Avec Martin Buber, une petite leçon de judaïsme à l’usage des oublieux.

Un extrait de ce grand philosophe de la rencontre d’autrui et du dialogue, inspirateur d’Emmanuel Lévinas, qu’il serait urgent de redécouvrir en des jours où prévalent l’exclusion de l’autre et le nettoyage ethnique.

L’homme type de notre temps se tient pour incapable de croire à sa propre substance, car il ne connaît plus de base qui serait susceptible de la soutenir. Et ainsi, il se cramponne à sa foi en son Ego élargi, sa nation, qui constitue pour lui la plus haute instance à laquelle il soit possible d’avoir recours. Et comme il n’a aucune relation authentique et vitale à la vérité qui est au-dessus des nations, à la vérité qui exige des nations qu’elles la réalisent, il transforme la « personne » de sa nation en idole (…). Or comme il n’existe pour lui aucune sphère supérieure à celle de la nation, comme il n’est dans les cieux aucune cour d’appel, l’aboutissement fatal de tout cela est l’affrontement des peuples et de leurs princes les uns avec les autres, par tous les moyens dont ils disposent, sans crainte ni pudeur, et jusqu’à leur anéantissement mutuel.

(…)

Et qu’en est-il de nous autres juifs ? Nous parlons de l’esprit d’Israël et nous nous figurons que nous sommes différents de tous les autres peuples parce qu’il y a un esprit d’Israël. Mais si l’esprit d’Israël n’est rien de plus, pour nous, que la personnification synthétique de notre nation, rien de plus qu’une justification séduisante de notre égoïsme collectif (…) alors nous sommes en vérité semblables aux nations, et nous nous abreuvons avec elles à la coupe de la même duperie.

Martin Buber, Esprit d’Israël et monde d’aujourd’hui, conférence de 1947, dans Judaïsme, Verdier 1983, p. 148-149.

Si le document de 2017 exposant « Les principes généraux et la politique du Hamas » revendique bien en son article 2 l’inacceptable éradication de « l’entité sioniste usurpatrice » de la terre palestinienne

L’expulsion et le bannissement du peuple palestinien de sa terre et la création de l’entité sioniste sur celle-ci n’annulent pas le droit du peuple palestinien à l’ensemble de sa terre et n’y consacrent aucun droit pour l’entité sioniste usurpatrice (the usurping Zionist entity).

Ce sont bien des organisations israéliennes qui n’hésitent pas à qualifier de « nettoyage ethnique » la politique menée en particulier en Cisjordanie par les colons avec l’appui de Tsahal :

Depuis le début de la guerre, 545 personnes issues de 13 communautés d’éleveurs bédouins ont été contraintes au départ en Cisjordanie, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies. Le 19 octobre, plusieurs organisations de défense des droits humains israéliennes ont adressé une lettre à des diplomates occidentaux les appelant à aider « à stopper le nettoyage ethnique de bergers et fermiers palestiniens dans la vallée du Jourdain ».

Ajoutant leurs voix à celle de la grande écrivaine libanaise Dominique Eddé , qui dénonce elle aussi, dans la politique suivie par les dirigeants d’Israël « une décennie après l’autre » une véritable « épuration ethnique ».

« Raisonnements tribaux », « long processus de décomposition » (Dominique Eddé), « Décomposition morale », « colonisation », « apartheid » (Zeev Sternhell), « épuration ethnique », nous sommes bien loin de cet « esprit d’Israël » dont Martin Buber rêvait pour honorer son peuple :

Notre souhait national de reprendre la vie du peuple d’Israël dans son territoire ancestral n’est toutefois pas dirigé contre un autre peuple. Au moment où nous réintégrons l’histoire mondiale, et où nous redevenons les porte-drapeaux de notre propre destin, le peuple juif, qui fut lui-même une minorité persécutée dans tous les pays du monde pendant deux mille ans, rejette avec horreur les méthodes de domination nationaliste dont il a lui-même si longtemps pâti. Nous n’aspirons pas à regagner la terre d’Israël avec laquelle nous avons d’indissolubles liens, historiques et spirituels à la fois, avec l’intention d’éliminer ou dominer un autre peuple (Martin Buber au XIIe Congrès sioniste, Karlsbad 1921).

Et pour terminer, l’avis du juriste :

En réponse aux événements et polémiques actuelles, le droit international humanitaire – l’ensemble de normes adoptées en réponse aux atrocités des conflits du XXe siècle et qui établit une architecture de règles visant à limiter les conséquences dramatiques des guerres – énonce un principe primordial : quelles que soient les circonstances et la nature des actes qui déclenchent des hostilités, une fois celles-ci déclenchées, toutes les parties sont tenues aux mêmes devoirs et obligations. (…)

Cette controverse s’avère peut-être même contre-productive en ce qu’elle remet au cœur du débat précisément ce que le droit international humanitaire vise à éviter : le jugement éthique quant au déclenchement des hostilités, qui invite à prendre parti.

Du reste, quand bien même le Hamas s’est lui-même montré peu intéressé à respecter le droit international humanitaire, cela ne permet pas à Israël de le négliger à son tour. Comme le soulignait la première ministre Élisabeth Borne : le groupe armé et l’État d’Israël ne peuvent pas être mis dos à dos. Cela signifie également qu’Israël, son gouvernement élu et ses forces armées ne peuvent répondre avec la même brutalité que le Hamas le 7 octobre – d’autant plus en raison de leur puissance de frappe nettement supérieure et, de fait, plus meurtrière.

Or ce principe essentiel semble s’être trouvé pour l’heure relégué au second plan. Assurant avoir coupé en eau, gaz, électricité, et livraisons de denrées alimentaires dans l’enclave Palestinienne de 2,3 millions d’habitants, ordonnant à près d’un million de civils de quitter leurs habitations, même en l’absence de tout refuge, certaines déclarations israéliennes ont également promis de traiter l’ennemi comme « des animaux ». En droit, ces actions, si elles se confirment, constitueraient des violations du droit international humanitaire, et potentiellement, elles aussi, des crimes de guerre.

S’il est donc légitime pour les alliés d’Israël d’exprimer leur émotion et leur soutien face aux attaques du Hamas ayant visé des civils, il est primordial de ne pas donner l’impression que l’horreur des attaques justifierait d’ignorer les règles de droit humanitaire applicables. Le soutien à Israël ne peut donc pas être aussi « inconditionnel » qu’on l’entend parfois.

Ajout du 04/11 :

Cette réflexion du grand chef d’orchestre israélien Daniel Barenboïm :

La déclaration d’indépendance du 14 mai 1948 affirme elle aussi que l’État d’Israël se consacrera au développement du pays au bénéfice de tous ses habitants ; sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix enseignés par les prophètes d’Israël ; assurera une égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens sans distinction de religion, de race, ou de sexe ; garantira la liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture. La réalité, comme nous le savons tous, a pris une tout autre tournure.

Même aujourd’hui, de nombreux Israéliens voient dans le refus des Palestiniens de reconnaître l’État hébreu un prolongement de l’antisémitisme européen. Ce n’est pourtant pas l’antisémitisme qui régit la relation des Palestiniens à Israël, mais leur opposition à la division de la Palestine lors de la création de l’État et au refus de leur accorder l’égalité des droits, à commencer par le droit à un État indépendant. La Palestine n’était tout simplement pas un pays vide, comme la légende nationaliste israélienne le prétend. Elle correspondait bel et bien à la description qu’en firent deux rabbins qui avaient visité le territoire pour étudier la possibilité d’y établir un État juif: «C’est une fiancée superbe, mais elle est déjà mariée.» Cela reste aujourd’hui un tabou dans la société israélienne que de le reconnaître expressément: l’État a été fondé au détriment d’un autre peuple.

Il est donc plutôt malvenu, et quelque peu obscène, d’arborer une étoile jaune en vue de criminaliser les propos d’un haut responsable de l’ONU, qui ne fait jamais que redire, avec d’ailleurs moins de force et de précision, ce que soutiennent entre autres Buber et Barenboïm.

Un minimum de connaissance et de respect de « l’esprit d’Israël » serait plutôt de mise dans la situation tragique que nous connaissons.

Ajout du 05/11 :

Tirée de l’excellent article de Jean-Pierre Filiu, cette étonnante réaction de Moshe Dayan aux funérailles de Roï Rothberg, assassiné en 1956 par des Palestiniens infiltrés de Gaza :

« Aujourd’hui ne maudissons pas ses assassins. Que savons-nous de leur haine sauvage envers nous ? Ils vivent depuis huit ans à Gaza dans des camps de réfugiés, tandis que nous nous emparons sous leurs yeux des terres et de leurs villages où ils vécurent et où vécurent leurs ancêtres. Ce n’est pas aux Arabes de Gaza qu’il faut demander le prix du sang, mais à nous-mêmes. » Le chef d’état-major adjurait alors ses compatriotes de ne jamais oublier que, « au-delà du sillon qui marque la frontière, s’étend un océan de haine avec un désir de revanche ».

8 ans en 56, soit 75 ans en 2023.

Sans commentaire.

Ajout du 08/11.

Belle intervention de Dominique de Villepin ;

« Il n’y a qu’une réponse au terrorisme, c’est la justice. La justice passe par l’ouverture d’une solution politique aux Palestiniens ».

La totalité de l’Histoire le montre, depuis l’Irlande, l’Algérie, l’Euskadi, la Catalogne, dans l’attente de la Corse, du Kurdistan, de la Kanaki, etc. Combien de milliers de vie vont encore coûter le déni et l’aveuglement stupides ?

Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent (Psaume 85-84).

חֶסֶד-וֶאֱמֶת נִפְגָּשׁוּ; צֶדֶק וְשָׁלוֹם נָשָׁקוּ

Il ne suffit pas de le chanter, il est urgent de le comprendre, M. Netanyahou.

Israël et le Hamas. Ou, encore une fois, du déni des évidences.

Tellement, tellement prévisible, qu’on ne peut que s’étonner … de l’étonnement.

Et qu’on n’aille pas m’accuser d’apologie du terrorisme, encore moins certes d’antisémitisme, ni même d’antisionisme.

Je me suis depuis bien longtemps exprimé sur le sujet, et mon maître sur ces questions demeure le très regretté Zeev Sternhell.

Car il faut tout de même se résoudre à appeler un chat un chat.

D’où qu’ils viennent, les crimes terroristes indiscriminés doivent effectivement être qualifiés de crimes contre l’humanité. Cela ne devrait pas souffrir de discussion.

Mais le fait que des citoyens d’une nation soient victimes de tels crimes ne peut constituer pour autant une assurance de son bon droit.

Comme l’affirme à juste raison Elie Barnavie, « l’attaque du Hamas résulte de la conjonction d’une organisation islamiste fanatique et d’une politique israélienne imbécile ».

Le fait que des innocents turcs puissent être victimes d’attentats ignobles et inadmissibles de la part de terroristes kurdes ne cautionne aucunement la légitimité de la politique kurde du gouvernement d’Ankara, ni ne disqualifie la justesse de la cause kurde.

Pas plus que l’assassinat de chinois par des terroristes ouïgours ne justifie l’apartheid imposé par l’administration chinoise ni n’invalide la revendication des ouïgours.

Or, comme le rappelle Sternhell, la déclaration d’indépendance d’Israël est désormais « une pièce de musée qui rappellera aux générations futures ce que notre pays aurait pu être si notre société ne s’était moralement décomposée en un demi-siècle d’occupation, de colonisation et d’apartheid dans les territoires conquis en 1967, et désormais occupés par quelque 300 000 colons » (article cité en lien).

