je pense et ce que je ressens, quand bien même je serais minoritaire – et je sais que je ne suis pas minoritaire, je sais que je parle au nom de beaucoup de gens”, me dit Basel. “J’ai le droit de m’exprimer, ne serait-ce que parce que comme des millions de personnes, le Hamas joue avec ma vie au nom de slogans absurdes sans aucun fondement réel, des slogans qui ont rabaissé la cause palestinienne et transformé une lutte digne et noble en un combat quotidien pour un morceau de pain et quelques boîtes de conserve.”

https://www.courrierinternational.com/article/temoignages-a-gaza-les-gens-traitent-le-chef-du-hamas-yahya-sinwar-de-tous-les-noms

Sortir de l’enfer. Une fois de plus, hélas, sur Gaza et l’Ukraine.

Un simple rappel de quelques évidences, dites et redites. Mais peut-être ces répétitions commencent-elles à avoir quelque influence sur les opinions.

La dénonciation de l’instrumentalisation indigne de l’antisémitisme pour justifier les massacres perpétrés par Tsahal fait son chemin dans l’opinion, y compris au plus haut niveau de la politique américaine. Mais il reste encore tant à faire pour faire accepter ce « principe de distinction » dont nous parle ci-dessous Dominique Eddé : « Un occupant et un occupé, un colon et un colo­nisé, ce n’est pas la même chose. Pour aller vers la paix, il faut faire la différence ». Un conflit colonial ne peut se régler par le déni du fait colonial, du racisme et de l’apartheid qu’il entraîne et que dénonçait par exemple Zeev Sternhell.

Et comme le répète sans se lasser Dominique Eddé, « Il faut (…) que les consciences anesthésiées se réveillent. À commencer par les plus décisives, les israéliennes ».

L’issue, nul ne sait, à l’heure qu’il est, où la trouver. Nous savons toutefois qu’elle passe par le principe de la distinction. Un occupant et un occupé, un colon et un colo­nisé, ce n’est pas la même chose. Pour aller vers la paix, il faut faire la différence. Et faire la différence, c’est combattre la fusion, de part et d’autre, y compris dans les mémoires, c’est faire cohabiter les récits. C’est renoncer à occuper le centre, c’est créer de la place pour l’autre.

Dans « Haaretz », le 10 février dernier, Amira Hass écrit à propos de l’attaque de Rafah annoncée par Nétanyahou : « Si près d’un million de Palestiniens doivent fuir pour la troisième ou quatrième fois vers Al-Mawasi – lieu déjà plein de Gazaouis réfugiés -, la densité sera d’à peu près 62 500personnes par kilomètre carré. » Cela signifiera, précise-t-elle, que les gens, parqués à la frontière avec l’Egypte, ne pourront se tenir que debout ou à genoux, condamnés à dormir à tour de rôle. C’est dire si la question de la « place » a viré au cauchemar. Si l’on veut traiter efficacement – c’est-à-dire sans intimidation et sans tabou – de cette plaie ouverte qu’est devenue « la Terre sainte » et, autour d’elle, la région tout entière, il est indispensable d’en finir avec la rhétorique du déni. La méthode qui consiste notamment à qualifier d’antisémite quiconque s’oppose à la politique d’Israël est un mode de terrorisme intellectuel qui ne cesse d’épaissir la haine et de détruire le dialogue (…)

L’atrocité du 7 octobre ne constitue pas un événement isolable, sur le plan de l’histoire régionale. Elle est le résultat abominable de deux phénomènes : 1) la cécité d’une majorité d’israéliens, entretenue par le vieil allié américain et par les nouveaux amis arabes qui, au mépris des faits, se sont tranquillement abrités derrière le diktat du fait accompli. Les israéliens ont cru dans leur majorité qu’ils pouvaient vivre, commercer et danser normalement pendant qu’à leur porte, un peuple nié par eux, écrasé, spolié de tous ses droits, n’y trouverait rien à redire. 2) La Palestine n’a pas mieux réussi que les pays arabes voisins à se doter de pouvoirs capables de penser la libération des peuples. Ils ont choisi la corruption, l’abus, la violence.

Nous en sommes maintenant au point où avoir peur et faire peur ne font plus qu’un dans toutes les têtes. Deux urgences concrètes s’imposent : arrêter le feu et renverser les pouvoirs en place de part et d’autre. Non par les armes, mais par une pression massive du dedans et du dehors. Il faut pour cela que les consciences anesthésiées se réveillent. À commencer par les plus décisives, les israéliennes. Qu’elles cessent d’avaliser, ne serait-ce qu’au nom de leur survie et de la libération des otages, un régime barbare ; qu’elles réclament sa chute, qu’elles entendent les appels au secours désespérés de ceux qui vivent et travaillent à Gaza. Il n’y est plus seulement question d’hécatombe et d’intolérables souffrances, il y est question de l’enfer.

Dominique Eddé, l’Obs 3100 du 29/02 au 6/03 2024, p. 41.

*

Et sur l’enfer ukrainien, cette intervention ahurissante du pape François, qui a d’ores et déjà choisi son camp et révélé le vainqueur du conflit en décrétant que « Quand on voit qu’on est vaincu, il faut avoir le courage de négocier » et de « hisser le drapeau blanc ».