« Décomposition morale », « colonisation », « apartheid », au-delà de dénis regrettablement entretenus, ce sont bien de tels termes qu’il importe d’utiliser pour qualifier ce qui caractérise aujourd’hui la réalité mise en place par les politiques des dirigeants successifs d’Israël.

Tant il convient donc d’appeler un chat un chat.

Il est donc certes impératif d’appeler « crime contre l’humanité » les exactions inadmissibles du Hamas.

Mais il est tout aussi impératif, pour ne pas parler des victimes innocentes des nombreuses opérations de répression menées par Tsahal, d’appeler « colonisation » et « apartheid » les politiques suivies depuis des décennies par les responsables d’Israël, politiques qui, sauf rarissimes exceptions, ont fait l’objet d’une adhésion passive, voire d’une complicité tacite de la part de ce qui aurait dû être une opposition citoyenne résolue contre la « décomposition morale ».

Il y a certes un terrorisme révoltant d’un côté. Cela est indéniable.

Mais il conviendrait d’éviter de laisser croire, comme le font en ce moment tant de réactions et de médias, que c’est le bon droit qui serait de l’autre, et qu’il pourrait donc tout se permettre.

Un tel manichéisme hélas trop largement partagé ne fait qu’entretenir cette « décomposition morale » à l’œuvre depuis au moins 1967.

Tout cela sous les yeux d’une « pseudo-communauté internationale » selon le mot d’Hubert Védrine, communauté qui, après avoir engagé en 1947 juifs et palestiniens dans une utopie à la limite de ce qui est humainement concevable et qui aurait nécessité un soutien sans faille, s’est désengagée de ses responsabilités, par lâcheté ou par intérêt.

La liste innombrable des résolutions du Conseil de Sécurité de l’Onu non respectées par Israël, jusqu’à la passivité internationale devant l’agonie des accords d’Oslo, « processus de paix qui a été saboté systématiquement par des extrémistes des deux côtés » (H. Védrine, article en lien), ne fait qu’attester du caractère hélas totalement prévisible des événements actuels, et de ceux qui, hélas, vont leur succéder.

En paraphrasant la conclusion de mon post cité plus haut, il faut reconnaître que les crimes commis ces derniers jours sont intolérables, mais que les dirigeants d’Israël semblent avoir tout mis en œuvre pour que leur nation creuse elle-même sa propre tombe, « confisque elle-même son âme ».

Car tôt ou tard, la nouvelle Naqba qu’ils semblent vouloir imposer au peuple palestinien risque fort de se retourner contre le peuple d’Israël, après bien des souffrances de part et d’autre.

Comme beaucoup de gens, je suis effondrée et suis devenue totalement pessimiste, moi qui me suis toujours perçue comme quelqu’un d’optimiste, confiant en la paix possible. Ces grands idéaux, aujourd’hui, sonnent un peu creux à mes oreilles. J’ai le sentiment que le sol s’est dérobé sous mes pieds, que quelque chose s’est effondré.

Je pourrais m’exprimer en tant que juive ou que personne attachée à Israël, bien sûr. Mais en réalité, c’est en tant qu’être humain qu’il me faut simplement parler. Nous sommes projetés dans des images d’une telle inhumanité que la question qui m’habite, c’est de savoir comment préserver notre humanité, s’assurer les uns les autres que, dans les temps à venir, nous parviendrons à ne pas déshumaniser l’autre à un point qui confisquerait notre âme (Delphine Horvilleur).

*

Ajout du 19/10.

Cet excellent article, en accès libre, que je découvre tardivement.

Tout y est dit.

Malheureusement, si cette violence barbare est sans excuse mais elle n’est pas sans cause. J’ai vu et vécu un peu de l’injustice et de l’humiliation qui sont le quotidien des Palestiniens à Gaza et ailleurs dans des territoires que l’on ne peut décemment plus appeler Palestine, tant la colonisation d’état ou « sauvage » l’a méthodiquement morcelée au point de rendre désormais impossible une unité territoriale souveraine aussi modeste soit-elle. L’injustice historique et quotidienne, l’usage d’un rapport de force disproportionné, l’humiliation permanente, font le lit d’une violence qui n’a rien d’aveugle. Mais cela nous peinons à le voir.

Qui se souciait encore, avant ce coup de tonnerre, de l’abandon de tout processus de paix ruinant définitivement l’espérance d’un état palestinien viable plutôt qu’un régime de colonisation que l’on croyait appartenir à une époque révolue ? On n’entendait plus parler de rien, le couvercle semblait hermétique et tout allait bien pour nous.

Et aujourd’hui, nous indignons-nous avec la même indignation des paroles du ministre de la défense, israélien, quand il dit « nous sommes confrontés à des animaux et nous devons les traiter comme des animaux » pour annoncer la privation de toute une population d’eau, de nourriture, de gaz et d’électricité, justifiant ainsi aux yeux du monde et en toute bonne conscience un crime de guerre ? Animaux, le terme n’est inédit pour qualifier les Palestiniens. C’est ainsi qu’eux-mêmes se sentent traités lors du franchissement des innombrables checkpoints. Mais, à la différence des animaux, ils en ressentent l’humiliation.

https://www.la-croix.com/debat/Mgr-Jean-Paul-Vesco-violence-barbare-Hamas-sans-excuse-nest-pas-sans-cause-2023-10-16-1201287058

Ainsi que celui-ci, qui pose aussi les questions fondamentales:

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/16/attaque-du-hamas-contre-israel-pour-defendre-la-paix-il-faut-d-abord-reconnaitre-qu-une-vie-vaut-une-autre-vie_6194667_3232.html?random=404177466

Et celui-là, qui fait le point sur un désengagement coupable, en grande partie à l’origine des violences actuelles:

La passivité, une forme de complicité, des Grands a ouvert un boulevard au chef de la droite israélienne, Benyamin Nétanyahou, au pouvoir depuis près de quinze ans. Les uns et les autres, de Washington à Bruxelles, tous ont fermé les yeux devant la colonisation du territoire occupé de Cisjordanie – et tant pis pour les résolutions de l’ONU.

L’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas s’en est trouvée humiliée et rabaissée quand, dans sa concurrence avec le Hamas, il eût fallu la renforcer jour après jour. Mais les grandes puissances ont tacitement accepté ce que leur demandait le chef du gouvernement israélien : laissez-nous seuls face à face avec les Palestiniens, et nous nous arrangerons.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/19/conflit-israelo-palestinien-pourquoi-ce-desengagement-des-grandes-puissances-cette-maniere-d-indifference-depuis-tant-d-annees_6195295_3232.html

Quand la sainte lumière de la liberté d’expression éclaire enfin le monde de ses bûchers.

« Je prépare le cinquantième anniversaire du ‘’1984’’ de George Orwell », me dit Stultitia. « Dans ce but, j’ai entrepris un tour du monde de la liberté d’expression ».

« Comme Orwell est né en Inde, j’ai commencé par-là mon périple. J’ai eu la chance d’y assister à un autodafé de Corans du plus bel effet, par des hindouistes particulièrement motivés. Cela mettait un beau point d’orgue aux humiliations plus habituelles mais moins éclatantes qui ont lieu dans ce pays contre les musulmans ».

« Traversant la frontière vers le Pakistan, voilà que ma bonne étoile me permet d’y voir brûler des exemplaires de la Bhagavad-Gita sur un bûcher admirablement entretenu par des fidèles musulmans. Ce spectacle tombait à point pour me préparer au prochain autodafé de Torahs et de Talmuds qui m’attendait sur l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem. Sais-tu que le Talmud, surtout celui de Babylone, du fait de son volume, alimente nettement mieux le feu qu’un simple Coran ? »

« Et bien mieux en tout cas que les Sermons du Bouddha que des réfugiés Rohingyas brûlaient lors de mon passage au Bangladesh ».

« Mais notre chère Europe s’y entend pas mal, elle aussi, en attisant du souffle des extrêmes droites les autodafés de Corans ».

Tout cela, bien entendu, au nom de la liberté d’expression.

*

J’avoue toutefois que cet enthousiasme de Stultitia devant un tel déchaînement de bûchers me laisse plutôt … froid.

Et me souvenant, à l’occasion de l’anniversaire du coup d’Etat de Santiago du Chili de 1973, des tristes autodafés des œuvres de Pablo Neruda et des poésies de Victor Jara,

Chili 1973

Je me suis permis de rappeler dans quelques commentaires d’articles divers qu’il existe une pente autrement plus dangereuse que celle d’interdire, au nom de la liberté d’expression, de brûler des Corans.

C’est celle qui consiste à légitimer les autodafés de tous ordres.

M. Malka est connu pour avoir défendu un journal qui s’est permis, entre autres, en faisant la promotion de Gregorius Nekschot, de justifier des caricatures dont même le pire antisémitisme des années trente n’avait produit l’équivalent. Et voilà qu’il prend la défense des autodafés. Ne sait-il donc pas qu’outre la destruction des livres saints cathares, de la quasi-totalité des codex précolombiens, des œuvres de Pablo Neruda, de Salman Rushdie, etc., la Torah, le Talmud et la Kabbale ont fait partie des livres les plus combustibles de l’Histoire ? Est-il donc nécessaire d’entériner, au XXIème siècle, une caricature de « laïcité » se caractérisant par une surenchère des bûchers et de l’ordurier ? « Là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes », disait Heine. Les autodafés nazis de 1933 ont tragiquement illustré cette sentence. La laïcité, la vraie, a besoin de bien d’autre chose que de voix irresponsables, d’où qu’elles viennent, qui contribuent à attiser les flammes.

Car une législation peut parfaitement garantir, sans pour autant interdire le blasphème, une liberté d’expression respectueuse des droits et des convictions de chacun :

  Il est pénible d’avoir à revenir sur ces sujets qui alimentent une presse à scandale en mal de lecteurs. Ayant commenté l’article de R.Malka, je me contenterai d’un rappel: une législation qui accepte le blasphème n’est pas tenue d’approuver des provocations stériles et dangereusement contre-productives. Cf. chap.IV de la Loi du 29/07 1881 sur la liberté de la presse (consolidé le 09/01 2015) qui énonce :«Ceux qui (…) auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d’un an d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende (…) Il en va de même de «La diffamation commise par les mêmes moyens».  Certes, diffamer le judaïsme ou l’homosexualité n’est pas diffamer une personne, mais le devoir du législateur est de protéger ceux qui sont au quotidien victimes de tels amalgames.

(…) Ce que je dis c’est que, contrairement à la conception de la « laïcité » et de la liberté d’expression que prône M. Malka, nous n’avons rien à gagner, au XXIème siècle, à une société où se multiplieront les autodafés de Corans, de Torahs, de Talmuds, d’Évangiles, des livres de Neruda, de Rushdie, de Marx, des textes du bouddhisme, du taoïsme et tout ce que vous voulez, car la liste sera nécessairement sans fin au gré d’innombrables dogmatismes imbéciles. La seule solution réside dans la promotion d’une éthique du respect de toute pensée et de toute croyance, respect qui figure d’ailleurs clairement dans les textes fondateurs de la laïcité française, amplement suffisants. Seule une telle exigence de respect critique peut enrayer la propagation, malheureusement entretenue, des incendies.

Sans même faire référence au nécessaire « respect de l’ordre public » qu’est censé assurer tout Etat de droit dans une société démocratique :

 Le maintien de l’ordre public étant une nécessité pour l’exercice des libertés, il en découle que, dans certaines circonstance les libertés peuvent être limitées pour sauvegarder l’ordre public.

(…) Cette philosophie se retrouve dans la Convention européenne des droits de l’homme. En effet, certaines libertés qui y sont proclamées peuvent faire l’objet de restrictions lorsque ces dernières – je cite – “constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d’autrui’’ (…).