Je me suis permis de saluer ce courage prophétique, qui à aucun instant ne prend la peine de condamner l’agresseur, par ce commentaire dans le journal La Croix de ce jour :

https://www.la-croix.com/religion/guerre-en-ukraine-le-pape-invite-kiev-a-hisser-le-drapeau-blanc-et-a-negocier-avec-la-russie-20240310

Propos indignes.  « A-t-on sérieusement parlé de négociations de paix avec Hitler, et de drapeaux blancs pour le satisfaire ? », nous disent nos frères d’Ukraine qui perdent leur vie en première ligne pour la défense de nos valeurs. Insulte à tous les résistants, aux Navalny, aux Manouchian. Car que signifie « Une paix juste » ? Si l’on sait ce que veut dire pour l’Ukraine une telle expression – retrait sans condition de l’agresseur russe de la Crimée et du Donbass – on sait aussi que Poutine et ses complices n’accepteront une telle « paix juste » que contraints par la force militaire. Dès lors, c’est bien à une capitulation qu’exhorte le pape en appelant l’Ukraine à la reconnaissance de la défaite. Navrant. Un Occident où résonnent à l’envi les voix de la lâcheté munichoise a bien besoin d’un tout autre message.  « Ne pas abandonner ! Nous continuerons ! », a-t-on entendu aux funérailles de Navalny. Car comme le savait si bien Churchill, s’il est bien le signe de la honte, le drapeau blanc n’a jamais été une garantie contre la guerre. Certes il est permis de ne pas avoir la dimension spirituelle d’un Navalny, d’un Churchill ou d’un Gandhi lorsqu’il disait qu’entre la lâcheté et la violence, il préférait la violence. Mais à défaut, il est tout de même permis d’avoir la décence de se taire.

Ajout du 12/03 :

Un nouveau commentaire dans le même quotidien, suite à un article pour le moins « jésuitique ».

https://www.la-croix.com/religion/guerre-en-ukraine-pourquoi-le-pape-francois-a-parle-de-drapeau-blanc-20240311

Devant les remous provoqués en France par la publication en 1864 par le pape Pie IX, du Syllabus qui condamnait les « erreurs du monde moderne » (dont la liberté de culte !), Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, parvint à apaiser la tempête en distinguant fort subtilement la « thèse » de « l’hypothèse ». La « thèse » étant ce que disait le document, « l’hypothèse » étant ce qu’il fallait en comprendre, qui pouvait au besoin être le contraire de la « thèse ». À l’évidence, nombre de Dupanloup sont encore à l’œuvre dans l’Eglise catholique pour édulcorer ce qu’on peut nommer poliment les bévues des papes.

Car transformer le « drapeau blanc », signe irrécusable de reddition dans la signalétique militaire, en appel à la « négociation » et à la « médiation » est une opération bien acrobatique et dangereuse. Nos experts en géopolitique ne se souviennent-ils donc pas que la Russie de Poutine a allègrement violé tous les traités passés avec l’Ukraine sous « médiation internationale » (Mémorandum de Budapest de 1994, Traité d’amitié, de coopération et de partenariat de 1997 fixant l’intégrité territoriale des deux États, Accord de Kiev de 2003 sur la frontière russo-ukrainienne stipulant que la Crimée est et demeure partie intégrante de l’Ukraine). Ce dernier accord, signé sous la présidence de Poutine démontre à quel point on peut se fier à sa parole. Allons, MM. les Dupanloup, revenons à la réalité ! Les Ukrainiens ont parfaitement raison lorsqu’ils assurent que l’Ukraine et l’Europe ne seront en sécurité qu’avec la défaite de Poutine. Osons appeler un chat un chat et bourde (si l’on veut rester poli) une ineptie, fut-elle pontificale.

Ajout du 14/03 :

À propos d’un article quelque peu ambigu discutant de l’opportunité de la référence à Munich dans le contexte de la guerre en Ukraine

https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/03/13/guerre-en-ukraine-la-reference-aux-accords-de-munich-un-argument-politique-aux-limites-historiques_6221752_823448.html

une nouvelle intervention, un peu répétitive, mais il importe parfois « d’enfoncer le clou »:

Bel exercice d’érudition, certes. Mais qui n’est pas exempt d’une grande naïveté voire de visée idéologique. Car si la référence à Munich gagne sans doute à être précisée, peut-être aurait-il fallu s’interroger sur sa raison d’être.  «Le parallèle (.) vise à discréditer d’emblée celui qui évoque la possibilité de négocier.»(.)«C’est regrettable que beaucoup l’aient oublié, mais les guerres ne peuvent finir que de deux façons: soit par une victoire totale, soit par une négociation.» Mais il est plus regrettable encore que beaucoup aient oublié que tous les accords et «négociations» menés à propos de l’intégrité territoriale de l’Ukraine (Mémorandum de Budapest de 1994, Traité d’amitié, de coopération et de partenariat de 1997, Accord de Kiev de 2003 stipulant que la Crimée est et demeure partie intégrante de l’Ukraine) aient été sciemment violés par M. Poutine discréditant effectivement d’emblée «la possibilité de négocier». Dès lors, quelle autre alternative que la «victoire totale»?

Ajout du 19/03 :

Ce bon article, qui fait la différence entre la non-violence active de Martin Luther King et de Gandhi et un « pacifisme » des bons sentiments et des drapeaux blancs :

https://www.la-croix.com/a-vif/le-pape-demande-a-l-ukraine-de-hisser-le-drapeau-blanc-les-limites-de-la-religion-de-lamour-20240318

Quelques extraits :

Contrairement à ce que l’on croit souvent, la plupart des militants non-violents ne sont pas pacifistes, car il existe des situations où l’agresseur ne nous laisse aucune autre option que la violence. Gandhi lui-même répétait : « S’il faut absolument faire un choix entre la lâcheté et la violence, je conseillerai la violence. »

Selon [Martin Luther King], préférer le consensus à l’âpre lutte de terrain, c’est prendre le risque de construire un statu quo tissé de malentendu et de domination.

Il est impossible de rechercher l’unité sans accepter le conflit ; ni de vouloir la paix et le pardon sans établir au préalable la justice. Comme l’avait diagnostiqué Chesterton, les vertus chrétiennes « deviennent folles » quand, « isolées l’une de l’autre », elles finissent par « vagabonder toutes seules ».

Ajout du 20/03 :

De son côté, Moscou avait salué le pape comme un « véritable et sincère défenseur de l’humanisme, de la paix et des valeurs traditionnelles », à l’occasion du 11e anniversaire de son pontificat, le 13 mars.

https://www.lemonde.fr/international/live/2024/03/20/en-direct-guerre-en-ukraine-l-onu-accuse-moscou-de-semer-la-peur-et-de-supprimer-l-identite-ukrainienne-en-zones-occupees_6222496_3210.html

l’un des rares dirigeants politiques ayant un point de vue véritablement stratégique sur les problèmes mondiaux », a ajouté l’ambassade.