*

Je sais une charmante auberge de montagne où l’on peut lire à l’entrée sur un petit panneau : « Ici, pas de Coca, pas de Nutella ».

Et, contrairement à Stultitia, je rêve d’un pays aux frontières duquel on pourrait lire :

« Ici, on ne brûle pas de Corans, ni de Torahs, ni de Talmuds, ni d’écrits de Victor Jara ou Salman Rushdie. Ici, on accepte que les femmes s’habillent comme elles le désirent. Nous n’avons pas de Police des mœurs ni du vêtement. Ici, on accepte que chacun exprime ses opinions dans le respect de celles d’autrui, et les soumette aux éventuelles critiques, sans Inquisitions ni bûchers. Ici, on accorde le prix Nobel à Dmitri Mouratov ou à Malala Yousafzai ».

Hélas, en témoigne M. Malka et autres Charlie, un tel pays risque fort de bientôt disparaître.

Tant il est plus facile, effectivement, d’aller chercher ailleurs le Coca et le Nutella dont on semble ne pas pouvoir se passer.

Lettre ouverte aux jeunes des « JMJ ». Et de l’expérience de Milgram. Ou comment desideriusminimus se prend à jouer les antipapes.

Une fois de plus, Stultitia m’exhorte à reprendre mon bâton de pèlerin et à pourfendre quelques désastreux poncifs, d’autant plus pernicieux qu’ils s’accompagnent de cette suffisance « systémique » avec laquelle toute idéologie, qu’elle soit politique ou religieuse, usurpe une authentique réflexion éthique.

Car l’assurance fallacieuse que peut conférer le dogme est souvent le meilleur rempart contre les interrogations dérangeantes que la réalité soumet à la conscience.

Alors, bien que n’étant ni jeune ni pape, je me permets de poser quelques questions qui me semblent avoir fait gravement défaut aux récentes « JMJ » de Lisbonne.

*

Tout d’abord, pour ce qui est de la désolation pontificale devant les « berceaux vides » :

  • « Sachant qu’un européen ou un américain consomme entre 2,5 et 5 Terres, et que les habitants du reste du monde sont incités à les imiter par une compétition économique effrénée ; sachant aussi que, sauf période de grave crise, la courbe de la consommation ne s’est jamais inversée depuis que l’homme est homme, est-il vraiment pertinent pour le bien de l’humanité et son avenir d’exhorter au remplissage des berceaux ou autre « explosion des naissances » ?

Qu’en pensez-vous, jeunes des JMJ pour lesquels l’écologie et l’avenir de la planète ne sont pas des vains mots ou des bla-bla à la mode ?

Ne serait-il pas plus urgent de suivre, par exemple, les conseils des 15 000 scientifiques de la revue Bioscience, ou encore de Dennis Meadows ou Yves Cochet, qui ont au moins le mérite de savoir de quoi ils parlent ?

*

Pour ce qui est de la question de l’armement, maintenant :

« La technologie, qui a marqué le progrès et globalisé le monde, ne suffit pas à elle seule ; moins encore les armes les plus sophistiquées qui ne sont en rien des investissements pour l’avenir, mais qui appauvrissent du véritable capital humain, celui de l’éducation, de la santé, de la protection sociale. Il est inquiétant de lire qu’en de nombreux endroits l’on investit continuellement des fonds dans les armes plutôt que dans l’avenir des enfants ».

Vous dit-on.

En ce qui me concerne, j’ai toujours été non-violent, et partisan de la non-violence active, la vraie, celle de Gandhi, qui soutenait : « Je n’hésite pas à dire que là où le choix existe seulement entre la lâcheté et la violence, il faut se décider pour la solution violente ».

M. Roudskoï, adjoint au chef de l’état-major russe a qualifié de « grosse erreur » la livraison d’armes à Kiev par les pays occidentaux. « Cela prolonge le conflit, augmente le nombre de victimes et n’aura aucune influence sur l’issue de l’opération » a-t-il déclaré.

Qu’en pensez-vous, jeunes des JMJ pour lesquels la paix, la justice et la défense de la liberté ne sont pas des vains mots ou des bla-bla à la mode ?

Peut-être avez-vous vu, ce mardi 8 août, le beau documentaire d’Arte sur la Résistance au nazisme ?

Il a fallu bien de l’héroïsme de la part des Résistants et bien des investissements en armes « sophistiquées » de la part de ceux qui les soutenaient pour venir à bout du cauchemar nazi. Pour ma part, je suis toujours ému jusqu’aux larmes lorsque je vois ce que des jeunes ont fait au péril de leur vie pour « investir pour notre avenir », pour nous laisser en héritage ce monde libre dans lequel nous vivons, monde qui est aussi « celui de l’éducation, de la santé, de la protection sociale ».

Peut-on imaginer ce qu’aurait été ce monde s’il n’y avait pas eu la Résistance armée, le débarquement armé, l’effort de guerre des alliés, anglais, américains, soviétiques ?

                En ces temps de guerre qui sont de nouveau les nôtres, et en l’absence de toute diplomatie possible (l’expérience et trop d’années de prosternations serviles devant le maître du gaz montrant que pas plus qu’avec Hitler, on ne peut dans les conditions actuelles discuter sérieusement avec Poutine), ne serait-il donc pas plus urgent de venir en aide clairement à celles et ceux qui résistent plutôt que de propager subrepticement des discours d’un pacifisme lénifiant et ambigu, qui ont une fâcheuse tendance à rencontrer ceux d’envahisseurs et de criminels sans scrupules ?

« En toute franchise, je ne me serais jamais imaginé « investir » dans la guerre, dans des armes, mais c’est aujourd’hui la seule réalité qui existe. Je suis pacifiste, mais je ne peux plus l’être. La guerre a changé ma nature fondamentale ». Nous dit Olga qui, elle aussi, sait précisément de quoi elle parle.

*

Pour ce qui est de la question de « l’euthanasie » (une fois de plus implicitement assimilée à celle, plus complexe, de l’assistance à la fin de vie) :

Où allez-vous si, face au mal de vivre, vous offrez des remèdes hâtifs et erronés, comme l’accès facile à la mort, solution de facilité qui paraît douce, mais qui est en réalité plus amère que les eaux de la mer ? »

Qu’en pensez-vous, jeunes des JMJ pour lesquels le respect de la dignité et de la libre décision de personnes adultes et responsables plutôt que l’imposition tyrannique de dogmes inhumains ne sont pas des vains mots ou des bla-bla à la mode ?

« Comme le soulignait déjà Ronald Dworkin [philosophe américain, spécialiste de la philosophie du droit] il y a bientôt vingt ans maintenant, « faire mourir quelqu’un d’une manière que d’autres approuvent, mais que lui-même estime être en contradiction épouvantable avec sa vie, est une forme dévastatrice et odieuse de tyrannie ».

Aussi, légaliser l’aide active à mourir n’implique-t-il pas pour autant de fixer un seuil objectif en dessous duquel la vie ne vaudrait plus la peine d’être vécue. Ce n’est pas à la société, à l’État ou au corps médical d’opérer un tel partage, mais à chacun d’entre nous de construire cette ligne de démarcation et pour nous seuls ».

Dans ce moment immensément intime, que viennent donc faire en effet les polémiques obscènes de ceux qui s’estiment autorisés à violer, de leurs gros sabots doctrinaires, l’inaliénable secret de la conscience de chacun ?

Si la vie est un don de Dieu, alors il nous la confie entièrement, comme tout don. Un don restreint, qui exclut certains usages, n’est pas un vrai don. Que penserait-on de quelqu’un qui offrirait un cadeau de grand prix – par exemple un tableau de maître – et dirait à son destinataire : « Je te le donne, mais à condition que tu ne t’en sépares jamais, que tu le gardes toujours par-devers toi » ? (…) On jugerait sans doute que son don n’est pas un vrai don, et qu’il est plutôt inspiré par la satisfaction égoïste de faire du donataire son obligé. Un vrai don est oblatif, sans retour ni restriction.

C’est pourquoi la conception de la vie comme « don de Dieu » justifie en réalité la légitimité de la mort réfléchie. Parce que le don que nous fait Dieu de notre vie est un vrai don, un don absolu, il porte sur notre vie entière, y compris sa fin ; Il nous fait confiance jusqu’au bout et sans restriction.

C’est à nous, en notre âme et conscience, et après mûre réflexion, délibération et conseils pris auprès des autres, d’estimer s’il est juste ou au contraire injuste de quitter volontairement la vie.

Nous dit, en tant que croyant, François Galichet.

Ne sommes-nous pas là, jeunes des JMJ, bien loin des des « solutions de facilité » et autres « remèdes hâtifs et erronés » ?

*

Certes, tout n’est pas à rejeter dans le discours de celui qui se présente comme votre guide spirituel.

Je ne reprendrai pas les innombrables articles qui, souvent à juste raison, ont pu encenser M. le pape.

Mais ces quelques exemples montrent que la notion « d’abus systémiques » dépasse le contexte des abus sexuels pour lequel elle est évoquée de façon pertinente.

Comme je le disais en commençant, les allégations du dogme ne peuvent se substituer à l’éthique et à l’examen de consciences autonomes et responsables.

Il est déjà significatif qu’il ait fallu attendre les témoignages des victimes pour que des évêques, prêtres ou papes qui avaient pratiqué sans problème pendant des décennies le déplacement discret des coupables ou la dissimulation des délits et crimes sexuels acceptent – souvent à contre cœur – d’admettre que l’exigence éthique et juridique doit prévaloir sur la protection de l’Institution.

Il l’est tout autant de constater combien, en dépit de quelques réformettes lénifiantes pour la galerie, des questions essentielles, comme celle du statut de la femme dans l’Église, peuvent être évacuées par l’appel à de prétendus fondements dogmatiques qui dissimulent de profondes déficiences et incohérences théologiques.

« Il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ ».

Comment donc la puissance de cette proclamation que Paul (Épître aux Galates 3, 26-29) estimait messianique a-t-elle pu être étouffée pendant des siècles par une Institution qui, alors même qu’elle ordonnait des ministres non juifs – révolution théologique essentielle – refusait l’évolution anthropologique somme toute anecdotique que représentait l’ordination des femmes, évolution pourtant contenue dans cette même proclamation ?

La sacralisation blasphématoire du « pouvoir sacerdotal » d’un prêtre mâle officiant « en la personne du Christ » est sans aucun doute à la source de cette perversion « systémique » qui, en confisquant à l’assemblée des croyants son statut évangélique de seule « persona Christi » fit de l’Institution et de ses représentants les uniques détenteurs d’un pouvoir – masculin – alors capable de tous les abus.

Mais venons-en, jeunes des JMJ, à ce qui est sans doute le plus problématique en tout cela.

Car comment donc peut-il se faire que, dans une Institution qui compte, si mes informations sont bonnes, 5 363 évêques, 410 219 prêtres, sans même parler des 1 359 612 000 de fidèles catholiques, pas une voix ne s’élève pour – je ne parle pas forcément de dénoncer – simplement constater de telles aberrations qui discréditent tellement le message que cette Institution prétend apporter ?

La réponse se trouve probablement dans l’expérience de Stanley Milgram, qui jette un éclairage effrayant sur les capacités qu’a l’être humain d’annihiler son esprit critique et jusqu’à sa conscience éthique lorsqu’il se voit soumis à un discours d’autorité considéré comme détenteur de la vérité et promoteur du bien et de la justice.

Ainsi s’expliquent les débordements de tous les totalitarismes, de toutes les Inquisitions qu’elles soient politiques ou religieuses, et la terrifiante complicité des esprits qui les accompagne.

L’expérience de Milgram est intemporelle parce qu’elle nous renseigne sur le côté obscur du leadership, sa toxicité potentielle.

« C’est une adhésion à une cause perçue comme juste, un sentiment d’identité et de valeurs partagées, et c’est tous les jours dans la presse. La tragique réalité est que, lorsque les gens font du mal, ce n’est pas parce qu’ils veulent faire du mal, mais typiquement parce qu’ils veulent rendre le monde meilleur. »

Ainsi, jeunes des JMJ, vous qui voulez sincèrement sans doute « rendre le monde meilleur », n’oubliez pas que tout comme ce sont les laïcs et eux seuls qui, de l’extérieur de l’Institution, en ont dénoncé la toxicité « systémique » et « le côté obscur de son leadership », comme ce sont les femmes et elles seules qui, de l’extérieur, font et feront évoluer cette même Institution vers une théologie enfin plus en accord avec l’Esprit, il vous appartient à vous de déjouer les altérations insidieuses de certains discours d’autorité et de mettre en œuvre votre discernement afin que le message en lequel vous croyez ne soit pas discrédité et ridiculisé par des contrefaçons qui ne sont pas à sa mesure.   

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Ajout du 12/08 :

Cette annonce du décès de Claude Got, personnage remarquable.

Claude Got, expert en santé publique et père de l’accidentologie, est mort

L’anatomo-pathologiste, dont les recommandations sur la vitesse, l’alcool ou le tabac ont permis de sauver des milliers de vies, a eu recours à l’euthanasie en Belgique. Il est mort le 11 août, près de Bruxelles.

https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2023/08/11/claude-got-expert-en-sante-publique-et-pere-de-l-accidentologie-est-mort_6185146_3382.html

Comme quoi, n’en déplaise à M. le pape, et conformément à l’avis d’une grande majorité de citoyens français, des esprits particulièrement réfléchis et informés peuvent choisir, en toute conscience, d’avoir recours à l’aide à la fin de vie. De quel droit faudrait-il leur refuser cette ultime et inaliénable liberté ?

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Ajout du 14/08 :

Amusant : Stultitia, qui est en train de lire la remarquable biographie de Jean Henri Fabre, naturaliste et entomologiste mondialement reconnu, (Henri Gourdin, Jean Henri Fabre, l’inimitable observateur, Le Pommier, Paris 2022) me signale ce passage qui montre combien les jugements pontificaux, et plus largement ecclésiastiques, peuvent manquer, disons, de discernement.

L’affaire ne date donc pas d’aujourd’hui, et risque donc de se prolonger si les fidèles, jeunes en particulier, ne sortent pas de cette approbation béate qui fait les beaux jours de l’expérience de Milgram :

«Dans son ineffable candeur », [Fabre, en 1867 ] donne aux Avignonnaises les mêmes leçons de botanique qu’aux Avignonnais :

« Bien volontiers je prêtai mon humble concours à cette œuvre de lumière. Je fus chargé de l’enseignement des sciences phy­siques et naturelles. J’avais la foi et ne plaignais pas la peine; aussi rarement me suis-je trouvé devant un auditoire plus attentif, mieux captivé. Les jours de leçon, c’était fête, les jours de botanique surtout, alors que la table disparaissait sous les richesses des serres voisines.

C’en était trop. Et voyez, en effet, combien noir était mon crime: j’enseignais à ces jeunes personnes ce que sont l’air et l’eau, d’où proviennent l’éclair, le tonnerre, la foudre ; par quel artifice la pensée se transmet à travers les continents et les mers au moyen d’un fil de métal ; pourquoi le foyer brûle et pourquoi nous respirons ; comment germe une graine et comment s’épanouit une fleur, toutes choses éminemment abominables aux yeux de certains, dont la flasque paupière cligne devant le jour ».

Erreur grave ! Dénoncée instantanément par les conser­vateurs ! Un employé municipal enseigne la fécondation des fleurs non seulement aux messieurs, mais encore aux dames et aux demoiselles, lesquelles, évidemment, affluent à ses cours !

C’est le prétexte qu’attendaient pour tomber sur l’em­ployé, non seulement les enseignants du lycée, jaloux du charisme et des succès d’un collègue qui n’est pas même agrégé, mais encore, mais surtout les cléricaux du tout-puissant parti catholique avignonnais et les adversaires de Duruy, trop heureux d’attaquer le ministre au travers de son protégé. Là-dessus nationalement : émoi de Pie X et du nonce apostolique, levée de crosses épiscopales sous l’impulsion du redoutable Mgr Dupanloup, interventions au Sénat. Là-dessus, dans un Vaucluse majoritairement catholique: pro­testations indignées du clergé, plaintes au maire et au député, expulsion des Fabre de leur logement. Là-dessus, fin de la longue carrière dans l’Instruction publique du mécréant, du libre-penseur, de l’ami affiché d’auteurs outrageusement féministes (Stuart Mill, De la liberté, 1859; De l’asservisse­ment des femmes, 1869), de l’agitateur dont l’enseignement subversif éclabousse la réputation du lycée impérial.

Résumé, cent trente ans plus tard: « Ses cours à l’usage des jeunes filles ayant déplu, il doit partir pour Orange. » (op.cit. p. 97-98).

Comme quoi il importe, et cela de nos jours encore, de bien choisir ses maîtres spirituels.

De Mansholt, Carson, Meadows, et quelques autres, à titre de lectures d’été.

https://www.lespetitsmatins.fr/collections/essais/304-la-lettre-mansholt-9782363833785.html

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Eh oui ! C’était il y a cinquante ans. Soixante même si l’on pense à Rachel Carson !

Merci aux « Petits Matins » de rééditer cette « anticipation vertigineuse », avec la belle introduction de Dominique Méda.

« Que de temps perdu », nous dit Antoine Reverchon.

En 1972, effectivement, les choses pouvaient encore changer.

Mais René Dumont fit 1,32% des voix aux présidentielles de 1974…

Et comme on le sait, la situation n’a fait depuis qu’empirer de façon exponentielle.

Certes, dit la chanson, « tout le temps perdu ne se rattrape plus », et ce qui aurait pu se faire à l’époque sans trop de crises nécessite désormais « du sang et des larmes », même si nous n’avons d’autre choix que de les accepter avec courage et détermination, puisqu’il s’agit du seul avenir possible pour nos enfants, si l’on veut éviter un écroulement catastrophique.

Et ce n’est pas retourner le fer dans la plaie que de reconnaître que bien au-delà des supercheries d’un « green washing » qui contamine même des discours de soi-disant « écologistes » – et sans surprise, ceux de gouvernants  prônant sans sourciller une « sobriété » écologique « raisonnable« , « transparente » et « non punitive« , contre un système où il faudrait « renoncer à la croissance » – quelques anciens lanceurs d’alertes ont encore de beaux restes lorsque, devant le témoignage indéniable des  faits, ils s’engagent pour une alternative autrement réaliste et exigeante qui prône exactement le contraire :

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/04/08/dennis-meadows-il-faut-mettre-fin-a-la-croissance-incontrolee-le-cancer-de-la-societe_6121114_3232.html

Dennis Meadows : « Le déclin de notre civilisation est inévitable »

#04 – Effondrement : nos sociétés vont-elles s'effondrer ? Yves Cochet (Ex-ministre de l'Écologie) – YouTube

Etc.

Alors, pour cet été, plutôt que d’écouter les vaticinations de quelques politiques hors sol,  les délires de prophètes à la mode qui nous promettent Mars, ou les sous-marinades de quelques riches privilégiés, il serait bon de revenir avec Carson, Mansholt, Meadows, Cochet, etc. à l’urgence de ces fondamentaux, qui n’ont pas pris une ride depuis plus d’un demi-siècle, mais dont notre insouciance nous a détournés.

https://wildproject.org/livres/printemps-silencieux

https://www.ruedelechiquier.net/essais/375-les-limites-a-la-croissance-50-ans.html

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Bonnes lectures ! Et bon été !

Quelques réflexions un tantinet hétérodoxes à propos de retraites et de décroissance.

Les idées que j’ai plusieurs fois exprimées sur la chose politique montrent suffisamment, je pense, que je ne suis pas spécialement récupérable par la plupart des partis.

Je m’aventure donc à quelques réflexions que je voudrais aussi libres que possibles sur un sujet dont l’approche politicienne de tous bords ne cesse depuis bien longtemps de m’étonner, sans pour autant me surprendre.

Car depuis au moins le « Livre Blanc sur les retraites » de Michel Rocard en 1991, les propositions sur la question se succèdent, suscitant incohérences à l’aller et psychodrames en retour.

Tout ceci simplement parce que, les enjeux essentiels n’étant pas posés, encore moins expliqués, les solutions ne pourront consister qu’en bricolages inadaptés, s’attirant en réponse des débordements relevant principalement de la démagogie.

Car ces enjeux essentiels, quels sont-ils ?

Il me semble qu’on pourrait les aborder au mieux par un mix entre les visions de Jean-Marc Jancovici et celles de Thomas Piketty.

Le premier – trop souvent abusivement réduit à son discours sur le nucléaire – nous rappelle tout simplement que la question des retraites ne peut être dissociée de la façon dont on conçoit l’évolution de notre économie, et en particulier de la trop fameuse « croissance ».

Or, l’habituel déni, maintes fois dénoncé sur ce blog, fait qu’il nous est difficilement concevable d’accepter le fait que la « croissance » de notre PIB qui a fait les beaux jours de l’ère industrielle et en particulier de l’après-guerre est désormais condamnée à court terme, du simple fait des limites physiques de notre environnement, qui ne peut supporter une croissance infinie.

La « prévision » de croissance du PIB est le paramètre le plus important pour savoir comment le système va évoluer. Dans ses travaux, sur lesquels s’appuie le gouvernement, le Conseil d’Orientation des Retraites suppose que le PIB va croître sans discontinuer d’ici à 2050 : https ://bit.ly/3KoCY3E Mais avec le lien entre économie et flux physiques sous-jacents (https ://bit.ly/2K4Hjvj ), la croissance du PIB « vrai » (celui qui mesure les produits et services « physiques ») d’ici à 2050 est tout sauf assurée. En fait ce PIB « vrai » a déjà commencé à diminuer depuis le pic de production du pétrole conventionnel en 2008, et il n’y a pas de raison pour que cela s’arrête en tendance.

Plutôt donc que de se lancer dans une aventure qui a tout d’un rafistolage amené à se répéter d’année en année en fonction de données forcément revues à la baisse du fait de l’inéluctable réduction de notre croissance causée par la raréfaction et le renchérissement de l’énergie et des matières premières (baisse tendancielle de la productivité du travail, etc.), les nouvelles conditions environnementales, etc., il aurait été plus pertinent de commencer par le commencement, soit

 par unir nos forces autour d’un projet de société plus attendu, comme… la transition vers un monde plus résilient face à la baisse des hydrocarbures et à la hausse du changement climatique.

Et de penser la question des retraites en conséquence.

Mais une telle perspective semble hors de portée du court-termisme de nos dirigeants, comme de la démagogie ordinaire de nos « oppositions » qui demeurent pour la plupart droites dans les bottes d’un productivisme et d’un consumérisme, éventuellement revu à l’aune d’une débauche de green washing.

Il se pourrait bien hélas que le dessin suivant (en lien) soit plus lucide que bien des discours optimistes sur l’évolution de notre « pouvoir d’achat » et de nos retraites…

Le deuxième nous explique une autre façon de commencer par le commencement :

Pour faire face à des défis majeurs comme le vieillissement, il est certes inévitable que tout le monde soit mis à contribution. Encore faut-il le faire de façon juste. Or il existe une seule façon d’essayer de convaincre l’opinion de la justice d’une réforme : il faut démontrer que l’effort demandé représente une plus forte proportion du revenu et du patrimoine pour les plus riches que pour les plus pauvres.