Sans commentaire.

Спасибо, Алексей ! Merci, Alexei !

Oui, merci Alexei, pour avoir montré que la pire des dictatures ne peut anéantir la liberté.

Et merci à vous, citoyennes et citoyens de cette grande nation russe, pour avoir montré que la peur ne peut étouffer la revendication de paix et de justice.

https://www.lemonde.fr/international/video/2024/03/01/russie-des-milliers-de-personnes-aux-funerailles-d-alexei-navalny_6219490_3210.html

https://www.lemonde.fr/international/article/2024/03/02/au-lendemain-des-funerailles-de-navalny-des-centaines-de-russes-continuent-de-defiler-devant-sa-tombe_6219702_3210.html

C’est de vous que nous attendons l’avenir de la Russie.

Merci quand même aussi aux quelques politiques et diplomates qui, à défaut du soutien massif qui s’imposait en cette occasion, ont tout de même manifesté un appui, aussi timide et parcimonieux fut-il.

Merci à toutes et à tous pour avoir montré que notre monde n’est pas forcément condamné à subir les diktats de bouffons grotesques et sanguinaires alors même qu’ils se multiplient dangereusement.

Funérailles d’Alexei Navalny. Et si…

Aujourd’hui, le corps d’Alexei Navalny aurait été rendu à sa mère.

Pour le moment, nous ne savons rien, à ma connaissance, de l’organisation de ses funérailles.

Et si…

Et si les membres de l’opposition russe à l’étranger revenaient pour participer à ce moment ?

Et si au moins quelques milliers parmi les millions d’exilés se donnaient le mot pour prendre part à un événement qui deviendrait alors hautement significatif pour l’Histoire de la Russie ?

Celles et ceux d’entre nous qui le peuvent pourraient aussi les accompagner. Belle opération marketing pour quelques compagnies aériennes ou agences de voyage…

Et si MM. Macron, Biden, Michel, Borrell, Mme von der Leyen,   MM.  Rinkevics, Nausèda, Karis, Sunak, Sanchez, Scholz, Tusk, Mme Kallas, MM. Niinistö, les rois Charles XVI Gustave, Felipe VI, Charles III, MM. Støre, Trudeau, Hurley ainsi que d’autres encore dont on sait qu’ils n’hésitent pas à prendre l’avion pour quelques peccadilles faisaient le déplacement pour une occasion aussi capitale ?

Il serait bien temps en effet de passer d’une indignation toute platonique à un signe fort et courageux. Est-il possible d’honorer les Manouchian du passé tout en ignorant ceux qui se battent et meurent aujourd’hui ?

Cela ne constituerait-il pas pour le dictateur en place et son entourage un désaveu cuisant en même temps qu’un avertissement ferme, et pour la partie du peuple russe qui n’a pas renoncé à la liberté un encouragement puissant à poursuivre la lutte sans désespérer ?

Rêve ? Utopie ? Sans doute, hélas.

Mais qu’il serait pourtant si facile de traduire en réalité.

*

Ajout du 27/02 :

Sans commentaire :

https://www.lemonde.fr/international/article/2024/02/27/le-dissident-russe-oleg-orlov-condamne-a-deux-ans-et-demi-de-prison-pour-ses-denonciations-de-l-offensive-militaire-en-ukraine_6218816_3210.html

Alexeï Navalny. Le géant et l’insignifiance.

Avec votre gouaille et votre ironie face à vos bourreaux, nous vous pensions invulnérable.

Pourtant, vulnérable, vous l’étiez, maintenant qu’il faut parler de vous au passé.

Mais au présent, vous êtes immortel.

Tellement au-dessus du grouillement de la basse-cour poutinienne, vous me faites penser à cet énigmatique « Colosse » de Goya

 qui traverse la petitesse de ceux qui se croient grands alors qu’ils ne sont que de grotesques nabots.

Le vent emportera Дворец Путина, Dvorets Poutina, le «Palais de Poutine», dont vous aviez révélé l’existence, minable délire infantile d’un minable nouveau riche, image de ses détournements de fonds, de ses crimes monstrueux et de ses guerres absurdes.

Tout cela roulera quelque jour dans la fange.

Car si la gloire de ce monde passe, la vôtre ne passera pas.

En dépit de limites inévitables, un infini merci à vous, qui avez su sauver l’Honneur de votre pays et l’Honneur de l’Homme, tout simplement, dans ce monde de faux semblants méprisables dont nous nous contentons trop souvent.

Citoyens russes, le 15 mars, votez Navalny !

Граждане России, 15 марта голосуйте за Навального!

https://www.lemonde.fr/international/live/2024/02/16/en-direct-mort-d-alexei-navalny-en-prison-condamnations-internationales-et-accusations-contre-le-regime-voyou-de-poutine_6216904_3210.html

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Ajout de 20/02 :

Et il n’y a pas de raison que cela s’arrête :

https://www.liberation.fr/international/europe/le-pilote-russe-maxim-kouzminov-qui-avait-deserte-il-y-a-quelques-mois-a-ete-tue-en-espagne-20240219_MCQHC4M53BGE5FYITS734LG65Q

« Sans faire la moindre allusion à une éventuelle implication de Moscou, Sergueï Narishkin, le chef du service de renseignement extérieur russe, a traité le déserteur russe de « traître criminel », « devenu un cadavre moral dès le moment où il a planifié son abject et terrible crime », a rapporté l’agence officielle nationale Tass. Un reportage du mois d’octobre diffusé par la télévision d’État russe assurait que les services spéciaux avaient été sommés de retrouver le pilote et de le punir pour sa défection ».

https://www.la-croix.com/international/guerre-en-ukraine-le-deserteur-russe-maxim-kouzminov-retrouve-mort-en-espagne-20240220

Quelques anti-vœux, avec Woody Allen et Charles le Téméraire.

« Il serait tout de même temps que tu présentes tes vœux à tes lecteurs », me dit Stultitia.