Cela permet entre autre de comprendre pourquoi la récente réforme des retraites en Espagne, votée par les socialistes et l’extrême gauche Podemos, est passée nous dit-on « comme une lettre à la poste » malgré un allongement prévu à 67 ans de la durée de travail et des « des critiques de l’opposition de droite et du patronat » !

Pour nous français, le monde à l’envers, en quelque sorte…

Comme une lettre à la poste, ou presque : en Espagne, les députés ont validé ce jeudi [30/03] la réforme des retraites du gouvernement de gauche, prévoyant de faire davantage contribuer les hauts revenus tout en maintenant l’âge de départ à 67 ans. Pas de manifestations, pas d’affrontements avec la police… À la différence de celle du Président Emmanuel Macron en France, la réforme du premier ministre socialiste Pedro Sanchez a réussi ces dernières semaines à s’imposer dans « la paix sociale« , selon ses termes, en dépit des critiques de l’opposition de droite et du patronat.

La plus large contribution des hauts revenus a tout simplement permis de faire passer la pilule d’un allongement sans doute nécessaire de la durée de travail.

Le peuple sait reconnaître les mesures qui vont dans le sens de plus de justice sociale et sait en tenir compte, en dépit de sacrifices peut-être inévitables.

Ne pourrait-on penser aussi qu’une adaptation de la durée de travail en fonction de la pénibilité de certaines professions, attestée en particulier par la différence de durée de vie, pourrait constituer un élément non négligeable de justice sociale ?

Est-il légitime et tout simplement éthique qu’un ouvrier, artisan, paysan, etc. dont la vie peut être plus courte de 10 ans que celle d’un cadre, de certains fonctionnaires, professions libérales, etc. ne bénéficie pas d’une durée de travail plus brève que celle de ces derniers ?

Ainsi, comme le dit encore Thomas Piketty, un système fondé sur le nombre d’annuités cotisées et non sur un âge légal obligatoire serait plus juste, car il permettrait à celles et ceux qui ont commencé plus tôt de partir plus tôt.

Le pouvoir n’a plus le choix : il doit refonder le système sur la base du même nombre d’annuités pour tous. S’il choisit 43 annuités, alors cela doit s’appliquer à tous, sans exception. Mais attention : si le pouvoir est sincère dans son approche, alors par définition l’âge légal de 64 ans n’a plus de raison d’être. Si vous avez 43 annuités, alors vous pouvez prendre votre retraite pleine, point final.

« Alors cela doit s’appliquer à tous ». Mais c’est peut-être là que le bât blesse.

Car si une personne ayant commencé à travailler à 18 ans touchera légitimement et logiquement sa retraite à taux plein à 61 ans dans le cas d’un système à 43 annuités (mais il ne faut pas oublier l’injustice faite aux femmes dénoncée par Piketty : qui […] permet [au gouvernement] d’exiger de facto 44 ou 45 annuités (ou plus) aux femmes ouvrières et employées ayant commencé à travailler tôt, alors que les femmes cadres supérieures auront droit à 43 annuités sans difficulté) il faut aussi accepter que la personne ayant commencé à 25 ans touche la sienne à … 68 ans.

Nous ne sommes donc pas près de voir la fin des manifestations !

Et l’incantation rituelle de « faire payer les riches » ne pourra suffire à résoudre les problèmes. La forte contribution des plus riches en Espagne comme dans les pays scandinaves n’empêche pas l’allongement probablement nécessaire de la durée de travail.…

Carrières longues, carrières pénibles, il est à prévoir que beaucoup revendiqueront abusivement ces situations pour monter au créneau sans grand souci de l’équité ni du bien public.

Certes, des critères autant que possible objectifs (statistiques concernant la durée moyenne de vie par secteurs d’activité, etc.) devraient permettre de clarifier certains cas.

Mais qui acceptera de se reconnaître privilégié du fait de revenus et/ou d’une durée de vie statistiquement supérieurs à celle de plus défavorisés ? En Espagne, ce sont donc les riches qui rechignent à voir fortement surtaxées les retraites à plus de 4000 euros [ correctif: les retraites y sont plafonnées à 3058 euros par mois]. Ce devrait pourtant être la moindre des choses dans des démocraties qui se targuent de solidarité…

Je me souviens d’une petite anecdote : du temps où j’enseignais la philosophie, certaines classes, que j’aimais par ailleurs beaucoup, me donnaient parfois bien du fil à retordre du fait d’un excès de, disons, vitalité. Un jour que je sortais de deux heures particulièrement épuisantes face à une jungle de trente excités, je raconte en passant mon aventure à la secrétaire de mon proviseur

« Et encore, si vous étiez au secrétariat, vous verriez ! », me dit-elle.

Pour ma part, même si j’ai pu bénéficier d’un départ à 62 ans, j’estime que mes conditions de travail, en dépit de leurs difficultés certaines, faisaient de moi un privilégié par rapport aux paysans, éleveurs, ouvriers ou autres artisans que je côtoyais, ainsi qu’à bien des petites mains de la santé.

Et je n’aurais pas remis en cause un départ plus tardif, à condition que cela serve à la solidarité, à une répartition plus équitable propre à alléger le fardeau de moins favorisés que moi.

Car je n’ai pas ouï dire que les enseignants, pas plus d’ailleurs que les secrétaires de proviseurs, aient une espérance de vie tellement inférieure à la moyenne de la population.   

Mais, à n’en point douter, la secrétaire dont je parle est de toutes les manifestations. Ainsi qu’une bonne majorité de mes chers collègues. Et tous tiennent sans sourciller le même discours à des ouvriers du bâtiment et des infirmières. 

Si tant est que chacun voit midi à sa porte…

Mais j’ai parlé d’un mix de Jancovici et de Piketty.

Car l’un n’est pas concevable sans l’autre.

Avec Jancovici, il faut prendre conscience que la transition inéluctable qui nous attend suppose nécessairement du « sang et des larmes ». « Une transition en douceur, ça n’existe pas », disait Cohn-Bendit. Elle impactera inévitablement nos modes de vie, de consommation, nos conditions de travail, le confort de nos retraites, etc.

Qu’on le veuille ou non, il faut réduire la voilure.

Tout cela dans un contexte où les indispensables arbitrages à opérer seront toujours plus frustrants.

Le monde politique fait comme si les 3 000 milliards d’euros de dette publique n’existaient pas, sans parvenir à rassasier la demande inextinguible de crédits publics (…).

Gauche et droite, patronat et syndicats, ministres et élus locaux ont continué de communier dans le même déni avec une insouciance ou une mauvaise foi qui frisent l’irresponsabilité (…).

L’argent facile de la décennie 2010 (…) a eu un puissant effet désinhibant en France. Puisque l’argent public a sauvé l’économie pendant toute cette période, qu’il coule à flots ! Ces derniers temps, pas une réforme ne s’annonce à moins de 1 milliard d’euros sans que les intéressés expriment en retour une quelconque satisfaction. La demande de fonds publics est devenue inextinguible (…).

L’un des apports de la commission Pébereau est d’avoir distingué la « bonne » dette, qui finance les investissements, de la « mauvaise », qui couvre les dépenses courantes. La distinction apparaît aujourd’hui d’autant plus opportune que la transition écologique, la remise sur pied des services publics (éducation, santé, justice) et le réarmement nécessitent des dizaines de milliards d’euros d’investissement (…).

Mais autant le changement climatique a réhabilité la notion de planification, autant la dette semble vivre sa propre vie. Certes, le gouvernement promet de la réduire de 3,3 points de PIB à l’horizon 2027, mais sans parvenir à crédibiliser ses hypothèses ni à impliquer les Français qui se cabrent à la moindre réforme dite « de structure ».

Mais avec Piketty, nos dirigeants en particulier doivent se rendre compte qu’un tel effort ne peut se faire que par la mise en place résolue d’une politique reposant sur une justice et une équité auxquelles nous sommes par ailleurs tous conviés. Les riches bien sûr en premier lieu, mais aussi les moins riches, ou ceux qui se croient tels, qui ne peuvent s’exonérer du devoir de solidarité.

La condition pour que « ça passe sans que ça casse » est que chacun accepte d’y mettre du sien, sans penser que, puisque je suis moins riche que Bernard Arnault,  Françoise Bettencourt, Macron ou même que mon voisin d’en face, je pourrais me dédouaner de mes responsabilités.

Nous ne pouvons vivre dans le fantasme infantile d’un monde qui, d’ores et déjà, n’existe plus.

Et plutôt que de nous complaire dans la démagogie facile de gesticulations et surenchères verbales contre-productives, il serait temps de nous montrer capables, chacun à notre niveau, de responsabilité face aux enjeux présents et à venir.

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Ajout du 22/05 :

Une proposition qui pourrait aller dans le bon sens :

https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/05/22/jean-pisani-ferry-nous-preconisons-un-impot-exceptionnel-sur-le-patrimoine-financier-des-plus-aises-pour-la-transition-climatique_6174328_823448.html

https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/05/22/jean-pisani-ferry-appelle-dans-un-rapport-a-financer-plus-equitablement-la-transition-climatique_6174327_823448.html

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Ajout du 23/05 :

Étonnante réactivité de nos gouvernants dès qu’il est question de taxer un peu plus les riches. Les masques n’ont pas mis longtemps à tomber :

https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/05/23/transition-ecologique-le-gouvernement-oppose-a-la-creation-d-un-isf-vert_6174520_823448.html

Et pourtant :

« C’est une question de justice sociale et d’efficacité fiscale »

Lucas Chancel, professeur à Sciences Po et codirecteur du laboratoire sur les inégalités mondiales à l’École d’économie de Paris (PSE).

« C’est une évidence : il faut taxer les ménages les plus aisés, et notamment les très riches. Et donc faire le contraire de ce qui a été fait depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir en 2017. Aujourd’hui le taux d’impôt effectif sur le revenu des milliardaires est de seulement 2 %, nettement inférieur à celui des classes moyennes. Il y a donc d’abord une nécessité de créer un impôt juste au sommet de la pyramide. C’est une question de justice sociale dans une société inégalitaire, mais aussi d’efficacité fiscale.

(…)

Si l’on estime qu’il faut une trentaine de milliards d’euros d’argent public chaque année [pour financer la transition écologique], il y a un nombre limité d’options : soit on réduit davantage les dépenses publiques alors qu’elles sont déjà sous pression, ce qui n’est pas souhaitable ; soit on augmente l’endettement. Il faudra en partie passer par là, mais cela ne peut pas être l’unique option dans la mesure où la dette pèsera aussi sur les générations futures.

La solution la plus évidente du point de vue de la justice sociale et environnementale est donc un nouvel impôt. Et puisque les ménages très aisés sont largement sous-taxés – je parle là des 1 % les plus riches – cela a du sens de leur prélever davantage. Au sein du laboratoire sur les inégalités mondiales, nous avons calculé qu’un taux d’imposition progressif sur les patrimoines supérieurs à 1 million d’euros, s’échelonnant de 0,5 % à 3 %, pourrait lever 20 milliards d’euros chaque année en France. Ce serait une sorte d’ISF revu et modernisé, très positif pour l’économie, avec un taux de prélèvement qui reste modeste.

(…)

Dans son rapport, Jean Pisani-Ferry vise les 10 % les plus aisés. À un moment, il faudra probablement aller jusque-là. Mais si l’on n’est pas capable de taxer les 1 % les plus riches, je me demande comment on peut demander au reste de la population de faire des efforts, que ce soit les 10 %, et encore davantage quand il s’agit des classes moyennes et populaires. »

https://www.la-croix.com/Debats/Transition-energetique-faut-taxer-riches-financer-2023-05-23-1201268446

Ajout 24/05 :

En accès libre:

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/05/24/transition-climatique-le-necessaire-levier-fiscal_6174619_3232.html

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Ajout du 30/05 :

Et encore à propos de la disparition des écrans radar de la proposition de Jean Pisani-Ferry :

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/05/30/transition-ecologique-et-depenses-publiques-le-rapport-de-jean-pisani-ferry-semble-tombe-dans-un-vide-politique-sideral_6175368_3232.html

(…) la publication, le 22 mai, du rapport de l’économiste Jean Pisani-Ferry et de l’inspectrice générale des finances Selma Mahfouz sur « Les incidences économiques de l’action pour le climat » a fait l’effet d’une petite bombe. Rédigé avec le concours de France Stratégie, l’organisme de prospective rattaché à Matignon, le document souligne à quel point le pays est collectivement mal préparé à la transition écologique, décrite comme « un choc d’offre négatif qui s’accompagne d’un besoin de financement d’investissements dont la rentabilité n’est pas acquise ».

Les deux experts évaluent à 34 milliards d’euros le montant des dépenses publiques qu’il faudra engager chaque année, d’ici à 2030, pour espérer en générer près de deux fois plus avec le privé. Parallèlement, ils insistent sur le choc social que va entraîner cette mutation aux implications très inégalitaires. A titre d’exemple, le coût de la rénovation d’un logement, évalué en moyenne à 24 000 euros, représente 146 % du revenu annuel moyen d’un ménage très modeste et 82 % de celui d’un ménage appartenant aux classes moyennes.

Dans une démocratie qui fonctionne normalement, tous ces aspects qui touchent au contrat social devraient être portés par les partis politiques, abondamment documentés et déjà débattus sur la place publique.

Au lieu de quoi, le rapport semble tombé dans un vide politique sidéral : les formations de gauche, y compris celles qui se veulent le fer de lance de la planification écologique, sont restées sans voix, tandis que le gouvernement s’est retrouvé sur la défensive, assurant, sans pouvoir le démontrer clairement, qu’il serait capable de financer la transition écologique, comme les autres investissements (éducation nationale, santé publique), sans alourdir le taux d’endettement global ni augmenter les impôts.

L’unique souci de la plupart des ministres a été de récuser la proposition du rapport consistant, au nom de l’équité, à lever un impôt exceptionnel sur le patrimoine financier des 10 % de ménages les plus riches. Le propos avait le malheur de ne pas s’inscrire dans la doxa présidentielle du moins d’impôts.

Ubu à l’ONU. Le règne de l’incohérence, du burlesque au tragique (en guise de complément au post précédent).

« Hourra ! Cornes au cul. Vive le Père Ubu ! »

Cette exclamation me venait continûment à l’esprit à l’écoute de l’un des derniers numéros du « 28 Minutes » d’Arte.

Père Ubu y prenait successivement le visage de Gérard Araud, Anne-Cécile Robert et Patrick Martin-Genier pour nous abreuver de quelques-uns de ses arguments imparables. À commencer par le « deux poids deux mesures » :

« On s’indigne de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais il ne faut pas oublier qu’il y aurait eu et qu’il y a tant d’autres occasions d’indignation » nous disait-on en substance, une fois de plus.

« Et le fait de cette indignation à sens unique des Occidentaux qui ne réagissent que lorsque ce sont des blancs qui se font tuer alors qu’ils restent muets quand ce sont des noirs ou autres habitants du ‘’Sud global’’ qui sont victimes de guerres ou de massacres décrédibilise l’ONU », etc.

Certes, mon cher Père.

Mais il ne tient qu’à vous d’y remédier : qui vous empêche donc de partager avec tant d’autres l’indignation indispensable face à la situation en Syrie, en Israël, au Soudan ou ailleurs et de le faire savoir haut et fort ?

Mais sur ces sujets, on vous entend peu, semble-t-il.

Surtout, en quoi le fait de ne pas s’être suffisamment indigné lors de l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 devrait-il justifier le fait que nous répétions la même erreur ou la même tiédeur face à la gravité extrême pour la démocratie de ce qui se passe en ce moment en Ukraine, ou de ce qui va un jour se passer à Taiwan ?

C’est ici et maintenant que se joue l’Histoire, et le « un poids, une mesure », c’est bien aujourd’hui qu’il faut s’employer à le mettre en œuvre, en se méfiant des discours ambigus qui visent à en minimiser l’urgence.

Mon Père, vos rodomontades offusquées ne sont pas de saison.

Mais votre esprit farceur ne s’arrête pas là. Car le plus beau reste à venir.

Nombre de mes amis immigrés, auxquels on demande de payer des sommes non négligeables pour obtenir des titres de séjour tout en leur interdisant de travailler pour se procurer l’argent nécessaire connaissent bien la blague suivante :

Père Ubu se tient à la porte d’un imposant bâtiment administratif pour en interdire l’accès aux personnes qui se présentent sans autorisation.

« Où faut-il se procurer cette autorisation » demandent ceux qui veulent entrer.

« Au bureau 354, à l’intérieur, au deuxième étage », répond Père Ubu.

 Ainsi nos Pères et Mères Ubu nous expliquent-ils sans rire que « le Conseil de Sécurité de l’ONU est le reflet de l’équilibre des forces en 1945 », qu’il est donc totalement dépassé et anachronique.

Mais que pour le réformer, en particulier pour ce qui est du droit de veto, il faut l’accord de ses cinq membres permanents, totalement dépassés et anachroniques donc, ce qui, bien entendu, « n’arrivera jamais » nous assure-t-on.

Ouf ! On a eu peur. Absurdité et anachronisme ont encore de beaux jours devant eux. Fort heureusement, Père Ubu a réussi à mettre en place un système impossible à réformer.

Car pour réformer, encore faudrait-il pouvoir accéder au bureau 354. Or le droit de veto fait qu’un seul Père Ubu intraitable suffise à en empêcher l’entrée.

Ainsi toute proposition de réforme sera automatiquement refusée, de par le fonctionnement même de l‘institution, qui donne tout pouvoir à ceux qui ne veulent pas entendre parler de réforme.

« Et comment donc puis-je accéder au bureau 354 si je n’ai pas le droit d’entrer ? » demande le pauvre naïf, à l’image de Nadia Dam qui rappelle timidement tout de même, face à l’arrogance des émules de Père Ubu (vers 26mn), que lors de la guerre de Syrie, l’usage du droit de veto par la Russie et la Chine a interdit des opérations qui auraient pu favoriser la paix. [Peut-être se souvient-elle aussi qu’en 1990, en l’absence de veto de l’URSS agonisante, la résolution 678 du Conseil de sécurité de l’ONU permit de juguler en quelques semaines la guerre d’agression initiée par Saddam Hussein].

« Mais ça, de par ma chandelle verte, c’est votre affaire », répond Père Ubu, droit dans ses bottes.

Et d’opposer ce tout puissant veto, tout à l’honneur d’un promoteur affirmé et défenseur officiel de la Paix dans le monde, à toute condamnation possible des guerres d’agression, en particulier de celles dont il est lui-même l’instigateur.

En attendant celles que ses complices bien intentionnés fomenteront un jour.

Jarnicotonbleu, tout cela est parfaitement ficelé !

 Chapeau !

*

Rappel :

Comme je l’ai plusieurs fois signalé, n’oublions pas que, contrairement aux affirmations des intervenants de l’émission susdite et autres Palotins ou Larbins de Phynances, nombre de solutions pertinentes et relativement simples* existent pour sortir d’un tel cercle ô combien vicieux. Elles ne demandent qu’à être discutées.

Mais le génie d’Alfred Jarry ne s’y trompait pas : jusqu’à nouvel ordre, c’est bien Père Ubu qui mène la danse.

Et que vive la machine à décerveler !

Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervelle sauter.

(…)

 Hourra ! Cornes au cul. Vive le Père Ubu ! 

*

* Par exemple: Après plusieurs autres du même genre, l’Assemblé Générale de l’ONU a voté le 23 février 2023 une résolution « appelant à une « paix globale, juste et durable en Ukraine » sur la base de la Charte des Nations Unies » par 141 voix pour, 7 voix contre et 32 abstentions.

Hélas, dans les conditions actuelles, de telles résolutions de l’Assemblée Générale sont condamnées à demeurer lettre morte du fait du blocage institutionnel du Conseil de Sécurité.

Sur la base de telles majorités à l’Assemblée Générale, ne pourrait-on concevoir qu’une nation qui se rend coupable de crime d’agression ou autres graves manquements à la paix, ainsi que la ou les nations refusant ou s’abstenant de condamner ces crimes reconnus par la majorité, se voient temporairement privées de leurs sièges au Conseil de Sécurité, et donc de leurs droits de veto, jusqu’à ce qu’aient cessé les agissements susdits jugés contraires à la Charte des Nations Unies ?

Leur(s) place(s) au Conseil de Sécurité pourrai(en)t être pendant ce temps attribuée(s) à une ou plusieurs autres nations, à commencer par exemple par la nation agressée.

*

Ajout du 02/05 :

Ayant à ma faible mesure contribué au soutien de Lula, je souscris à cet article qui s’emploie aujourd’hui à le ramener à la raison:

Tu commences aujourd’hui un troisième mandat, après une victoire sur le terrible Jair Bolsonaro, ennemi de la planète et des droits humains. Nous, gens de gauche et écologistes européens, avons salué cette victoire à l’égal de celle de Joe Biden sur Donald Trump, et pour les mêmes raisons. C’est pourquoi je suis stupéfait de t’entendre reprocher à ce même président Joe Biden d’« encourager la poursuite de la guerre en Ukraine » en aidant la magnifique résistance du peuple ukrainien face à l’envahisseur russe, qui répète ne concevoir qu’une seule paix : celle entérinant la conquête de cinq régions de l’Ukraine. Toutes ces régions, y compris la Crimée, avaient voté pour l’indépendance de l’Ukraine…

(…)

Mais quelle contribution apporte le Brésil, sous ta direction, pour pousser la Russie à respecter ce verdict, c’est-à-dire à évacuer sans délai ces cinq régions et à reconnaître au peuple ukrainien la liberté de choisir souverainement ses amitiés et ses alliances ?

Jusqu’ici, le Brésil refuse de fournir des armes à ce petit pays, qui ne dispose pas d’industrie en la matière. Il refuse même d’appliquer de simples sanctions économiques au pays qui viole outrageusement le droit international, dont les troupes pillent, violent, exécutent, torturent, volent des milliers d’enfants, et dont les bombardements ont volontairement privé de chauffage et d’électricité tout un peuple pendant l’hiver ukrainien.

Tu pourrais dire : « C’est une affaire européenne, ça ne nous regarde pas. » Mais tu prends la parole, tu critiques non pas l’envahisseur mais le pays qui aide le plus le pays envahi, lui reprochant en somme de retarder la capitulation de l’Ukraine !

(…)

Il peut être difficile de louer l’action des Etats-Unis, quand le peuple brésilien fut soumis de 1964 à 1985 à la dictature militaire, comme le furent ses voisins chiliens, argentins et les autres, dans le cadre de l’opération Condor dirigée en sous-main par la CIA. De se retrouver dans le même « camp » que les Etats-Unis. Mais tu sais que ce ne sont pas les pays qui composent les « camps », mais les travailleurs, les démocrates, les féministes, les écologistes, contre ceux qui exploitent, oppriment, saccagent. Un pays n’appartient à un « camp » que par la couleur de son gouvernement. Et la Russie sous Poutine est dans le « camp » des Bolsonaro, Médici, Videla, Galtieri, Pinochet, etc.