Or je fais en ces périodes une crise d’allergie aux vœux de bonheur, de réussite, et autres incantations rituelles de « bonne année » qui ont pour caractéristique ordinaire de ne pas se réaliser. Quand ce n’est pas le traditionnel « Et surtout bonne santé » suavement adressé au vieil oncle en soins palliatifs.

Et j’avoue qu’en ce moment, je me sens plus enclin à paraphraser Woody Allen :

« J’aimerais vous présenter un message d’espoir. Je n’en ai pas. En échange, est-ce que deux messages de désespoir vous iraient ? ».

Et même bien plus de deux, hélas…

Y figureraient les noms de Poutine, Ali Khamenei, Yahya Sinouar, Benyamin Netanyahou, Kim Jong-Un, Donald Trump ou encore Xi Jinping et bien d’autres fauteurs d’injustices, de violence et de guerres.

Ils évoqueraient aussi les échecs, déjà avérés, d’une « transition écologique » dans un monde qui persévère allègrement, quoi qu’on en dise, dans une surconsommation énergétique imposée par des impératifs de croissance, économique, démographique, etc., un monde qui étale tous les jours incohérences politiques, lâchetés et doubles discours, surenchères démagogiques et incitations consuméristes de tous ordres, qu’il s’agisse de productivisme agricole qui épuise la Terre, de nouvel extractivisme tout aussi ruineux pour la planète que le précédent, mais désormais repeint en vert, etc., monde qui, chaque jour, pèse plus durement sur les plus pauvres.  

Sans oublier que de tels messages de désespoir devraient aussi évoquer cette irresponsabilité chronique dont nous parle Bernanos, cette « abjecte complaisance » dans la docilité qui rend complices à des degrés divers, en Russie, en Israël ou ailleurs, de quelques chefs de guerre diaboliques, de systèmes économiques défendant âprement « la loi du plus riche ». Complaisance dans ces privilèges que nous préférons vertueusement ne pas voir et ne « pas chercher à comprendre », mais qui font tout de même que 97 % des Français appartiennent sans état d’âme aux 30 % les plus riches du monde, pour ne pas parler de peuples encore mieux lotis que nous le sommes.

« Voilà longtemps que je le pense, si notre espèce finit par disparaître un jour de cette planète, grâce à l’efficacité croissante des techniques de destruction, ce n’est pas la cruauté qui sera responsable de notre extinction et moins encore, bien entendu, l’indignation qu’elle suscite ; ni la cruauté, ni la vengeance, mais bien plutôt la docilité, l’irresponsabilité de l’homme moderne, son abjecte complaisance à toute volonté du collectif. Les horreurs que nous venons de voir, et celles pires que nous verrons bientôt, ne sont nullement le signe que le nombre des révoltés, des insoumis, des indomptables, augmente dans le monde, mais bien plutôt que croît sans cesse, avec une rapidité stupéfiante, le nombre des obéissants, des dociles, des hommes, qui, selon l’expression fameuse de l’avant-dernière guerre, « ne cherchaient pas à comprendre ». G. Bernanos, La France contre les robots. 1947.

Dans ces conditions, peut-on encore sans s’illusionner rêver d’un message d’espoir ?

Me viennent alors en mémoire ces maximes que mon instituteur de la laïque (non, il ne se nommait pas Stanislas…) inscrivait de sa belle écriture au tableau noir et qu’il intitulait « leçons de morale ». Parmi elles :

« Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ».

Qu’importe que l’auteur en soit Charles le Téméraire ou Guillaume Ier d’Orange.

Il faut avouer qu’elle tombe à pic pour instruire notre époque, encore mieux sans doute que « le pessimisme de l’intelligence » allié à « l’optimisme de la volonté », dont nous parle Gramsci.

Car force est de reconnaître que depuis le temps que la volonté bute sur les échecs et les désillusions, elle a bien du mal à conserver un quelconque optimisme…

 Sans doute vaudrait-il mieux parler alors « d’énergie du désespoir ».

Un minimum de lucidité et les simples constats factuels semblent en effet condamner tout message d’espoir à la naïveté.

Car soyons sérieux : espère-t-on raisonnablement, par exemple, convertir à la sobriété volontaire quelques milliards d’individus supplémentaires dans un monde qui ne rêve que de croissance et d’augmentation du pouvoir d’achat, et dont l’Histoire toute entière – sauf guerres ou crises majeures  – démontre l’orientation incoercible vers plus de consommation ?

Ou bien nous payons nous de slogans et de mots dont nous préférons nous cacher la vacuité ?

Le temps ne serait-il donc pas venu d’entreprendre, résolument, sans espoir, et de persévérer sans réussite, comme nous l’enseigne la sagesse lucide du vieux Charles (ou du vieux Guillaume).

Vous avez dit tragique ? Telle paraît être effectivement notre condition.

Peut-être convient-il désormais d’embrasser pleinement une telle condition, sans autre guide que la sagesse que mon vieil instituteur exprimait sur son tableau noir, pour éclairer ce noir tableau qui est à présent indiscutablement le nôtre ?

Comme dit dans le post précédent, cela n’étonnera en rien « ceux qui croient au ciel » : car ils savent que l’espérance et la persévérance sont indifférentes aux entreprises de ce monde comme à ses réussites. Et c’est là une grande source de liberté.

Mais cela n’étonnera pas non plus « ceux qui n’y croient pas », car l’honneur et la dignité d’être Personne Humaine n’a que faire d’espoir ou de réussite.

Tout au contraire, honneur et dignité illustrent cette condition tragique qui nous fait entreprendre sans espoir et persévérer sans attente de réussite.

Alors qu’importe que la « transition écologique » et autres emphases similaires soient un jour une réussite, ou, plus vraisemblablement un échec.

Qu’importe que notre espoir de paix et de justice soit, comme l’atteste la totalité de l’Histoire humaine, probablement toujours déçu.

Qu’importe qu’il soit illusoire d’éradiquer de notre pauvre Monde le mal et la souffrance et que les lendemains qui chantent ne soient jamais pour demain.