Dans les années 1965-1985 nous manifestions en Europe contre les coups d’Etat au Brésil, en Argentine, au Chili, nous accueillions chez nous les réfugiés, nous leur cherchions du travail, et, pour ceux qui résistaient là-bas : des armes, de l’argent. Et maintenant tu critiques ceux qui aident la résistance d’un peuple martyrisé ?

(…)

Camarade président Lula, laisseras-tu dans l’histoire le souvenir du dirigeant d’un pays majeur qui aura su, à temps, dire à Vladimir Poutine : « Stop ! Recule ! » et pris des mesures pour aider à l’y contraindre ? Ou, au contraire, celui qui aura dit : « Laissons Poutine annexer ce qu’il a déjà conquis, et encore autant qu’il veut et peut… » ?

De l’homme, du camarade que j’ai connu, je n’attends que la première réponse. Et qu’elle vienne le plus tôt possible, Monsieur le président.

Alain Lipietz est économiste, ancien vice-président de l’Assemblée parlementaire euro-latino-américaine, ancien député européen (Europe Ecologie-Les Verts).

Poisson d’avril !

Hélas non…

Ce n’est pas un gag :

Moscou prend la tête du Conseil de sécurité des Nations unies

!!!

L’Ukraine qualifie la présidence russe du Conseil de sécurité de l’ONU de « mauvaise blague »

Dmytro Kuleba, le chef de la diplomatie ukrainienne, a un avis tranché sur la future présidence russe du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), à partir de samedi et pour un mois. « La présidence russe du Conseil de sécurité de l’ONU le 1er avril est une mauvaise blague. La Russie a usurpé son siège ; elle mène une guerre coloniale ; son président est un criminel de guerre recherché par la CPI pour enlèvement d’enfants », a-t-il écrit sur Twitter.

https://www.lemonde.fr/international/live/2023/03/30/guerre-en-ukraine-en-direct-la-turquie-approuve-l-adhesion-de-la-finlande-a-l-otan_6167516_3210.html

https://www.lemonde.fr/international/live/2023/04/01/guerre-en-ukraine-en-direct-moscou-prend-la-tete-du-conseil-de-securite-deux-volontaires-francais-tues-en-dix-jours_6167842_3210.html

La Russie a pris ce samedi la présidence tournante du Conseil de sécurité pour une durée d’un mois, succédant au Mozambique. La dernière fois que Moscou a présidé l’instance suprême de l’ONU remonte à février 2022, pendant lequel les troupes russes ont envahi l’Ukraine. Le Kremlin a fait savoir vendredi qu’il comptait « exercer tous ses droits » à la tête des Quinze.

L’Ukraine qualifie de « honte » la perspective de voir la Russie présider pour un mois le Conseil de sécurité des Nations unies, en vertu de la règle de la présidence tournante. « Ce n’est pas seulement une honte, c’est un nouveau coup symbolique porté au système de relations internationales fondé sur des règles », a écrit sur Twitter le chef de cabinet de la présidence ukrainienne, Andriy Yermak.« La présidence russe du Conseil de sécurité des Nations unies est une gifle au visage de la communauté internationale », a dénoncé Dmytro Kuleba, le ministre des affaires étrangères ukrainien, appelant « les membres actuels » de l’organe exécutif de l’ONU « à contrecarrer toute tentative russe d’abuser de sa présidence ».

*

Et ce rappel d’un article précédent:

À propos de l’indispensable et urgente réforme du droit de veto au Conseil de Sécurité des Nations Unies, quelques articles :

https://www.liberation.fr/debats/2016/12/19/pour-la-suppression-du-droit-de-veto-au-conseil-de-securite-des-nations-unies_1536292

https://onu.delegfrance.org/La-reforme-de-l-ONU
https://mx.ambafrance.org/Encadrement-du-droit-de-veto

Un article dont le titre suffisamment explicite devrait entraîner les conclusions qui s’imposent pour ce qui concerne le statut de la Russie comme membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU :

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/07/06/la-russie-a-cesse-d-etre-un-pays-que-l-on-peut-traiter-normalement_6133586_3210.html

*

Ajout du 02/04:

https://www.lemonde.fr/international/live/2023/04/01/guerre-en-ukraine-en-direct-pour-volodymyr-zelensky-la-presidence-russe-de-l-onu-prouve-la-faillite-de-l-institution_6167842_3210.html

Présidence russe à l’ONU : Zelensky dénonce la « faillite » de cette institution

Volodymyr Zelensky a dénoncé la « faillite » des Nations unies où la Russie a pris ce samedi la présidence du Conseil de sécurité pour le mois d’avril. « Il est difficile d’imaginer quelque chose qui prouve (davantage) la faillite complète de telles institutions », a-t-il lancé dans son message du soir [à partir de 2mn 45].

« Il n’y a aucune forme de terreur que la Russie n’ait déjà exercée », a-t-il poursuivi, appelant à une « réforme des institutions mondiales, y compris du Conseil de sécurité de l’ONU ». Cette « réforme qui se fait évidemment attendre consiste à empêcher un Etat terroriste (…) de détruire le monde. Les terroristes doivent perdre, doivent être tenus pour responsables de la terreur et ne présider nulle part », a martelé Volodymyr Zelensky.

Encore une fois sur le « deux poids deux mesures », à propos des mégabassines. Et à propos de l’Ukraine, quelques autres manifestations d’une irresponsable flagornerie à l’égard de ceux qui font figure de « puissants ». Brèves.

Une « chronique » de Stéphane Foucart évoque le sujet hélas récurrent du « deux poids deux mesures » à l’occasion des récentes manifestations à propos des « mégabassines ».

Je ne fais qu’en reproduire quelques passages, tellement l’article se passe de commentaires.

Tout d’abord pour rappeler qu’en dépit de l’insistance habituelle des médias à propos des « violences », les revendications des manifestants ont essentiellement pour but de faire respecter le droit, alors même que l’Etat faillit à sa mission.

Des réserves d’eau de substitution jugées illégales par la justice continuent d’être exploitées sans que l’Etat, prompt à interdire les rassemblements des militants écologistes au nom du respect du droit, n’y trouve rien à redire.

La guerre de l’eau que se livrent, en France, les grands irrigants, d’une part, et les défenseurs de l’environnement et de l’agriculture paysanne, de l’autre, est intéressante à plus d’un titre (…) : elle est intéressante car elle jette une lumière crue sur les partis pris de l’Etat et sur l’asymétrie radicale de son action dans les situations de conflits sur l’usage de la nature et des biens communs en général. Le productivisme y semble l’emporter sur toute autre considération, qu’elle relève de la science ou même du droit.

On le sait, aux dires de la quasi-totalité des chercheurs et scientifiques, ce type de réserve d’eau constitue une aberration écologique.

En particulier du fait que, outre le gaspillage par une évapotranspiration considérable, à la différence de réserves constituées par le ruissellement, déjà sujettes à caution, elles pompent directement dans des nappes phréatiques qui s’avèrent toujours plus déficientes.

Et cela pour irriguer des cultures inappropriées (maïs en particulier) qu’il est désormais urgent, du fait du réchauffement climatique, de remplacer par d’autres plus résistantes à la sécheresse (de type sorgho, par exemple).

Il n’est donc pas étonnant que les autorités compétentes s’y opposent, avec l’aval de la justice :

Mais celle-ci « semble n’avoir pas plus de prise sur le cours des choses. Par exemple, le barrage de Caussade, en Lot-et-Garonne. Par la signature du préfet, l’État l’autorise en juin 2018, en dépit des avis défavorables de l’Autorité environnementale, de l’Agence française de la biodiversité, du Conseil national pour la protection de la nature. Saisie par des opposants, la justice le déclare quelque mois plus tard illégal, mais les porteurs du projet n’en ont cure. Ils lancent les travaux ».

(…)

Aujourd’hui, France Nature Environnement recense cinq décisions de justice, de différentes juridictions, confirmant l’illégalité de l’ouvrage. Il est toujours là, avec sa retenue de près de 1 million de mètres cubes.

Étonnant contraste donc avec la situation qui est faite à celles et ceux qui, en toute légalité, ne demandent rien d’autre que le respect du droit :

 Ces situations sont d’autant plus choquantes que l’État déploie – brandissant le respect du droit en étendard – des moyens considérables pour entraver toute protestation. Interdictions de manifester, mobilisation d’hélicoptères, barrages filtrants déployés pour empêcher les rassemblements d’« écoterroristes », etc. Les forces de l’ordre utilisent pour surveiller et confondre ceux-ci des systèmes généralement réservés à l’antiterrorisme (…).

 Nul ne saurait contester la réalité des débordements et des dégradations matérielles qui se sont produites ce week-end autour des bassines de Sainte-Soline et de Mauzé-sur-le-Mignon. Mais la débauche de moyens dépêchés par l’État pour les empêcher contraste cruellement avec la tranquillité opérationnelle dont jouissent les tenants de l’agro-industrie lorsqu’ils malmènent des journalistes ou des opposants à leurs projets.

Et Stéphane Foucart de conclure par une remarque de pur bon sens :

L’État de droit est, paraît-il, un système institutionnel dans lequel la puissance publique est soumise au droit et où l’égalité de traitement de chacun est garantie. Que le simple rappel de cette définition puisse ces jours-ci sembler tout à coup si subversif : cela devrait tous nous inquiéter.

L’inquiétude concernant la légitimité de mesures gouvernementales et le grave manque de concertation est pour le moins d’actualité.

Peut-être serait-il alors bienvenu que ledit gouvernement ne multiplie pas les preuves flagrantes qu’en plus de tout dialogue, il se moque ouvertement de l’État de droit.  

« Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »

Il n’est peut-être pas indispensable de démontrer une fois de plus combien notre brave La Fontaine continue à être d’actualité…

*

Ajout:

Du « Monde » de ce jour:

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/03/26/les-megabassines-sont-une-mal-adaptation-aux-secheresses-presentes-et-a-venir_6167044_3232.html

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On note ces derniers temps une propension – hélas peu étonnante quand on en connaît les innombrables précédents – à brader des valeurs fondamentales à la moindre sollicitation de ceux qu’on estime être les « puissants » de ce monde.

Ainsi,

Mardi 21 mars au matin, sur Franceinfo, le coordinateur de La France insoumise (LFI), Manuel Bompard, interrogé sur l’émission d’un mandat d’arrêt international pour crimes de guerre contre Vladimir Poutine par la Cour pénale internationale (CPI), a estimé : « Je ne suis pas sûr que ça apporte grand-chose, je trouve plus intéressante l’initiative prise par la Chine de proposer un plan de paix, c’est quelque chose qui peut être une solution. » « La France ferait mieux d’essayer de participer à une initiative coordonnée », a-t-il ajouté.

Et, dans la foulée de cette initiative ô combien courageuse,

Les Républicains, socialistes, écologistes, et du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT) étaient réunis dans une conférence en prévision de l’examen, dans une semaine, de la proposition de résolution transpartisane « portant sur la reconnaissance et la condamnation de la grande famine de 1932-1933 [en URSS], connue sous le nom d’Holodomor, comme génocide ». Soit tous les membres de l’« arc républicain », souligne-t-on du côté de Renaissance. Communistes, « insoumis » et députés du Rassemblement national n’y participeront pas.

Manifestation, une fois de plus, d’une réjouissante, mais bien peu surprenante communauté de pensée.

 La résolution, votée en décembre au Parlement européen, y compris par les « insoumis », est une réponse au gouvernement ukrainien, qui a plusieurs fois exprimé son souhait de voir coïncider soutien à l’Ukraine et reconnaissance de l’Holodomor. Mais le parallèle effectué entre les crimes staliniens – les famines de masse des paysans ukrainiens en 1933 – et la guerre actuelle plaît peu dans la représentation nationale, côté communiste et « insoumis ».

Pas plus qu’elle ne plait du côté chinois, faut-il le préciser.

Mais sans doute de tels analystes – ou plutôt manipulateurs – considèrent-ils comme négligeable le fait que le plan de « paix » chinois en question ne fasse pas une seule fois mention d’une quelconque agression, pas plus que d’une violation du Droit International ou d’un retrait des troupes russes. C’est la « paix » du fait accompli, rien de plus. Comme au Tibet.

Surtout ne risquons pas de froisser l’ami russe, n’est-ce pas…

Entérinons donc l’annexion des Sudètes. Après tout, la Tchécoslovaquie n’a jamais été une nation, pas plus que l’Ukraine, comme dit le copain de Moscou. Et que vive la « paix » d’un « peuple heureux rotant tout seul dans sa mangeoire » selon les paroles du vieux Léo.

Que la Pologne et les autres suivent, qu’importe. « « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre » disait Churchill.

Bien plus lucides et honorables sont les paroles de Jens Stoltenberg :

« La Chine doit comprendre le point de vue de l’Ukraine et dialoguer directement avec le président Zelensky. Toute solution de paix pour l’Ukraine doit être fondée sur le respect de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’Ukraine » (…) « Un cessez-le-feu ou toute solution qui ne respecte pas la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine ne sera qu’un moyen de geler la guerre et de permettre à la Russie de reconstituer ses forces et d’attaquer à nouveau. Ce ne sera pas une paix juste et durable », a-t-il averti.

Jens Stoltenberg a par ailleurs à nouveau exhorté Pékin à ne pas fournir d’aide militaire à la Russie. « Ce serait soutenir une guerre illégale, prolonger la guerre et soutenir l’invasion illégale de l’Ukraine. C’est quelque chose que la Chine ne devrait pas faire. »

Il est vrai qu’il s’agit là, comme nous le serinent depuis des lustres nos tartuffes d’extrême droite et d’extrême « gauche » en écho à M. Poutine, de l’émanation de cette infâme Otan qui impose son diktat pro-américain à de pauvres nations totalement assujetties et décérébrées.

Rappelons tout de même en passant que les députés suédois se sont récemment prononcés par une écrasante majorité démocratique de 269 voix contre 37 en faveur de l’adhésion de leur pays à l’Otan.

Tout comme la totalité des pays situés sur la frontière occidentale de la Russie (sauf la très démocratique Biélorussie et la Finlande dont l’adhésion est en cours), pour lesquels les ambitions de celle-ci sont tout sauf anodines.

Eux n’ont oublié ni l’Union Soviétique ni les Sudètes.

 De Wikipedia : « [En 1938, Hitler] assure aux Français et aux Britanniques qu’une fois ce dernier problème résolu [l’annexion des Sudètes], l’Allemagne aura atteint tous ses objectifs territoriaux en Europe et ses frontières définitives : « l’Europe connaîtra ensuite la paix pour mille ans » » Sic.

À bon entendeur, salut.

***

Ajout du 29/03:

Un Thema d’Arte remarquable, en quatre volets, avec la participation éclairante de Pierre Haski.

Pour mieux comprendre le genre de « paix » qu’affectionne le gouvernement chinois ;

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-023557/les-camps-secret-du-pouvoir-chinois/

ainsi que, n’en déplaise aux anti-américains primaires, la catastrophe pour la démocratie que signifierait une démission des USA dans cette partie du monde:

https://www.arte.tv/fr/videos/111082-000-A/nous-sommes-taiwan/

https://www.arte.tv/fr/videos/110991-000-A/taiwan-la-peur-de-l-invasion/

*

Ajout du 31/03:

Et à propos de quelques « plans de paix » médiatiques,

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/03/20/ukraine-n-ayons-pas-la-naivete-et-l-imprudence-de-croire-que-les-armes-suffiront-a-apporter-la-solution-renforcons-la-diplomatie_6166254_3232.html

cet excellent article en accès libre:

https://www.la-croix.com/Debats/Guerre-Ukraine-appels-diplomatie-doivent-pas-aboutir-cautionner-linvasion-russe-2023-03-30-1201261371

De la retraite, et de Russie.

« Et un témoignage supplémentaire de ton pessimisme invétéré », me dit Stultitia.

Soit. Je le concède.

Et pourtant…

Je n’ai rien contre les débats et manifestations actuelles concernant la question des retraites. Bien au contraire. Même si j’aurais souhaité qu’un problème aussi complexe fût traitée de part et d’autre avec plus de prudence, de rigueur et de maturité. D’où qu’elles viennent, les simplifications et gesticulations grotesques ne vont pas dans le sens d’une réhabilitation du politique.

Mais voilà : pour la première fois depuis 1945, nous avons la guerre à nos portes.

Une guerre d’agression et dite « de haute intensité », menée par un régime à l’évidence dictatorial, en dépit des dénégations fort heureusement de moins en moins nombreuses, en France et en Europe, de quelques zélateurs d’une ahurissante naïveté, ou, ce qui est plus grave, d’une complicité tacite ou revendiquée.

En effet, comment qualifier autrement que de dictatorial ou fasciste un régime qui se permet d’assassiner des dizaines de milliers de civils, qui considère des centaines de milliers de ses propres concitoyens comme négligeable chair à canon, qui en emprisonne des milliers d’autres à la moindre rébellion, qui pratique le mensonge institutionnalisé, recrute à son service des mafias sanguinaires et s’allie aux régimes les plus barbares de notre XXIème siècle ?

Car il n’y a rien d’étonnant à ce que la dictature de Poutine fricote avec l’Iran, la Syrie de Bachar al Assad, la Corée du Nord, la Chine, la Biélorussie, etc.

Qui se ressemble s’assemble, tout simplement.

Et un tel rapprochement manifeste sans équivoque combien, en dépit de tout ce qu’il est légitime de reprocher à notre monde « occidental », le projet alternatif mené par la Russie, la Chine, l’Iran et leurs complices recèle de danger.

Or, nous le savons, nous le voyons, les capacités de tels régimes totalitaires à mener des guerres de haute intensité sont autrement considérables que celles des nations démocratiques.

Car pour les premiers, reconvertir rapidement une économie classique en économie de guerre se fait par un trait de plume. Aucune crainte de manifestations syndicales ou ouvrières. En un rien de temps, des colonnes de chars, de canons et de drones, des tonnes de munitions peuvent ainsi sortir des usines.

La mobilisation de centaines de milliers d’hommes se fait d’un claquement de doigts. Et les quelques inconscients qui auraient le courage de s’y opposer n’ont d’autres perspectives que celles de la détention ou de l’exil.

Vider les prisons des criminels les plus dangereux et les envoyer exercer leurs talents sur le front ne pose aucun problème éthique particulier dans un univers ou ce terme est réduit à sa plus simple expression.

Fort heureusement certes, ce type de fonctionnement est exclu de nos sociétés encore démocratiques.

Le passage à une économie de guerre ne pourrait s’y faire en un tournemain, sans susciter des résistances patronales et syndicales aux oukases du tsar.

Une large mobilisation militaire ne pourrait non plus se concevoir sans susciter une résistance acharnée.

Mais, on s’en rend compte, les caractéristiques qui font l’honneur et la dignité de nos démocraties sont aussi la cause de ses faiblesses.

État de droit, droits de l’Homme, égalité de tous, respect des genres, des orientations sexuelles, etc. tous ces termes sont ostensiblement méprisés par les émules des divers despotes qui y voient d’inadmissibles germes de décadence et de fragilité.

C’est le confort de l’homme occidental – indéniable en dépit des crises, de l’inflation, etc. – qui lui permet de placer au rang de ses préoccupations majeures et des politiques qu’il attend de ses gouvernants la défense de son pouvoir d’achat, de ses loisirs et de sa retraite. Tout cela s’accorde difficilement avec l’exaltation des valeurs viriles et guerrières qu’un Poutine se plait à exhiber à la moindre occasion.

Alors une question essentielle se pose, à laquelle je n’ai pas de réponse.

Et si les choses tournaient mal ? Si la collusion des régimes totalitaires que nous observons sous nos yeux parvenait à dépasser, par ses capacités guerrières, la production d’armes que des décennies d’insouciance occidentale ont réduite au minimum, à provoquer un recrutement massif de chair à canon tel que nos armées sous dimensionnées ne puissent le contenir, que se passerait-il ?

Quel serait alors notre avenir ?

Trouverions nous les ressources suffisantes, morales, humaines et matérielles, pour résister, comme le font pour le moment nos frères et sœurs ukrainiens qui se trouvent en première ligne pour défendre notre liberté ?

N’est-il pas dès lors indispensable d’oser certains arbitrages politiques fort peu démagogiques, en ce qui concerne en particulier les choix budgétaires, aux antipodes de nos aspirations pépères et insouciantes de routiniers de la facilité, aspirations certes légitimes en temps de paix, mais qui risquent de ne pas peser lourd pour peu qu’une nouvelle réalité s’annonce ?

Je n’ai pas la réponse. Mais j’estime que la question nécessiterait de la part d’une démocratie une réflexion urgente et approfondie.

En ce qui me concerne, peut-être suis-je et ai-je été effectivement trop pessimiste dans ma vision du monde.

C’est bien ce qu’on me disait lorsque je lisais Rachel Carson, René Dumont, ou encore Dennis Meadows qui, dès les années soixante ou soixante-dix nous mettaient en garde contre l’écroulement de la biodiversité, la crise des énergies fossiles ou les bouleversements écologiques liés à notre société productiviste.

Peut-être aurais-je dû plutôt continuer à fréquenter les innombrables prophètes des lendemains qui chantent qui fleurissaient dans nos « trente glorieuses ».

Qui sait ?

Car ce sont bien eux qui ont gagné et continuent à abreuver nos sociétés de l’optimisme d’une « croissance », verte ou pas, d’une augmentation du « pouvoir d’achat », des retraites et du « niveau de vie ».

Au lieu de les dénoncer, peut-être aurais-je dû de même acquiescer aux discours lénifiants de celles et ceux qui, de l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par le centre, courtisaient le Grand Frère Russe en estimant que, dans sa Grande Bienveillance (et ses non moins grandes réserves de pétrole et de gaz…), il était radicalement incapable de toute attitude agressive.

N’ai-je donc pas péché encore par trop de catastrophisme ?

Car eux aussi ont gagné, au point qu’on les retrouve comme si de rien n’était à la tête de nos partis politiques ou sur les bancs de nos Assemblées.

De quel droit moi, le looser, le Cassandre, puis-je une fois de plus promettre du sang et des larmes ?

La défaite du nazisme, la construction de l’Europe, la chute du Mur, tout cela ne signifie-t-il pas la marche optimiste vers un avenir pacifique et démocratique ?

Que nous effrayez-vous donc avec des bruits de bottes ?

Pourquoi tant de méfiance sur l’avenir ?

Et si, pourtant…

Encore une mauvaise pensée pour terminer :

Les « poilus » de 14-18 pensaient bien qu’ils s’étaient battus pour la « der des der » et que cette victoire justifiait l’insouciance des Années Folles.

Nous connaissons la suite.

Car un regard, même le plus superficiel, sur l’Histoire montre suffisamment que les guerres jalonnent de façon incoercible la totalité de l’aventure humaine. Y compris en Europe au XXIème siècle, elles peuvent donc à tout moment se rapprocher de chez nous même si nous ne parvenons pas à envisager la remise en question de notre confort.

La « der des der » reste, encore et toujours, à venir.

Alors, pessimiste ?

Je l’espère.

Et si, pourtant…