Dans sa préface aux « Œuvres » de Vassili Grossman (Robert Laffont, Paris 2006, p.V), T. Todorov rappelle que « Grossman avait fait sienne une phrase de Tchékov selon laquelle « il était temps pour chacun de nous de se débarrasser de l’esclave qui était en nous ».

Alexei Navalny, Dolkun Isa, Bassam Aramin et Rami Elhanan, Iekaterina Dountsova ainsi que tant d’autres, connus ou inconnus, vivent de cette seule exigence.

Que les combats qu’ils entreprennent réussissent ou pas, cela n’est pas l’essentiel.

Ils les mènent d’abord « parce qu’il est temps pour chacun d’entre nous de se débarrasser de l’esclave qui est en nous », et que la beauté de cette œuvre suffit.

Et convaincus de ce simple objectif, qu’importent alors l’espoir, la santé et le bonheur, qu’importe la réussite !

Pour nous, l’année 2024 ne pourra qu’être bonne.

« Qui peut penser que les Israéliens vivront en paix après que l’irréparable a été commis » (Dominique Eddé). 

Un bref commentaire à cet article remarquable :

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/28/guerre-israel-hamas-qui-peut-penser-que-les-israeliens-vivront-en-paix-apres-que-l-irreparable-a-ete-commis_6208026_3232.html

« Ce qu’une bonne partie de l’opinion israélienne s’obstine à ne pas comprendre, c’est qu’elle est en train d’approuver une politique qui, au prétexte de protéger son peuple, va le déposséder de son avenir« . Il est dommage qu’un texte d’une telle lucidité – en témoigne l’agressivité que mettent ses détracteurs à le calomnier – ne soit resté que quelques heures « à la Une » sur le site [du Monde]. Car loin d’être une apologie sommaire de la Palestine, comme le soutiennent tant de commentaires malveillants, il fournit les seules clés susceptibles de permettre la survie d’Israël: un désaveu populaire massif de ce qu’Élie Barnavi nomme « une politique israélienne imbécile« . Il serait urgent de donner au plus grand nombre la possibilité de le relire.

Heureux les artisans de paix !

En ces temps de Noël tellement troublés qu’il serait vain de faire une liste des malheurs du monde, il est bon de se rappeler quelques grands textes qui font l’honneur de l’humanité et qui s’adressent aussi bien à « celui qui croyait au ciel » qu’à « celui qui n’y croyait pas ».

Car quelles que soient les croyances, religieuses ou athées, il existe encore et toujours des « artisans de paix » dont l’exemple nous garde du désespoir, et qui maintiennent vif l’esprit de ces grands textes.

« Qu’importe comment s’appelle

Cette clarté sur leur pas

Que l’un fut de la chapelle

Et l’autre s’y dérobât »

*

Pour ne citer que quelques exemples qui illustrent « les Béatitudes » :


« Heureux les doux,
car ils recevront la terre en héritage
 ».

https://www.arte.tv/fr/videos/113511-073-A/28-minutes/


« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
car ils seront rassasiés
 ».

*

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/23/un-vrai-debat-sur-l-immigration-ne-laisserait-pas-la-definition-des-objectifs-et-des-priorites-a-l-extreme-droite_6207466_3232.html


« Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,
car le royaume des Cieux est à eux
 ».

https://www.france24.com/fr/europe/20231215-alexe%C3%AF-navalny-transf%C3%A9r%C3%A9-de-sa-prison-vers-un-lieu-de-d%C3%A9tention-inconnu

« Heureux êtes-vous si l’on vous insulte,
si l’on vous persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous
 »

https://www.lemonde.fr/international/article/2023/12/23/en-russie-une-candidate-pacifiste-ecartee-de-la-presidentielle_6207441_3210.html

« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse,
car votre récompense est grande dans les cieux !
 »

Alors, « que l’on croie aux cieux » ou que l’on n’y croie pas, qu’importe.

L’essentiel n’est-il pas de se trouver du côté de celles et ceux qui illustrent ce qui fait l’honneur de l’humanité plutôt que parmi ceux qui la méprisent et la déshonorent ?

« Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles

Au cœur du commun combat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas »

Du côté de celui qui résiste et combat jusqu’à, mystérieusement, faire partie de celles et ceux qui pleurent plutôt que de ceux qui font pleurer.

« Heureux ceux qui pleurent,
car ils seront consolés
 ».

https://www.lavoixdunord.fr/1382309/article/2023-10-07/guerre-israel-gaza-des-civils-pris-en-otage-en-violation-du-droit-international

https://www.lemonde.fr/un-si-proche-orient/article/2023/11/26/jamais-la-palestine-n-a-autant-souffert_6202438_6116995.html

https://www.bbc.com/afrique/monde-67664330

Je nous souhaite donc de la clarté sur nos pas. Et qu’importe comment on l’appelle !

« Pour qu’à la saison nouvelle

Mûrisse un raisin muscat

Et framboise ou mirabelle

Le grillon rechantera »

Bonnes fêtes à toutes et tous malgré tout, dans le courage d’une espérance que l’horreur, la laideur ou l’indifférence ne peuvent éteindre.

Antisémitisme : éviter les malentendus et l’instrumentalisation.

 « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde », disait Albert Camus dans une citation souvent reprise à juste titre.

Alors je voudrais revenir rapidement sur la difficulté que nous avons en ce moment à nommer correctement les choses, en particulier en ce qui concerne la notion d’antisémitisme.

Dans un bel article que j’évoquais lors de mon post précédent, Daniel Barenboïm, qui ne peut je pense être soupçonné d’antisémitisme, déclarait :

Même aujourd’hui, de nombreux Israéliens voient dans le refus des Palestiniens de reconnaître l’État hébreu un prolongement de l’antisémitisme européen. Ce n’est pourtant pas l’antisémitisme qui régit la relation des Palestiniens à Israël, mais leur opposition à la division de la Palestine lors de la création de l’État et au refus de leur accorder l’égalité des droits, à commencer par le droit à un État indépendant.

Tout comme l’antisémitisme reste présent dans notre Occident et, en dépit de stratégies hypocrites, dans notre France profonde où il guette les bonnes occasions pour se manifester, il ne faut certes en aucun cas sous-estimer l’ampleur de la dérive proprement antisémite dans le monde arabo-musulman. L’antisémitisme y a effectivement sévi, y sévit encore et y sévira à l’évidence sans aucun doute. Des études telles que celles de Robert S. Wistrich sont là pour nous le rappeler, n’en déplaise à quelques bisounours et autres « islamo-gauchistes » hors sol.

Cependant, des argumentations du genre de celle de Barenboïm restent pour l’essentiel justifiées : on ne comprendra rien au conflit israélo- palestinien si on s’obstine à n’y voir – ou à ne vouloir y faire voir – de façon proprement manichéenne, qu’une expression de l’antisémitisme arabo-musulman.

Alors qu’il s’agit essentiellement de cet « océan de haine avec un désir de revanche » tel que le suscite, hélas de façon fort classique, toute entreprise de domination coloniale.

Comme le reconnaissait encore avec lucidité Moshe Dayan, que je citais aussi dans mon post précédent :

 Que savons-nous de leur haine sauvage [celle des Palestiniens] envers nous ? Ils vivent depuis huit ans [75 ans désormais…] à Gaza dans des camps de réfugiés, tandis que nous nous emparons sous leurs yeux des terres et de leurs villages où ils vécurent et où vécurent leurs ancêtres. Ce n’est pas aux Arabes de Gaza qu’il faut demander le prix du sang, mais à nous-mêmes.

Il est certes rassurant et gratifiant de distinguer clairement les bons agressés que nous sommes ou que nous soutenons et les méchants agresseurs antisémites. Et de le montrer à grand renfort de manifestations.

Mais il l’est bien moins de reconnaître, encore une fois avec Moshe Dayan, que l’antagonisme fauteur de haine et de violence n’est pas avant tout celui de l’antisémitisme « classique », dirigé contre « le » juif racialisé ou essentialisé par « l’ » arabe, lui-même essentialisé, mais d’abord celui entre un peuple colonisé et ses colonisateurs, auxquels se joignent leurs complices actifs ou tacites.

Et pourtant, toute solution au conflit ne peut passer que par cette reconnaissance préalable.

Reconnaissance que permet justement d’éviter une instrumentalisation de l’antisémitisme qui occulte opportunément le fait colonial.

Or, bien nommer les choses est essentiel pour lutter contre le malheur de ce monde, devrait-on dire avec Albert Camus.

En l’occurrence faire la part entre antisémitisme (sans en nier certes la réalité prégnante) et anticolonialisme (sans en nier non plus la réalité tout aussi prégnante).

Dans le cas de ce lamentable conflit si méthodiquement et machiavéliquement entretenu, on est en droit de penser qu’un antisémitisme « classique », « racialiste », n’est en rien premier. C’est bien le colonialisme qui a fait à l’origine le lit d’un antisémitisme et d’un antisionisme en réponse, qui ont hélas de plus en plus gagné, au Proche-Orient et dans le monde entier, jusqu’à rejoindre désormais, attisées par les extrémismes, les pires expressions de l’antisémitisme et de l’antisionisme « classiques ».

Comme le reconnaît entre autres Zeev Sternhell (cf. posts précédents), le simple respect de la Déclaration d’Indépendance d’Israël de 1948, et du projet profondément humaniste de pères fondateurs du sionisme tel que Martin Buber, aurait pu éviter cette funeste évolution.

Renverser l’ordre des responsabilités est se complaire dans le déni. C’est instrumentaliser l’antisémitisme, à juste titre unanimement réprouvé, dans le but de faire oublier, pire, de justifier le colonialisme qui, dans le cas du conflit israélo-palestinien, en est en grande partie la source.

Je me souviens des annonces effrayantes des attentats du FLN et d’autres organisations terroristes lorsque j’étais petit, à la fin des années 1950, ainsi que des manifestations anti-arabes que suscitaient ces horribles crimes quasiment quotidiens, dont un grand nombre de civils étaient victimes.

Serais-je allé manifester si j’avais été plus âgé ?

A posteriori, je crois que je n’aurais pu le faire qu’en écrivant sur mon écriteau deux phrases indissociables, indispensables pour briser l’opposition manichéenne des bons et des méchants :

« Non au terrorisme du FLN. Non à la politique coloniale de la France en Algérie ».

La France a fini par se rendre compte de l’ineptie et de l’injustice que constituait une Algérie « département français ».

Une solution « à deux États » a mis fin à la guerre et à la haine réciproque du français et de l’arabe, émanation inévitable de la situation coloniale.

Pour l’Honneur de la France, et celui de l’Algérie.

Lutter contre « l‘océan de haine » que dénonçait Moshe Dayan il y a … 67 ans ! exige une affirmation semblable :

« Non à l’antisémitisme. Non à la politique coloniale d’Israël ».

Pour ma part, je suis douloureusement étonné que la résolution du conflit israélo-palestinien ne mette pas systématiquement en avant une telle évidence.

Et que tant de présumées « bonnes volontés » se laissent instrumentaliser par des stratégies pernicieuses qui, pour faire triompher de misérables calculs politiques, n’ont pour but que de dissocier ces deux propositions nécessairement inséparables.

Pour l’honneur de la Palestine, et pour l’honneur d’Israël, il est capital de tenir ensemble la lutte contre tout antisémitisme et l’exigence forte d’une dénonciation de toute entreprise coloniale.

C’est une question de survie, mais aussi un combat urgent contre la « décomposition morale » (Zeev Sternhell) et la « confiscation de nos âmes » (Delphine Horvilleur).

Pensons-y lors de nos manifestations !

*

Ajout du 15/11 :

https://www.lemonde.fr/international/article/2023/11/14/la-cisjordanie-le-chaudron-qui-menace-d-exploser_6200030_3210.html

Ajout du 25/11 :

Cet important article de Yagil Levy :

https://www.lemonde.fr/international/article/2023/11/24/yagil-levy-sociologue-le-systeme-politique-d-israel-est-completement-paralyse_6202081_3210.html?random=1467605591

(…)

Le grand silence de l’opinion israélienne sur les destructions de Gaza vous surprend-il ?

Ce silence, d’abord, est lié à la façon dont le conflit est mené. On ne peut pas commencer une guerre sans définir de buts clairs, avec, par conséquent, un plan de sortie. Or, nous n’en avons pas. Il n’y a pas de plan pour le « jour d’après ». De plus, dans les médias israéliens, il n’y a presque rien au sujet de l’impact des opérations à Gaza sur la population. Une forme de déshumanisation est à l’œuvre, mais elle n’est pas neuve.

Historiquement, depuis l’effondrement des accords d’Oslo [1993], nous avons déshumanisé les Gazaouis, non seulement en refusant de regarder le sort qui était le leur dans l’enclave, mais aussi par simple mépris. Le fait que nous n’accordions pas d’attention aux destructions là-bas est dans la continuité de ce que nous avons fait depuis vingt ans.

(…)

Je ne connais aucun exemple dans l’histoire militaire récente [depuis la seconde guerre mondiale] où l’on observe ce ratio de pertes entre soldats et civils. Côté israélien, les pertes se montent à environ 60 soldats, comparé à 14 000 personnes tuées dans Gaza, dont au moins 6 000 enfants. C’est un ratio de un contre cent.

On ne voit nulle part un tel rapport. C’est à ce prix qu’est économisée la vie des soldats, et cela entre en contradiction avec le besoin de légitimation vis-à-vis de l’extérieur. On n’entend pas en Israël de discours mettant en cause l’action militaire à Gaza, car dès que l’on prend en considération la morale, Israël ne peut plus se battre à Gaza, sauf à perdre plus de soldats. Si le coût humain de l’opération montait en flèche, elle deviendrait illégitime, mais cette fois aux yeux de la population.

(…)

Ajout du 27/11 :

Encore un excellent article de Jean-Pierre Filiu :

https://www.lemonde.fr/un-si-proche-orient/article/2023/11/26/jamais-la-palestine-n-a-autant-souffert_6202438_6116995.html

Avec Martin Buber, une petite leçon de judaïsme à l’usage des oublieux.

Un extrait de ce grand philosophe de la rencontre d’autrui et du dialogue, inspirateur d’Emmanuel Lévinas, qu’il serait urgent de redécouvrir en des jours où prévalent l’exclusion de l’autre et le nettoyage ethnique.

L’homme type de notre temps se tient pour incapable de croire à sa propre substance, car il ne connaît plus de base qui serait susceptible de la soutenir. Et ainsi, il se cramponne à sa foi en son Ego élargi, sa nation, qui constitue pour lui la plus haute instance à laquelle il soit possible d’avoir recours. Et comme il n’a aucune relation authentique et vitale à la vérité qui est au-dessus des nations, à la vérité qui exige des nations qu’elles la réalisent, il transforme la « personne » de sa nation en idole (…). Or comme il n’existe pour lui aucune sphère supérieure à celle de la nation, comme il n’est dans les cieux aucune cour d’appel, l’aboutissement fatal de tout cela est l’affrontement des peuples et de leurs princes les uns avec les autres, par tous les moyens dont ils disposent, sans crainte ni pudeur, et jusqu’à leur anéantissement mutuel.

(…)

Et qu’en est-il de nous autres juifs ? Nous parlons de l’esprit d’Israël et nous nous figurons que nous sommes différents de tous les autres peuples parce qu’il y a un esprit d’Israël. Mais si l’esprit d’Israël n’est rien de plus, pour nous, que la personnification synthétique de notre nation, rien de plus qu’une justification séduisante de notre égoïsme collectif (…) alors nous sommes en vérité semblables aux nations, et nous nous abreuvons avec elles à la coupe de la même duperie.

Martin Buber, Esprit d’Israël et monde d’aujourd’hui, conférence de 1947, dans Judaïsme, Verdier 1983, p. 148-149.

Si le document de 2017 exposant « Les principes généraux et la politique du Hamas » revendique bien en son article 2 l’inacceptable éradication de « l’entité sioniste usurpatrice » de la terre palestinienne

L’expulsion et le bannissement du peuple palestinien de sa terre et la création de l’entité sioniste sur celle-ci n’annulent pas le droit du peuple palestinien à l’ensemble de sa terre et n’y consacrent aucun droit pour l’entité sioniste usurpatrice (the usurping Zionist entity).

Ce sont bien des organisations israéliennes qui n’hésitent pas à qualifier de « nettoyage ethnique » la politique menée en particulier en Cisjordanie par les colons avec l’appui de Tsahal :

Depuis le début de la guerre, 545 personnes issues de 13 communautés d’éleveurs bédouins ont été contraintes au départ en Cisjordanie, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies. Le 19 octobre, plusieurs organisations de défense des droits humains israéliennes ont adressé une lettre à des diplomates occidentaux les appelant à aider « à stopper le nettoyage ethnique de bergers et fermiers palestiniens dans la vallée du Jourdain ».

Ajoutant leurs voix à celle de la grande écrivaine libanaise Dominique Eddé , qui dénonce elle aussi, dans la politique suivie par les dirigeants d’Israël « une décennie après l’autre » une véritable « épuration ethnique ».

« Raisonnements tribaux », « long processus de décomposition » (Dominique Eddé), « Décomposition morale », « colonisation », « apartheid » (Zeev Sternhell), « épuration ethnique », nous sommes bien loin de cet « esprit d’Israël » dont Martin Buber rêvait pour honorer son peuple :

Notre souhait national de reprendre la vie du peuple d’Israël dans son territoire ancestral n’est toutefois pas dirigé contre un autre peuple. Au moment où nous réintégrons l’histoire mondiale, et où nous redevenons les porte-drapeaux de notre propre destin, le peuple juif, qui fut lui-même une minorité persécutée dans tous les pays du monde pendant deux mille ans, rejette avec horreur les méthodes de domination nationaliste dont il a lui-même si longtemps pâti. Nous n’aspirons pas à regagner la terre d’Israël avec laquelle nous avons d’indissolubles liens, historiques et spirituels à la fois, avec l’intention d’éliminer ou dominer un autre peuple (Martin Buber au XIIe Congrès sioniste, Karlsbad 1921).

Et pour terminer, l’avis du juriste :

En réponse aux événements et polémiques actuelles, le droit international humanitaire – l’ensemble de normes adoptées en réponse aux atrocités des conflits du XXe siècle et qui établit une architecture de règles visant à limiter les conséquences dramatiques des guerres – énonce un principe primordial : quelles que soient les circonstances et la nature des actes qui déclenchent des hostilités, une fois celles-ci déclenchées, toutes les parties sont tenues aux mêmes devoirs et obligations. (…)

Cette controverse s’avère peut-être même contre-productive en ce qu’elle remet au cœur du débat précisément ce que le droit international humanitaire vise à éviter : le jugement éthique quant au déclenchement des hostilités, qui invite à prendre parti.

Du reste, quand bien même le Hamas s’est lui-même montré peu intéressé à respecter le droit international humanitaire, cela ne permet pas à Israël de le négliger à son tour. Comme le soulignait la première ministre Élisabeth Borne : le groupe armé et l’État d’Israël ne peuvent pas être mis dos à dos. Cela signifie également qu’Israël, son gouvernement élu et ses forces armées ne peuvent répondre avec la même brutalité que le Hamas le 7 octobre – d’autant plus en raison de leur puissance de frappe nettement supérieure et, de fait, plus meurtrière.

Or ce principe essentiel semble s’être trouvé pour l’heure relégué au second plan. Assurant avoir coupé en eau, gaz, électricité, et livraisons de denrées alimentaires dans l’enclave Palestinienne de 2,3 millions d’habitants, ordonnant à près d’un million de civils de quitter leurs habitations, même en l’absence de tout refuge, certaines déclarations israéliennes ont également promis de traiter l’ennemi comme « des animaux ». En droit, ces actions, si elles se confirment, constitueraient des violations du droit international humanitaire, et potentiellement, elles aussi, des crimes de guerre.

S’il est donc légitime pour les alliés d’Israël d’exprimer leur émotion et leur soutien face aux attaques du Hamas ayant visé des civils, il est primordial de ne pas donner l’impression que l’horreur des attaques justifierait d’ignorer les règles de droit humanitaire applicables. Le soutien à Israël ne peut donc pas être aussi « inconditionnel » qu’on l’entend parfois.

Ajout du 04/11 :

Cette réflexion du grand chef d’orchestre israélien Daniel Barenboïm :

La déclaration d’indépendance du 14 mai 1948 affirme elle aussi que l’État d’Israël se consacrera au développement du pays au bénéfice de tous ses habitants ; sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix enseignés par les prophètes d’Israël ; assurera une égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens sans distinction de religion, de race, ou de sexe ; garantira la liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture. La réalité, comme nous le savons tous, a pris une tout autre tournure.

Même aujourd’hui, de nombreux Israéliens voient dans le refus des Palestiniens de reconnaître l’État hébreu un prolongement de l’antisémitisme européen. Ce n’est pourtant pas l’antisémitisme qui régit la relation des Palestiniens à Israël, mais leur opposition à la division de la Palestine lors de la création de l’État et au refus de leur accorder l’égalité des droits, à commencer par le droit à un État indépendant. La Palestine n’était tout simplement pas un pays vide, comme la légende nationaliste israélienne le prétend. Elle correspondait bel et bien à la description qu’en firent deux rabbins qui avaient visité le territoire pour étudier la possibilité d’y établir un État juif: «C’est une fiancée superbe, mais elle est déjà mariée.» Cela reste aujourd’hui un tabou dans la société israélienne que de le reconnaître expressément: l’État a été fondé au détriment d’un autre peuple.

Il est donc plutôt malvenu, et quelque peu obscène, d’arborer une étoile jaune en vue de criminaliser les propos d’un haut responsable de l’ONU, qui ne fait jamais que redire, avec d’ailleurs moins de force et de précision, ce que soutiennent entre autres Buber et Barenboïm.

Un minimum de connaissance et de respect de « l’esprit d’Israël » serait plutôt de mise dans la situation tragique que nous connaissons.

Ajout du 05/11 :

Tirée de l’excellent article de Jean-Pierre Filiu, cette étonnante réaction de Moshe Dayan aux funérailles de Roï Rothberg, assassiné en 1956 par des Palestiniens infiltrés de Gaza :

« Aujourd’hui ne maudissons pas ses assassins. Que savons-nous de leur haine sauvage envers nous ? Ils vivent depuis huit ans à Gaza dans des camps de réfugiés, tandis que nous nous emparons sous leurs yeux des terres et de leurs villages où ils vécurent et où vécurent leurs ancêtres. Ce n’est pas aux Arabes de Gaza qu’il faut demander le prix du sang, mais à nous-mêmes. » Le chef d’état-major adjurait alors ses compatriotes de ne jamais oublier que, « au-delà du sillon qui marque la frontière, s’étend un océan de haine avec un désir de revanche ».

8 ans en 56, soit 75 ans en 2023.

Sans commentaire.

Ajout du 08/11.

Belle intervention de Dominique de Villepin ;

« Il n’y a qu’une réponse au terrorisme, c’est la justice. La justice passe par l’ouverture d’une solution politique aux Palestiniens ».

La totalité de l’Histoire le montre, depuis l’Irlande, l’Algérie, l’Euskadi, la Catalogne, dans l’attente de la Corse, du Kurdistan, de la Kanaki, etc. Combien de milliers de vie vont encore coûter le déni et l’aveuglement stupides ?

Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent (Psaume 85-84).

חֶסֶד-וֶאֱמֶת נִפְגָּשׁוּ; צֶדֶק וְשָׁלוֹם נָשָׁקוּ

Il ne suffit pas de le chanter, il est urgent de le comprendre, M. Netanyahou.